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06.11.2006
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12.05.2008
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définition de la poesie

Posté le 05.03.2008 par lireenpremiere
Angela

« La poésie ? Ce retournement du temps jusqu’au sang des origines qui parle à nu dans l’instant de la mort. »

« La poésie ? »
Commence par un questionnement donc l’auteur n’assure pas que ce qu’il dit soit la vérité exacte mais c’est son point de vue, sa réponse à cette question.

« Ce retournement du temps(1) jusqu’au sang des origines(2) »
(1) =la poésie. Idée abstraite (la poésie) caractérisée comme quelque chose qui bouleverse le temps, notre vie normale et quotidienne. Comment un retournement du temps ? retournement : changement brusque et complet=renversement total.
Mais aussi peut être que la poésie sert à remonter dans le temps pour arriver « jusqu’au sang des origines ».
(2) charnel, sanguin. Il faut aller à l’origine de l’être, à l’essence de l’homme. Sang des origines=> va au dela du corps et du sang (le matériel) mais jusqu'à l’esprit de l’homme (l’immatériel)

« Qui parle(3) à nu(4)dans l’instant de la mort (5)»
(3) personnification de la poesie. La poésie, comme un être qui communique quelque chose avec nous. Poétique la façon dont elle s’exprime.
(4) Nudité, à nu=le vrai nous, on ne se cache derrière rien mais on montre tout ce qu’on est
(5) Renforce le fait que ça soit réellement nous dans la poésie puisque face à la mort, on ne peut plus prendre des airs, on est le vrai nous et on ne se cache plus puisqu’on quitte cette vie.(mais aussi la plus grande peur de l’homme est face a la mort)

« sang des origines qui parle à nu dans l’instant de la mort »-antithèse, mêle la naissance de l’homme et sa mort. En fait, tout ce qui peut être contenu dans la vie d’un homme, tout son parcours, se retrouve dans la poesie.

La poésie, c’est la bouteille qui contient l’essence de l’homme. C’est ce qui nous reste quand on se met nu, sans protection, pourtant elle est bouleversante pour nous (comme la mort inévitable)
Cette définition de la poésie n’est pas paisible ou harmonieuse, au contraire elle est déstabilisante et tres abstraite.

La PoEsIe?

Posté le 05.03.2008 par lireenpremiere
Intuition sur l'auteur de l'avant dernier article : Francesco?!
En tout cas nous avons choisi la même citation... celle de Max Pol Fouchet

Selon moi, cette citation, poétique en elle même, définit la poésie comme porteuse de solution, comme l'a suggéré Francesco dans son propos.
"[elle nous donne] dans les déserts les puits, dans les forêts les clairières, sur les fleuves les gués, dans les fers la liberté."
En effet, la poésie nous apporte ce dont on a besoin, l'eau dans la soif etc. La poésie est capable de répondre aux aspirations les plus intenses, (pensez à la soif déchirante en plein désert, et à l'ampleur de l'eau d'un puits qui pourrait la satisfaire). Poésie comme support pour aller plus loin, aller au dela... Les gués pour traverser le fleuve, l'eau pour subsister à la soif, et la liberté' pour vaincre l'enfermement (physique illusoire).
Mais cette partie de la phrase peut également être vue comme une évasion de celui qui lit, peu importe l'endroit ou la situation...
L'allusion à l'eau est fréquente dans la citation, ainsi que le thème de la soif. Ainsi la poésie est percue comme un élément vital, essentiel...
Cela me rappelle une autre définition de la poésie d'Andrée Chedid...
"La poésie est l'eau de notre seconde soif"

"La poésie commande. L'écrire, c'est lui obéir"
Je suis à peu près d'accord avec Frances ;) avec l'idée que la poésie aurait une certaine autorité, un pouvoir qui surpasse tout être humain, condamné à' l'obeir, mais en même temps à la liberté' de ne pas le faire...le paradoxe de "l'obéissance volontaire", en revanche, je pense que le thème de l'inspiration du poète n'est posé' qu'à la fin de la phrase avec l'allusion à la soif et donc à l'inspiration...
La reflexion mérite peut être d'être encore creusée...

