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lireenpremiere
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Ceci est la page spéciale révisions et approfondissement de Français pour les 1ères du LFAY.
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06.11.2006
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Livre intéressant

Posté le 24.09.2007 par Bob
Bonjour !
Juste pour vous dire que j'ai un livre en anglais très intéressant et émouvant.
Si qq1 est intéressé par la lecture en anglais, je peux vs prêter
" Roll Of Thunder, Hear My Cry " de Mildred D. Taylor.
Ça parle de tt ce qu'on a vu en Anglais en fait (Black AFrican American, Boycott, Segregation, Civil Rights, Ku Klux Klan in America....lynching...etc)

" We have no choice of what color we're born..what we do is some choice over what we make of our lives once we're here "
Cassie can't understand why she should have to get off the pavement and walk in the road when Miss Lillian comes along, nor why she should be served last at the grocery store when she has been the first in the queue. But Cassie is learning that life is unfair if you are black and living in Mississippi
Cassie believes she can do something about all the injustice but, in fighting for her principles, she puts her whole family in danger...
This is a powerful story of one family's passionate determination not to be beaten!



--

Emission sur la poesie sur France Culture

Posté le 24.09.2007 par lireenpremiere
le dimanche soir sur France Culture il y aune emission que vous pouvez ecouter toute la semaine ensuite en différé Poesie sur Parole, une demie heure seulement et tres interessante, celle de dimanche dernier concerne Robert Desnos qui est devenu un personnage dans le roman des Freres d'Arvor J'ai tant rêvé de toi...C'est le poète André Velter qui est l'animateur de cette émission. Il ya beaucoup d'émissions très intéressantes sur Feance Culture...

Orientation

Posté le 20.09.2007 par Huy
Salut tout le monde! J'ai trouvé un forum qui contient beaucoup d’informations sur l’orientation post-bac. Voici le lien : http://forums.futura-sciences.com/thread41509.html#post327170. J’espère qu’il vous sera utile dans vos recherches.

petit mot de rentrée

Posté le 19.09.2007 par Christine
Bonjour, j'écris un premier message pour voir si ça marche.N'oubliez pas dimanche prochain la possibilité de voir l'adaptation cinématographique de La Perle de Steinbeck à la Cinémathèque, c'est un bon exemple d'apologue si l'on elargit le sens du terme.
Ceux qui voudraient une version du livre, doivent me le faire savoir rapidement.
Sinon ce soir possibilité d'assister à la repet des danseurs de Sésame, la représentation étant le jeudi 20 à 20heures.
Pour vos recherches sur Modiano, un site excellent intitulé Dictionnaire Modiano où vous pouvez découvrir une foule de renseignements en partant d'entrées classées par ordre alphabétique, voir notamment les entrées fictions, biographies ou explorer à votre guise en fonction du titre que vous avez choisi.

la preciosite

Posté le 09.06.2007 par anh
Espérant qu’un article sur la préciosité ne fera pas de mal à personne, et qu’il vous donne des infos sur ce mouvement, moins littéraire, qu’il n’est historique et culturel.
(J’ai pris connaissance de tout cela avec la lecture commentée des Précieuses Ridicules de Molière et je peut très bien preter le livre.)

Contexte
Effectivement l’Hotel de Rambouillet et Mlle de Scudéry trouvés dans le questionnaire étés l’un fondateur de la Préciosité, l’autre sa plus grande représentant.
Le premier, établi grace au marquis de Rambouillet et surtout de l’initiative de Catherine de Vivonne, sa femme reçoit un nombre important de bourgois et hommes de lettre dont Malleville et Voiture. Ce salon connait une période florissante de 1625 à 1648 avant de céder place au salon de Mlle Scudéry (qui s’épanouisse de 1652 à 1661)
C’est dans ces milieux aristocratiques que naissent cette mode, si on peut l’appeler ainsi, qui s’ étend dans les classes bourgouises et rassemble les femmes et hommes pour discuter sur l’art, l’actualité, les sciences... (un peu du type des soirées chez le marquis de la Mole du Rouge et le Noir)

