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Questions d'entretien sur le roman

Posté le 17.11.2007 par lireenpremiere
Voici une série de questions à travailler pour vous entraîner à l'épreuve orale si vous voulez être incollables.
Vous pouvez me proposer vos réponses et je les validerai ou non.

Le naturalisme : un roman de Zola .

1. Quels sont les grands mouvements littéraires du XIXème siècle ?
2. Quels sont les grands événements historiques du XIXème siècle ? Quels sont les régimes politiques qui se succèdent ?
3. Quel est le grand bouleversement du siècle ? Comment se traduit-il ?
4. Quel est le statut de l'écrivain à la fin du siècle ?
5. Quels sont les philosophes et les penseurs qui participent de la formation de la pensée naturaliste ?
6. Qui sont les représentants du mouvement naturaliste ?
7. Quelle différence faites - vous entre le naturalisme et le réalisme ?
8. Le roman naturaliste parvient-il à nous émouvoir et à nous attendrir ou nous oblige-t-il seulement à penser, à comprendre le sens caché des événements ?
10. Est-ce que les romanciers naturalistes présentent un vision poétique ou une vision pessimiste du monde ? pourquoi ?
11. Comment les romanciers naturalistes parviennent-ils à créer un effet de réel ?
12. Quelle part l'imagination occupe-t-elle dans les romans naturalistes ?
13. Quelle place la description occupe-t-elle dans le roman que vous avez étudié ? Est-elle selon les mots de Zola "une nécessité de savant" ou "un exercice d'imagination" ?
14. Comment s'appelle la grande "saga" de Zola ? Quel en est son principe ?
16. Quels sont les thèmes de prédilection des romanciers naturalistes ?
19. Le romancier vous paraît-il objectif dans sa présentation des personnages ? Se contente-t-il d'enregistrer leurs faits et gestes, d'être un greffier selon Zola ?
22. Citez des peintres affiliés au mouvement naturaliste.
?

Questions spécifiques à certaines oeuvres :

- D'après La Curée : Quel est l'objectif du naturalisme ?
- D'après La Curée : Quels sont les principes de l'esthétique naturaliste ?
- Quel liens peut-on effectuer entre le projet d'écriture de Zola et le second Empire ?
- Quels sont les points de comparaison entre l'écriture naturaliste et la peinture impressionniste ?
- Comment analyser la description naturaliste ?
- Pouvez-vous dresser les portraits des principaux personnages du roman, à la manière de Zola ?
- D'après La Curée : Que savez-vous des grands travaux de Paris et des changements de sous le second Empire.
- D'après La Curée : Que dire du statut de la femme à cette époque ?





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Maxime (dictionnaire des personnages)

Posté le 17.11.2007 par lireenpremiere
Saccard (Maxime) (1). — Fils d'Aristide Bougon, dit Saccard, et d'Angèle Sicardot. Père de Charles. Il est né en 18140 à Plassans. Enfance terne, dans la médiocrité du ménage paternel. Semble avoir été assez mal élevé, car son grand-oncle, Antoine Macquart, se plaint que le mioche lui tire la langue chaque fois qu'il le rencontre [176]. Sa grand'mère Félicité Rougon le fait entrer au collège et paye secrètement sa pension [78]. (La Fortune des Rougon.)

Il reste à Plassans jusqu'en 1855 et, sa cinquième achevée, va rejoindre à Paris son père, alors remarié à Renée Béraud Du Châtel. A quinze ans, c'est un grand galopin fluet, à figure de fille, l'air délicat et effronté, d'un blond très doux [107]. Il termine ses études au lycée Bonaparte et vit dans l'intimité de sa belle-mère, jeune femme à la mode, qui joue avec lui à la petite maman. Il a vite fait de s'émanciper, adorant se perdre dans les jupes, dans la poudre de riz, se glissant autour des belles mondaines, amusées par son air de fille [118].

A dix-sept ans, c'est un jeune homme mince et joli, aux cheveux bouclés, en qui la race des Rougon est devenue délicate et vicieuse. Né d'une mère trop jeune, molle et abandonnée, et d'un père aux furieux appétits, il est un produit défectueux, sans personnalité, mais avide de jouissance, uniquement apte à dévorer les fortunes édifiées par d'autres. Joli et lâche, il aime le plaisir sans fatigue, avec une passivité de fille [134].

Pour son début, Maxime a séduit la femme de chambre de Renée, Justine Mégot, et lui a fait un enfant ; il fréquente l'entresol de sa tante, la complaisante Sidonie Rougon, fait la noce à côté de son père dans les restaurants de nuit, s'offre le luxe d'une maîtresse, la petite actrice Sylvia, et continue à vivre dans la plus entière familiarité avec sa jeune belle-mère, l'amusant par des détails infimes sur les demoiselles haut cotées, traitant en camarade et en complice cette inassouvie qui cherche un frisson nouveau. Un beau soir, il accepte l'inceste, sans l'avoir voulu ni prévu, uniquement parce que Renée le lui a imposé [205]. Il sort d'ailleurs avec la plus parfaite aisance de ce drame où sa veulerie n'a vu qu'un moyen de se faire entretenir [319] et il se laisse marier par son père à une petite bossue, Louise de Mareuil, qui lui apporte la jolie dot d'un million. Bientôt veuf, il va vivre en garçon dans un bel hôtel de l'avenue de l'Impératrice et il fait courir [337]. (La Curée.)

Il a organisé sa vie avec un sage et féroce égoïsme, mangeant la fortune de la morte, sans une faute, en garçon de faible santé que le vice a précocement mûri [45]. Il a abandonné depuis longtemps son idée d'entrer au Conseil d'État, il ne fait même plus courir, les chevaux l'ayant rassasié comme les filles. Avec son aplomb d'homme d'expérience, il a gardé son ancien rire perlé de demoiselle, mais il a déjà des rhumatismes [130]. Son petit hôtel de l'avenue de l'Impératrice est installé avec un raffinement exquis de luxe et de bien-être; c'est joli, tendre et discret. Et Maxime vit seul, oisif, parfaitement heureux, d'une férocité de beau fils pervers et entretenu, devenu sérieux [164]. Après la débâcle de l'Universelle, il va s'installer à Naples pour fuir l'ennui de voir son père passer en correctionnelle [418]. (L'Argent.)