J'aime beaucoup celle la aussi: "La poésie est une réponse qui m'interroge" Qu'est-ce qui est à l'origine de l'autre? Un peu la question de l'oeuf et de la poule... :D


Thao

Définition de la poésie

Posté le 05.03.2008 par lireenpremiere
J'ai choisi la définition, ou plutôt la phrase de Michel Butor qui dit: "La poésie est une affaire trop compliquée pour moi pour que je puisse en définir bruyamment les grandes lignes, une affaire que je n'aurais jamais fini de débrouiller."

J'ai choisi cette phrase car je pense aussi que la poésie est quelque chose qui est difficile à définir. En effet, comme le dit Michel Butor : « la poésie est une affaire trop compliquée », elle peut prendre différentes formes, en prose ou en vers, elle peut avoir des rimes ou non. Il existe des poèmes d'amours, des poèmes sur la nature, des poèmes sur l'homme. Dix vers peuvent être considérés comme un poème, mais un seul peut l'être aussi. Les définitions de la poésie varient d’un poète à l’autre comme nous pouvons le voir avec les nombreuses définitions qui sont proposées, il n’y a alors pas vraiment de définition fixe pour la poésie, ce qui fait que Butor a du mal à en proposer une qui définisse totalement cet art, comme l’indique le poète : « La poésie est une affaire trop compliquée pour moi ». Certains poètes sont considérés comme des simples versificateurs, d’autres sont plus appréciés, pourtant ils font tous la même chose. De plus depuis sa naissance la poésie a sans cesse évolué. Au début ce n’était que des vers avec des rimes, des règles strictes… Puis des poètes ont choisi d’éliminer ces règles, ou d’écrire des poèmes en proses, ou de faire des calligramme… Il est donc alors difficile de la définir car elle évolue sans cesse, nous pouvons voir cela avec la partie « une affaire que je n’aurais jamais fini de débrouiller ». Bref la poésie est tellement diversifiée qu’il est difficile de la définir totalement.

Duc

[b]Cherche le sens, les sens exacts de "débrouiller".
Pas d'accord quand tu dis les poètes font tous la même chose: il faudrait le prouver[b], dire ce qu'est cette chose qu'ils font![/b][/b]

une definition de la poesie

Posté le 05.03.2008 par lireenpremiere
j'ai choisi d'analyser la 5eme definition, celle de Max Pol Fouchet, en procédant de manière linéaire:

"La poesie commande."
-la poesie est perçue comme quelque chose de vivant (personnification), un "être supérieur" qui nous ordonne, "commande". Est-ce une définition fantastique? onirique (de l'univers du rêve)?
-si la poesie commande d'où vient l'inspiration d'un poète alors?

Raisonne surtout par opposition:si elle commande, elle existe au préalable, elle n'est pas le résultat d'un faire, elle exige, elle est à l'origine

"l'écrire, c'est lui obéir."
-utilisation de "lui" qui confirme la personnification de la po♪0sie.
-le poète en position de soumission, mais vu positivement.
-"obéir" à la poesie: elle ne vient pas DE nous mais A nous: encore interrogation sur l'origine de l'inspiration d'un poète.

"Elle veut une obéissance volontaire, consentie, créatrice,"
-"Elle veut": certitude plutôt volonté
-"obéissance": même idee de "l'être superieur"
- le poète doit accepter cette domination pour pouvoir écrire (volontaire, consentie). Est-ce ici perçu comme un pacte? un accord entre poesie et poète?

"qui nous donne, en récompence,"
-une fois que le poète accepte, il est recompensé; encore une fois vision positive de la poésie et de la soumission.

"dans les déserts les puits, dans les forêts les clairières, sur les fleuves les gués, dans les fers la liberté.
-l'eau dans la soif, la lumiere dans l'ombre, la voie dans le fleuve (fleuve souvent assimilé à un des symboles de la vie, du temps; la voie dans la vie) et la liberté dans l'enfermement (les fers; comme les fers de prison).
C'est une suite de métaphores qui rapprochent la poesie de différentes choses vitales.
-le fait que la comparaison soit repétée 4 fois provoque un effet d'insistance, (une exaltation du poète?)