Caractéristique
Beaucoup de coquetteries, qui distinguent les précieux et précieuses : les habits, les coiffures, les parfums, les maquillages. La toilette est fondamentale et prend un temps fou, à coté, une fortune assez résistante est exigée pour entre tenir une demoiselle précieuse.
Les hommes font la cour aux femmes qui veulent etre plus chère à conquérir : Mlle de Scudéry dans Clélie, son roman décrit la carte de Tendre qui montre la route de l’amitié à l’amour tendre entre homme et femme. Elle est décrite plus précisement dans le livre.
Le vocabulaire est recherché, on dit conseiller de grace pour un mirroir, dédale pour un peigne. En gros, un emploi fréquent de périphrase. La recherche de lettres et de mots est un moyen de se comparer socialement et de faire l’amour (c-a-d faire la cour) à quelqu’un.
Au fond, la préciosité exprime le désir des femmes d’accéder aux valeurs et droits hors d’usage. Se cultiver, écrire et recevoir une éducation comparable à celle des garçon. A l’époque, les femmes subissait toujours l’autorité paternelle. Emancipation des femmes ?

Précieuses Ridicules
Molière utilise le théatre dans le théatre et fait parler les valets comme des hommes précieux à deux demoiselles précieuses. Venant à Paris la première fois, elles revent de voir les beaux parleurs, des précieux qui font lentement la cour, qui s’habillent bien. A la rencontre de ces deux hommes inconnus elles sont trop éblouies par la belle manière de ces soi-disant marquis et vicomte pour réaliser qu’ils ne sont que des valets !
Une critique des moeurs, satire de la coquetterie et des appréciations de premier degré de la langue.
Mascarille(le valet dans le role du marquis) prononce : « je vois bien qu’on n’aime ici que la vaine apparence, et qu’on n’y considère point la vertu toute nue », en étant dépouillé totalement de son habit bourgois après la découverte de sa vraie identité minable.


Se souvenant de la phrase de Mme Ottenwelter : on ne peut effacer tout ce qui se passe entre Montaigne et Rousseau et oublier ce qu’il y a entre les deux. Se mefier donc en parlant des courrants littéraire et montre les tendances de la société francaise suivant les époques et les contextes. Bonne révision.
Son associé au billet :

article du Monde sur Sophie calle ( biographique)

Posté le 09.06.2007 par lireenpremiere
Portrait
Sophie Calle : de la douleur comme un art
LE MONDE | 07.06.07 | 16h09 • Mis à jour le 07.06.07 | 16h10