Après la guerre, on le trouve réinstallé dans son hôtel de l'avenue du Bois-de-Boulogne, où il mange la fortune que lui a laissée sa femme; il est devenu prudent, d'une sagesse d'homme atteint dans ses mœlles, rusant avec la paralysie menaçante [15]. A trente-trois ans, la face s'est creusée, les cheveux s'éclaircissent, semés de fils blancs; il garde sa tète jolie et fine, d'une grâce inquiétante de fill jusque dans décrépitude précoce [65]. Se voyant infirme, cloué dans un fauteuil, ayant peur de la solitude, rêvant d'être aimé, choyé, défendu, il a obtenu que sa sœur Clotilde quitte Plassans et vienne le rejoindre à Paris; mais, dans sa continuelle inquiétude d'être exploité et dévalisé, il commence bientôt à la prendre en méfiance, comme toutes les personnes qui e servent; il la torture par ses exigences d'enfant gâté et de malade. Son père, qui voudrait hâter l'héritage, lui envoie une jolie fille, la jeune Rose, qui achève bientôt ce vicieux, resté friand de petites femmes. Maxime finit par mourir ataxique, à trente-trois ans [341]. (Le Docteur Pascal.)

(1) Maxime Rougon, dit Saccard, né en 1840; a un fils, d'une servante, Justine Mégot, chlorotique, fille d'alcooliques; épouse, en 1863, Louise de Mareuil, qu'il perd la même année et dont il n'a pas d'enfants; meurt ataxique en 1873. [Mélange dissémination. Prédominance morale du père et ressemblance physique de la mère]. Oisif, mangeur de fortunes faites. (Arbre généalogique des Rougon-Macquart.)


saccard dictionnaire des personnages

Posté le 17.11.2007 par lireenpremiere
Saccard (Aristide) (1). — Troisième fils de Pierre Rougon et de Félicité Puech. Frère d'Eugène, Pascal, Sidonie et Marthe Rougon. Père de Maxime, Clotilde et Victor Rougon, dits Saccard. Petit, la mine chafouine, il a le visage de sa mère, avec des avidités, un caractère sournois, apte aux intrigues vulgaires, où les instincts de son père dominent [74]. En lui s'épanouissent tous les besoins de jouissance matérielle; son appétit se rue à l'argent, à la femme, au luxe. Envoyé à Paris pour faire son droit, il mène pendant deux ans une vie paresseuse et débraillée, ne passe pas un seul examen et, rentré à Plassans, se laisse vivre longtemps sans voir clair dans ses ambitions. .Marié en 1836 à Angèle Sicardot, qui lui apporte une dot de dix mille francs, il place habilement ce petit capital dans la maison paternelle et se fait entretenir avec sa femme jusqu'au moment lointain où son père peut enfin lui restituer sa commandite. Le ménage s'établit alors place Saint-Louis; un fils vient, Maxime, dont la grand'mère Félicité paye, par bonheur, la pension; Aristide mène une belle existence de fainéantise, jouant au cercle, cultivant sa paresse avec amour, jusqu'à l'heure où, toutes ressources épuisées, la pauvre Angèle mourant de faim, il consent à chercher une place et réussit à entrer à la sous-préfecture de Plassans.

C'est, pendant dix ans, la médiocre existence de l'employé à dix-huit cents francs, encore gênée par la naissance d'un nouvel enfant. Sevré des joies dont il a une continuelle envie, Aristide devient haineux ; le fiel s'amasse en lui et, l'oreille au guet, il voit arriver la révolution de 1818, il flaire avec joie une catastrophe, prêt à sauter sur la première proie venue [78]. Trompé d'abord, par les apparences, il affiche le plus vif enthousiasme pour la République; plein de mépris pour l'impuissance bourgeoise, manquant de renseignements sur ce qui se prépare, il croit au triomphe de la démocratie, se fait journaliste, livre aux réactionnaires une guerre sans merci, se compromet à plaisir, jusqu'au jour où, ayant surpris une édifiante conversation politique entre sa mère et le marquis de Carnavant [125], il prend une attitude expectante, cherchant le vent, prêt à se vendre le plus cher possible.

Pendant les journées de Décembre, il feint une soudaine maladie qui lui permet de louvoyer ; il esquisse une conversion au bonapartisme, revient prudemment aux ouvriers, et c'est seulement lorsqu'il a palpé, sur la place de la Mairie, les cadavres républicains [351], qu'il voit enfin la lumière et publie à grand fracas un superbe article d'adhésion au coup d'État. Pour attester son loyalisme, il laisse assassiner sous ses veux son malheureux cousin Silvère Mouret [374]; puis, réconcilié avec son beau-père, le commandant Sicardot, il en obtient cinq cents francs qui lui permettront de quitter Plassans. (La Fortune des Rougon.)

A Paris, après un très court séjour rue de la Harpe, où, sous le nom de Sicardot, il a séduit Rosalie Chavaille, il s'installe pauvrement rue Saint-Jacques et, par son frère Eugène Rougon, devient commissaire-voyer adjoint, emploi bien inférieur à ses prétentions, mais qui le mettra en situation de surprendre le vaste projet de la transformation de Paris [631.. Pour ne pas gêner son aîné, devenu une puissance politique, il a troqué le nom paternel contre celui de Saccard, un nom, a dit Eugène, à aller au bagne ou à gagner des millions [59]. Écœuré de la mesquine existence qui lui est imposée, entre sa femme, la molle Angèle, et sa fillette Clotilde, il a rôdé pendant deux ans dans les couloirs de l'Hôtel de Ville ; il a senti venir le flot montant de la spéculation à outrance, il a flairé les beaux coups à faire, mais, faute des premiers fonds, il resterait frappé d'impuissance, si la mort fortuite d'Angèle ne le rendait subitement libre et ne lui permettait d'atteindre la fortune, grâce à un honteux mariage maquignonné par sa sœur, l'intrigante Sidonie Rougon.

