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06.11.2006
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Autre sujet sur le thème du bonheur dans son rapport à l'amour

Posté le 02.05.2008 par lireenpremiere
Peut-être des pistes de réflexion dans cet autre sujet proposé avec un corpus de textes sur le bonheur.

par Annelyse Mandon
Un corpus sur le bonheur…pour les classes de 1° S

texte 1. Madame du Châtelet, Discours sur le bonheur, publié en 1779.

Le Discours sur le bonheur d'Emilie du Châtelet pourrait être simplement l'exercice de grande intelligence d'une femme du XVIII° siècle éprise de connaissances, de sciences, traductrice de Newton, férue de mathématiques et de philosophie, ce qui déjà serait précieux, dès lors qu'il s'agit de l'entrée des femmes sur la scène intellectuelle. Mais elle fut aussi, longtemps, la compagne de Voltaire qui peu à peu la délaissa.

"(…)
J'ai dit que plus notre bonheur dépend de nous, et plus il est assuré ; et cependant la passion, qui peut nous donner de plus grands plaisirs et nous rendre le plus heureux, met entièrement notre bonheur dans la dépendance des autres : on voit bien que je veux parler de l'amour.

Cette passion est peut-être la seule qui puisse nous faire désirer de vivre, et nous engager à remercier l'auteur de la nature, quel qu'il soit, de nous avoir donné l'existence. Mylord Rochester a bien raison de dire que les dieux ont mis cette goutte céleste dans le calice de la vie pour nous donner le courage de la supporter .

Il faut aimer, c'est ce qui nous soutient.

Car sans l'amour, il est triste d'être homme.

Si ce goût mutuel, qui est un sixième sens, et le plus fin, le plus délicat, le plus précieux de tous, se trouve rassembler deux âmes également sensibles au bonheur, au plaisir, tout est dit, on n'a plus rien à faire pour être heureux, tout le reste est indifférent ; il n'y a que la santé qui y soit nécessaire. Il faut employer toutes les facultés de son âme à jouir de ce bonheur ; il faut quitter la vie quand on le " perd ", et être bien sûr que les années de Nestor ne sont rien au prix d'un quart d'heure d'une telle jouissance. Il est juste qu'un tel bonheur soit rare ; s'il était commun, il vaudrait bien mieux être homme que d'être dieu, du moins tel que nous pouvons nous le représenter. Ce qu'on peut faire de mieux est de se persuader que ce bonheur n'est pas impossible. Je ne sais cependant si l'amour a jamais rassemblé deux personnes faites à tel point l'une pour l'autre qu'elles ne connussent jamais la satiété de la jouissance, ni le refroidissement qu'entraîne la sécurité, ni l'indolence et la tiédeur qui naissent de la facilité et de la continuité d'un commerce dont l'illusion ne se détruit jamais (car où en entre-t-il plus que dans l'amour ?), et dont l'ardeur, enfin, fût égale dans la jouissance et dans la privation, et pût supporter également les malheurs et les plaisirs.

Un cœur capable d'un tel amour, une âme si tendre et si ferme paraît avoir épuisé le pouvoir de la divinité ; il en naît une en un siècle : il semble que d'en produire deux soit au-dessus de ses forces, ou que si elle les a produites, elle serait jalouse de leurs plaisirs, si elles se rencontraient ; mais l'amour peut nous rendre heureux à moins de frais : une âme tendre et sensible est heureuse par le seul plaisir qu'elle trouve à aimer ; je ne veux pas dire par là qu'on puisse être parfaitement heureux en aimant, quoiqu'on ne soit pas aimé ; mais je dis que, quoique nos idées de bonheur ne se trouvent pas entièrement remplies par l'amour de l'objet que nous aimons, le plaisir que nous sentons à nous livrer à toute notre tendresse peut suffire pour nous rendre heureux ; et si cette âme a encore le bonheur d'être susceptible d'illusion, il est impossible qu'elle ne se croie pas plus aimée qu'elle ne l'est peut-être en effet ; elle doit tant aimer qu'elle aime pour deux, et que la chaleur de son cœur supplée à ce qui manque réellement à son bonheur [...]

Voilà comme est fait le cœur humain, et qu'on ne croie pas que j'en parle par rancune : j'ai reçu de Dieu, il est vrai, une des ces âmes tendres et immuables qui ne savent ni déguiser ni modérer leurs passions, qui ne connaissent ni l'affaiblissement ni le dégoût, et dont la ténacité sait résister à tout, même à la certitude de n'être plus aimée ; mais j'ai été heureuse pendant dix ans par l'amour de celui qui avait subjugué mon âme ; et ces dix ans, je les ai passés tête à tête avec lui sans aucun moment de dégoût, ni de langueur. Quand l'âge, les maladies, peut-être aussi un peu la facilité de la jouissance ont diminué son goût, j'ai été longtemps sans m'en apercevoir ; j'aimais pour deux, je passais ma vie entière avec lui, et mon cœur, exempt de soupçon, jouissait du plaisir d'aimer et de l'illusion de se croire aimé...


Texte 2. Guy de Maupassant : Le bonheur.
Texte publié dans Le Gaulois du 16 mars 1884, puis publié dans le recueil Contes du jour et de la nuit.

C'était l'heure du thé, avant l'entrée des lampes. La villa dominait la mer; le soleil disparu avait laissé le ciel tout rose de son passage, frotté de poudre d'or; et la Méditerranée, sans une ride, sans un frisson, lisse, luisante encore sous le jour mourant, semblait une plaque de métal polie et démesurée.
Au loin, sur la droite, les montagnes dentelées dessinaient leur profil noir sur la pourpre pâlie du couchant.
On parlait de l'amour, on discutait ce vieux sujet, on redisait des choses qu'on avait dites, déjà, bien souvent. La mélancolie douce du crépuscule ralentissait les paroles, faisait flotter un attendrissement dans les âmes, et ce mot: "amour", qui revenait sans cesse, tantôt prononcé par une forte voix d'homme, tantôt dit par une voix de femme au timbre léger, paraissait emplir le petit salon, y voltiger comme un oiseau, y planer comme un esprit.
Peut-on aimer plusieurs années de suite ?
- Oui, prétendaient les uns.
- Non, affirmaient les autres.
On distinguait les cas, on établissait des démarcations, on citait des exemples; et tous, hommes et femmes, pleins de souvenirs surgissants et troublants, qu'ils ne pouvaient citer et qui leur montaient aux lèvres, semblaient émus, parlaient de cette chose banale et souveraine, l'accord tendre et mystérieux de deux êtres, avec une émotion profonde et un intérêt ardent.
Mais tout à coup quelqu'un, ayant les yeux fixés au loin, s'écria :
- Oh ! voyez, là-bas, qu'est-ce que c'est ?
Sur la mer, au fond de l'horizon, surgissait une masse grise, énorme et confuse. Les femmes s'étaient levées et regardaient sans comprendre cette chose surpenante qu'elles n'avaient jamais vue.
Quelqu'un dit :
- C'est la Corse ! On l'aperçoit ainsi deux ou trois fois par an dans certaines conditions d'atmosphère exceptionnelles, quand l'air, d'une limpidité parfaite, ne la cache plus par ces brumes de vapeur d'eau qui voilent toujours les lointains.
On distinguait vaguement les crêtes, on crut reconnaître la neige des sommets. Et tout le monde restait surpris, troublé, presque effrayé par cette brusque apparition d'un monde, par ce fantôme sorti de la mer. Peut-être eurent-ils des visions étranges, ceux qui partirent, comme Colomb, à travers les océans inexplorés.

Alors, un vieux monsieur, qui n'avait pas encore parlé, prononça :
- Tenez, j'ai connu dans cette île, qui se dresse devant nous, comme pour répondre elle-même à ce que nous disions et me rappeler un singulier souvenir, j'ai connu un exemple admirable d'un amour constant, d'un amour invraisemblablement heureux.
Le voici. Je fis, voilà cinq ans, un voyage en Corse. Cette île sauvage est plus inconnue et plus loin de nous que l'Amérique, bien qu'on la voie quelquefois des côtes de France, comme aujourd'hui.
Figurez-vous un monde encore en chaos, une tempête de montagnes que séparent des ravins étroits où roulent des torrents; pas une plaine, mais d'immenses vagues de granit et de géantes ondulations de terre couvertes de maquis ou de hautes forêts de châtaigniers et de pins. C'est un sol vierge, inculte, désert, bien que parfois on aperçoive un village, pareil à un tas de rochers au sommet d'un mont. Point de culture, aucune industrie, aucun art. On ne rencontre jamais un morceau de bois travaillé, un bout de pierre sculptée, jamais le souvenir du goût enfantin ou raffiné des ancêtres pour les choses gracieuses et belles. C'est là même ce qui frappe le plus en ce superbe et dur pays: l'indifférence héréditaire pour cette recherche des formes séduisantes qu'on appelle l'art.

L'Italie, où chaque palais, plein de chefs-d'oeuvre, est un chef-d'oeuvre lui-même, où le marbre, le bois, le bronze, le fer, les métaux et les pierres attestent le génie de l'homme, où les plus petits objets anciens qui traînent dans les vieilles maisons révèlent ce divin souci de la grâce, est pour nous tous la patrie sacrée que l'on aime parce qu'elle nous montre et nous prouve l'effort, la grandeur, la puissance et le triomphe de l'intelligence créatrice.
Et, en face d'elle, la Corse sauvage est restée telle qu'en ses premiers jours. L'être y vit dans sa maison grossière, indifférent à tout ce qui ne touche point son existence même ou ses querelles de famille. Et il est resté avec les défauts et les qualités des races incultes, violent, haineux, sanguinaire avec inconscience, mais aussi hospitalier, généreux, dévoué, naïf, ouvrant sa porte aux passants et donnant son amitié fidèle pour la moindre marque de sympathie.