Dans ses amours, Sophie Calle est beaucoup plus souvent quittée qu'elle ne quitte. Elle en a tellement marre d'être laissée sur le carreau que, à un de ses amants, elle a dit : "Engagez-vous !" Il lui a répondu : "Résistez-moi !" "Mais moi, je ne sais pas résister quand j'aime quelqu'un." Elle ajoute : "Je ne sais pas pourquoi on me quitte, mais il doit y avoir un problème." La réponse est-elle à trouver du côté de son travail ? Car Sophie Calle est une artiste française mondialement célèbre qui a fait de sa vie privée un thème central de son oeuvre. Au moyen d'installations qui mêlent photos, vidéos, textes, objets. Et il y quelque chose d'attirant et d'effrayant à la fois dans sa façon d'effacer les frontières entre la femme et l'artiste.
Sophie Calle affiche sa dernière rupture au pavillon français de la Biennale de Venise, qui commence le 10 juin. Il y a trois ans, elle reçoit par mail une lettre de rupture, qu'elle découvre sur son téléphone portable alors qu'elle est en voyage. "Ce n'était pas la lettre d'un salaud, mais elle se finit par "Prenez soin de vous". Ça m'a beaucoup irritée." Le résultat est le suivant : 104 femmes, célèbres ou pas, interprètent cette lettre de rupture.
Certaines sont photographiées et associées à leurs mots. D'autres sont filmées en train de lire la lettre, la jouer, l'analyser, la danser. Il y a Jeanne Moreau, Natalie Dessay, Arielle Dombasle, Camille, Diams... Mais aussi une médiatrice familiale, une sexologue, une chasseuse de têtes qui salue chez cet homme son "admirable capacité à licencier". Il y a aussi une commissaire de police qui dit : "Arrivée à 40 ans, une femme qui veut se marier a autant de chances de trouver un époux que d'avoir un accident de la route." Autant dire que Sophie Calle devait ramer pour retrouver un homme. Assez satisfaite, elle lâche : "Je l'ai trouvé tout de suite. Un architecte." Prudent, ce dernier lui a demandé de ne pas être le prochain à se retrouver dans son oeuvre. "Je m'y suis engagée."
Sophie Calle est comme un chat noir qui retombe toujours sur ses pattes. Tout se recycle chez elle. En 2003, au Centre Pompidou, elle montrait déjà, en texte et en images, comment un homme l'avait quittée "le 25 janvier 1985, à 2 heures du matin". Elle a aussi réalisé le film No Sex Last Night, road movie sur le fiasco de son mariage. A la Biennale de Venise, elle montre également une vidéo bouleversante sur les sept dernières minutes de vie de sa mère, jusqu'à l'imperceptible souffle final. "Pour la première fois de sa vie, ma mère n'était pas impatiente."
Effrayante, Sophie Calle ? Elle prévient : "Une douleur me donne envie de retourner la situation à mon avantage. C'est mon moteur. Mais, si le projet ne va pas plus loin que mon intérêt thérapeutique, je le laisse tomber." Elle n'a pas que des amis dans le monde de l'art. Certains la trouvent méchante, givrée, opportuniste dans sa façon d'étaler ses sentiments. Un peu trop jet-set aussi, proche de Lou Reed ou de Jeanne Moreau, "qui est devenue une copine". Face à elle, on est saisi par le magnétisme de cette mante religieuse aux cheveux et au regard noirs, plus sensible qu'intellectuelle, belle et sûre d'elle-même, mais qu'on ne repérerait pas au supermarché.
Sa maison est bourrée d'indices. Une ancienne usine à Malakoff (Hauts-de-Seine) transformée en loft sur deux niveaux. On est accueilli par des dizaines d'animaux naturalisés - "ils sont vivants mais ils ne bougent pas" -, notamment un grand tigre nommé Grégoire, deux têtes de taureau (elle aime la corrida), un flamand rose horizontal, un ours assis dans un rocking-chair, qui vient d'arriver.
"Quand un animal passe la porte, je lui trouve un nom." Elle attend un zèbre qu'elle nommera Daniel. "A cause de ses rayures." Les murs sont tapissés d'oeuvres d'autres artistes, d'objets, de lettres et coupures de presse encadrées - notamment une ordonnance de tranquillisants. Contre les murs, des dizaines de boîtes contiennent la mémoire de Sophie Calle. Cadeaux d'anniversaire, invitations à dîner, carnets, journaux... "La matière de mes projets est dans ces boîtes. Si les objets en sortent pour aller au mur, ils perdent leur potentiel d'oeuvre." Sophie Calle est une femme très organisée. "Maniaque." On s'en doutait. Elle accumule et fonctionne par protocoles artistiques, qui ont fait sa réputation. Tout a démarré le 1er janvier 1979, quand elle décide de suivre tous les jours quelqu'un dans la rue. La même année, elle photographie 28 personnes qui ont accepté, toutes les heures, de se succéder dans son lit, entre le 1er et le 9 avril. Elle a demandé à un détective privé de la suivre et de prendre photos et notes ; le matériel finira au mur des musées. Elle a photographié les effets personnels de clients d'un hôtel où elle était femme de chambre. Elle a fait des strip-teases à Pigalle et en a récupéré les photos...
Le manque, la rupture, le départ sont des "petites douleurs" que l'on retrouve dans l'oeuvre de Sophie Calle. C'est le résultat d'une éducation qui a pu faire bonheur et dégâts. Entre glace et feu. Le père, Bob Calle, est un homme réservé, cancérologue, célèbre collectionneur d'art dont la passion pour un art conceptuel qui mêle textes et images - Boltanski, Le Gac - a influencé Sophie. Sa mère était "une excentrique extravagante qui affichait une légèreté incroyable dans sa vie de noctambule et d'ivresse". Elle commente : "Pour moi, enfant, c'était dur et bien. Dur, car je ne pouvais suivre ; mais fière quand je voyais les mères de mes copines..."
Sophie Calle dit qu'elle a "du sérieux léger". Adolescente, elle était militante gauchiste, mais tous les jeudis, jusqu'à 17 ans, elle volait dans les grands magasins. Elle a voyagé seule pendant sept ans - Etats-Unis, Grèce, Mexique, Liban... -, vivant comme serveuse, modèle dans une école de dessin ou de la cueillette de fruits. Elle a passé un an dans les Cévennes et en Ardèche, à élever des chèvres et à vendre ses confitures. "J'ai collé aux poncifs de ma génération. J'étais mao ou hippie quand il fallait."
A 26 ans, elle est formée. Elle s'installe à Paris, suit deux jours un cours de photo, arrête son journal intime, déplace l'écriture dans des projets artistiques aussi précis qu'une ordonnance paternelle, et déjantés qu'une soirée maternelle. Près de trente ans ont passé. Sophie Calle appartient au top ten des artistes français les plus connus au monde. Son oeuvre renvoie chacun à sa propre histoire mais ne va pas de soi. "On a beaucoup dit, surtout en France, que je ne faisais pas de l'art. Mais je n'ai pas eu à me poser la question. C'était d'abord pour moi un jeu. Et puis j'ai été vite défendue."
Lors du vernissage de son exposition au MoMA de New York, en 1992, sa mère lui a dit : "Tu les as bien eus." Sophie décrypte : "Ma mère ne m'a pas prise au sérieux comme artiste mais comme elle ne prenait rien au sérieux..." Aujourd'hui, on la sent heureuse. Son prochain projet sera avec une voyante. Elle pleure souvent, surtout en voiture, mais elle dit que ce n'est pas désagréable. "Je suis restée midinette. Ce ne sont pas des larmes de douleur."