Ce petit homme chafouin, devenu le mari de Renée Béraud Du Châtel, occupe maintenant un superbe appartement de la rue de Rivoli et va devenir un des brasseurs d'affaires les plus en vue de l'époque. Il commence par s'enrichir en dépouillant sa femme (affaire de la rue de la Pépinière), gagne habilement la protection des Gouraud et des Toutin-Laroche, se fait le prête-nom de la Ville dans d'importantes opérations immobilières, s'associe avec les gros entrepreneurs Mignon et Charrier pour éventrer Paris, et met le comble à sa gloire en fondant le Crédit Viticole, entreprise toute puissante grâce à laquelle il tiendra l'administration préfectorale à la gorge [125]. Il bâtit alors, sur un terrain volé à la Ville, son magnifique hôtel du pare Monceau, et là c'est un étalage, une profusion, un écrasement de richesses [18]. La fortune de Saccard est à son apogée.

Il se lance dans des opérations de plus en plus hardies, se plaisant aux complications folles, à l'entassement des impossibilités [260] ; ses affaires sont tellement enchevêtrées qu'il ne dort plus que trois heures par nuit; c'est le jeu continu, un tour de force quotidien, une succession d'aventures où les millions s'entassent et s'engloutissent aussitôt, où tout n'est que façade dorée. Le faste inouï où se complaît Aristide, les étourdissantes prodigalités où il pousse sa femme, l'affectation qu'il met à feindre d'entretenir des maîtresses coûteuses, toute cette poudre aux yeux lui est indispensable pour maintenir son crédit. De mauvaises spéculations, dues à son génie trop inventif, ont séparé de lui Mignon et Charrier; il a essuyé de grosses pertes ; un mauvais vent souffle sur ses affaires lorsqu'il se décide à tout réparer par une œuvre de scélératesse exquise, une duperie colossale dont la Ville, l'État, sa femme et jusqu'à son homme de paille, Larsonneau, doivent être les victimes [1851. Il va gagner trois millions en s'emparant des terrains de Charonne, que Renée possède et qui seront absorbés par le percement du boulevard du. Prince-Eugène.

Mais une terrible complication se dresse tout à coup. Son fils Maxime est devenu l'amant de Renée. Il l'apprend au moment même où la signature de celle-ci lui est nécessaire pour parachever l'œuvre entreprise. Comme il ne veut pas se condamner à la ruine en chassant l'épouse incestueuse, il feint de ne pas comprendre, s'empare de J'acte par surprise et marie le jeune Maxime à une riche héritière, Louise de Mareuil, dont il convoitait depuis longtemps le million de dot pour ses spéculations futures. En 1860, Saccard a été décoré à la suite d'un service mystérieux rendu au préfet de la Seine [149]. (La Curée.)

Cousin de Lisa Macquart, il a été désigné comme subrogétuteur de la petite Pauline Quenu [26]. Il écrit aux Chanteau diverses lettres réclamant des comptes [103] et consent à l'émancipation de la jeune fille après trois visites de madame Chanteau, qui a flatté son goût des grandes affaires en lui apportant une idée superbe: l'accaparement des beurres du Cotentin [117]. (La Joie de vivre.)

En octobre 1861, une suite d'affaires désastreuses l'ont obligé à liquider sa situation, à vendre l'hôtel du pare Monceau. Toujours affamé, inassouvi toujours, il se retrouve sur le pavé de Paris, en relations avec la princesse d'Orviedo qui, pendant quelque temps, a fait de lui le préfet de ses charités, l'a transformé en une sorte de petit manteau bleu, adoré et béni, et a consenti à lui louer un rez-de-chaussée dans son hôtel de la rue Saint-Lazare. Saccard a cinquante ans, mais l'âge n'ayant pas mordu sur sa petite personne, il n'en parait guère que trente-huit ; il garde une maigreur, une vivacité de jeune homme; même, avec les années, son visage noir et creusé de marionnette, au nez pointu, aux minces yeux luisants, s'est comme arrangé, a pris le charme de cette jeunesse si persistante, si souple, si active, les cheveux touffus encore, sans un fil blanc [6].

De nouveau, il cherche la chance, il rêve non plus la richesse menteuse de la façade, mais l'édifice solide de la fortune, la vraie royauté de l'or trônant sur des sacs pleins [7]. Son effréné besoin de revanche lui inspire un désir chimérique : abattre Gundermann, le banquier-roi, ce juif contre lequel il a l'antique rancune de race, au point que lui, le terrible brasseur d'affaires, le bourreau d'argent aux mains louches, perd la conscience de lui-même dès qu'il s'agit d'un juif, en parle avec âpreté, avec des indignations vengeresses d'honnête homme, vivant du travail de ses bras, pur de tout négoce usuraire [92]. Irrésistiblement attiré vers la Bourse, il va y entrer bientôt en triomphateur.

Un hasard de voisinage l'a mis en relations avec l'ingénieur Hamelin, à qui un long séjour en Orient a inspiré une série de projets, la conquête de la Méditerranée, la mise en valeur de la Palestine, la libération des Lieux-Saints, idées grandioses d'où sortira, grâce à l'ardente imagination de Saccard, la Banque Universelle, destinée d'abord à féconder l'œuvre d'Hamelin, mais surtout à exterminer la banque juive [59]. L'adhésion du capitaliste Daigremont assure les concours indispensables ; le marquis de Bohain, Sédille, Huret, Kolb entrent dans le syndicat; Sabatani est le prête-nom nécessaire au jeu des actions; on achète une feuille catholique, l'Espérance, où Jantrou fera des articles politiques favorables et hostiles tour à tour au ministre Rougon, et où de savantes annonces subjugueront les souscripteurs pieux; on achète aussi la Cote financières, qui séduira les rentiers crédules. Une immense publicité s'organise. On aura les gros capitaux et les économies ramassées sou à sou, les Beauvilliers, les Maugendre et les Dejoie.