Donc, depuis un mois, j'errais à travers cette île magnifique, avec la sensation que j'étais au bout du monde. Point d'auberges, point de cabarets, point de routes. On gagne, par des sentiers à mulets, ces hameaux accrochés au flanc des montagnes, qui dominent des abîmes tortueux d'où l'on entend monter, le soir, le bruit continu, la voix sourde et profonde du torrent. On frappe aux portes des maisons. On demande un abri pour la nuit et de quoi vivre jusqu'au lendemain. Et on s'assoit à l'humble table, et on dort sous l'humble toit; et on serre, au matin, la main tendue de l'hôte qui vous a conduit jusqu'aux limites du village.
Or, un soir, après dix heures de marche, j'atteignis une petite demeure toute seule au fond d'un étroit vallon qui allait se jeter à la mer une lieue plus loin. Les deux pentes rapides de la montagne, couvertes de maquis, de rocs éboulés et de grands arbres, enfermaient comme deux sombres murailles ce ravin lamentablement triste.
Autour de la chaumière, quelques vignes, un petit jardin, et plus loin, quelques grands châtaigniers, de quoi vivre enfin, une fortune pour ce pays pauvre.
La femme qui me reçut était vieille, sévère et propre, par exception. L'homme, assis sur une chaise de paille, se leva pour me saluer, puis se rassit sans dire un mot. Sa compagne me dit :
- Excusez-le; il est sourd maintenant. Il a quatre-vingt-deux ans.
Elle parlait le francais de France. Je fus surpris. Je lui demandai :
- Vous n'êtes pas de Corse ?
Elle répondit :
- Non, nous sommes des continentaux. Mais voilà cinquante ans que nous habitons ici.
Une sensation d'angoisse et de peur me saisit à la pensée de ces cinquante années écoulées dans ce trou sombre, si loin des villes où vivent les hommes. Un vieux berger rentra, et l'on se mit à manger le seul plat du dîner, une soupe épaisse où avaient cuit ensemble des pommes de terre, du lard et des choux.

Lorsque le court repas fut fini, j'allai m'asseoir devant la porte, le coeur serré par la mélancolie du morne paysage, étreint par cette détresse qui prend parfois les voyageurs en certains soirs tristes, en certains lieux désolés. Il semble que tout soit près de finir, l'existence et l'univers. On perçoit brusquement l'affreuse misère de la vie, l'isolement de tous, le néant de tout, et la noire solitude du coeur qui se berce et se trompe lui-même par des rêves jusqu'à la mort.
La vieille femme me rejoignit et, torturée par cette curiosité qui vit toujours au fond des âmes les plus résignées :
- Alors. vous venez de France ? dit-elle.
- Oui, je voyage pour mon plaisir.
- Vous êtes de Paris, peut-être ?
- Non, je suis de Nancy.
Il me sembla qu'une émotion extraordinaire l'agitait. Comment ai-je vu ou plutôt senti cela, je n'en sais rien. Elle répéta d'une voix lente :
- Vous êtes de Nancy ?
L'homme parut dans la porte, impassible comme sont les sourds. Elle reprit :
- Ça ne fait rien. Il n'entend pas.
Puis, au bout de quelques secondes :
- Alors, vous connaissez du monde à Nancy ?
- Mais oui, presque tout le monde.
- La famille de Sainte-Allaize ?
- Oui, très bien; c'étaient des amis de mon père.
- Comment vous appelez-vous ?
Je dis mon nom. Elle me regarda fixement, puis prononça, de cette voix basse qu'éveillent les souvenirs :
- Oui, oui, je me rappelle bien. Et les Brisemare qu'est-ce qu'ils sont devenus ?
- Tous sont morts.
- Ah ! Et les Sirmont, vous les connaissiez ?
- Oui, le dernier est général.
Alors elle dit, frémissante d'émotion, d'angoisse, de je ne sais quel sentiment confus, puissant et sacré, de je ne sais quel besoin d'avouer, de dire tout, de parler de ces choses qu'elle avait tenues jusque-là enfermées au fond de son coeur, et de ces gens dont le nom bouleversait son âme :
- Oui, Henri de Sirmont. Je le sais bien. C'est mon frère.

Et je levai les yeux vers elle, effaré de surprise. Et tout d'un coup le souvenir me revint. Cela avait fait, jadis, un gros scandale dans la noble Lorraine. Une jeune fille, belle et riche, Suzanne de Sirmont, avait été enlevée par un sous-officier de hussards du régiment que commandait son père.
C'était un beau garçon, fils de paysans, mais portant bien le dolman bleu, ce soldat qui avait séduit la fille de son colonel. Elle l'avait vu, remarqué, aimé en regardant défiler les escadrons, sans doute. Mais comment lui avait-elle parlé, comment avaient-ils pu se voir, s'entendre ? comment avait-elle osé lui faire comprendre qu'elle l'aimait ? Cela, on ne le sut jamais.
On n'avait rien deviné, rien pressenti. Un soir, comme le soldat venait de finir son temps, il disparut avec elle. On les chercha, on ne les retrouva pas. On n'en eut jamais de nouvelles et on la considérait comme morte.

Et je la retrouvais ainsi dans ce sinistre vallon. Alors, je repris à mon tour :
- Oui, je me rappelle bien. Vous êtes mademoiselle Suzanne.
Elle fit "oui", de la tête. Des larmes tombaient de ses yeux. Alors, me montrant d'un regard le vieillard immobile sur le seuil de sa masure, elle me dit :
- C'est lui.
Et je compris qu'elle l'aimait toujours, qu'elle le voyait encore avec ses yeux séduits. Je demandai :
- Avez-vous été heureuse, au moins?
Elle répondit, avec une voix qui venait du coeur:
- Oh ! oui, très heureuse. Il m'a rendue très heureuse. Je n'ai jamais rien regretté.

Je la contemplais, triste, surpris, émerveillé par la puissance de l'amour! Cette fille riche avait suivi cet homme, ce paysan. Elle était devenue elle-même une paysanne. Elle s'était faite à sa vie sans charmes, sans luxe, sans délicatesse d'aucune sorte; elle s'était pliée à ses habitudes simples. Et elle l'aimait encore. Elle était devenue une femme de rustre, en bonnet, en jupe de toile. Elle mangeait dans un plat de terre sur une table de bois, assise sur une chaise de paille, une bouillie de choux et de pommes de terre au lard. Elle couchait sur une paillasse à son côté.

Elle n'avait jamais pensé à rien, qu'à lui ! Elle n'avait regretté ni les parures, ni les étoffes, ni les élégances, ni la mollesse des sièges, ni la tiédeur parfumée des chambres enveloppées de tentures, ni la douceur des duvets où plongent les corps pour le repos. Elle n'avait eu jamais besoin que de lui; pourvu qu'il fût là, elle ne désirait rien.

Elle avait abandonné la vie, toute jeune, et le monde, et ceux qui l'avaient élevée, aimée. Elle était venue, seule avec lui, en ce sauvage ravin. Et il avait été tout pour elle, tout ce qu'on désire, tout ce qu'on rêve, tout ce qu'on attend sans cesse, tout ce qu'on espère sans fin. Il avait empli de bonheur son existence, d'un bout à l'autre.

Elle n'aurait pas pu être plus heureuse.

Et toute la nuit, en écoutant le souffle rauque du vieux soldat étendu sur son grabat, à côté de celle qui l'avait suivi si loin, je pensais à cette étrange et simple aventure, à ce bonheur si complet, fait de si peu. Et je partis au soleil levant, après avoir serré la main des deux vieux époux.

Le conteur se tut. Une femme dit :
- C'est égal, elle avait un idéal trop facile, des besoins trop primitifs et des exigences trop simples. Ce ne pouvait être qu'une sotte.
Une autre prononça d'une voix lente :
- Qu'importe ! elle fut heureuse.

Et là-bas, au fond de l'horizon, la Corse s'enfonçait dans la nuit, rentrait lentement dans la mer, effaçait sa grande ombre apparue comme pour raconter elle-même l'histoire des deux humbles amants qu'abritait son rivage.


texte 3. Jean Anouilh, Antigone
En 1942, Jean Anouilh reprend, dans sa tragédie, l'Antigone du poète grec Sophocle (Ve siècle av. J.-C.). Créon, oncle d'Antigone et père de Hémon, est le roi de Thèbes. Sa conception du bonheur suppose la compromission que refuse sa nièce. Mais le choix de « la petite Antigone » conduit à la mort, et Créon sera le seul survivant de cette tragédie.