Michel Guerrin
________________________________________
Parcours
1953
Naissance à Paris.
1978
Suit des passants dans la rue, les photographie et prend des notes.
1986
Photographie des aveugles et associe aux portraits leur vision de la beauté.
1992
Exposition au Musée d'art moderne de New York.
2003
Exposition "M'as-tu-vue" au Centre Pompidou.
2007
A la Biennale de Venise, exposition et projection de la vidéo sur sa mère.


Abdel malik sur France Culture

Posté le 09.06.2007 par lireenpremiere
Allez sur france Culture programme du jeudi 7 juin, émission Decibels sur abdel Malik.

Gilles dao et Emmanuel Darley

Posté le 02.06.2007 par lireenpremiere
Ne manquez pas la lecture spectacle du lundi 11 juin à 19 heures à l'Espace et la rencontre avec le metteur en scène Gilles Dao. Il aurait dû monter également un texte intitulé Pas Bouger qui a été censuré, il vous expliquera pourquoi, Gilles Dao a une conception politique du theatre et attache une grande importance au texte, je pense qu'il sera intéressant de discuter avec lui. .

Le texte lu s'intitule Gâchis, voici un court texte pour donner envie de le découvrir...

Gâchis : Amas de choses gâchées ( abîmées, brisées); Situation confuse, embrouillée ( désordre); Mortier fait de plâtre, de chaux, de ciment.
De lui-même il ne sait pas grand-chose. On l'appelle “garçon”, en lui tapotant la tête. Homme-enfant, sans âge, sans nom, il est le fils du père André, et il rit, parce qu'on l'aime ainsi.
Le temps s'est arrêté pour ce garçon innocent, qui n'a jamais existé autrement que par le silence, entrecoupé de rires, et la masturbation : “je suis là je suis là” proclame-t-il en secouant son sexe.
Un à un, les autres fils ont quitté la maison. La mère en allée, aussi, depuis longtemps.
Il fabrique une machine avec du bois et un morceau de fer tranchant dans le grenier. Et part. Il part de ce lieu qui n'a pas plus de nom que lui, vers d'autres lieux, forêts, villages, vers l'ouest, vers l'océan.
Et puis quelque chose arrive sans prévenir : la rencontre avec une petite fille abandonnée au bord de la route. Le dernier fils, celui qui n'a pas grandi, se met à jouer au père avec l'enfant, dans une histoire d'amour odieuse d'innocence.
Vie brisée, grand désordre, souvenirs et rêves, peurs et illusions, comme plâtre et chaux, beau mélange pour mieux disparaître, se rayer de l'existence.
D'un semblant de renaissance ( de naissance) il va inexorablement plus avant s'enfoncer et se perdre. Tout gâcher. Un beau gâchis, oui.