Saccard sait combattre les scrupules des Hamelin, l'ingénieur et sa sœur Caroline, trop honnêtes pour goûter pleinement la saveur de ses conceptions hardies. il célèbre les vertus de la spéculation; c'est l'appât, même de la vie, c'est l'éternel désir qui force à lutter et à vivre ; elle décuple les énergies; sans elle, J'existence serait un désert d'une extrême platitude; par elle, on accomplit des choses vivantes, grandes et belles. Et elle est nécessaire, malgré ses hontes, qui ne sont au fond que l'excès indispensable, de même qu'il faut l'appât de la luxure pour créer beaucoup d'enfants [143].

Les commencements de l'Universelle sont honorables et corrects, dans l'hostilité de la haute banque ; puis, on double le capital; Saccard fait un magnifique coup de Bourse après Sadowa; c'est l'heure d'une de ces poussées folles de la finance qui, toutes les dix ou quinze années, obstruent et empoisonnent Paris, ne laissant après elles que des ruines et du sang ; on double encore le capital ; les illégalités s'accumulent; Saccard est sans lien ni barrières, allant à ses besoins avec l'instinct, déchaîné de l'homme qui ne connaît d'autre borne que son impuissance ; il jette à la fonte les choses et les êtres pour en tirer de l'argent ; ce bandit du trottoir financier est aimé d'une adorable femme, madame Caroline, parce qu'elle le voit actif et brave, créant un monde à travers tant de folies ; de l'hôtel d'Orviedo, où s'était d'abord installée l'Universelle, Saccard a transféré la banque dans un hôtel monumental, rue de Londres; et les clients sont foudroyés d'admiration et de respect.

La fièvre augmente; plein d'une forfanterie batailleuse, Saccard se voit le maître ; il déclare la guerre à son frère, le ministre; il va enfin se poser en rival de Gundermann, en roi voisin, d'une puissance égale ; c'est une fringale de jouissances; depuis longtemps, il possédait les bonnes grâces de la baronne Sandorff; maintenant, il achète deux cent mille francs la gloire de coucher avec madame de Jeumont et de l'afficher dans un bal officiel, sous l'œil amusé du comte de Bismarck; autour de lui, un concert de bénédictions monte de la foule heureuse des petits et des grands, les filles enfin dotées, les pauvres brusquement enrichis, assurés d'une retraite ; les riches, brûlant de l'insatiable joie d'être plus riches encore [287]. Le capital social atteint cent cinquante millions, d'énormes dividendes ont été distribués, les actions dépassent le cours de trois mille francs.

Mais l'excès même de cette prospérité doit causer la ruine de l'Universelle ; en une grande journée dont on parle encore, comme on parle d'Austerlitz et de Marengo [345], Gundermann qui, depuis longtemps, guettait l'heure propice, détruira d'un coup cette banque catholique, minée si profondément par les imprudences de Saccard. Et celui-ci fait une belle défense; jusqu'au bout, il inspire confiance à ses victimes. Définitivement lâché par le ministre Rougon, dénoncé par Busch, livré aux vengeances de Delcambre, il est traduit en correctionnelle, conserve une héroïque attitude devant le tribunal et se voit condamné à cinq ans de prison et trois mille francs d'amende, toujours plein, d'ailleurs, de croyance en lui-même. Son inconscience en arrive à une véritable grandeur.

Pendant les délais d'appel, il quitte la France et va en Hollande ; il s'y consacre à une affaire colossale : le desséchement d'immenses marais, tout un petit royaume conquis sur la mer, grâce à un système compliqué de canaux [445]. (L'Argent.)
Après la chute de l'Empire, il a osé rentrer en France, malgré sa condamnation ; des influences nouvelles, toute une intrigue extraordinaire l'ont remis sur pied [15]. En 1872, on le retrouve, lancé dans le grand journalisme, brassant des affaires considérables, devenu directeur de l'Époque, le journal républicain à gros succès où l'on publie les papiers des Tuileries [3]. Empressé auprès de Maxime, dont il a toujours convoité la fortune, il hâte la fin de l'ataxique en lui envoyant de belles filles, notamment la petite Rose, qui l'achèvent [315], et il finit par mettre dans sa poche l'argent et l'hôtel de son fils [384]. Revenu à son républicanisme originel, Aristide va, par un retour ironique des choses, protéger son frère Eugène Bougon, qu'il avait compromis si souvent lorsque le simple député d'aujourd'hui était vice-empereur [15]. (Le Docteur Pascal.)

Dictionnaire des personnages: Renée

Posté le 17.11.2007 par lireenpremiere
Béraud Du Châtel (Renée) (l). — Fille aînée du président Béraud Du Châtel. Femme d'Aristide Rougon, dit Saccard. Née à Paris en 1836, elle avait huit ans lorsque sa mère est morte. Elle reste pendant onze ans pensionnaire chez les Dames de la Visitation, grandissant loin du foyer paternel, se faisant une éducation fantasque, perdant peu à peu les vertus de sa race et glissant à des désirs inavouables, à des curiosités vicieuses qui, vers l'âge de dix-neuf ans, pendant des vacances, chez sa bonne amie Adeline, la livreront sans défense à un viol brutal [78]. Elle s'éveillera pleine de mépris pour elle-même, perdue au bien et disposée, dans un amour des choses logiques hérité de son père, à aller jusqu'au bout d'une dépravation beaucoup plus cérébrale que charnelle, à satisfaire toujours un insatiable besoin de savoir et de sentir. Pour dissimuler sa faute, on l'a mariée avec Aristide Saccard et elle se trouve bientôt lancée dans le monde interlope du second Empire. Une fausse couche heureuse a supprimé l'enfant qu'on redoutait.
C'est alors une existence folle. Renée, avec ses étranges cheveux fauve paie, sa mine de garçon impertinent [4], s'étourdit en des excentricités tapageuses; elle mange vile sa fortune personnelle, est entretenue d'argent par son mari, qui la jette systématiquement aux dissipations éclatantes; elle a des amants successifs, Rozan, Simpson, Chibray, Mussy, pousse même la curiosité jusqu'aux passades d'un jour [131], devient l'une des beautés les plus en vue du règne et rencontre sa sensation la plus aiguë un soir de bal aux Tuileries, lorsque l'empereur, déjà lourd, la face dissoute, les reins flottants, s'arrête quelques secondes devant elle et, en présence de toute la cour, l'admire de son œil plombé [151].
A vingt-huit ans, ayant assouvi tous ses désirs, possédant tout et voulant autre chose, horriblement lasse, elle est en quête d'une jouissance rare, inconnue, et, par un entraînement où tout l'a poussée, elle glisse bientôt à un inceste avec le fils de son mari, le joli et frêle Maxime, pimentant cet amour criminel d'un mélange de remords bourgeois et d'extrême volupté, trouvant enfin le frisson nouveau qu'elle cherchait [209]. Mais, entre la passivité du fils et la terrible coquinerie du père, entre Maxime qui la délaisse comme une loque et Aristide qui profite cyniquement du suprême déshonneur pour édifier une fortune nouvelle, la jeune femme qui s'était crue Phèdre, sent brusquement qu'elle n'a été dans la vie des Saccard qu'un jouet misérable. La folie monte rapidement en son cerveau détraqué. Dans l'éclat flamboyant de Paris en fête, elle achève de goûter à tout, joue, essaye de boire; c'est la fin irrémédiable d'une femme et, quelques mois après, vieillie, usée, sanglotante devant ses souvenirs d'enfance, elle est emportée par une méningite aiguë [350]. (La Curée.)
(1) Renée Béraud Du Châtel, mariée en 1855 à Aristide Rougon, dit Saccard; meurt en 1864, sans enfants. (Arbre généalogique des Rougon-Macquart.)