CRÉON. Marie-toi, vite, Antigone, sois heureuse. La vie n'est pas ce que tu crois. C'est une eau que les jeunes gens laissent couler sans le savoir, entre leurs doigts ouverts. Ferme tes mains, ferme tes mains, vite. Retiens-la. Tu verras, cela deviendra une petite chose dure et simple qu'on grignote, assis au soleil. Ils te diront tous le contraire parce qu'ils ont besoin de ta force et de ton élan. Ne les écoute pas. Ne m'écoute pas quand je ferai mon prochain discours devant le tombeau d'Étéocle. Ce ne sera pas vrai. Rien n'est vrai que ce qu'on ne dit pas... Tu l'apprendras toi aussi, trop tard, la vie c'est un livre qu'on aime, c'est un enfant qui joue à vos pieds, un outil qu'on tient bien dans sa main, un banc pour se reposer le soir devant sa maison. Tu vas me mépriser encore, mais de découvrir cela, tu verras, c'est la consolation dérisoire de vieillir, la vie, ce n'est peut-être tout de même que le bonheur.
ANTIGONE murmure, le regard perdu. Le bonheur...
CRÉON a un peu honte soudain. Un pauvre mot, hein ?
ANTIGONE, doucement. Quel sera-t-il, mon bonheur ? Quelle femme heureuse deviendra-t-elle, la petite Antigone ? Quelles pauvretés faudra-t-il qu'elle fasse elle aussi, jour par jour, pour arracher avec ses dents son petit lambeau de bonheur ? Dites, à qui devra-t-elle mentir, à qui sourire, à qui se vendre ? Qui devra-t-elle laisser mourir en détournant le regard ?
CRÉON hausse les épaules. Tu es folle, tais-toi.
ANTIGONE. Non, je ne me tairai pas ! Je veux savoir comment je m'y prendrai, moi aussi, pour être heureuse. Tout de suite, puisque c'est tout de suite qu'il faut choisir. Vous dites que c'est si beau la vie. Je veux savoir comment je m'y prendrai pour vivre.
CRÉON. Tu aimes Hémon ?
ANTIGONE. Oui, j'aime Hémon. J'aime un Hémon dur et jeune ; un Hémon exigeant et fidèle, comme moi. Mais si votre vie, votre bonheur doivent passer sur lui avec leur usure, si Hémon ne doit plus pâlir quand je pâlis, s'il ne doit pas me croire morte quand je suis en retard de cinq minutes, s'il ne doit plus se sentir seul au monde et me détester quand je ris sans qu'il sache pourquoi, s'il doit devenir prés de moi le monsieur Hémon, s'il doit apprendre A dire « oui », lui aussi, alors je n'aime plus Hémon !
CRÉON. Tu ne sais plus ce que tu dis. Tais-toi.
ANTIGONE. Si, je sais ce que je dis, mais c'est vous qui ne m'entendez plus. Je vous parle de trop loin maintenant, d'un royaume où vous ne pouvez plus entrer avec vos rides, votre sagesse, votre ventre. (Elle rit.) Ah ! je ris, Créon, je ris parce que je te vois à quinze ans, tout d'un coup ! C'est le même air d'impuissance et de croire qu'on peut tout. La vie t'a seulement ajouté tous ces petits plis sur le visage et cette graisse autour de toi.

I. QUESTIONS SUR LE CORPUS (3 x 1,5 = 4,5 points)

Résumez de façon concise (en quelques phrases) la conception du bonheur développée par chacun des textes
Attention : vous aurez soin de dégager préalablement les points communs, mais également les différences des ces textes, (tableau au brouillon) de façon à créer un plan commun qui pourra s'appliquer à chaque résumé ( = l'organisation de vos trois résumé doit être la même, à peu près)


II. ÉCRITURE
au choix :
1. commentaire composé du texte de Madame du Châtelet : une réflexion sur l'amour

2. ou commentaire composé du texte Maupassant : un texte narratif
attention : le texte, très long, ne peut être commenté en détail : voici un cas évident où le choix d'axes d'étude se justifie. Pour les définir, repérez bien les éléments-clés

3. ou invention et réécriture : Madame du Châtelet discute avec un adversaire, moraliste aigri un peu misanthrope, dans un salon parisien, et propose l'amour comme source du bonheur. En vous appuyant sur les textes du corpus, mais aussi sur votre propre culture, imaginez la scène, avec
• le débat entre deux personnages que tout oppose (sexe, âge, goûts et convictions, style même…)
• les éventuelles réactions des autres personnes présentes (exclamations, interventions pour relancer le sujet, réactions physiques marquées par les didascalies, etc.). Il s'agit à la fois d'argumenter, mais aussi de rendre vrai et vivant le débat, en alternant tonalité enjouée, séductrice (Madame du Châtelet) et tonalité plus moraliste ou plus cynique, caustique, amère (son opposant).

Pour ceux qui ont demandé un entraînement à l'entretien! URGENT

Posté le 02.05.2008 par lireenpremiere
Toujours d'accord pour demain 9 heures mais pas chez moi car j'ai du monde pour le petit déjeuner. Au LYCEE donc!
Confirmez combien vous serez. Si vous n'êtes que 3, on peut le faire au Highland café du Syrena , le nouveau centre commercial sur Xuan Dieu! Au-delà il vaut mieux être au lycée.
Faites passer si vous voyez le mot et envoyez un mail de confirmation!

Sur le site Etudes Littéraires, l'argumentation.

Posté le 30.04.2008 par lireenpremiere
Une mise au point très synthétique et efficace sur l'objet d'étude: convaincre, persuader, délibérer.
l'essai, l'apologue et le dialogue.

Je rappelle qu'il faut bien connaître le sens des termes qui figurent dans les libellés des objets d'étude: pensez que beaucoup d'interrogateurs commencent par là.
http://www.etudes-litteraires.com/argumentation.php

Poesie et ambivalence

Posté le 29.04.2008 par lireenpremiere
Comme promis...voici ma dissertation
bonnes vacances a tous !!


Pour Baudelaire, l’homme porte en lui « deux postulations simultanées, l’une vers Dieu, l’autre vers Satan ». En effet, l’homme est sujet aux aspirations contradictoires, toutes ambivalentes, qui déterminent sa condition. La recherche de la beauté, l’aspiration vers le Bien suprême, vers Dieu, ne sont pas dissociables d’un élan vers le Mal. L’attraction du mal est irrésistible, il existe toujours une part de mystère dans ce qui est maléfique, une satisfaction à commettre des péchés. Les Fleurs du Mal. Ces deux postulations ambivalentes peuvent se résumer à cet oxymore que Baudelaire a attribué à son recueil, symbolisant toute sa problématique artistique à savoir comment extraire la Beauté du Mal. De même, un recueil voit le jour au XXème siècle portant le titre de L’Enchanteur Pourrissant. En réécrivant la légende de Merlin, Apollinaire a-t-il voulu illustrer la condition de celui qui « enchante », qui charme, qui est celle d’être condamné à la finitude ? Les poètes ne choisissent pas de titres au hasard, surtout ceux d’une œuvre à part entière. Celui-ci doit illustrer le projet artistique de l’auteur, doit en quelques mots exprimer l’essence de sa poésie. Or ces « formules », pour revenir sur la qualité incantatoire de la poésie, en diraient autant qu’un long essai philosophique sur la condition humaine, voire plus. En quoi la poésie est-elle donc particulièrement apte à traduire les ambivalences de la condition humaine ?
Nous allons d’abord voir en quoi la poésie permet de traduire avec tant de justesse cet élan de l’homme vers un Idéal qui relève du Bien, en célébrant le monde. Mais l’enjeu de la condition humaine est plus complexe que cela, car l’homme malgré tout a de fortes pulsions vers le Mal. Enfin, nous allons voir en quoi la poésie est l’expression même du rapport que l’homme entretient avec le monde.




« Chaque homme porte en lui la forme entière de l’humaine condition » a dit Montaigne. Mais tous ne peuvent pas la formuler, la mettre en mots pour la faire partager. Cette écriture naît sans doute d’un besoin vital de donner vie à son message, en empruntant à la poésie sa capacité à enchanter, afin que le message ne paraisse que plus fort. Ce n’est pas un hasard si la poésie a parcouru toutes les thématiques de l’amour. Du désespoir le plus sombre de El Desdichado de Nerval à l’éloge de la femme aimée, la beauté est le but recherché dans un poème, la sublimation des sentiments. Combien de poèmes courtois, de poèmes pétrarquistes exaltant la beauté féminine ont-ils enchantés les belles dames ! Dans ce sens, la poésie est également pour le poète un moyen de séduction, rappelons-nous des célèbres vers de Ronsard : « Mignonne, allons voir si la rose… », en hommage à sa belle Cassandre. D’autres poètes ont également fait des éloges de la bien-aimée, réalisant quelque fois d’impressionnants blasons de femmes. Ce lyrisme de célébration est la particularité du genre poétique. La musicalité du poème, l’harmonie des sens et des mots baignent le poème dans une atmosphère quasi-magique. Un support parfait pour le poète où déverser ses sensations, la poésie étant l’expression des sentiments par excellence. C’est ainsi la possibilité pour le poète de mettre en mots son aspiration vers un idéal des sentiments les plus purs et les plus nobles. Un poème devient donc un bijou précieux, une partie de son âme cristallisée, qui a la capacité à raviver les sensations à chaque lecture.

« La vraie vie est ailleurs » disait Rimbaud. Car l’homme n’a jamais cessé de chercher dans l’ailleurs quelque chose de nouveau, pour échapper à sa misérable condition sur terre. La poésie peut-elle être le pont menant de l’autre côté de la vie ? Cette aspiration à l’ailleurs est fondée sur le fait que la poésie puisse nous transporter loin, puisse permettre l’évasion, du corps et de l’esprit. En effet, notre corps répond différemment à chaque poème, provoquant chez le lecteur la découverte de nouvelles sensations, ce qui permet l’évasion de son corps. L’invitation au voyage de Baudelaire est un titre très explicite, comme si l’aventure ne durait que le temps de la lecture. De même, Parfum exotique met en place un Eden rêvé où le lecteur peut facilement s’aventurer en parcourant les mots des vers. Seule la poésie a la vertu de nous mener ailleurs avec tant de facilité, car loin d’être figée, elle amène le lecteur à vivre ce qu’elle dit. De nombreuses synesthésies conduisent le lecteur à avoir les sens exacerbés, pour pénétrer plus facilement dans l’ailleurs, la seule condition est de se laisser guider.

Mais l’aspiration la plus forte est un idéal proche de Dieu. Si la théorie des correspondances donne au poète cette haute fonction d’intermédiaire entre Dieu et les hommes, le seul accès possible au commun des mortels est d’emprunter la voie des poèmes. L’homme espère par la connaissance atteindre le divin. Il en connaît déjà une part, car comme le dit Pascal : « la grandeur de l’homme est grande en ce qu’il se connaît misérable ». Cette connaissance lui suffit pour se rapprocher de Dieu, car il est conscient de sa propre condition. Cette tension vers l’Idéal est également ce qui pousse à faire du Bien. Ce transport vertical est parfaitement transcrit dans Elévation dans Les Fleurs du Mal. Le poème illustre une montée progressive, mettant le voyageur au dessus de tout, d’abord les étangs et ensuite les mers, finalement les étoiles, tout est dépassé par le poète. « Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse/ S’élancer vers les champs lumineux et sereins ».