Comment interprètes-tu ces images?

remarques:
-présence de métaphores, personnification: la définition même de la poésie semble être écrite avec un souci de langue.
-dans la 18eme définition toujours de Max Pol Fouchet, la poésie est dite "expansion de l'homme": on retrouve ici aussi l'idée que la poesie est quelque chose d'indispensable, dont le poète ne peut se detacher.

francesco

Poésie - Définition

Posté le 05.03.2008 par lireenpremiere
J'ai choisi la citation de Claude Roy :

« À la poésie vécue comme un passe-temps, préférer la poésie vécue comme un dépasse-temps »

On a affaire avec une sorte de proverbe, une consigne de lecture (vu la formulation "préférer" qui sonne comme un impératif mais quand même relativement doux). Claude Roy nous guide dans notre façon de lire la poésie et en donne donc une défition à travers cette phrase.

On a un jeu de mot avec passe-temps/dépasse-temps avec "l'invention" de ce dernier mot. Or le poète se sert des mots. C'est son outil de travail et Roy s'en sert dans la phrase. La première partie de la phrase (jusqu'à la virgule) fait d'ailleurs 12 syllabes (c'est peut-être aller chercher un peu loin mais bon ...).
Il utilise la comparaison ("comme") en comparant la poésie d'abord à un passe-temps puis à un dépasse-temps d'où une antithèse.

L'utilisation du participe passé du verbe vivre ("vécue") pose tout d'abord un point important : il faut vivre la poésie et réciproquement la poésie c'est l'amour de la vie.
C'est une sorte de consigne qui implique et auteur et lecteur. En effet elle s'applique au poète : la poésie ne doit pas être un simple passe-temps (définition : Occupation légère et agréable), c'est-à-dire que le poète n'est pas un simple versificateur comme dit Apollinaire, c'est un créateur (de vie ? dans ce cas là on peut faire écho à la définition 14). Il doit y avoir un message derrière les mots.
Mais on aussi le côté du lecteur qui ne doit pas lire des poèmes pour occuper son temps mais qui doit se livrer à une réflexion pour que le travail du poète sur le message qu'il veut passer puisse ressortir.
La poésie dépasse le temps, c'est le premier genre connu et il a traversé les siècles.

Donc en fait, la phrase de Claude Roy est juste je pense et doit-être vue comme une consigne de lecture et d'écriture plutôt qu'une définition de la poésie en elle-même (malgré que certains aspects soient sous-entendus) car sinon il manque certains points, elle serait incomplète pour être considérée comme pertinente.

Jean-Rémi

Parole définitions

Posté le 05.03.2008 par lireenpremiere
Définitions du mot “Parole” dans Le Robert

I. élément de langage parlé.
Mot, expression cf des paroles aimables

Discours, propos : Peser ses paroles
Loc.En paroles, verbalement

Les paroles : texte des chansons
Histoires sans paroles : dessins qui se passent de légendes, petits films muets.

Pensée exprimée à haute voix en quelques mots : une parole historique

Engagement, promesse sur l’honneur : donner sa parole, tenir parole, sur parole...

II. La parole : expression verbale de la pensée.

Faculté de communiquer la pensée par un système de sons articulés ( une langue) émis par la voix. Perdre la parole,
Exercice de cette faculté , le fait de parler. Avoir la parole facile, adresser la parole à quelqu’un, prendre la parole...
Le discours réellement produit ( oral ou écrit), opposé en linguistique au système de a langue

LIonel Ray, un poète à découvrir

Posté le 05.03.2008 par lireenpremiere
Pour éclairer peut-être ceux qui ont choisi sa réflexion sur la poésie , voici une interview trouvée sur le site Fabula Il serait intéressant d'ailleurs de mettre en lignes des poèmes de lui. Vous pouvez faire le même genre de recherche pour les autres poètes dont j'ai choisi une citation.

