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Ceci est la page spéciale révisions et approfondissement de Français pour les 1ères du LFAY.
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06.11.2006
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Lucien Goldmann:le Dieu caché

Lucien Goldmann:le Dieu caché

Publié le 04/03/2007 à 12:00 par lireenpremiere
J'ai parlé très rapidement en classe d' une interprétation des tragédies de Racine par l'influence des Jansénistes qui l'ont éduqué. Voici des notes prises sur le livre du spécialiste de la question: Lucien Goldmann. Il ne s'agit bien sûr que d'une des interprétations possibles de cette oeuvre immense.

Racine devant la critique sociologique de Lucien Goldmann
________________________________________
D'après Le dieu caché. Étude sur la vision tragique dans les Pensées de Pascal et dans le théâtre de Racine, Paris, Gallimard, Bibliothèque des Idées, © 1959

L'environnement historique

Les années 1630 à 1660 se caractérisent, en France, par l'effort pour faire triompher l'absolutisme dans le gouvernement et l'administration. Rappelons que c'est en 1661 que Louis XVI accède au pouvoir. Richelieu est l'artisan de cette marche vers l'absolutisme. Il prend les mesures suivantes :
• répression des huguenots (tout en leur laissant la liberté de culte) : les protestants sont une menace militaire et politique pour le pouvoir central, et ils risquent d'offrir des bases à une invasion étrangère ;
• répression des rébellions organisées par certains nobles de haut rang, toujours prêts à bafouer l'autorité royale, à organiser des soulèvements de leurs vassaux, ou à se battre inutilement en duel. Pour Richelieu, la noblesse est indispensable à l'État. Il faut donc que l'ordre y règne ;
• La France entre dans la guerre de 30 ans, qui coûte très cher. Il faut augmenter lourdement l'imposition, et la vénalité des offices, que Richelieu voulait supprimer, est maintenue.

Idéologie et vision du monde;

Pour L. Goldmann, une idéologie, ou une vision du monde, est fonction des conditions socio-économiques de la société dans laquelle elle apparaît. S'il en est ainsi, l'apparition du jansénisme doit correspondre à une réalité socio-économique bien définie. Il formule l'hypothèse suivante : étant donné que le jansénisme a trouvé ses principaux adeptes dans la noblesse de robe, il s'agit de voir si un événement lié à l'existence de cette classe s'est produit, qui a pu conduire ces gens à se rattacher à une nouvelle vision du monde.
Cet événement, Goldmann le voit dans la constitution de l'organisme le plus important de l'absolutisme monarchique : la bureaucratie des commissaires. Ces commissaires dépendent directement du pouvoir central, et ils ont pour mission de faire appliquer et respecter les décisions du roi. Ils forment un corps nécessaire à toute monarchie absolue.
Or la création de ce corps de commissaires se heurte à une catégorie de la noblesse de
robe, celle des officiers (avocats des cours souveraines, des parlements) qui, en temps normal, assuraient plus ou moins bien les tâches maintenant dévolues aux commissaires. Les officiers, qui ont pour la plupart acheté leur office, voient leur position considérablement amoindrie. Ils en conçoivent une certaine amertume et du mécontentement. La noblesse de robe constate qu'elle se trouve, vis-à-vis de la monarchie, dans une position paradoxale :
• d'une part, le fondement économique de leur subsistance est vitalement lié à la monarchie
• mais, d'autre part, la monarchie leur ôte leurs prérogatives, et les moyens de gagner leur vie, d'accéder à de belles situations.
En d'autres termes,
• ils ne peuvent pas vouloir la disparition de la monarchie, qui est vitale pour eux
• mais ils ne peuvent plus y vivre de manière satisfaisante.
Autrement dit, enfin, ils constatent l'impossibilité de réaliser une vie valable dans le monde et par là rejoignent le jansénisme qui dit la même chose, mais d'un point de vue religieux.

Le jansénisme et le paradoxe:
Je ne vais pas exposer à nouveau la doctrine janséniste. Mais il est nécessaire de préciser l'un ou l'autre point pour bien saisir la pensée de Goldmann. Nous avons assez dit que les jansénistes, radicalement augustiniens quant à leur théologie de la grâce, s'opposent à l'optimisme " humaniste " des jésuites.
Mais le jansénisme n'est pas qu'une théorie de la grâce, c'est toute une vision du monde. Augustiniens, les jansénistes refusent le monde au nom de la toute-puissance divine, et le tiennent pour le lieu où règne le mal : c'est la première caractéristique. Mais, deuxième caractéristique, ils ne sont pas des mystiques au sens où, refusant le monde, l'homme qui a reçu la grâce pourrait accéder à une union extatique avec Dieu. C'est-à-dire que, pour eux, l'homme ne peut trouver son assiette ni dans le monde, lieu du mal, ni dans une communion intime avec la divinité, jugée impossible (cf. les baroques).
Voilà l'essence du jansénisme en général. Mais il faut, à l'intérieur du courant, distinguer quatre mouvements :

1. Il y a ceux qui sont d'accord pour reconnaître que le monde est mauvais et qu'aucune action humaine ne saurait le rendre meilleur, mais qui n'en continuent pas moins à vivre dans le compromis avec le monde, à s'accommoder, à contrecoeur, du mal et du mensonge (Choiseul, Arnauld d'Andilly).