Cette volonté de transcendance est reliée également à la tentation de l’immortalité. Or la poésie est totalement reliée à l’idée d’immortaliser un fait, une sensation, peut être toute l’essence de l’être humain par le processus de cristallisation. Cette dimension de la poésie est liée à la fonction du poème comme un monument, en latin « monumentum » souvenir. Cette fonction de la poésie est d’ailleurs issue du mythe d’Orphée, originel de la poésie. La fidélité d’Orphée, même démembré, durera toujours, et le poète prononcera toujours le nom de sa bien-aimée dans le souvenir des beaux jours… Eurydice…Eurydice
Il est donc établi que la forme poétique permet de rendre compte de nombreuses aspirations des hommes vers un Idéal. Mais cet idéal, provoqué par l’évasion, n’est qu’illusoire et c’est une façon d’oublier le Mal.




La poésie est la transcription d’un sentiment, d’une pensée avec le matériau que sont les mots. Elle naît d’un manque, d’un mal qu’on essaie de dissimuler habilement derrière les mots en cherchant une consolation. Ce lyrisme a pour origine les chants d’Orphée, « les chants désespérés [mais] les chants les plus beaux ». Ainsi les poètes ont chanté leur « Mal du siècle », comme Musset ou Lamartine, ou encore ont chanté leur amour perdu, comme Apollinaire dans La Chanson du Mal-Aimé : « Adieu faux amour confondu / Avec la femme qui s’éloigne / Avec celle que j’ai perdue / L’année dernière en Allemagne ». Ces vers sont la preuve de ce qui le rattache à la tradition poétique : l’expression de la mélancolie. Le fait de transposer un mal en mots fait parti d’un processus de guérison de ces maux. Ecrire c’est éloigner de soi les maux, les emprisonnant dans une page blanche. Baudelaire n’a-t-il pas écrit quatre poèmes nommés Spleen pour essayer de mettre à distance ce sentiment mélancolique ? La poésie apparaît donc comme un remède pour l’âme, une consolation inédite qui apaise la douleur par sa qualité d’enchantement.

Si le mal peut être apaisé, il n’en reste pas moins exquis. La poésie permet le chant du Mal, mais le génie reste encore à le rendre sublime. Baudelaire n’ignorait pas cette faculté de la poésie, car son projet était réellement d’extraire la beauté du Mal, ou de transposer le mal en beauté artistique. Tout homme est son propre bourreau, semble vouloir dire Baudelaire dans son L’Héautontimorouménos, le bourreau de soi-même. C’est un sujet philosophique qui est abordé dans ce poème, à savoir la pluralité du « Moi », ou le questionnement de l’origine du Mal. Le Mal est présent dans la débauche à laquelle Baudelaire et Apollinaire réservent deux poèmes significatifs : Les deux bonnes sœurs et Marizibill. La poésie permet de dire ces débauches du quotidien car la poésie dit la vérité mais aussi le réel. La pulsion vers le mal est également visible dans des élans vers le diable, d’où une longue série de Litanies de Satan dans Révolte des Fleurs du Mal. Ces manifestations du Mal, si terribles soient-elles, auront toujours une place dans la poésie en tant que « Fleurs ».

De part le fait que la poésie puisse sublimer le Mal, elle peut également transcrire un phénomène aussi intense que le cri. Chaque personne a un cri intérieur, qui parfois ne se libère pas tout seul, un cri de désespoir qui fait mal, un cri contre la condition humaine. « Comment écrire le cri » est une problématique qui ne s’est imposée que récemment, mais déjà les poètes contemporains l’ont traitée dans leurs poèmes. « Bruits qui brûlent », « Le vent invente un chant avec les ruines », ou encore « Syllabes déchirées entre la lumière et l’abîme » sont des phrases poétiques de Dominique Grandmont, presque des aphorismes comme le faisait Guillevic. Ces phrases délivrent une intensité proche du cri, c’est pourquoi on appelle cette poésie la poésie du cri. « Pourquoi telle vocifération n’est pas cri et pourquoi tel silence est cri ? » telle est la question que soulève Alain Marc dans son essai sur l’écriture du cri. Cette entreprise témoigne de l’intensité de la poésie, le fait qu’elle dise l’essentiel, « les cris qui proviennent de la finesse des moelles » comme le disait Antonin Artaud.

Mais ce qui fait l’unité des hommes et leur condition est le fait que nous sommes exposés à la finitude. C’est en quoi l’homme est misérable. Après la tentation d’évasion, le réel resurgit, brisant le rêve : « mon verre s’est brisé comme un éclat de rire » dans Nuit Rhénane. La poésie a pour mission de créer du lien entre les hommes, la correspondance horizontale, pour rappeler qu’il existe une fin à tout. Mais au fond, l’homme a une aspiration à la mort comme une délivrance. Dans les Fleurs du Mal, après toutes les vaines tentations d’échapper au Spleen, la mort semble être la réelle issue possible, comme l’indique la dernière section intitulée La Mort. C’est pourquoi nous pouvons observer l’omniprésence de la mort dans toute poésie, car nous sommes des êtres périssables, le jouet de notre condition. Si pendant notre existence nous avons enchanté, un jour nous pourrirons tous. Et ce sont les poètes, avec leur sensibilité supérieure, le voyant, celui qui n’est en aucun cas perturbé par aucun divertissement, qui saura nous avertir du bout du chemin. Guillevic le dit avec une telle simplicité et en même temps d’une profondeur inouïe cette vanité de vouloir chercher l’ailleurs, car « l’horizon nous condamne au cercle »…
Mais puisque le Bien et le Mal sont tous d’importance égale, la poésie peut-elle trouver une forme qui puisse concilier les deux ?




Spleen et Idéal, une section des Fleurs du Mal, tente déjà de rallier les deux entités antithétiques avec la conjonction de coordination « et ». Mais la poésie peut encore aller plus loin dans l’alliage, car elle peut créer une nouvelle entité, à savoir les fleurs du mal, à partir de l’oxymore et des métaphores. De nombreux poèmes rendent compte de ces ambivalences entre le Bien et le Mal, entre l’Immortalité et la Finitude, l’homme Grand et l’homme Misérable. L’alchimie des mots que permet la forme poétique donne lieu à la fusion de deux contraires, caractéristiques de l’ambivalence de la condition humaine. La poésie permet de rendre compte de ce lien étroit entre la beauté et le Mal, comme dans la légende de l’ondine allemande réécrite par Apollinaire, La Loreley. La beauté exquise semble avoir une origine incertaine, comme le suggère Baudelaire dans L’Hymne à la beauté : « Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres » ? Mais en fin de compte, « Que tu viennes du ciel ou de l’enfer, qu’importe », le poète semble dire que l’important est qu’elle soit là et non d’où elle vient. Il en est de même pour les hommes. D’où qu’ils viennent, qu’ils soient du côté du Mal ou du côté du Bien, l’important est qu’ils soient présents, exprimant la forme entière de l’humanité. C’est dans ce sens que la poésie va au-delà des ambivalences de la condition humaine, elle les transcrit, les traduit, certes, mais surtout elle interroge sur ces ambivalences. La poésie interroge sur l’existence de l’homme, sur l’existence même de cette condition humaine, sur le rapport qu’entretient l’homme avec le monde…
La poésie va par-delà l’ambivalence de la condition de l’homme, car elle est l’expression même du rapport que l’homme entretient avec le monde. Le lyrisme s’est développé après la chute du second empire, avec tous les romantiques, la poésie engagée pendant de longues luttes guerrières. Dans ce sens, la poésie est l’expression d’une communauté, elle est communication. Mais elle peut n’être liée à aucune circonstance, car la poésie est née avec le contact entre l’homme et le monde, l’homme et la Nature, l’homme et la société. La première fonction qu’elle a acquise est celle de nommer les choses auxquelles l’homme est confronté dans le monde. Et même si le monde évolue, la poésie garde ce devoir, comme le font si bien les poètes modernes comme Apollinaire dans Zone, dans cette déambulation dans un univers moderne. D’autres encore, Blaise Cendrars, dans La Prose du Transsibérien, est un poète moderne, un poète du nomadisme. La poésie exprime ce rapport entre l’homme et le monde, un rapport ambivalent, à la fois il relève de la célébration, et en même temps il est expression du « moi » confronté au monde.
La vie ne vaut-elle rien ? Ou rien ne vaut une vie ? L’essence même de la poésie est semblable à celle des hommes. « La poésie est utile dans son inutilité ». C’est justement parce que la poésie ne sert qu’à elle-même que son pouvoir d’enchantement est infini. C’est dans sa gratuité, comme celle d’une vie, que la poésie est fondamentalement importante. Elle n’exige pas grand-chose de la part du lecteur, seulement un peu d’écoute, de laisser aller, car « la poésie s’explique sur le champs », comme le dit Louis Zukofsky, « sauf aux paresseux et aux insensibles ». Mais ceux-ci passent à côté d’une chance inouïe de découvrir un univers qui foisonne de vivant, dans chaque sensation qu’elle provoque, dans tout ce qu’elle dit, et elle ne dit que l’essentiel. Et qui aurait pu dire qu’un poème comme Cortège, un poème si hermétique et si peu semblable aux autres, pourrait comporter l’essentiel de la vie ? Car un jour, s’il arrive que tout disparaisse, ces vers resteront toujours, témoins des hommes : « Un jour/ Un jour je m’attendais moi-même/ Je me disais Guillaume il est temps que tu viennes » ou encore, « Rien n’est mort que ce qui n’existe pas encore ».