Vous pouvez visiter le site de la compagnie de Gilles qui vient d'être créé pour en savoir plus: http://ciemgpessoa.free.fr

Le texte dE Raoul Jambon est d'Emmanuel Darley et Gilles l'a monté en France, l'ensemble du spectacle s'intitulait C'était mieux avant.


infos

Posté le 30.05.2007 par lireenpremiere
Pour travailler sur le biographique aujourd'hui, découvrez l'artiste Sophie Calle sur le site du magazine Telerama, rubrique art et spectacle: elle utilise le matériau de sa propre vie pour faire des performances à bases de textes, photos et video, elle est retenue pour représenter la France à la grande Biennale de Venise. l'entretien est très éclairant.

Voltaire contre Rousseau

Posté le 28.05.2007 par lireenpremiere
Le tremblement de terre qui ravage Lisbonne en 1755 suscite dans toute l'Europe un débat non pas scientifique mais, fort curieusement, philosophique. La destruction de la ville et les vingt mille morts qui l'accompagnent en- trent-ils ou non dans le plan de la providence? telle est la question. Il ne manque pas de philosophes pour postuler que même un malheur de ce genre a sa justification dans les desseins de Dieu ou, plus simplement, que les catastro- phes naturelles sont inévitables et doivent être acceptées car elles concourent à l'harmonie de l'univers. Quant à l'Inquisition portugaise, elle considère que ce malheur est un châtiment de Dieu; comme Voltaire s'en fera l'écho dans Candide, elle redouble de rigueur contre les hérétiques, notamment contre les juifs. C'en est trop pour Voltaire: il répudie d'un coup l'optimisme et ses trop faciles justifications du mal. Déjà dans Zadig, il avait prêté à son héros quelque réticence devant le précepte de l'ange selon lequel la fin justifie les moyens. Cette fois-ci, Voltaire va plus loin et c'est avec indignation qu'il rejette l'idée que la souffrance des hommes puisse être acceptée au nom d'hypothétiques fins dernières. Sa réflexion philosophique se trouvant alimentée par ses déceptions personnelles, il dresse alors, dans le Poème sur le désastre de Lisbonne, un tableau de la misère humaine dont les termes sont fort proches de ceux qu'employait Pascal.[...]
En fait, l'optimisme de Voltaire n'avait jamais été philosophiquement très solide. C'était surtout un matérialisme ou un épicurisme vulgaire qui cherchait dans la tradition paÍenne une arme contre le pessimisme chrétien, c'est-à-dire contre le christianisme lui-même. De la même façon son passage au pessimisme peut s'expliquer aussi par le refus d'une autre version de la métaphysique chrétienne: celle d'une providence à qui les hommes devraient s'en remettre sans murmure en bénissant le mal qui les frappe. Il n'en reste pas moins qu'après cette palinodie, la philosophie de Voltaire manque tout à coup singulièrement de contenu. Mais Voltaire a besoin de s'opposer pour être. Il va trouver une nouvelle matière philosophique dans son conflit avec Rousseau qui commence à cette date.

En 1755, Rousseau est à Genève. Il opère son retour aux sources de la nature de la démocratie et du calvinisme. Il vient de publier son second Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité qui a été mal reçu par les genevois. De son côté, Voltaire a également des difficultés avec ces derniers qui se plaignent de ce qu'il ait critiqué calvin dans L'Essai sur les moeurs. Ils interdisent même son théâtre.
En fait, les genevois sont divisés. les riches bourgeois de Genève passent volontiers la frontière pour assister aux représentations théâtrales que donne Voltaire dans sa résidence, et maudissent avec lui l'enragé qui risque d'ébranler par ses théories révolutionnaires leur position sociale. C'est que Genève, depuis le temps où Rousseau l'avait quitté, a évolué dans le sen sd'une ploutocratie. La ville est administrée en fait par un petit conseil formé des plus riches. Ceux-ci sont dans le camp de Voltaire, les autres éprouvent de la sympathie pour Rousseau. Ainsi, le conflit entre Voltaire et Rousseau a genève pour cadre et pour enjeu.