Intertextualité La Curée et Phèdre

Posté le 17.11.2007 par lireenpremiere
"(...)chez Zola, paradoxalement, le livre naît du livre.
Paradoxalement, parce que Zola a fortement valorisé, dans ses écrits théoriques et critiques, l'image de l'observateur, du savant, principalement occupé d'un tête-à-tête direct avec la nature : « L'œuvre d'art est un coin de la nature vu à travers un tempérament ».

Point d'intermédiaire. Il y a là une forme de puritanisme esthétique, sous la double influence du kantisme et du comtisme : la littérature romanesque relève des sciences sociales ; le regard de l'artiste est le regard du savant. Mêmes exigences de recherche, même purification du champ d'observation et de la conduite observatrice. Or, tout, dans les romans de Zola, se fait récit, imagination, forgerie, fiction. Tout y est agencé pour les besoins de l'effet dramatique et symbolique. Et tout y atteste l'action d'un élément médiateur entre la « nature » et le « tempérament » : le récit antérieur, et plus généralement la tradition narrative. Comment pourrait-il en aller autrement ?

On ne s'étonnera donc pas des caractéristiques « hyper-textuelles » de beaucoup de ses œuvres – au sens que Gérard Genette donne à ce mot dans Palimpsestes . Elles font évidemment appel – soit de manière explicite, par mention dans les dossiers préparatoires, soit de manière implicite, à découvrir par le lecteur – à des récits antérieurs. Ceux-ci leur fournissent alors, non une « documentation », non un modèle général d'inspiration, mais un véritable schème d'invention / transposition narrative, une matrice de transtextualisation. Ceci peut intervenir à différents niveaux et selon différents degrés de densité : mais dans tous les cas repérables, l'œuvre apparaît comme la réécriture d'un livre antérieur. On discerne plusieurs manifestations du phénomène.

La première, la plus frappante, est attestée par la genèse de La Curée. D'emblée. Zola entend réécrire Phèdre, de Racine, raconter l'histoire d'une Phèdre moderne, transposer dans la société parisienne du Second Empire la tragédie de Phèdre, épouse de Thésée et amoureuse maudite de son beau-fils Hippolyte. Renée, épouse d'Aristide Saccard, devient l'amante de Maxime, fils d'un premier mariage de son mari : bafouée par les deux hommes - ce qui transpose la tragédie en drame du boulevard –, elle en meurt.

La Curée est un hypertexte de Phèdre, une transformation qui n'est ni un pastiche, ni une parodie, mais une adaptation, exploitant le motif (l'inceste), le système des personnages, la dynamique tragique, selon un autre code historique, social, idéologique, esthétique. À partir de là, les variantes deviennent nombreuses. Il n'en reste pas moins qu'une œuvre-source a fourni sa matrice structurelle entière à l'œuvre -cible. Dans ces conditions, on peut corriger la proposition théorique de Zola, en écrivant : « L'œuvre d'art est un coin de la nature vu »... à travers une autre œuvre d'art!

(...)une œuvre-matrice est mise elle-même en représentation dans l'œuvre qu'elle engendre : c'est le cas de Phèdre dans La Curée. Zola use alors d'un procédé de composition narrative ou dramatique dont on crédite parfois à tort André Gide pour son invention : la mise en abyme. Et il en use avec assez d'habileté pour en multiplier les variations, qu'il a prévues dès le dossier préparatoire du roman : « Décidément, c'est une nouvelle Phèdre que je vais faire » (BN, N.a.f., Ms 10282, f° 298).
Dans La Curée, en effet. Renée Saccard et Maxime, devenus amants, assistent un soir à la représentation de Phèdre. Et ils découvrent sur la scène des Italiens leur propre histoire (à ceci près que Phèdre, éprise d'Hippolyte. fils de son époux Thésée, ne sera jamais sa maîtresse...). Plus douloureusement, Renée assiste par anticipation à ce que lui promet sa propre destinée. Zola ne craint pas d'afficher ainsi, au cœur de son roman, le motif mythique et dramaturgique qui en est la source. Le roman joue avec lui-même et avec sa genèse. Le texte se regarde dans le miroir de son intertexte, qui est aussi son avant-texte, comme les personnages se découvrent et se dédoublent dans le miroir que leur tend le spectacle. Double mise en abyme, par là même : non seulement celle de l'intrigue et de ses personnages, mais aussi celle d'un motif qui court à travers tout le roman, celui du double, du double dans le miroir ; Renée devant sa glace, Renée devant Phèdre, Renée devant la prostituée du boulevard, Renée devant la poupée de son au ventre crevé, dans la demeure de l'île Saint-Louis ; tout est ici reflet, dédoublement équivoque. Zola a bien deviné le parti symbolique qu'il pouvait tirer d'un procédé qui pourrait sembler un simple clin d'œil ludique. Mais de plus il représente par là la société entière comme un théâtre, un jeu d'acteurs, une illusion, comique et tragique à la fois. Et il se donne l'élégance ironique de mettre à distance et de déconstruire sa profession de foi « naturaliste » : la vérité le se trouve pas dans la rue, mais sur scène. La réalité a toujours déjà été devancée par la fiction."