Ainsi, la poésie a cette particularité de pouvoir rendre compte de la célébration du monde et de la beauté, par ces nombreuses qualités enchanteresses. Elle est également une forme de transcendance, dans la mesure où elle dit avec finesse cette aspiration vers un Idéal, vers Dieu, vers l’immortalité que tout homme porte en lui. Mais la poésie est également lyrisme, un refuge pour les âmes désenchantées cherchant un remède à leurs maux. Certains sont même allés très loin dans les maux, cherchant dans les maux profondément enfouis, et veulent exprimer le cri du mal lié à la conscience de la finitude. Elle est aussi cet élan intense vers le Mal, vers la mort comme seule échappatoire à la réalité douloureuse. Mais par-delà toutes ces aspirations, toute cette ambivalence, la poésie réussit à les concilier par la magie de ses métaphores, la poésie joue avec les mots. Mais est-elle seulement un jeu, sans but ni utilité ? Elle est ce qui est plus utile, mais sous l’appât d’une inutilité, c’est pourquoi certains s’en détournent. Ceux là ne le savent pas, mais la poésie est l’expression du rapport entre l’homme et le monde.
Mais la poésie n’est pas la seule transcription possible de cette relation particulière que l’homme connaît avec le monde. Tout art est finalement la manifestation de ce sentiment intérieur contenu dans chaque être humain, que ce soit l’art du dessin, l’écriture ou encore la musique.


Thao

DESCRIPTIF PRESQUE COMPLET ET DEFINITIF

Posté le 29.04.2008 par lireenpremiere
Programme de français provisoire:

objet d’étude 1 :

Le personnage de roman.

Groupement de texte 1 : Portraits et descriptions subjectives.
Problématique : Comment construire un personnage à partir d’une description ?
Texte1 : Portrait de Gwynplaine, in l’Homme qui rit, II,1 de Victor Hugo (1869)
Texte 2 : Portrait de Vautrin, in Le Père Goriot, de Balzac
Texte 3 : Extrait du chapitre 1 de La Curée de Zola : la rêverie de Renée ( manuel Bertrand Lacoste p.96)
Texte 4 :Extrait de L ‘Amant de Marguerite Duras, description subjective du Mékong.(Manuel Bertrabd Lacoste p.42)

Pistes pour l’entretien : les fonctions de la descriptions dans un roman, en quoi elles aident à la représentation d’un personnage ? Quel sens donné à la raréfaction des portraits dans l’évolution du roman ? Qu’est-ce qu’une description subjective ? Pourquoi le choix du point de vue est-il important ? Quels sont les avantages de la focalisation interne par rapport à la focalisation omnisciente ? Pourquoi peut-on dire que les descriptions font glisser le roman vers le genre de l’essai ?


Oeuvre intégrale : La Curée de Zola
Le naturalisme en gestation dans le deuxième roman de la série des Rougon-Macquart.
La vision du monde et de l’homme à travers la Curée.

Groupement 2 :

Texte 1 Extrait du chapitre 1 depuis « La nuque appuyée...dans le coeur lassé d’une femme. »
Texte 2 : la vision de Saccard, chapitre 2 depuis « « Oh !,vois, dit Saccard avec un rire d’enfant....l’amas sans borne des doigts sombres. »
Texte 3 : La consommation de l’inceste au café Riche, chapitre 4 depuis « Il voulut se récrier, mais elle lui imposa silence...On fermait les boutiques. »
Texte 4 : Phèdre au Théâtre- Italien, extrait du chapitre 5 depuis « Ce soir, ils allèrent ensemble au Théâtre-Italien. (...)le murmure complaisant d’Oenone. »

Pistes pour l’entretien : Quel est le projet romanesque de Zola ? La Curée, est-il un roman naturaliste ? Comment comprenez-vous le titre ? Pourquoi a-t-on pu dire que La Curée est un pamphlet ? Qui est-selon vous le personnage principal de la Curée ? Quel est l’intérêt de la lecture d’un tel roman pour nous aujourd’hui ? Pourquoi a-t-on dit que Paris était le personnage principal de la Curée ? « L’alliance de l’or et de la chair », cette formule vous paraît-elle rendre compte des thèmes du roman ? Quel rapport peut-on faire entre le roman et l’évolution des techniques picturales de l’époque ? En quoi peut-on dire que La Curée est un roman théâtral ?...

Autres activités menées en classe : découverte de l’univers romanesque de Patrick Modiano, Les Boutiques Obscures lues par Ariel Garcia Valdes. (Quelle est la vision du monde de Patrick Modiano dans son oeuvre ?)
Lecture cursive de l’Amant de Marguerite Duras, conférences sur le métissage de la langue de Duras et films de Duras : Les Enfants au centre culturel français. Comparaison de la scène de la rencontre avec l’amant dans différentes oeuvres de Duras : le glissement vers l’autofiction.



Objet d’étude 2 : Le théâtre : texte et représentation.


Séquence 3

Œuvre intégrale : BERENICE de Racine.
Problématique : Servir le texte ou s’en servir, comparaison de notes de mises en scène proposées en 2001 par Lambert Wilson e, Fichbach et Montet.

Lectures analytiques :


Acte 1, scène 5, tirade de Bérénice.

Acte 4, scène 4, monologue délibératif de Titus.

Acte 4, scène 5.

Dernière tirade de Bérénice, scène dernière.

Séquence 4

Groupement de textes : Morceaux de bravoure dans lesquels l’ambivalence théâtrale joue à plein : théâtralité du jeu ou théâtralité du texte ?

TARTUFFE de Molière, Acte1, scène 1.

Phèdre de Racine : Récit de Théramène.

Le Mariage de Figaro de Beaumarchais : Le monologue de Figaro.



Projection et commentaire de film : Phèdre, mise en scène par Patrice Chéreau.
Comparaison de notes de mises en scènes récentes de Bérénice : 2001, Lambert Wilson et Fisbach / Montet.
Réflexions : « Bérénice, ce n’est pas une pièce à représenter mais à lire ».


Comparaison de photos de mise en scènes du Tartuffe de Molière dans le manuel de Première, Bertrand Lacoste.
Projection d’une captation d’Agatha de Marguerite Duras : analyse de la mise en scène.Difficulté de la rédaction d’une critique de spectacle. Rappochements avec la Bérénice de Racine



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Objets d’étude 3 et 4 :
Délibérer, convaincre et persuader : L’essai, le dialogue et l’apologue.
Un mouvement littéraire européen : Les Lumières.



Séquence 5 : Préfaces et autres textes méta-critiques. Quand l’auteur expose son projet, défend son art contre ses détracteurs.

-Préface de Bérénice de Racine
-Extrait du Roman Expérimental de Zola
-Texte de Breton contre la description réaliste





Séquence 6

Groupement de textes : Le mythe du bon sauvage : De l’Humanisme aux Lumières.

Lectures analytiques :

ESSAIS de Montaigne, extrait du chapitre « Des Coches» : « La plupart de leurs réponses... si misérables. »

FABLES de La Fontaine, « Le Paysan du Danube » : la harangue du paysan.

DISCOURS SUR L’ORIGINE ET LES FONDEMENTS DE L’INEGALITE PARMI LES HOMMES de Rousseau, extrait à partir de «En dépouillant cet être (…) décrépitude de l’espèce ».

SUPPLEMENT AU VOYAGE DE BOUGAINVILLE de Diderot, extrait à partir de « Pleurez…vertus chimériques ».


Autres activités et pistes pour l’entretien.
Montaigne et « les sauvages » : confrontation de trois textes de Montaigne, extraits de « Des Cannibales » et « Des Coches ».
La polémique de Voltaire contre Rousseau à propos des Discours : commentaire comparé de deux textes.
Lecture cursive de l’entretien avec la maréchale de... de Diderot.



Lecture cursive d’un conte de Voltaire : L’Ingénu.
Quel est le statut du récit ? Conte philosophique, roman d’éducation, parodie de roman sensible ?
La satire : Qui est visé ? Par quels procédés ?
L’ingénu est-il « un bon sauvage » ?
Dans quelle mesure L’Ingénu est-il un texte représentatif du mouvement des Lumières ?

Dossier personnel de l’élève sur le mouvement des Lumières






Objet d’étude 5 : La poésie.

Séquence 6

Parcours dans ALCOOLS de Guillaume Apollinaire.

Problématiques : Entre tradition et modernité : le lyrisme d’Apollinaire.
La modernité dans ALCOOLS.

Lectures analytiques : « La Loreley »
« Mai »

« Nuit Rhénane »
« Cortège »
« Zone » (24 premiers vers)




Lectures cursives et comparatives :
Arts poétiques : évolution des conceptions de la poésie, en particulier du XIXème au XXème siècle.


En ouverture : Extrait de Art Poétique de Boileau, 1, v .147-182, « Ce que l’on conçoit bien… ».

Extrait de Les Rayons et les Ombres de Victor Hugo.

Extrait de Emaux et Camées, « L’Art » de Théophile Gautier.

Extrait de Jadis et Naguère, « Art poétique » de Paul Verlaine.

Extrait du Manifeste du Surréalisme d’André Breton, « Faites-vous apporter de quoi écrire…au mot qui suivra », 1924.


L’image du poète :
Extrait de la lettre dite du Voyant à Paul Démeny de Rimbaud, « En Grèce…elle sera en avant », 15 mai 1871
Yves Bonnefoy, extrait de Entretien sur la poésie.
Philippe Jacottet, extrait de Une transaction secrète.


Pistes pour l’entretien
Insistance sur la structure du recueil Alcools et les thèmes récurrents, réflexion sur le titre, ( le lyrisme amoureux, le thème de l’automne, l’image de la femme,la modernité), sur le rapport d’Apollinaire avec les peintres.
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Réflexions : N’y a t-il de poésie que versifiée ? Poésie et prose, Poésie et Peinture, Poésie et Musique. Le conceprt de modernité
Présentation des Fleurs du Mal de Baudelaire par un élève arrivant d’un autre établissement.



