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sujets de POndichéry 2007

sujets de POndichéry 2007

Posté le 18.05.2007 par lireenpremiere
CENTRES ÉTRANGERS
SÉRIES ES / S

Objet d'étude : Le biographique.
Textes :
Texte A : Nathalie Sarraute, Enfance (1983)
Texte B : Marguerite Duras, L'Amant de la Chine du Nord (1991 )
Texte C : Charles Juliet, Lambeaux (1995)
Texte D : Sophie Calle, "Le portrait", Des Histoires vraies + dix (2002)

Texte A - Nathalie Sarraute (1900-1999), Enfance (1983).
Je suis assise près de maman dans une voiture fermée tirée par un cheval, nous cahotons sur une route poussiéreuse. Je tiens le plus près possible de la fenêtre un livre de la Bibliothèque rose, j'essaie de lire malgré les secousses, malgré les objurgations1 de maman : « Arrête-toi maintenant, ça suffit, tu t'abîmes les yeux... »
La ville où nous nous rendons porte le nom de Kamenetz Podolsk. Nous y passerons l'été chez mon oncle Gricha Chatounovski, celui des frères de maman qui est avocat.
Ce vers quoi nous allons, ce qui m'attend là-bas, possède toutes les qualités qui font de « beaux souvenirs d'enfance »... de ceux que leurs possesseurs exhibent d'ordinaire avec une certaine nuance de fierté. Et comment ne pas s'enorgueillir d'avoir eu des parents qui ont pris soin de fabriquer pour vous, de vous préparer de ces souvenirs en tout point conformes aux modèles les plus appréciés, les mieux cotés ? J'avoue que j'hésite un peu...
− Ça se comprend... une beauté si conforme aux modèles...
Mais après tout, pour une fois que tu as cette chance de posséder, toi aussi, de ces souvenirs, laisse-toi aller un peu, tant pis, c'est si tentant...
− Mais ils n'étaient pas faits pour moi, ils m'étaient juste prêtés, je n'ai pu en goûter que des parcelles...
− C'est peut-être ce qui les a rendus plus intenses... Pas d'affadissement possible. Aucune accoutumance...
− Oh pour ça non. Tout a conservé son exquise perfection: la vaste maison familiale pleine de recoins, de petits escaliers... la « salle », comme on les appelait dans les maisons de la vieille Russie, avec un grand piano à queue, des glaces partout, des parquets luisants, et tout le long des murs des chaises couvertes de housses blanches... La longue table de la salle à manger où à chacun des bouts sont assis, se faisant face, se parlant de loin, se souriant, le père et la mère, entre leurs quatre enfants, deux garçons et deux filles...
1. objurgations : paroles pressantes par lesquelles on essaie de dissuader une personne.