Naturalisme

Posté le 17.11.2007 par lireenpremiere
Carte conceptuelle du Naturalisme

Une Idéologie
• La Science instrument du Savoir
• La Modernité comme valeur
• Le déterminisme (hérédité...)
• L'importance du corps

L'homme, sujet physiologique
• Nature remplace Dieu
• Une conception de l'Histoire

Une Ecriture
• Réification
• Modernité
• Refus de l'écriture artiste (il demeure au stade du souhait)
• Ecriture métaphysique
• Langage conforme au milieu des personnages
• Termes techniques pittoresques
• Effacement du narrateur
• Anti-héroïsme

Une méthode de travail
• Documentation
• Expérimentation
• L'homme et son milieu objets d'observation
• Tempérament

LE NATURALISME

Une Esthétique : le Réel
• Personnages populaires
• Scènes
• Une vision du monde
• Une écriture théâtrale
• Une thématique : des faits divers, des histoires vécues
________________________________________
• Reproduction fidèle de la réalité
• La diversité du Réel
• Le parti pris anti-romanesque
________________________________________
• Outils : descriptions minutieuses, points de vue variés, imitation des sensations

L'Amant, porteur d'une vision de l'homme?

Posté le 14.11.2007 par lireenpremiere
L’Amant, porteur d’une vision de l’homme?

-Un être influencé par la famille, approche psychanalytique de l’être humain : poids de la mère sur le destin de la Petite, absence du Père, violence du grand frère à l’égard des plus jeunes , enfants battus, désirs incestueux, désaccord du père du Chinois sur les amours de son fils.Vision de l’homme conséquence de l’éducation et du vécu familial, traumatisme de la petite enfance. Un être qui a du mal à communiquer, un être du silence , du non-dit, de l’en-deça des mots ou de l’au-delà des mots.

-Un être en proie à une quête de l’Autre, du différent, de l’Ailleurs : l’autre en soi, l’Autre de celle qu’on croyait connaître cf le visage autre de la mère insupportable, l’autre masculin/féminin, l’interdit, l’autre race, le riche/le pauvre.

-Un être féminin : roman de la condition de la femme : force et faiblesse de la mère séduction et beauté : la petite, Hélène Lagonelle, les belles collaboratrices, le rôle social des femmes, les femmes fatales : la dame de Vinh Long, la mendiante. Perversité et innocence de l’enfant, pouvoir érotique des femmes sur les hommes, renversement des rapports de forces, amour et mort.

-un être dominateur qui cherche le rapport de force : dominant/dominé, victime/criminel, chasseur /proie et ce dès la famille, au plan du couple d’amants et dans la société. L’inhumanité de l’homme : instinct, violence des relations entre proche, sauvagerie, instinct de jouissance sans sentiment, difficulté de la mise en mots des affects.

-un être du manque d’amour, d’attention, de reconnaissance de communication, en manque de père pour la petite, d’amant pour la mère, un être de l’échec

-un être qui aspire à la lberté des contraintes imposées par autrui, qui peut renverser l’autorité e la hierarchie par le biais d’una attitude hors norme, et d’un désir de devenir écrivain inébranlable, contre la volonté de la famille.

-Un être prisonnier de sa famille, de sa culture, de sa sexualité malgré la découverte de l’autre.

-Un être qui se découvre multiple, pas « fixé » même si le visage ravagé dont témoigne les photographies est perçu comme un destin. La petite , ecrivain en devenir pour elle-même, enfant dévergondée , prostituée pour la société, amour absolu pour l’amant.
-Un être hanté par la destruction, la mort, la séparation, al rupture, le départ : souffrance profonde.

L'amant, vecteur d'une vision du monde ?

Posté le 14.11.2007 par lireenpremiere
L’Amant, porteur d’une vision du monde?

Synthèse.

-Le métissage, phénomènes d’acculturation. La petit française occidentale vietnamisée par son séjour en Indochine pendant l’enfance, désir envers un homme d’une autre culture à la fois par bravade à l’égard des convenances de son propre milieu et par curiosité amoureuse.

-Un monde de confrontation, de rapports de forces où l’on est constamment jugé, critiqué : une société violente et ségrégative dès l’origine familiale, un monde raciste, discriminant.

-Un monde de solitude et de rejet pour celui qui veut être libre, où écrire est l’affirmation de sa singularité, de sa liberté et de sa douleur à vivre.

- Un monde où le désir, l’émancipation et la découverte sexuelle a quelque chose à voir avec l’écriture, la singularité- pas seulement une étape de la formation.

- Un monde où il est nécessaire de déconstruire l’ordre étable, d’aller contre les normes sociales qui restreignent les possibles, de changer les rapports établis, de ne pas donner la préséance à l’Occident _ se méfier cependant car la vision de Duras de l’asiatique n’est pas si éloignée que cela de la littérature coloniale et de ses stéréotypes.


- Un monde où l’argent est désirable mais ne peut tout : les diktats culturels demeurent plus forts que la question de la richesse ou renforcent encore l’importance de la reconnaissance sociale.

-Un monde discontinu travaillé par des forces destructrices : temps, mort, séparations, ruptures, départs d’où naissent souffrance, sentiment de vide et de non existence.

L'Amant, une autobiographie apparente.

Posté le 11.11.2007 par lireenpremiere
L’amant: un récit autobiographique apparent.