Lettres Persanes

Posté le 28.04.2008 par lireenpremiere
Jusqu'à dimanche prochain, sur l'émission Culture d'Islam du dimanche 26 avril une analyse des Lettres Persanes de Montesquieu que vous pouvez écouter pour en percevoir l'actualité :http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/culture_islam/

Aperçu de la littérature vietnamienne aujourd'hui.

Posté le 27.04.2008 par lireenpremiere
Voici un article signé J.C. Pomonti dans le MOnde Diplomatique très éclairant sur la littérature vietnamienne publiée aujourd'hui.


http://www.monde-diplomatique.fr/2007/12/POMONTI/15424
DECEMBRE 2007 - Page 27


AMOUR, GUERRE, RELIGION...
Les écrivains vietnamiens s’attaquent aux tabous

Deux guerres successives, contre la France puis contre les Etats-Unis, de 1946 à 1975, marquent l’âme d’une nation. Longtemps, sous l’impulsion du Parti communiste, la littérature vietnamienne s’ancrera dans le « réalisme socialiste », chantant la patrie et le peuple, les heures héroïques des conflits. Les temps changent. Une nouvelle génération d’écrivains renoue avec d’autres valeurs artistiques et redevient capable de dire « je ».
Par JEAN-CLAUDE POMONTI
Journaliste.


Plus des deux tiers des Vietnamiens sont nés après 1975. L’héroïsme du passé, pourtant encore proche, n’est plus l’unique référence même s’il s’inscrit dans l’histoire d’un pays qui s’est battu, au fil des siècles, pour son indépendance et son unité. « La foi en une double émancipation, sociale – par le marxisme-léninisme – et nationale – par la guerre, au cœur de la littérature officielle –, a fait place ici à l’absence d’idéal dans la jeunesse de l’après-guerre (1) », juge Doan Cam Thi, critique littéraire installée à Paris.

Au sein comme à la frange du Parti communiste vietnamien (PCV), d’anciens résistants s’en inquiètent. Mais les vides ne font souvent que voiler l’émergence de sociétés plus complexes. La dichotomie officielle – le bon et le méchant – s’estompe au fil du temps. Doan Cam Thi reprend ainsi, à propos du Vietnam, l’expression de Karl Marx sur les pays « aussi pauvres en héros qu’en événements ». Dans une très brève nouvelle, Do Khiêm, qui vit entre la France, les Etats-Unis et le Vietnam, cite Kiêu, l’héroïne malheureuse d’un grand roman classique vietnamien du XIXe siècle : « A peine ai-je parfois débrouillé l’écheveau que l’entrelacs des fils se forme de nouveau. » Mais Do Khiêm, dont les écrits sont très appréciés des jeunes cercles littéraires vietnamiens, le fait pour affirmer le contraire : « Personne ne m’attache (2). »

Au lendemain des guerres d’Indochine, une génération d’écrivains talentueux s’était penchée sur la misère des combats et les lendemains de victoire qui déchantent. La plupart étaient originaires du Nord et sortaient des rangs du camp des vainqueurs. Nguyên Huy Thiêp, Bao Ninh, Duong Thu Huong et Pham Thi Hoai étaient leurs chefs de file. Leur regard sur la guerre et la société qui en est issue a dominé les écrits de l’époque des premières réformes, décidées par le PCV en 1986, et de l’ouverture du Vietnam au reste du monde. Certains ont également rapporté les balafres laissées par la brutale réforme agraire de 1955-1956 (3), dans le nord du pays, ou d’autres vagues ultérieures de répression.

Dans les années 1990, Hanoï est donc le cœur d’un renouveau littéraire dont l’écho se fait d’autant plus entendre à l’extérieur que certains écrits sont interdits sur place et ne circulent que sous le manteau, même s’ils le font parfois abondamment. L’émergence de cette génération d’écrivains porte un coup sans doute définitif à la littérature officielle, nourrie de réalisme socialiste. C’est la fin d’un mythe ou d’une hypocrisie. Le Vietnam a vécu des bouleversements, non une révolution. Face à une vague d’écrivains qui sont autant d’enquêteurs, les littérateurs officiels n’ont, pour réponse, que la censure ou la réécriture, notamment celle pratiquée par les manuels d’histoire. Le grand public a beau en être tenu à l’écart, il s’agit déjà d’un combat d’arrière-garde mené avec de moins en moins de vigueur.

Ainsi, la censure ne s’exerce, le plus souvent, qu’a posteriori. Aux éditeurs de prendre leurs responsabilités avant de mettre en vente un ouvrage, au risque de le voir retiré de la circulation. En témoigne l’interdiction, peu après sa sortie, du Récit de l’an 2000 publié par les éditions Thanh Niên (« La jeunesse »). Bui Ngoc Tân y rapporte les dures conditions dans lesquelles il a été détenu, trois décennies auparavant, dans le cadre d’une campagne contre les « révisionnistes ». Le livre est détruit, sur ordre des autorités, quelques semaines après sa mise en vente. En revanche, en mars 2005, Chinatown, un roman de Thuân, jeune écrivaine de la diaspora vietnamienne en France, a été publié au Vietnam, où ses exemplaires se sont vendus comme des petits pains. L’initiative est d’autant plus intéressante que l’ouvrage aborde le sujet sensible de l’humiliation subie par la communauté chinoise après l’éclatement de la guerre frontalière entre la Chine et le Vietnam, en 1979. Le thème semblait auparavant tabou.

Même dans les bourgs
les plus reculés
du pays, les cybercafés
prolifèrent

La percée ainsi accomplie ne dit pas encore comment s’écrira la page blanche ouverte avec le tournant du siècle. Les auteurs de la période des premières réformes ont remis en cause, avec force et talent, le mythe de l’histoire officielle et le réalisme socialiste. A l’exception de Duong Thu Huong, combattante des droits de la personne (4), ils ont peut-être moins de propositions concernant l’avenir. Pour sa part, le PCV « Père la Victoire » entend renouveler sa légitimité en s’appuyant sur trois piliers : l’expansion économique, la lutte contre les « phénomènes négatifs » – corruption, dégradation des mœurs – et le retour aux valeurs nationales ou, si l’on préfère, historiques. Remplacer une « solidarité internationaliste » en plein évanouissement par l’image de Confucius rassure peut-être une population si longtemps nourrie de slogans creux qu’elle n’y prête plus attention. Mais les aspirations sont ailleurs, et une relève s’annonce.

Même dans les bourgs les plus reculés du pays, les cybercafés prolifèrent. Une jeunesse parfois désœuvrée découvre un monde sans limites (5). La Toile fait voyager ailleurs, en quête d’autres références. Elle brise bon nombre d’obstacles. Certains journaux organisent ainsi des « chats » assez courus avec des auteurs de tous bords, y compris ceux de la diaspora. Des frontières disparaissent et, dans la quête de valeurs, l’« horizontalité », disent-ils, l’emporte peu à peu sur la « verticalité ». Ils vont chercher à l’horizon des réponses, au-delà de l’habitude qui voulait que la bonne parole ne vienne que d’en haut.

A chacun son avenue. « Le gouvernement veut ouvrir la porte aux jeunes poètes et écrivains, mais impose des restrictions. Il voudrait, selon la tradition, qu’on écrive sur les héros de la guerre, mais nous ne pouvons pas le faire, nous ne l’avons pas vécue. Nous parlons sexe », raconte Lynh Barcadi, nom de plume d’une jeune poétesse qui, à Hô Chi Minh-Ville (Saïgon), fait partie d’un groupuscule féminin baptisé « Mante religieuse », insecte dont la femelle est censée croquer le mâle pendant l’accouplement.

« Les jeunes abordent des tabous : la régression de la lutte des classes, la drogue, la dégradation de l’instruction publique, l’homosexualité », explique une critique d’art saïgonnaise séduite par leur audace. Au-delà de son « engagement » évident, Doan Cam Thi évoque, de son côté, une littérature « intimiste et digne d’intérêt car le “moi” fait partie intégrante du monde ». « Sans fermer les yeux sur les problèmes de la société, ajoute-t-elle, ils nous parlent de leur vie, de leurs préoccupations, de leurs rêves, de leurs souffrances ; en décrivant un monde opaque, en plongeant dans les zones troubles de l’inconscient, ils déroutent bien des lecteurs et créent un malaise. »
Ly Doi est le porte-parole d’un groupe de jeunes « antipoètes » – ainsi se qualifient-ils – intitulé Mo Miêng (« Ouvrir la bouche ») et fondé en l’an 2000 dans une banlieue saïgonnaise. Il pousse le bouchon plus loin dans un court texte diffusé l’an dernier sur la Toile :
« J’éprouve une sensation non pour la tradition mais pour d’immenses espaces.
J’éprouve une sensation pour mon époque à moi, je n’ai aucun lien avec les autres.
Je n’appartiens à aucun principe, aucun parti politique, aucune religion, aucune idéologie, aucune organisation ; sacrebleu, je m’appartiens à moi-même.
J’éprouve une sensation pour la liberté primitive et pour mon vrai visage.
Je veux déclarer la guerre à tout ce qui relève de l’ordre commercial : les musées, les critiques, les historiens de l’art, les esthéticiens et ce que d’aucuns appellent les “forces culturelles”.
Je suis convaincu que l’art véritable n’est pas né, car la vraie liberté et la vraie justice n’ont pas été établies.
La liberté n’est pas née, le chef-d’œuvre de la liberté non plus (6). »

Ces jeunes écrivains frisent le nihilisme. Ils sont parfois grossiers, mais pas vulgaires. Ils manient la provocation avec un sérieux appétit pour la dérision, histoire de faire « tomber les masques » et d’offrir ainsi une bouffée d’air frais. « La provocation dans le langage n’est pas l’essentiel. L’essentiel est de recourir à un langage populaire, un langage courant ; l’essentiel est l’honnêteté », explique Ly Doi. Ils ne cherchent pas à publier leurs textes, et leur prétendue « maison d’édition », Giây vun ou « papier usagé », est une affaire de photocopies distribuées et de cédéroms. Etudiants sur le retour, ils revendiquent leur marginalité et écrivent en utilisant le parler populaire du Sud, sans en occulter les grossièretés. Leurs textes se veulent l’expression des banlieues dont ils sont issus, une littérature de bui doi, de « poussières de vie », mais de bui doi dotés d’un solide bagage culturel et historique.