2. D'autres constatent à l'intérieur du monde tel qu'il est une lutte entre le bien et le mal, entre la vérité et l'erreur, la piété et le péché, et voient la tâche du chrétien dans la participation active à cette lutte. La vérité et le bien peuvent avoir une place (réduite) dans le monde, et il faut se battre pour la leur donner. C'est le christianisme militant, " centriste " d'Antoine Arnauld et de Nicole.

3. Il y a ceux qui abandonnent entièrement le monde et lui opposent, sans compromis et aussi sans espoir de victoire, une exigence radicale de vérité et de piété (Jacqueline Pascal).

4. Enfin, ceux qui refusent non seulement tout compromis, mais aussi toute lutte pour la vérité et le bien dans le monde, et même toute affirmation de la vérité en face d'un monde qui ne saurait ni la comprendre, ni l'écouter (jansénisme extrémiste de Barcos).
La deuxième et la quatrième positions sont à retenir, dans la mesure où Pascal et Racine évoluent entre elles :
• Pascal passe de la deuxième (Provinciales) à la quatrième (Pensées)
• Racine en est à la quatrième avec des pièces comme Phèdre, Britannicus, Bérénice, et passe à la deuxième avec ses pièces bibliques Esther et Athalie.

LA VISION TRAGIQUE:

Seule la position de Barcos correspond à une vision tragique. La position arnaldienne laisse à l'homme l'espoir d'accomplir quelque chose de bien, même si cet accomplissement est limité. Rien de tel chez Barcos ; Littéralement, Barcos, c'est la tragédie, et Arnauld, le drame.
Mais quelle est donc la spécificité de la vision tragique ?

1. La vision tragique doit se situer d'abord par rapport au rationalisme.

La conscience tragique comprend très bien ce monde tout nouveau créé par le rationalisme ; elle sait tout ce qu'il contient de positif, de précieux, mais elle refuse d'accepter ce monde comme seule chance et seule perspective pour l'homme. Certes, la raison est importante, elle est capable de grandes choses, mais elle n'est pas tout l'homme, et surtout elle ne peut ni ne doit suffire à la vie humaine.
C'est pourquoi la conscience tragique est un appel à un retour à la morale et à la religion, au sens de foi à un ensemble de valeurs qui transcendent l'individu.

2. Le rationalisme a remplacé le couple de concepts communauté/univers par celui de société et d'espace.

Rationalisme et vision tragique sont d'accord sur le fait que l'individu ne trouve dans la société et dans l'espace aucune norme qui puisse le guider. Mais, alors que le rationalisme trouve la raison individuelle suffisante pour atteindre des valeurs authentiques, la vision tragique éprouve l'insuffisance radicale de cette société humaine et de cet espace physique, dans lequel aucune valeur humaine authentique n'a de fondement nécessaire (d'où la nécessité d'en appeler à des valeurs transcendantes).
Le problème central, pour la pensée tragique (et qu'elle ne résoudra pas) est le suivant : y a-t-il encore un moyen de réintégrer les valeurs supra individuelles dans cet espace qui a définitivement remplacé le cosmos des Grecs ? Le cosmos était vu comme une oeuvre d'art façonnée par la divinité. Sa transformation en espace purement physique fait que Dieu d'en trouve chassé, qu'il ne parle plus à l'homme de manière immédiate, que Dieu est devenu un Dieu caché.

3. Le dieu caché

Dieu est toujours là, mais il ne paraît jamais. Dieu est à la fois présent et absent. Le rationalisme a réduit l'univers à un ensemble de choses et, devant les puissances qu'il accorde à la raison, a jugé que Dieu était désormais inutile pour parvenir à la vérité. Pascal, en accord avec la vision tragique, veut réintroduire dans toute sa force la relation homme-Dieu, mais il se heurte à une impossibilité : Dieu est toujours présent et toujours absent, il est inatteignable, on l'a chassé du monde.

4. Mais qu'est-ce que le monde pour la conscience tragique ?

Le monde n'est rien, et il est tout.
Le monde n'est rien, parce que l'homme vit en permanence sous le regard de Dieu et que, mesuré à cette échelle, le monde apparaît comme inexistant. Dieu et le monde s'opposent de manière radicale. La conscience tragique ne connaît pas de degrés ni de passage progressif entre rien et tout. La présence divine impose une dévaluation radicale du monde.
Le monde est tout, car Dieu est absent du monde. Cette absence radicale et permanente fait du monde la seule réalité en face de laquelle se trouve l'homme et à laquelle il peut et doit opposer son exigence de réalisation de valeurs absolues.