Entretien avec le Poète Lionel Ray


« La poésie sera toujours là pour répondre au besoin du coeur et de l'esprit »


Partout où il se produit, Lionel Ray ne passe point inaperçu. Non pas parce qu'il est bardé de prix littéraires (Goncourt entre autres) et que son oeuvre faisant l'objet de plusieurs travaux de recherche de haut niveau est publiée par un éminent éditeur mondial, Gallimard, mais parce qu'il sait rythmer les mots qui touchent le clavier du coeur et réconcilient l'homme avec sa beauté profonde, quelquefois ensevelie dans la cendre épaisse d'un quotidien sans âme.
A Sousse, il a enchanté les participants au colloque sur L'émotion poétique par ses poèmes faits de feu et de glace, par sa voix singulière, presque onirique, sortant comme d'un ailleurs mystérieux, de l'autre côté de la nuit.
Modeste, il nous a accordé sans façons cet entretien :


- Lionel Ray, vous avez contribué brillamment au colloque international sur l'émotion poétique qui s'est tenu à la Faculté des Lettres de Sousse les 1er, 2 et 3 mars derniers. Qu'est-ce que votre contribution de poète a pu apporter à ce colloque où l'on est censé conduire des réflexions plutôt scientifiques, académiques, sur l'émotion ?

+ Poète invité de votre colloque avec d'éminents professeurs, je ne pense pas qu'on attendait de moi un discours savant, objectif, etc. Je n'étais pas là pour ça mais pour apporter sur la question l'éclairage de mon expérience personnelle, de ma pratique de l'écriture poétique. Je me suis donc placé du côté des mots qui produisent une émotion esthétique plutôt que du côté de la circonstance d'ordre privé (événements, rencontres, réactions passionnelles) qui serait à l'origine de l'acte d'écrire. Que se passe-t-il lorsque j'écris et pourquoi ces mots et non pas d'autres ? Je ne crois pas écrire pour répondre à quelque sollicitation émotive d'ordre externe, mais selon des principes d'ordre formel qui visent à la construction d'un réel imaginaire ou verbal qui est sans commune mesure avec l'expérience vécue, avec la vie immédiate, avec les émotions que je peux éprouver dans la vie de tous les jours. Voilà, schématiquement, ce qu'a pu être ma contribution.


- Lionel Ray est, comme beaucoup le savent maintenant, le pseudonyme que vous vous êtes donné en 1970, après votre rencontre avec Aragon. Pensez-vous vraiment que ce pseudonyme faisant partie définitivement de votre identité de poète vous a aidé à être plus libre dans votre acte poétique ? Le fameux « Je est un autre » de Rimbaud aurait-il quelque rapport avec votre changement volontaire de nom ? Votre fréquent usage de la deuxième personne du singulier, comme énonciataire de beaucoup de vos poèmes procède-t-il de ce même dédoublement délibéré que vous voulez créateur ?

+ J'ai tout d'abord écrit trois petits livres de poèmes publiés sous mon nom de baptême, Robert Lorho. Puis à la fin des années soixante je ressens un besoin profond de renouvellement, je prends ce pseudonyme, Lionel Ray. Lorsque j'envoie à Aragon ces premiers poèmes sous cette signature, cet immense écrivain n'en peut pas reconnaître l'auteur, il croit découvrir un nouveau poète. Et certes c'est un tout nouveau poète qui apparaît tout à coup et qu'Aragon présentera et publiera dans son journal, Les Lettres françaises, généreusement, à plusieurs reprises, avant que les éditions Gallimard ne commencent à me publier, ce qu'elles ont fait, régulièrement. Le pseudonyme ? Oui, j'ai eu l'impression très forte d'écrire plus librement, l'impression d'être devenu un autre, cet autre que je cherchais en moi et qui jusqu'alors n'était pas parvenu encore à s'exprimer pleinement. Oui ! JE est un autre, comme l'affirme Rimbaud. Il s'agit de révéler, de désenfouir, cet autre que l'on porte en soi, le moi profond qui engendre et nourrit l'oeuvre (si différent, parfois très différent du moi qui se manifeste aux yeux de tous dans la vie sociale). Marcel Proust a dit la-dessus des choses très pertinentes. Le choix d'une nouvelle identité m'a puissamment aidé dans ma découverte de ma voix personnelle ; l'impression de me libérer de toute entrave, de toute convention, fut longtemps pour moi très heureuse. Rimbaud justement a quelque part une curieuse expression, il parle de « liberté libre ». Oui ! c'est cela. J'étais devenu cet homme nouveau, je respirais, singulier, sans conformisme.
Vous me parlez d'un fréquent usage dans mes poèmes ( surtout dans Comme un château défait suivi de Syllabes de sable) de la seconde personne du sigulier : y voir l'interpellation de cet autre que je suis est sans doute exact. Je me suis expliqué à ce sujet dans la post-face de Syllabes de sable