Tâtonnante, leur démarche est une quête de l’autrement, dans la pensée comme dans l’expression. Ils sont influencés par l’un de leurs aînés, qui se proclame « citoyen du monde », Trân Quôc Chanh, enfant terrible de la scène littéraire saïgonnaise, auteur d’un poème – Bien-pensants, je vous enc... ! – qui a fait du bruit dans le landerneau littéraire vietnamien. C’est le refus des sentiers battus. Ils sont peut-être aussi le reflet d’une jeunesse qui cherche à combattre le vide, l’ennui, l’angoisse, autrement qu’en se réfugiant dans la drogue, le sexe ou le fric. « Un désir de vivre tout simplement, ne serait-ce que de vivre autrement, de penser autrement que leurs prédécesseurs », résume Doan Cam Thi. Les jeunes ne sont pas que des drogués à remettre dans le droit chemin ou en quête d’argent.

Au sein du PCV, d’anciens résistants se rendent compte qu’un parti à la fois acteur et arbitre provoque une situation ambiguë et sans vision. Faute de contrepoids et de dialogue, le mouvement n’offre pas de véritable projet. Un bon connaisseur français du Vietnam actuel évoque l’« extraordinaire vide laissé par les “nouveaux penseurs” capitalo-marxistes vietnamiens en matière d’idéologie, de message, de morale et d’éthique, embourbés qu’ils sont dans leur système ». Le repli sur la tradition et l’exaltation du nationalisme ne suffisent pas à combler le déficit. Ils auraient plutôt tendance à le mettre en relief, à creuser le décalage entre le pouvoir politique et une société aux prises avec une situation entièrement nouvelle : le Vietnam unifié et indépendant doit gérer, pour la première fois depuis le XIXe siècle, non seulement sa cohabitation avec la Chine, mais aussi sa place au sein de la mondialisation.

« L’essentiel
est de recourir
à un langage populaire ;
l’essentiel est l’honnêteté »

Dans A nos vingt ans, récit-roman publié en français en 2005 (Editions de l’Aube), Nguyên Huy Thiêp évoque une jeunesse dévoyée que seul le retour à la nature et aux traditions peut sauver. Produit d’une déconvenue personnelle, ce récit est d’un intérêt limité : l’auteur se met – ou tente de se placer – dans la peau d’un adolescent de bonne famille qui plonge dans l’univers des drogués et des gangs. Il n’en sort qu’après avoir été déposé sur une île de la baie d’Along, où il est contraint de se désintoxiquer avant d’être recueilli par des pêcheurs qui lui redonnent le goût de la vie. La nouvelle de la mort du père, écrivain connu et plutôt irréprochable, provoque alors le déclic salutaire du repentir. Tout est ainsi revenu dans l’ordre.
A l’occasion du trentième anniversaire de 1975, Nguyên Huy Thiêp écrit qu’« aujourd’hui, pour combler la perte des valeurs traditionnelles, on poursuit un mode de vie matérialiste, violent, hédoniste (7) ». Et il ajoute que « la corruption est un fléau qu’on ne peut endiguer », que « ces malversations contaminent l’esprit de la jeunesse ». Cette vision simpliste n’apporte pourtant pas de vraie réponse car le retour à la nature et à l’ordre traditionnel, également prêché par le pouvoir, est utopique. Elle est contredite par l’éclosion de la nouvelle génération d’écrivains, dont les préoccupations sont d’un ordre bien différent.

Le Vietnam est un pays dont la dynamique est relancée après deux guerres qui ont duré trente ans, puis une décennie d’errements et une autre d’hésitations. Un artiste de la diaspora vietnamienne aux Etats-Unis, Dinh Q. Lê, a expliqué ainsi le cheminement des Vietnamiens : « Ils se sont battus pendant vingt ans. Ils n’avaient aucune idée de comment gérer un pays. Aussi, ils avancent, ils flippent, puis avancent de nouveau. Mais vous trouvez aussi dans cette société quelque chose qui la distingue en Asie du Sud-Est : une impulsion à s’améliorer soi-même, à faire quelque chose de votre vie (8). »
________________________________________
(1) Dans Au rez-de-chaussée du paradis. Récits vietnamiens, 1991-2003, Philippe Picquier, Arles, 2005.
(2) Ibid., p. 83-87.
(3) La réforme agraire de type chinois amorcée dès 1953 en République démocratique du Vietnam (Nord) provoque le mécontentement et même des révoltes dans les campagnes. Celles-ci seront durement réprimées.
(4) Venue à Paris en février 2006, à l’occasion du lancement de Terre des oublis (Sabine Wespieser, Paris), Duong Thu Huong y est restée depuis pour « finir des ouvrages inachevés depuis vingt ans ». A Hanoï, a-t-elle ajouté, « l’aide aux prisonniers politiques et le combat pour la démocratie consomment toutes mes énergies » (entretien accordé à Focus Asie du Sud-Est, Bangkok, juillet 2006.).
(5) Parmi les sites littéraires vietnamiens sur la Toile : en anglais, www.vietnamlit.org (Etats-Unis) ; en vietnamien, www.tienve.org (Australie), www.talawas.org (animé par Pham Thi Hoai, écrivaine installée à Berlin) et www.evan.com.vn (Hanoï).
(6) Traduction de Doan Cam Thi.
(7) Publié sur www.remue.net, revue animée par François Bon, traduction de Doan Cam Thi.
(8) International Herald Tribune, Paris, 9 juin 2005.
Quelques ouvrages
Duong Thu Huong, Terre des oublis, Sabine Wespieser, Paris, 2006.
Nguyên Huy Thiêp, A nos vingt ans, Editions de l’Aube, La Tour-d’Aigues, 2005.
Doan Cam Thi (textes réunis et présentés par), Au rez-de-chaussée du paradis. Récits vietnamiens, 1991-2003, Philippe Picquier, Arles, 2005.
Chu Lai, Rue des soldats, L’Aube, 2003.
Nguyên Huy Thiêp, Une petite source douce et tranquille, suivi de Les démons vivent parmi nous, L’Aube, 2002.
Duong Huong, L’Embarcadère des femmes sans mari, L’Aube, 2002.
Pham Thi Hoai, Menu de dimanche, Actes Sud, Arles, 1997.
Bao Ninh, Le Chagrin de la guerre, Philippe Picquier, 1994.

L'histoire de l'évolution du Personnage de roman

Posté le 27.04.2008 par lireenpremiere
Article TDC

Le Personnage (P) : Une illusion efficace d’après D.Viart

De l’épopée au roman : personnage qui hante nos imaginaires, fait de mots et qui n’existe que par notre adhésion au récit.
Essentiel au récit qui s’orchestre au tour de lui : point d’ancrage, intérêt majeur mais remis en question par la modernité.
Dans l’histoire littéraire : de l’incarnation d’un idéal –ou des idéaux d’une communauté- à des figures plus singulières.
D’une figure abstraite à une inscription plus réaliste,
Du héros remarquable au pers. plus commun.
Evolution du P liée aussi aux formes du récit : question du point de vue :
Soit un narrateur omniscient qui décrit actions et pensées, soit P vu de l’intérieur : discours indirect libre, focalisation, interne , monologue intérieur.P à la première personne.
Pas réflexion en termes psychologoqies mais en termes de fonctions et d’effets.
Lié à l’idée que les romanciers se font de leur travail et à la lucidité qu’ils en acquièrent.

1.Le P à travers l’histoire littéraire.

P fabuleux : mythique : hauts faits et gestes ( gestae : les exploits accomplis en latin)
Epopée, récits fondateurs qui racontent les premiers temps, inventent les dieux, héros pour suppléer à l’ignorance des commencements et apprivoiser l’hostilité du monde, le rendre habitable, familier.
Grandes questions qui agitent l’âme humaine :destin, mort, sexualité, comme dasn les contes qui contribuent à canaliser les peusr enfantines.
+ incarner les valeurs autour desquelles une communauté entend se rassembler : Romulus fondateur de Rome, Enée, héros dela piété filiale et du respect des morts
Roland neveu de Charlemagne : bravoure et vertu.

Héros épique : dans les épopées en vers, dans les romans de chevalerie en prose = figure de la perfection.Très abstraits : beauté des traits sans précision, et cela jsuqu’à la fin du XVIIIème siècle quasiment. CF les romans du 17 ème : l’Astrée, la Princesse de Clève. Difficile de se représenter les portraits physiques. Idem pour Gargantua au 16ème siècle : pas de description, seulement nom et actions.
Changement au cours du 17 eme : parodie comme Sorel ou nouveau type de P Cf Roman Bourgeois de Furetière ou Roman Comique de Scarron qui raconte l’histoire d’une troupe de theatre. (1657)
+ le picaro cf Lazarillo de Tormes (1554), Gil blas de Santillane (1715) aux antipodes du héros épique et chevaleresque : de basse extraction, plus roué que vertueux, plus malin que courageux, met les rieurs de son côté et ne s’embarassent pas des valeurs sociales. Etre marginal, il s’affranchit de tout, ne porte pas le destin de la communauté comme Enée son père Anchise sur les épaules.