Contenu autob. affirmé par l’auteur dans le texte de l’oeuvre ( CF les photos décrites) et dans le péritexte médiatique : A Apostrophe de Pivot : « C’est la première fois que je n’écris pas une fiction. »
Plusieurs éléments de la vie s’ordonneraient en faisceau autour de la premiere liaison et de la découverte de l’amour. « L’experiment :
« Tout a commencé de cette façon pour moi, par ce visage voyant, exténuée, ces yeux cernés en avance sur le temps, l’experiment » p16
Découverte de l’intime et du collectif, relation à un autre, conflit avec les autres, réalité affective et sociale ( couple et perception du couple par la famille et la société.), expérience de la transgression, affranchissement des conventions.
Un triple tabous sexuel, ethnique et social est dépassé . p119

Def. De l’autobiographie de Philippe Lejeune : Récit rétrospectif en prose qu’une personne réelle fait de sa propre existence lorsqu’elle met l’accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l’histoire de sa personnalité.
Element vécu inaugural à partir duquel cristallise la personnalité de l’auteur.

Mais subversion de l’autob.

Pas structure linéaire : passé morcelé, décomposé, interpénétration de différentes périodes ( sujet interne au sens analytique plsu qu’une identité autobiographique stable)
Récit qui se fragmente, justaposition de scènes disjointes, refus de la causalité explicative autre que le surgissement spontanéd es souvenirs par associations d ‘idées, échos.

Pas décor réaliste qui fasse cadre romanesque au sens traditionnelle ou même ancrage dans uen réalité autob. plutôt géographie poétique, favorise la sensation éprouvée plus que la reconstitution logique d’un espace, chercher à recréer dans l’écriture ces sensations. Importance du présent. Lieu d’une mémoire du corps et d’un imaginaire qui travaille comme matériau fantasmatique plutô que comme archives et support naturaliste.

Refus de la psychologie cognitive : pas analyse du passé, pas recherche d’un modèle explicatif de sa propre vie, pas d’interprétation rétrospective, juste la dire et la donner à vivre dans l’écriture. Susciter les micro-emotions ressenties par la chaîne de l’écriture sensible, pas volonté de connaissance lucide de soi, laisser affleurer ce qui peine à se dire, à se vivre avec la conscience claire. D’où le trouble .

L’amant , une autofiction.

1977 Serge Doubrovsky : Fils mais l’usage du mot a été assez lâche. ( Voir manuel )
Premier sens : Exercice structural : combler la case vide du tableau élaboré par Lejeune dans son livre le Pacte Autobiographique : identité narrateur/auteur/personnage = autobiographie.
Non identité personnage/narrateur et auteur= roman à la troisième personne
Personnage et narrateur/ auteur = roman à la première personne.

Identité patronymique du personnage et de l’auteur mais disparité fictionnelle du narrateur. Le récit raconté serait de l’ordre de la fiction, alors même que se trouverait confirmé le lieu d’identité entre l’écrivain et le héros. Dévoiement volontaire du pacte autob. = autofiction.

Deuxième sens différent : Récit lié à l’expression intime du traumatisme de l’Holocauste, invention de fables pour lutter contre le trauma. Litterature américaine des années 60, mais aussi Gary, Wiesel, Perec, Modiano.

Troisième sens : récit dans lequel l’approche de soi s’effectue par une extension romanesque ou poétique dans l’imaginaire. Etats intermédiaires de la conscience, fantasmes, pulsions, part souterraine de al personnalité. Vérité du sujet : part inconsciente qui fuit l’exhibition, l’exposition frontale. Seule la fiction peut exprimer la dimension inconsciente du psychisme. Affabulation qui permet d’exprimer les états seconds : névroses, rêves, folies. ( Hervé Guibert, Sollers, Bianciotti...)

Duras pratique l’autofiction avant la lettre : privilégie les mécanismes psychiques échappés de l’inconscient dans une représentation de l’humain.
P14 « L’histoire de ma vie n’existe pas »
Refuser de considérer sa vie comme une histoire, c’est s’opposer au primat du sens, à la fois direction et signification- imposé à sa vie quand on en fait le récit, qu’on le compose et dispose en auto-bio-graphie.
Pour l’écrivain, l’illusion consiste à unifier le disparate, le profus et l’épars de la vie vécue en une continuité chronologique qui recouvre une unité logique et dont se dégage une entité psychologique.

Elle refuse donc une triple opération qui consiste à fabriquer narrativement un temps de vie linéaire, à projeter une cohérence existentielle rétrospective.

L’objectif est plutôt de dégager quelques vérités intimes rétives à la conscience : noyaux de sa personnalité authentique p9, p16, la fameuse photo qui n’existe pas.
L’écriture s ‘attache à visualiser le non visible, mettre en mots le non dit, fixer le non conscient.
Pression poétique exercée sur la langue, insertion de faits vécus librement transposés dans l’imaginaire p14

L’énonciation hésite entre un « je » de proximité et un « elle » de distance, d’une part la marque de l’identité autob. et l’autre, celle de l’altérité fictionnelle.

Piste pour etoffer les réponses sur L'Amant

Posté le 11.11.2007 par lireenpremiere
L’Amant, un roman de formation (notes)

-Jeunesse du personnage
-Epreuves d’un parcours social
-Présence d’initiateurs
-Enseignement et expériences

Mais pas linéarité : écriture qui vise plus à rendre les obscurités d ‘un subconscient qu’une trajectoire d’apprentissage précis.

Saisie du moi qui passe par deux épreuves : celle du corps et de la mort.
Quitter la mère et les frères pour mieux les retrouver, certitude inébralanlable : la vocation littéraire.

Récit des origines//roman familial
Accomplissement programmé, mené dans l’exercice de la liberté mais selon les lois d’un destin : paradoxe !

1. L’entreprise d’émancipation :

a. Désir et transgression :

triple contrôle de la mère, l’école et la culture blanche.