Texte B - Marguerite Duras (1914-1996), L'Amant de la Chine du Nord (1991).
[Marguerite Duras relate son enfance et son adolescence en Indochine, une colonie française où sa mère est venue comme institutrice. Dans cet extrait, elles sont sur le bateau qui les ramène en France.]
L'enfant va voir vers le bar, elle n'entre pas bien sûr, elle va sur l'autre pont. Là il n'y a personne. Les voyageurs sont à bâbord pour guetter l'arrivée du vent de la haute mer. De ce côté-là du navire il y a seulement un très jeune homme. Il est seul. Il est accoudé au bastingage. Elle passe derrière lui. Il ne se retourne pas sur elle. Il ne l'a sans doute pas vue. C'est curieux qu'à ce point il ne l'ait pas vue.
Elle non plus n'a pas pu voir son visage, mais elle se souvient de ce manque à voir de son visage comme d'un manque à voir du voyage.
Oui, c'est bien ça, il portait une sorte de blazer. Bleu. A rayures blanches. Un pantalon du même bleu il portait aussi, mais uni.
L'enfant était allée au bastingage. Parce qu'ils étaient si seuls tous les deux de ce côté-là du bateau sur ce pont désert, elle aurait tellement voulu qu'ils se parlent. Mais non. Elle avait attendu quelques minutes. Il ne s'était pas retourné. H désirait rester seul, plus que tout au monde il désirait ça, être seul. L'enfant était repartie.
L'enfant n'avait jamais oublié cet inconnu, sans doute parce qu'elle lui aurait raconté l'histoire de son amour avec un Chinois de Choten.
Au bout du pont, lorsqu'elle s'était retournée, il n'était plus là.
Elle descend dans les coursives1. Elle cherche encore la double cabine où elles ont leurs couchettes, la mère et elle.
Et puis elle s'arrête de chercher tout à coup. Elle sait que ça ne sert à rien, la mère restera introuvable.
Elle remonte sur le pont-promenade.
Sur l'autre pont l'enfant ne trouve plus sa mère non plus.
Et puis elle la voit, elle est plus loin cette fois-ci, elle dort encore, dans une autre chaise longue, légèrement tournée vers l'avant. L'enfant ne la réveille pas. Elle retourne encore dans les coursives. Elle attend encore. Puis elle repart encore. Elle cherche son petit frère Paulo. Et puis elle cesse de le chercher. Et puis elle repart vers les coursives. Et elle se couche là, devant la double cabine dont la mère a oublié de lui donner la deuxième clé et elle se souvient. Et elle pleure.
S'endort.
Un haut-parleur avait annoncé que la terre avait disparu. Qu'on a atteint la pleine mer. L'enfant hésite et puis elle remonte sur le pont. Une houle très légère est arrivée avec le vent de la mer.
Sur le bateau la nuit est arrivée. Tout est éclairé, les ponts, les salons, les coursives. Mais pas la mer, la mer est dans la nuit. Le ciel est bleu dans la nuit noire, mais le bleu du ciel ne se reflète pas dans la mer si calme soit-elle et si noire.
Les passagers sont de nouveau accoudés au bastingage. Ils regardent vers ce qu'ils ne voient plus. Ils ne veulent pas rater l'arrivée des premières vagues de la haute mer et avec elles celle de la fraîcheur du vent qui d'un seul coup s'abat sur la mer.
L'enfant cherche encore sa mère. Elle la retrouve cette fois encore endormie dans ce sommeil d'immigrée à la recherche d'une terre d'asile. Elle la laisse dormir.
1. coursives : dans un navire, couloirs intérieurs ou extérieurs entre les cabines.

Texte C - Charles Juliet (1934), Lambeaux (1995)
Tu es le dernier des quatre enfants.
Quand le drame est survenu et que ta mère a été hospitalisée, des voisins t'ont recueilli et gardé quelques semaines. Puis au début de l'année, ton père t'a confié à M. et Mme R., des paysans qui vivaient dans un village de la plaine. En plus de la nombreuse famille qu'elle élevait, Mme R. avait déjà en nourrice deux petites filles dont la mère avait perdu une jambe lors d'un accident. Ecrasée de travail, Mme R. avait d'abord refusé de te prendre. Mais lorsque par la suite elle avait appris que tu allais être placé chez une vieille femme qui se saoulait et vivait dans un taudis, elle avait accepté de dépanner ton père, afin de lui laisser le temps de chercher une nourrice acceptable. Lorsque enfin il en eut trouvé une et qu'il vint te chercher, Mme R. et ses cinq filles ne voulurent pas te laisser partir. Elles s'étaient attachées à ce nourrisson et dirent à ton père qu'elles s'occuperaient de toi comme si tu étais un fils de la famille.
Pourtant, le bébé que tu étais aurait dû les excéder et les pousser à refuser de te garder. Car jour et nuit, les épuisant l'une après l'autre, tu ne cessais de pleurer. (Tu pleuras tant qu'un muscle de l'aine se déchira et qu'il fallut l'opérer d'une hernie.) Elles étaient aux petits soins pour toi, elles te nourrissaient comme il convient, te parlaient, te berçaient, te dorlotaient, mais rien ne pouvait apaiser tes pleurs.
Ton père ayant oublié de leur indiquer ton prénom, elles choisirent de l'appeler Jean, à l'instar du fils du boucher, un garçon plaisant, sympathique, que tout le village appréciait. T'attribuer son prénom, c'était marquer l'espoir que tu aurais chance de lui ressembler, de recevoir en partage certaines de ses qualités.

Texte D - Sophie Calle (1953), "Le Portrait", Des histoires vraies + dix (2002)
[Sophie Calle est une artiste contemporaine née en 1953 qui mêle photographie et écriture.]