5. Oui et non

En face de ce monde, l'homme tragique ne peut dire que oui et non. Il cherche uniquement l'absolu et ne trouve dans le monde que le relatif. Oui, parce qu'il faut poser absolument l'exigence de la réalisation intramondaine des valeurs; non, a cause du refus d'un monde essentiellement insuffisant dans lequel les valeurs sont irréalisables. L'homme tragique a une conscience très aiguë de ces limitations, mais cette conscience des limites lui permet d'atteindre sur le plan de la connaissance un degré de précision et d'objectivité extraordinaire.

6. Que signifie concrètement refuser le monde ?

Le monde propose à la conscience un certain nombre de choix entre plusieurs possibilités contraires, qui s'excluent, et dont aucune n'est valable et suffisante. Le refus intramondain du monde, c'est le refus de choisir et de se contenter d'un de ces choix, c'est le fait de juger clairement et sans réticences leur insuffisance et leur limitation, et leur opposer l'exigence de valeurs réelles et univoques. C'est opposer au monde l'exigence d'une totalité, d'une union des contraires (le monde et Dieu) au nom de laquelle toute tentative de compromis équivaut à la déchéance suprême. C'est là l'essence même de la conscience tragique et, pour elle, le paradoxe est la seule manière d'exprimer des choses valables. Les Pensées en sont pleines. Renoncer au paradoxe, c'est renoncer à l'exigence de totalité, et déchoir.

7. La conversion

La conversion est dès lors la compréhension (intemporelle) des vraies valeurs divines et humaines ; l'homme et le monde sont insuffisants et vains. Cette conversion est nécessaire et elle prend la forme d'un pari. En effet, placé entre un monde muet et un Dieu caché qui ne parle jamais, l'homme tragique n'a aucun titre théorique rigoureux et suffisamment fondé pour affirmer l'existence de Dieu. Et ce Dieu, sur l'existence duquel il faut parier est le seul être à qui s'adresse la pensée et la parole de l'homme tragique. Cette parole est donc un monologue, ou plus exactement un dialogue solitaire.

GOLDMANN CRITIQUE DE RACINE

Le concept de vision du monde (Weltaschauung) permet de dégager la cohérence de chaque tragédie de Racine. La vision tragique s'y trouve exprimée par trois concepts fondamentaux: Dieu, le monde, et le héros tragique.
Dans Phèdre (le meilleur modèle), on voit d'abord le héros tragique vivre dans l'illusion que l'exigence absolue est réalisable. Phèdre est le héros tragique. Au moment où elle apparaît (1, 3), elle affirme son refus du monde, elle veut mourir, sachant que ses exigences sont irréalisables. Elle s'adresse au Soleil, Dieu muet, exigeant et qui condamne; elle est radicalement seule, d'emblée héroïne tragique.
Mais, sous la pression d'Oenone, elle entre dans l'illusion que la réalisation est possible sans compromis. Le dialogue est ainsi engagé avec le monde, jusqu'à l'aveu à Hippolyte, qui est le moment où elle mène jusqu'au bout sa tentative de réalisation de ses exigences: Hippolyte, idéalisé, parfait aux yeux de Phèdre, c'est l'exigence absolue.
Mais Hippolyte, "mondain", reçoit l'aveu de Phèdre comme quelque chose de scandaleux, de monstrueux. Phèdre réalise alors l'impossibilité de réaliser son exigence absolue dans ce monde. Elle devrait mourir, mais elle espère encore, pensant qu'il y a malentendu. À ce moment-là, l'image divine est Vénus.
Coup de théâtre : Thésée est vivant, et il arrive. Avec son retour, le monde se dresse, avec ses lois sans valeur pour Phèdre, qui apprend par surcroît qu'Hippolyte aime Aricie. Dès lors, Phèdre doit reconnaître qu'Hippolyte ne correspond en aucune manière à son exigence absolue. Elle a ouvert les yeux complètement : la mort est inévitable et nécessaire. Elle reconnaît sa faute : son illusion. Elle se retire de la scène et du monde, doublement coupable :
- coupable devant le Ciel de son illusion
- coupable devant le monde d'avoir violé les lois du monde.
Elle nous donne à voir la solitude absolue du héros tragique. Phèdre disparue, le monde retrouve ses habitudes, ses réconciliations, ses compromissions, sa superficialité, son inauthenticité.

D'après Le dieu caché. Étude sur la vision tragique dans les Pensées de Pascal et dans le théâtre de Racine, Paris, Gallimard, Bibliothèque des Idées, © 1959
J.-F. Jobin (relecture mai 1999)