- A lire votre poésie et après avoir écouté votre communication sur « Les mots et l'émotion », l'émotion que le poète se doit de donner à son lecteur, semble correspondre chez vous à ce qu'il y a de plus essentiel dans l'acte poétique. Pourriez-vous nous révéler certains secrets de votre alchimie verbale génératrice de cette émotion que vous ne semblez pas vouloir exprimer seulement, mais créer aussi ?

+ Je ne suis pas certain d'exprimer une émotion, mais je me la fais éprouver au moyen des mots et je fais en sorte que mon lecteur l'éprouve à son tour. Il s'agit d'éveiller sa sensibilité et qu'elle soit « réceptrice » (c'est un mot de Pierre Reverdy). Il y a dans cette opération quelque chose de mystérieux. Pas de clé. Ce serait trop facile. On est ici dans le domaine du je ne sais quoi. Du service énigmatique. Ce n'est pas exprimable, ça ne se ramène pas à une formule applicable à volonté..


- Dans votre communication largement appréciée par le public du colloque, vous évoquez Mallarmé répondant à Degas que « ce n'est pas avec des idées qu'on écrit des poèmes, c'est avec des mots » et Claudel qui affirme : « Les mots que j'emploie ce sont les mots de tous les jours et pourtant ce ne sont pas les mêmes ». Cela signifie-t-il pour vous que la littérature n'a qu'une seule visée principale qui est elle-même, comme le pensent surtout les formalistes russes et après eux Jakobson et un peu Todorov, Barthes et beaucoup de critiques modernes ? Pensez-vous que de tels propos écartent clairement de la littérature l'idée par exemple de l'engagement social, politique, philosophique ou simplement humain ?

+ « Les mots que j'emploie… » mais ils sont une image du réel, ils ont cette fonction référentielle grâce à quoi le réel est désigné, délimité, défini, même s'il y a « transmutation de valeurs » comme disait Reverdy en nous faisant passer du vécu éprouvé au niveau du verbal. Mais sans doute, parce que par eux s'est opérée cette « transmutation de valeurs » ou cette « alchimie » dont parlait Rimbaud, les mots qui sont communs à tous, « ne sont pas les mêmes. » La bonne poésie fait que le sens fixé par le dictionnaire est débordé jusqu'à devenir inépuisable.
En ce qui concerne l'engagement, tout d'abord il y a pour cela le tract, le discours moral ou politique, la réflexion philosophique, le prosélytisme religieux, le journal de propagande, etc. Cela ne relève pas de la littérature. Reste qu'il y eut surtout à certaines périodes de grande violence (guerres ou révolutions) une poésie de circonstance, souvent de faible valeur littéraire, toute de convention derrière la véhémence verbale, la plainte ou la colère, la revendication par ailleurs légitimes. Les réussites sont rares, elles existent. Elles existent à mon avis lorsque la circonstance extérieure est intériorisée. Répondre à l'urgence historique par exemple ne suffirait pas. Lorsque les poètes portent au plus intime de leur être le drame de la liberté (Aragon, Eluard, Desnos) le lyrisme de circonstance éveille sans aucun doute la sensibilité réceptrice de ceux à qui elle s'adresse. Poésie à « sujet » préalablement arrêté, conçu, imposé de l'extéreur, elle n'a de chance d'émouvoir que lorsque le thème personnel et l'histoire circonstancielle se rejoignent et se confondent. Alors il se peut que là aussi les mots soient premiers, que le poète leur ait laissé l'initiative, comme le voulait Mallarmé. Oui, c'est « avec des mots » qu'on fait des poèmes…pas avec des idées… pas même avec des sentiments, des émotions.