Ouverture de la littérature à des figures populaires et dimension critique : avancée vers le réalisme avant la lettre. ( par satire ou pour coller davantage à la réalité vécue)
Dès lors que la société est prise en compte dans l’ ensemble de ses composantes, d’autres histoires sont possibles : pas seulement quête du Saint Graal ou les chants contraires de l’amour et de la vertu, mais le trajet social qui fait passer d’une classe à l’autre.

XVIIIème siècle : roman du parvenu, Vie de Marianne (1742), Paysan Parvenu (1735) Marivaux. Jacob= picaro qui s’élève en cultivant ses bonnes fortunes auprès des femmes. Marinne, pas vraiment libertine, mais lucide sur ses talents de séduction et leurs effets sur les hommes.

Plus grand souci de réalisme : espace géographique et temporel mieux déterminé mais aussi plus romanesque : s’émanciper de cadres trop stricts cf Manon Lescaut (1731) Voyage en Amérique, Paul et Virginie (1785) : amour et exotisme.
Influence des Lumières, de l’Aufklarung, Rousseau et Goethe ( Wilhelm Meister (1821) : roman d’éducation : Bildungsroman. P qui fait un trajet en lui-même : évolution du p, qui n’est plus monolithique, semblable du début à la fin, mais se transforme au fil des épreuves : intitiations et métamorphoses : cf Rastignac, Fabrice Del Dongo...

2.Le P réaliste et sa contestation.

Comédie humaine : projet de « faire concurrence à l’état civil »
Se modeler sur la réalité sociale effective : changement de lieux chez Balzac, exploration des moeurs provinciales comme des coutumes parisiennes, s’intéresse à tous les aspects : maraige, célibat, relation filiale, bourgeosi et aristocrates.
Retour des P, pas vraiment une invention mais mode particulier : les fait continuer de vivre entre les romans, accrédite l’idée d’une existence propre, indépendamment des livres.
Idem pour frères Goncourt, Maupassant, Zola : milieux populaires urbains et ruraux peu explorés jsuque là, déterminisme qui conditionnent les êtres : conséquence de l’hérédité sur diverses générations d’une famille sous le second Empire.
Fresque sociale : 20 romans consacrés aux Rougon-Macquart, brasser les lieux, les époques, les milieux tout en conservant une unité d’ensemble. Construction romanesque de grande ampleur : succès au XXème siècle cf Les Thibault de Roger Martin du Gard, Les Hommes de bonne volonté de Jules Romain (unanimisme)

Contestation : déjà Jacques Le Fataliste (1796) : P n’est pas libre, tout est écrit là-haut, volonté de l’écrivain = arbitraire. Ce principe démiurgique peut aussi bien désigner le destin auquel tout être vivant est soumis ou l’auteur qui décide de ce qui advient à ses créatures comme un marionnettiste qui tire les ficelles. Cf Valéry : « ces vivants sans entrailles ». P de M. Teste : tout intellectuel, pur esprit qui dépend du Texte qui lui donne existence, comme son nom l’indique.

Querelle qui oppose Sartre et Mauriac : Le Romancier et ses personnages, est pris à part par le jeune écrivain qui lui reproche d’agir dans son oeuvre comme Dieu en sa création : « Dieu n’est pas romancier, M. Mauriac non plus. »
Lui reproche : Pas de liberté laissée aux personnages, pas de part d’obscurité.

Naissance d’une nouvelle conception du roman à la suite de la lecture de Faulkner et Dos Passos ( romanciers américains). Question des points de vue narratif et de l’intériorité des personnages.
Comment on sait ce que l’on sait du P ? qui éclaire le lecteur sur son identité, sa situation, ses pensées ? Lui-même ou un narrateur extérieur pour lequel il est complètement transparent ?
Cf La Princesse de Clèves : débats intimes de l’héroine exposés par le texte. Pas P qui agit, qui déploie une geste mais réfléchit, pèse le pour et le contre entre deux décisions et doit arbitrer un conflit de valeurs : amour ou honneur Cf tragédie.
Le roman d’analyse repose sur ce modèle renforcé par le goût de l’introspection à la suite de Rousseau : Confessions, Rêveries...
Cf René de Chateaubriand (1805), Obermann de Senancour (18o4). Adolphe (1816) Dominique (1862) ( notez le titre eponyme) : Etats d’âme du P développés d’où le titre éponyme comme pour les P d’épopée, aventure intérieure cependant.
Truchements narratifs pour rendre vraisemblables l’accès à l’intimité qui n’existe pas dans la réalité ( pas possible en vrai de fouiller dans la tête des gens !) :
-identification du narrateur et du P à la 1ère personne : roman à la 1ère personne., romans par lettres, connaître le ressort intime de chacun des P en lisant le courrier, le lecteur reconstitue l’action à parti d’échanges qui ne lui sont pas destinés !
Faire s’exprimer le P lui confère plus de densité que si l’on se contente de raconter ses actions. Constitué de son langage, sa parlure, témoigne de son imaginair au moins autant que de ses actes et expériences, paraît moins être la chose de l’écrivain, accrédite encore plus l’idée d’une autonomie du P.
Cf Flaubert et son usage du style indirect libre qui permet de mettre en évidence la naiveté d’Emma, ses emportements romantiques, ses rêves de petites bourgeoises nourrie de médiocre littérature romanesque.

Le roman est dialogique ( Bakthine) : plusieurs points de vue se superposent : celui de l’héroine qui adhère à son imagination sentimentale et celui du narrateur qui la regarde faire avec une ironie non dénuée d’attendrissement.
CF aussi courant de conscience ( stream pf Consciousness) James Ce que savait Maisie : il délègue à la petite Maisie, perturbée par le divorce de ses parents qu’elle en comprend pas le point de vue du récit.

Aller toujours plus avant dans la conscience du personnage : s’accentue encore du XIXeme au XXeme siècle : psychanalyse apparue entre temps.
Invention du monologue intérieur : Les Lauriers sont coupés (1887) Emile Dujardin
Ulysse de Joyce (1922)
Le Bruit et la Fureur de Faulkner (1929)
Le texte ne livre plus que le flot de la pensée duP, un idiot, un dépressif,un obsessionnel parano...une femme travaillée par la sexualité comme Molly Bloom de Joyce.Pas de commentaire, ni d’interprétation ni de diagnostic : c’est au lecteur de faire le travailP réduit à sa conscience problématique cf choix de Sartre contre l’analyse psychologique de mauriac.
Contestation du roman réaliste aux noms des sciences humaines et de leurs découvertes, importances des cures analytiques Cf Aventure de Catherine Crachat de PJ Jouve
Cf Nathalie Sarraute : plus possible de décrire un P de l’extérieur ni de le caractériser ( comme avare, menteur..) « Tropismes » qui agitent la psyché, à la limite de la conscience, dans cet espace indéfini qu’elle nomme « la sous conversation »
« Un déplacement, du dehors vers le dedans, du centre de gravité du P, déplacemnt que le roman moderne ne cesse d’accentuer. »
Aussi loin que possible dans l’abandon des caractéristiques externes (réalistes) : P parfois désigné par une intiale ou un pronom, pour s’enfoncer au coeur d’une insondable intimité.

Le P : une fonction ou un effet ?

Robbe Grillet en guerre contre « les mythes de la profondeur ».Pour lui le P est uen pure illusion produite par le texte : une notion périmée. P plus abordé selon les critères de vraisemblance, définis au 17ème mais selon son rôle dans l’économie du roman : plus un équivalent d’une personne mais une fonction. Cf l’influence des structuralistes et les théories formalistes héritées de l’analyse des contes merveilleus. Discrédite la philosophie du sujet.P= actant du récit cf schéma des P, des actants et schéma narratif., simpel élémentd ‘une structire : héros, adjuvants, opposants, destinateusr, destinataires, objet de quête.

Demeurent 3 critères :
1. L’épaisseur liée à la jsutesse de sa voix, de ses pensées, de ses langages cf Meursaut caractérisé par l’usage du passé composé plus que par ses mots vélléitaires.
2. Epaisseur liée à la logique du récit. « Le Père Goriot est ce que Balzac m’en dit » Butor.
vraisemblance qui tient à la cohérence du roman.
3. P imaginable dans le monde réel, conforme aux gens que nous croisons ou l’accepter tel qu’il est, dans un monde que l’on sait purement fictionnel.

Il n’est jamais doté en soi d’une identité propre et autonome : dépend du texte, mais aussi du lecteur. Cf effet personnage de Vincent Jouve, auquel concourt tout ce qui est dit de lui, les propos qui lui sont prêtés, mais aussi reçu en fonction des modes de lecture mis en oeuvre.
CF Don Quichotte qui adhère à ce point à sa lecture d’Amadis de Gaule qu’il veut devenir chevalier comme lui.
Et si l’on peut lire Mme Bovary (1857) comme Emma lisait les roamns sentimentaux et pleurer sur son sort, ou apprécier le roman penché par-dessus l’épaule de Flaubert et rire avec lui.
+ jugement sur la réussite du projet narratif qui l’englobe,

objet de toutes les tratégies et manipulations texteulles de l’écrivain le P in fine + recréation du lecteur qui sen empare !



Sur l'encyclopédie

Posté le 23.04.2008 par lireenpremiere
Consulter le site de la BNF et ses dossiers pédagogiques:
http://classes.bnf.fr/dossitsm/fabrency.htm

Sur les Lumières

Posté le 23.04.2008 par lireenpremiere
Le site magister devrait ous permettre de compléter les documents que je vous ai donnés avec profit:http://www.site-magister.com/philosophis.htm

et sans doute il en va de même sur l'humanisme ( n'h♪0sitez pas à reprendre vos cours de l'an dernier)
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