LE PORTRAIT
J'ai neuf ans. En fouillant dans le courrier de ma mère, j'ai trouvé une lettre qui lui était adressée et qui commençait ainsi : "Chérie, j'espère que tu songes sérieusement à mettre notre Sophie en pension..." La lettre était signée du nom d'un ami de ma mère. J'en ai conclu que c'était lui mon vrai père. Lorsqu'il nous rendait visite, je m'asseyais sur ses genoux et, mes yeux dans les siens, j'attendais des aveux. Devant son indifférence et son mutisme il m'arrivait de douter. Alors je relisais la lettre volée. Je l'avais cachée derrière le tableau de la salle à manger, une peinture de l'école flamande, datant de la fin du XVème siècle, intitulée Luce de Montfort, représentant une jeune femme en buste, légèrement de profil à gauche, le regard de face, le visage pris dans une coiffe blanche et empesée, vêtue d'un pourpoint rose.

I- Après avoir pris connaissance de l'ensemble des textes, vous répondrez d'abord â la question suivante (4 points) :
Dans les quatre textes du corpus chaque auteur parle de lui-même. Analysez renonciation de chacun des extraits en commentant l'intérêt des choix opérés.

II. Vous traiterez ensuite, au choix, l'un des sujets suivants (16 points) :
• Commentaire
Vous commenterez le texte de Marguerite Duras à partir de : "Elle descend dans les coursives" ( ) jusqu'à la fin.
• Dissertation
Le souci de vérité dans l'écriture autobiographique interdit-il mise en scène, détour, masques littéraires ?
• Invention
L'éditeur de Sophie Calle a été intrigué par la présence du tableau flamand dans son autobiographie. Dans une lettre, elle lui répond pour en justifier la nécessité. Vous rédigerez cette lettre.



CENTRES ÉTRANGERS
SÉRIES TECHNOLOGIQUES

Objet d'étude : La poésie.
Corpus :
Texte 1 : Victor HUGO, Les Contemplations, IV, 1856.
Texte 2 : Paul ELUARD, Sept poèmes d'amour en guerre, 1943,
Texte 3 : René-Guy CADOU, Hélène ou le règne végétal, 1945,
Texte 4 : Jean TARDIEU, Formeries, 1976.

Texte 1 : Victor HUGO, Les Contemplations, IV, 1856.
[Dans la seconde partie du recueil Les Contemplations, Victor Hugo évoque sa douleur de père après la mort de sa fille]
Oh ! je fus comme fou dans le premier moment,
Hélas ! et je pleurai trois jours amèrement.
Vous tous à qui Dieu prit votre chère espérance,
Pères, mères, dont l'âme a souffert ma souffrance,
Tout ce que j'éprouvais, l'avez-vous éprouvé ?
Je voulais me briser le front sur le pavé ;
Puis je me révoltais, et, par moments, terrible,
Je fixais mes regards sur cette chose horrible,
Et je n'y croyais pas, et je m'écriais : Non !
− Est-ce que Dieu permet de ces malheurs sans nom
Qui font que dans le cœur le désespoir se lève ? −
Il me semblait que tout n'était qu'un affreux rêve,
Qu'elle ne pouvait pas m'avoir ainsi quitté,
Que je l'entendais rire en la chambre à côté,
Que c'était impossible enfin qu'elle fût morte,
Et que j'allais la voir entrer par cette porte !
Oh ! que de fois j'ai dit : Silence ! elle a parlé !
Tenez ! voici le bruit de sa main sur la clé !
Attendez ! elle vient ! laissez-moi, que j'écoute !
Car elle est quelque part dans la maison sans doute !
Jersey, 4 septembre 1852

Texte 2 : Paul ELUARD, Sept poèmes d'amour en guerre, Au rendez-vous allemand, 1943.
Au nom du front parfait profond
Au nom des yeux que je regarde
Et de la bouche que j'embrasse
Pour aujourd'hui et pour toujours
Au nom de l'amour enterré
Au nom des larmes dans le noir
Au nom des plaintes qui font rire
Au nom des rires qui font peur
Au nom des rires dans la rue
De la douceur qui lie nos mains
Au nom des fruits couvrant les fleurs
Sur une terre belle et bonne
Au nom des hommes en prison
Au nom des femmes déportées
Au nom de tous nos camarades
Martyrisés et massacrés
Pour n'avoir pas accepté l'ombre
II nous faut drainer la colère
Et faire se lever le fer
Pour préserver l'image haute
Des innocents partout traqués
Et qui partout vont triompher.