- Seriez-vous d'accord avec le poète Bernard Noël qui a laissé entendre au cours de l'entretien public qu'il eut au cours de la deuxième séance du colloque, que l'émotion politique qui l'intéresserait, où sa poésie trouverait son impulsion créatrice, s'opposerait à l'émotion poétique ? Ces deux émotions seraient-elles vraiment distinctes ? Peut-on en fait imaginer une bonne poésie, une poésie vraie, même engagée politiquement, qui soit vidée d'émotion poétique ou qui aille contre l'émotion poétique ?

+Je ne comprends pas du tout cette position. Une poésie de « l'anti émotion » ? Cela n'existe en aucun lieu, en aucune langue. De Villon à Nerval, de Racine à Verlaine, de Vigny à Ponge lui-même, de Rimbaud à Michaux… Je veux être ému lorsque je lis un poème : lyriquement, esthétiquement, formellement. Reverdy m'émeut. Claudel aussi. Et Aragon. Et Bonnefoy. Les chefs-d'oeuvre ne sont perçus et reçus comme tels que parce qu'ils déclenchent de belles, de fortes émotions.


- D'un côté purement technico-scripturaire, serait-il juste de penser, un peu comme Bernard Noël, que l'émotion poétique est seulement le propre du vers long ? Vous avez utilisé, vous aussi, le vers court, la forme courte, comme Schehadé, Guillevic.

+ Et l'émotion ne serait pas le propre du haïku (un heptasyllabe entre deux pentasyllabes, soit 17 syllabes en tout et pour tout) ? Allons donc ! On trouve souvent des vers courts dans Verlaine ou dans Supervielle., des poèmes réussis, efficaces. Pas d'émotion ? Allons donc !


-Au Musée « El-Khoba », à la Médina de Sousse, où vous avez lu vos poèmes le jeudi 1er mars dernier, vous avez raconté au public qui vous écoutait, une étrange histoire avec le chiffre 141. Pourriez-vous nous rappeler ici certaines péripéties de cette histoire et nous dire si cela a quelque rapport avec le mystère qui peut-être vous entoure ou poursuit en tant que poète ?

- 141 est le nombre de poèmes (ou de séquences) de Comme un château défait. Je m'étais fixé cette limite préalablement à l'écriture du livre. Arrivé au 141ème poème, tout un parcours, le livre était bel et bien achevé, impossible d'y ajouter quoi que ce soit. Il fallait que tout soit dit à l'intérieur de cette structure. Mais ce que vous appelez mon « histoire » c'est une série de coïncidences surprenantes, insolites, incompréhensibles pour nos esprits cartésiens, à partir du nombre 141 que j'ai retrouvé en une douzaine de circonstances toujours liées à ce livre depuis la remise du manuscrit, jusqu'au nombre de dédicaces que j'ai signées pour le service de presse chez Gallimard, la première lecture que j'en ai donné au château des Stuart à Aubigny sur Nère (c'était le 141ème jour de l'année), etc., etc. Dans Nadja, André Breton parle de coïncidences étranges et troublantes dont le sens nous échappe. Il en rapporte quelques-unes. Plus tard, il leur donnera le nom de « phénomènes du hasard objectif. » Un an après cette série bizarre de « phénomènes », devant assurer dans ma classe de « khâgne » un cours sur Nadja, comme j'étais à la recherche d'une phrase importante de Breton (je voulais m'assurer de son exactitude et de son contexte) souvent citée par les commentateurs et qui concerne la relation que Breton a entretenue avec la Nadja de la réalité, modèle de son personnage, je l'ai trouvée dans mon édition des Entretiens radiophoniques Breton-Parinaud…à la page 141.

- Dans quelle mesure la bonne poésie, la vôtre par exemple, naît-elle de la démolition du langage ordinaire, de la dislocation et du démembrement de la phrase et du vers ? Toute destruction du langage utilitaire serait-elle nécessairement productrice de poésie ?