Les deux hommes jusqu'alors ne se connaissent guère. Rousseau, pauvre et inconnu, admirait Voltaire de loin. A peine avait-il eu l'occasion d'éprouver sa désinvolture méprisante lorsque, prié par Voltaire et rameau de mettre en musique un livret d'opéra de Voltaire, il avait pu constater avec amertume qu'après que son travail eÚt été remanié par Rameau, ni Voltaire ni Rameau n'avaient reconnu la part importante qu'il avait prise à l'ouvrage. Néanmoins, Rousseau n'avait cessé de témoigner à Voltaire le respect qu'il pensait devoir non à l'homme mais à son génie. Il lui avait tour à tour adressé un exemplaire de chacun de ses discours. Voltaire ne daigna pas répondre à l'envoi du premier, [mais] répondit à l'occasion du second.

[Dans cette lettre à Rousseau], on voit que Voltaire emploie à l'égard de Rousseau le même procédé qu'à l'égard de Pascal. Ne pouvant réfuter la pensée de son adversaire, il la dénature; il feint de croire que Rousseau est l'ennemi du genre humain (Pascal, lui, avait été qualifié de misanthrope), alors que nul plus que lui n'a protesté contre l'esclavage et toutes les formes de servitude. Il feint de croire que Rousseau est l'ennemi de la société, alors qu- 'en fait c'est la société féodale, et nulle autre, qu'il condamne, celle justement dont Voltaire s'accomode fort bien, et qu'il proteste non contre l'existence de la société mais contre les détournements de ses avantages au profit d'une minorité despotique. Il feint même de croire que Rousseau rêve de retourner à l'état de nature, alors que toute sa philosophie démontre le contraire. Rousseau s'en est expliqué dans la préface de Narcisse: on ne remonte pas le cours de l'histoire. Interprétant à sa manière le Discours sur les sciences et les arts, Voltaire prête à Rousseau une condamnation sans nuance de la culture et un éloge de l'ignorance, alors que Rousseau avait noté que le vernis culturel masque souvent la dégradation des moeurs et le progrés du despotisme. Voltaire sait bien qu'il a contribué personnellement à rendre le séjour de Genève inhabitable pour Rousseau(à cette date, Rousseau a déjà du renoncer à s'y installer et a regagné la France), et c'est avec une cruauté et une perfidie trés conscientes qu'il feint de s'étonner que Rousseau soit loin de sa patrie ("la solitude que j'ai choisie auprés de votre patrie où vous devriez être").

Pourquoi cette hostilité de Voltaire envers Rousseau? Il y a bien sur à cela des raisons personnelles. Voltaire éprouve pour Rousseau le mépris discret du grand bourgeois pour l'homme du peuple, du courtisan pour le provincial, de l'homme cultivé pour l'autodidacte, de l'homme du monde pour le plébéien maladroit. Mais il y a bien davantage. Voltaire pressent que sa suprématie intellectuelle se trouve menacée. A vrai dire, le terme de philosophie appliqué à Voltaire ne peut s'entendre qu'au sens du XVIIIº siècle. Sa pensée, légère, brillante, critique, reste très superficielle. Ses vues fines et amusantes sont généralemt dépourvues de profondeur. Voltaire avait cru triompher de Pascal d'autant plus facilement que celui-ci ne pouvait lui répondre. Mais Rousseau est vivant, et sa pensée, authentiquement philosophique, a tout ce qui manque à celle de Voltaire: la profondeur et l'originalité vraies. Voltaire veut donc empêcher Rousseau de se faire entendre. Il veut le discréditer auprès du public, en dénaturant sa pensée, en soulignant le ridicule de sa personne. Il va agir, comme le font, chez Molière, les personages du Misanthrope à l'égard d'Alceste. Le persiflage et la calomnie esaieront d'étouffer l'éclosion d'un rival dont il mesure très certainement la menace qu'il constitue pour sa propre position dans le monde.