Texte 3 : René-Guy CADOU (1920-1951), Hélène ou le règne végétal, 1945.
Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires
Dans les années de sécheresse quand le blé
Ne monte pas plus haut qu'une oreille dans l'herbe
Qui écoute apeurée la grande voix du temps
Je t'attendais et tous les quais toutes les routes
Ont retenti du pas brûlant qui s'en allait
Vers toi que je portais déjà sur mes épaules
Comme une douce pluie qui ne sèche jamais
Tu ne remuais encore que par quelques paupières
Quelques pattes d'oiseaux dans les vitres gelées
Je ne voyais en toi que cette solitude
Qui posait ses deux mains de feuille sur mon cou
Et pourtant c'était toi dans le clair de ma vie
Ce grand tapage matinal qui m'éveillait
Tous mes oiseaux tous mes vaisseaux tous mes pays
Ces astres ces millions d'astres qui se levaient
Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres
Pétillaient dans le soir ainsi qu'un vin nouveau
Quand les portes s'ouvraient sur des villes légères
Où nous allions tous deux enlacés par les rues.

Texte 4 : Jean TARDIEU, Formeries, L'accent grave et l'accent aigu, 1976.
Conjugaisons et interrogations
J'irai je n'irai pas je n'irai pas
Je reviendrai Est-ce que je reviendrai ?
Je reviendrai Je ne reviendrai pas
Pourtant je partirai (serais-je déjà parti ?)
Parti reviendrai-je ?
Et si je partais ? Et si je ne partais pas ? Et si je ne revenais pas ?
Elle est partie, elle ! Elle est bien partie. Elle ne revient pas
Est-ce qu'elle reviendra ? Je ne crois pas Je ne crois pas qu'elle revienne
Toi, tu es là Est-ce que tu es là ? Quelquefois tu n'es pas là.
Ils s'en vont, eux. Ils vont ils viennent
Ils partent ils ne partent pas ils reviennent ils ne reviennent plus
Si je partais, est-ce qu'ils reviendraient ?
Si je restais, est-ce qu'ils partiraient ?
Si je pars, est-ce que tu pars ?
Est-ce que nous allons partir ?
Est-ce que nous allons rester ?
Est-ce que nous allons partir ?

I. Vous répondrez d'abord aux questions suivantes (6 points)
1. Quelles remarques pouvez-vous faire sur la forme poétique de chacun de ces poèmes ? (2 points)
2. Quelles fonctions les poètes attribuent-ils à la poésie dans chacun des textes du corpus ? Vous justifierez votre réponse en vous fondant sur les procédés d'écriture qui vous semblent les plus remarquables. (4 points)

II. Vous traiterez un de ces sujets au choix (14 points):
• Commentaire
Vous commenterez le texte de René-Guy CADOU
- en vous intéressant d'abord à la façon dont le poète évoque la rencontre avec la femme aimée et la naissance du couple
- puis en étudiant comment le poète associe la femme aimée au monde.

• Dissertation
On associe souvent poésie et lyrisme. La poésie consiste-t-elle seulement pour les poètes à exprimer leurs sentiments personnels ? Vous répondrez à cette question en utilisant les textes du corpus, mais aussi des exemples empruntés aux œuvres étudiées en classe ou lues personnellement.

• Invention
Vous êtes directeur d'une revue poétique. À un lecteur ou une lectrice qui a affirmé que la poésie était inutile dans notre monde actuel, vous répondez sous la forme d'une lettre en prenant la défense de la poésie.
Vous utiliserez les textes du corpus mais aussi les textes et les œuvres étudiés ou lus personnellement.
Vous présenterez votre travail sous la forme d'une lettre mais sans la signer.




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:: Les commentaires des internautes

poésie
Posté par tatou le 08.05.2008
je pourrais avoir la correction du corpus sur la poésie ou il y a les p$oéme de paul eluard et de hugo svp c'est urgent

cadou
Posté par tatou le 08.05.2008
kelkin pourai me donné les reponsse au question sur les texte de paul eluar,de hugo et les otres svp



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