+ Non, pas du tout. Mais il faut considérer qu'une oeuvre est réussie lorsqu'elle ne ressemble à rien de connu, lorsqu'on y entend une voix singulière qu'on ne peut confondre avec quoi que ce soit d'autre. On a remis en cause la convention écrite (Denis Roche) après Francis Ponge qui voulut « parler contre les paroles. » Soit ! L'écriture éclatée eut ses moments d'éclair dans les années soixante et soixante-dix du siècle dernier. Avant cela Artaud ou encore Rimbaud. « Cela s'est passé, je sais maintenant saluer la beauté » (Une Saison en enfer) A chaque époque son écriture, à chaque poète son style, sa voix propre. En rupture plus ou moins violente avec ce qui s'est fait avant lui. Mon choix d'un pseudonyme marque cette façon de rupture. L'écriture pour une part prend le risque de la déconstruction pour construire-inventer du neuf. Mais le moderne n'est assuré de durer que s'il garde la mémoire du passé. Le nouveau avec l'ancien. Pas de salut en dehors de ça. Chaque poète est le résultat de tous les autres venus avant lui. Verlaine c'est Hugo plus Baudelaire plus Verlaine.


- Dans quelle mesure votre poésie vous permet-elle d'échapper au sentiment du périssable qui vous habite et d'être une espèce de Dieu échappant à la nuit et à la mort ?

+ Ma poésie parle de ce qui est en perte, de ce qui passe et qui échappe, aussi de ce qui manque, de la vraie vie absente en quelque sorte. Mon ambition qui est celle, je crois, de tout poète est de compenser cette perte par le gain du chant. « Je dis la rose et cette rose ne périt pas, elle dure éternellement » dit Claudel dans l'une de ses Odes. Est-ce immodeste ? Pourquoi écrire si l'on ne croit pas au pouvoir de la parole ?


- Dans sa chronique de poésie intitulée L'émotion concrète, Claude Adelen dit que vous avez d'abord essayé de vous débarrassez du lyrisme, pour le revendiquer ensuite. Pourquoi cette revendication ?

+Il y a plusieurs époques dans mon oeuvre. Le problème est de se renouveler tout en restant le même. Que l'écriture bouge d'un livre à l'autre à la mesure de ce qui a changé d'une époque à l'autre de la vie. Je suis le changement. Au début des années 70, j'ai rompu avec tout ce qui me semblait trop convenu dans la poésie que j'avais écrite sous le nom de Robert Lorho. J'ai écrit contre le lyrisme, en toute liberté violente, heureuse, contre tout impérialisme du sens, de la grammaire même ou du message. Puis ce fut dix ans plus tard un retour au calme, la ré-appropriation des moyens de la poésie et de son ambition. Le lyrisme resurgit, même s'il s'agit, comme Jean-Michel Maulpoix en fera la théorie, d'un « lyrisme critique ». Voici maintenant avec mon dernier livre, L'invention des bibliothèques, autre chose encore qui est peut-être la synthèse de la voix d'avant et de la voix d'après, leur accord harmonique : provocation et réconciliation avec le lyrisme. Laurent Barhélémy, nouveau pseudonyme pour accompagner ce nouveau changement ( puisque une première série de ces nouveaux poèmes a d'abord été publiée sous ce nom ). Je m'en explique dans un texte d'ouverture en prose : « Ce mythe appelé poésie ». En conclusion du livre, cette phrase : « nous sommes des êtres lyriques.


- Dans notre monde qui de plus en plus perd son âme : course effrénée vers l'argent et le lucre, dictature de l'apparence, guerres sauvages et multiples, banditisme, mondialisation, solitude, perversions de toutes sortes, xénophobie croissante, exclusion, etc. la poésie peut-elle encore quelque chose pour l'Homme ?

- La barbarie moderne vaut l'ancienne, ainsi va l'inhumaine humanité, depuis le début des temps. Ce qui étonne c'est la persistance de la poésie qui prouve qu'on ne désespère pas. Tant qu'il y aura des hommes et des femmes qui vivent, qui aiment et qui pensent, il y aura des poètes et des oeuvres poétiques. Les formes changeront, comme elles ont changé dans le passé, la poésie sera toujours là pour répondre aux besoins du coeur et de l'esprit.