Aux yeux de Voltaire, comme des encyclopédistes, Rousseau est dangereux parce qu'il remet en cause les acquis jugés jusqu'alors irréversibles de la philosophie des Lumières. Que signifie cette critique de la civilisation? cette réhabilitation de la morale, de la vertu et du sentiment? En vérité, Rousseau a mis le doigt d'emblée sur les faiblesses de la philosophie des Lumières dans sa version parisienne, en soulignant que la raison et l'intérêt n'épuisent pas la définition de l'homme, que tout progrés dans un domaine a sa contrepartie dans un autre, qu'il y a en l'homme une dimension spirituelle dont le matérialisme ne rend pas compte et qu'il risque d'étouffer. Les choses seront claires quand Rousseau adressera à Voltaire, en réponse à son Poème sur le désastre de Lisbonne, une Lettre sur la providence. [...] Ces accents évoquent Pascal. Nous sommes ici en présence d'une pensée de même nature. Pascal était janséniste, Rousseau est calviniste. C'est presque la même chose. Nous touchons ici à l'opposition véritable qui sépare Rousseau des philosophes de son siècle. Rousseau renoue avec l'inspiration spiritualiste qui fut en Angleterre à l'origine de la philosophie des Lumières. Rousseau, tout comme Voltaire, et plus sans doute que lui, est conscient de l'existence du mal, mais il fonde sur cette conscience une révolte et l'espérance d'une réparation. S'élevant alors au-delà des limites de l'existence terrestre, il lance un appel vers un Dieu réparateur qui est l'objet de sa part non d'une crédulité naÍve, mais d'une exigence morale. Rousseau restaure contre les petits comptables du plaisir et de la douleur que sont les matérialistes, tout l'infini de l'espérance spirituelle. S'il réussit, c'est tout ce patient travail de démolition de l'homme spirituel auquel se livre l'actuelle génération de philosophes qui se trouvera réduit à néant. Voltaire avait cru enterrer Pascal, mais voici qu'il ressuscite en la personne de Rousseau. Tous les moyens seront bons pour le faire taire ou, à défaut, pour empêcher qu'on ne l'écoute.

En 1757, Voltaire, à la fois pour répondre à Rousseau et protester contre l'interdiction de son théâtre prononcée par le grand Conseil de Genève, inspire à d'Alembert l'article "Genève" de l'Encyclopédie. dans ce texte, d'Alembert feint de considérer les pasteurs de Genève comme des sociniens (docrtrine proche du déisme), et partant de cette hypothèse fausse, simule l'étonnement devant leur refus obstiné du théâtre. Rousseau, qui vient tout juste de se réfugier chez le Maréchal de Luxembourg, rédige en trois semaines sa réponse dans la Lettre à d'Alembert sur les spectacles (1758). Il y développe trois points: les pasteurs de genève sont calvinistes, le contenu du théâtre n'est ni neutre ni innocent sur le plan moral et sur le plan politique, la tradition démocratique et calviniste de Genève exige le refus non de tout spectacle, mais du type de spectacle qui fait à paris les délices d'une société corrompue par le luxe et l'habitude du despotisme. Et Rousseau de proposer comme modèle les grandes fetes populaires de la Grèce antique (Théâtre populaire ouvert à tous les citoyens, fêtes sportives et patriotiques, etc).

Le retentissement de la querelle qui s'ensuit et les attaques qui s'élèvent de toute part contre l'Encyclopédie font que d'Alembert, Duclos et Marmontel se retirent de l'entreprise. En 1759, suite à l'attentat de Damiens, la publication de l'Encyclopédie est interdite. Voltaire prend fait et cause pour les encyclopédistes. Il impute à Rousseau une responsabilité bien peu crédible dans cette interdiction. C'est au même Rousseau qu'il attribue son échec per- sonnel auprès des genevois. Tout ceci compose dans son esprit l'image d'un Rousseau satanique, acharné à entraver le progrès des Lumières. Rousseau sera désormais pour lui, comme pour les encyclopédistes, l'homme à abattre par tous les moyens. Quant à sa philosophie personnelle, suite à cette série de déconvenues, elle s'infléchit de plus en plus vers le pessimisme. Voltaire en donne un exposé complet et achevé dans son meilleur conte, publié en 1759, Candide ou de l'optimisme.

Claude Pommeru

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