La mère interdit la jouissance du corps et le mépris de l’honneur personnel, familial et racial (pp56,73,109,114)’ l’école oblige à des parcours Cf l’absenthéisme à la promenade obligatoire des jeunes filles du pensionnat. (p87)

Apparence vestimentaire dévergondée, conduite immorale (pp101,108-109) : infractions et transgressions caratérisent le comportement de la petite.
Difficulté de s’émanciper de la mère et de la famille : douloureux et surtout illusoire.
Habillement qui mêle masc. Et fem.,personnet et emprunté, faux luxe et vraie pauvreté.
« mise au dehors », « circulation des villes, des routes, du désir »
P72 : acquérir un air d’étrangeté, aussitôt perceptible par les siens. Quête de l’altérité.

Moyens de transferts et de mises à distance : le bac, l’auto, symbolisent la transgression : tragique, irréversibilité « Et tel est le lieu de Cholen. De l’autre côté du fleuve. Une fois le fleuve traversé. »p93

Transgression à la fois contre la mère et selon elle :p113 : antithèses. "Prostitution éclatante"
Directrice respectable et mère laxiste, admiration , fascination d’une mère pauvre pour la richesse. Femme trop vite vieillie à la féminité bafouée par les soucis : cf apparition del’image d’une mère jeune et belle mais absente insupportable pour la narratrice.

Quatre quêtes pour la petite : de soi,del’autre, de la mère et de l’argent ! Prostitution à un homme exhibant sa richesse.

Se donner, c’est enfreindre un ordre, une bienséance, tout en réalisant le désir intime inavouable de la mère, à savoir que son enfant « fasse venir l’argent dans cette maison » La mère accepte les prodigalités : « c’est seulement pour l’argent que tu le vois ? » réprouve le commerce amoureux, ou du moins la jouissance que Duras ne lui dira jamais p73

Rendre la mère heureuse : leitmotive de l’histoire. Le désir de transgression se nourrit donc de l’obsession du bonheur maternelcf au cours de l’acte et pendant toute la liaison. Mais moment de bonheur de la mère lié au lavage de la maiosn à grandes eaux : purification//au lavage du corps de l’enfant par l’amant.

b.Expérience de l’amour ( experiment, comme l’alcool porté sur le visage avant l’âge) :

P51 »Je me demande comment j’ai eu la force d’aller à l’encontre de l’interdit posé par ma mère. Avec ce calme, cette détermination. Comment je suis allé jusqu’au bout de l’idée. » « Je dis que je devais le faire, que c’en était comme d’une obligation »
Maîtrise dans les actes. C’est l’amant expérimenté qui est réticent : paronyme : peur/pleure. Verbes d’actions et de volonté pour elle.

Initiation à l’inconnu de l’autre et de soi, abstraction faite de tout sentiment. L’amant est plus romantique qu’elle.
Profondeur de son propre mystère et de celle de sa perversité : vulnérabilité physique et morale de l’amant : expérience du pouvoir sur un mâle. ( possibilité d’une lecture féministe)

P90 douceur et douleur, p13-134 » amour abominable »
Scène d’amour à la fois générale : comme partout, comme toujours, mais poétisée : synecdoque d’abstraction : elle touche la douceur du sexe, synesthésies baudelairiennes : la peau est d ‘une somptueuse douceur.
Parfois véritable prose poétique : chant du désir p55
Au départ méconnaissance du désir p47, couple jouer/jouir p103 ( toujours paronyme) : interdit et innocence, fantasmes incestueux, la petite devenue l’enfant de l’amnt, lavage du corps, apparition mentale des frères, frère chasseur, assassin : projection du couple incestueux de la mère et du frère. Désir de tuer qui hante l’acte d’amour, pulsion sado-masochiste.
Amour seulement lors du départ, prise de conscience lente.
Passion du côté du Chinois.

2.Le travail du destin : tragique

Les signes et les voix :
oser se penser en-dehors du modèle maternel : enseignante, industrieuse.Contrecarrer « l’avenir » que chaque jour elle fait pour ses enfants.
Echecs soldant les entreprises de la mère : modèle pathétique.
Malédictions.
Personnages qui deviennent des archétypes »: l’amant éperdu, le frère martyr, le génie du mal, la mère désespérée, la libertine triste.

Visage prémonitoire : jouissance et alccool qui la marquent avantl’expérience de l’une et de l’autre.
Visage : miroir du destin « Très vite, dans ma vie, il a été trop tard ».
Passion, absolu qui la travaille, combler la béance d’un ciel sans Dieu .
P91 dimension mystique de l’amour : « dans la chambre de la ville chinoise où je vais chaque soir approfondir la connaissance de Dieu »
Révélation de la vocation littéraire concomitante de celle du corps.
Cf Baudelaire : »Qu’est-ce que l’art ? Prostitution. »
L’inconvenance fondamentale de l’écrit est l’exhibition la plus impudique : d’où le retard pris pour pouvoir dire ‘je » sur l’utilisation fictionnelle du vécu.

L’épreuve de la mort :

La narratrice se place entre deux morts comme en sursis. Son autoportrait au visage dévasté a une fonction inaugurale tragique et spéculaire : visage et texte portent les traces de violences diverses , de peurs et de manques.
Violence sublimée du désir et violence effective au sein de la famille : enfant battue, terrorisée, affamée, deuils symboliques de séparation avec l’amant, la terre natale, d’enfance et deuils réels de tous les siens.
Peur de perdre le petit frère p13 » sauver mon petit-frère mon enfant de la vie vivante de ce frère aîné posé au-dessus de la sienne »
P139 : elle avait peur de ce qui arriverait plus tard au petit frère ».
Insuffisance respiratoire et cardiaque ; etouffement existentiel, hypersensibilité de mal aimé.
Réception de l’annonce de la mort :p177 « Du moment qu’il était mort, le petit frère, tout devait mourir à sa suite. »...
Image du Christ p127, l’enfant mort, le jeune martyr, le juif p83 : révolte devant l’iniquité de la mort d’un juste, résistance de Duras liée à ce sentiment inscrit en elle dès l’enfance.
Comme elle doit à l’amant l’initiation à l’amour « à en mourir », elle doit au petit frère, compagnon du jeu avec la mort dans la forêt et les racs, la traversée finale et l’épreuve finale : »Il m’a tiré à lui et je suis morte. »
Expérience de la mort de l’autre comme disparition d’un monde et donc aussi mort d’une part de soi-même.

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