Entretien conduit par Ridha BOURKHIS
Mars 2007

Définition de la poésie

Posté le 04.03.2008 par lireenpremiere
Bonsoir chers Dong Chi!

Une définition de la poésie qui m'a paru sensible était le groupement de deux citations, groupe 23:

"La poésie c'est toujours plus Et toujours autre. Autrement autre. Jusqu'à ce surcroit d'elle même où elle échappe encore à sa définition." Lionel Ray

"Nos secrets se déposent dans le poème." Jean Claude Renard

Les deux textes sont écrits au temps du présent. Ils peuvent donc être lus comme des "vérités générales". La première citation m'a le plus marqué car elle laisse entendre que la poésie ne peut se suffire à elle même, d'où le fait qu'elle soit "toujours plus et toujours autre". J'y entends que la poésie a une volonté de fixer "quelque chose", une sensation, un sentiment, une vision, un moment, mais que ce "quelque chose" est "autrement autre" et "échappe encore" , elle ne peut donc être fixée. On peut voir dans cette citation une certaine mise en abyme. Admettons que la poésie soit cette "chose" dont je parlais et que le poète (ici Lionel Ray) essaie de la définir dans cette citation, qui serait ici un poème, il n'en est pas capable. En poésie donc, ce que l'on tente de décrire dans un poème ne parvient jamais à être fixé, capté comme il existe dans la vision, l'imaginaire du poète. La poésie reste cependant dans une volonté de transposition parfaite, par l'intermédiaire de l'écriture et des mots, de cette "chose". La poésie peut donc être définie comme étant ce qui se rapproche le mieux de ce que ressent le poète. Mais cette "chose" que ressent le poète, une sensation, un sentiment (dans le cas du lyrisme), une idée, ne peut jamais être délimitée par des mots de façon intégrale et absolue. Ce que cherche donc à faire le poète est de recréer aussi fidèlement que possible ce qu'il percoit. Mais il s'agit toujours d'un idéal. D'où l'idée que comme l'infini, la poésie peut être définie "toujours plus" en profondeur ou de facon "toujours autre" que la définition que lui accorde une personne quelconque. La définition de la poésie apparait dés lors comme subjective.

Quand Jean Claude Renard évoque ces "secrets", c'est bien de l'interprétation du monde du poète et du lecteur (par le biais du poème) qu'il s'agit. Chacun traduit pour lui même le sens qu'il veut donner aux mots et à son monde. Dès lors à travers le poème, ce sont les "secrets" qui lui sont relatés, qu'il évoque, qui "s['y] déposent".

Avec l'idée que la poésie ait cette envie de fixer un moment, un sensation, ce qui est de l'ordre de l'abstrait, de l'éphémère, je pense avoir rejoint l'idée de modernité qu'a développée Baudelaire.

J'espère que je me suis plus ou moins fait comprendre, c'est peut-être un peu tirépar les cheveux. Mais je serai ravi d'en discuter. Alec

Explicite le sens que tu donnes ici à "mise en abyme".

Définir la poésie?

Posté le 04.03.2008 par lireenpremiere
Allez voir ce qu'en dit Jean_Michel Maulpoix, poète et professeur d'université.

http://www.maulpoix.net/definirlapoesie.htm

Merci à ceux qui mettent leur réflexion en lignes!

Posté le 04.03.2008 par lireenpremiere
Je ne commente pas tout de suite car je voudrais que vous commentiez d'abord les propositions des camarades, directement sur leur texte, puisque vous pouvez entrer dans les articles. C'est intéressant mais je trouve que vous ne partez pas assez des procédés d'écriture présents dans les définitions et du coup vous bâtissez des interprétations discutables en cherchant à plaquer des connaissances extérieures: un exemple, Yoann parle d'une "cristallisation" qui se fait dans un four! Mais d'où sort-il l'idée du "four"?Observez mieux les champs lexicaux dans cette définition.
Le sens d'allégorie ne paraît pas bien connu non plus.
Donc à vous de critiquer d'abord les propositions pour essayer d'être plus rigoureux; pour valider une interprétation , il faut obtenir un consensus grâce à des arguments susceptibles de convaincre le plus largement possible.
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