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Ceci est la page spéciale révisions et approfondissement de Français pour les 1ères du LFAY.
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Posté le 27.05.2007 par lireenpremiere
Je viens de découvrir le site d'un collègue qui est très intéressant pour vos révisions en particulier sur la poésie: http://dabian.free.fr/courspo1.htm
Bonne lecture.
Retrouvez aussi André Velter dasn l'émission sur france Culture de samedi 26 mai Carnet nomade de Colette Fellous consacrée au Festival de Saint Malo Etonnants Voyageurs, André parle de son nouveau livre. Une heure de vrai voyage à travers le monde...
Autre émission très belle: poésie dur Parole du dimanche 27 mai: Le chant d'un peuple assassiné 9 un des rares textes poétiques écrit pendant la déportation.



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Beckett

Posté le 27.05.2007 par lireenpremiere
Samuel Beckett : Portrait d’une Exposition à Beaubourg

Il avait un amour fétichiste de la langue et des mots - les mots, ses seules passions, disait-il - , il avait un talent certain pour le dialogue et encore plus pour le monologue, il préférait le français à l’anglais, une langue « où il est plus facile d’écrire sans style ». « Vous êtes sur terre, c’est sans remède », faisait-il dire à Hamm, le protagoniste principal de Fin de partie, avant de conclure « il faut continuer, tout doit continuer » - Hamm, Winnie, Godot, Beckett..., et de chercher le sens, le sens, toujours, en dépit de tout, et même et surtout de la tragédie d’être né.
Comment présenter l’écriture et le théâtre, comment présenter un écrivain dont l’oeuvre et les vies sont inépuisables, parce qu’elles nous demeurent, quoique légendaires et méconnues, mystérieuses, sinon fuyantes ?

Samuel Beckett : 14 mars - 25 juin 2007: le centre Pompidou lui rend hommage. L’exposition propose de découvrir, à travers manuscrits, « vitrines feuilletées », mais aussi archives audiovisuelles, écrans vidéos ou installations sonores, les facettes de la vie et de l’oeuvre de l’écrivain irlandais (Dublin,1906 – Paris,1989) et met en valeur, parallèlement, les correspondances entre son oeuvre et celle d’artistes, contemporains de son époque ou plasticiens d’aujourd’hui.

Huit étapes, dont les titres empruntent à l’univers beckettien, rythment le parcours :Voix, Restes, Scènes, Truc, Cube Œil, Bram, Noir. Dès le seuil, on est happé par une bouche projetée en fond. La bouche dit « Not I », « Pas moi », un texte de 1989. La voix de l’acteur Michael Lonsdale lit de courts textes, des poèmes de Beckett en anglais et en français. « On commence donc par la voix. Une voix qui ne cesse de parler pour dire l’échec de la parole, une voix qui murmure, halète, ressasse, s’épuise et recommence ». Du Beckett qui nous est familier, de toutes ces ombres, ces figures mises en scène, ces personnages qui peuplent ses pièces, demeure le souvenir des voix. Des voix qui ne cessent de parler, pour dire ou ne rien dire, puisque parler, pour elles, équivaut à être, ou du moins à subsister, malgré l’espace qui se resserre, l’effondrement de tout ; continuer, pour que perdure la sensation de vie et d’espoir. Et même disparue, et même engloutie, cette voix resurgit du noir : « La voix qui s’écoute comme lorsqu’elle parle, qui s’écoute se taire, ça fait un murmure, ça fait une voix, une petite voix, la même voix petite, elle reste dans la gorge, revoilà la bouche. » (On repense aux Textes pour rien)...
On traverses Restes... Revient, par fulgurances, l’univers mental de Beckett, avec ses images, ses obsessions, sa propre écriture, d’une part et d’autre part, avec ce qu’il inspire à toute une génération d’artistes contemporains, de Jean-Michel Alberola, à Geneviève Asse, Bruce Nauman, Jasper Johns, William Chattaway, Alain Fleischer ; des tableaux, des films underground, une série de crânes exposés, des manuscrits au centre de la pièce, en vitrines. On se penche, on lit : Murphy (1936), écrit en anglais, dactylogramme sur carbonne. C’est son premier texte écrit à Paris. La première ligne est une citation d’André Malraux : « Il est difficile à celui qui vit hors du monde de ne pas rechercher les siens ». Plus loin, un cahier manuscrit autographe ; Premier amour, en français, date de 1946 (on se souvient que Beckett écrivit la totalité de son oeuvre d’abord en anglais, puis en français, puis tantôt dans l’une ou l’autre langue, et de surcroît a lui-même traduit d’une langue à l’autre et inversement, ses propres textes) ; cahier d’écolier à petits carreaux, encre noire, écriture légèrement penchée, ratures franches.

C’est, au-delà du roman, l’oeuvre théâtrale qui donnera à l’auteur de En attendant Godot (1949), Fin de partie (1957), Oh, les beaux jours (1960), la célébrité qu’on lui connaît. Ici, avec Scènes, extraits de pièces. On entre dans Comédie (Play, en anglais), pièce en un acte pour trois personnages : enterrés jusqu’au cou dans des amphores, le visage couvert de boue, trois acteurs, dont Kristin Scott Thomas (est-ce son beau visage qui retient ? ou l’absurde de la situation, ou encore la puissance violente, répétitive du mot ?) récitent, à folle allure : deux femmes assaillent un homme de leurs revendications. Et personne n’écoute personne, en ce « désert de solitude et de récriminations », où chacun ne se soucie que de se justifier.
Plus loin, avec Truc, l’espace réservé à la biographie. Correspondances et documents biographiques inédits, quelques oeuvres de ses proches, Jack B. Yeats, Henri Hayden, photographies de famille, portraits de Samuel... L’inclinaison du visage, sa belle tête... Nathalie Léger, qui est, avec Marianne Alphant, commissaire de l’exposition, a consacré à Beckett un tout petit ouvrage, mais bien dense, bien riche, littéraire, à souhaits. On le lit, comme on l’écoute, judicieusement sensible aux silences, à la musique, au regard multiple d’un Beckett qu’on connaît peu au fond (éd. Allia, Les vies silencieuses de Beckett, 120 p., 2006). Elle décrit son personnage: « Qu’il soit en tenue de cricket, en pantalon de golf ou en costume d’écolier, il a toujours la tête penchée vers l’avant, inclinée de quelques degrés de plus que les autres, le menton dans le cou, le regard rétif. Tous ses traits sont retenus et résistent à la photographie mais en vain, la beauté implose, souveraine, impensable, un mystère, une question de millimètres, une particulière disposition au refus, à moins que ce ne soit un emprunt, l’autre nom du masque qui permet de déguerpir par la porte de derrière . A ses côtés, ses camarades en short et en veston s’offrent naïvement dans leurs corps trop simples, leurs visages d’aplomb. » (page 26). Et oui, effectivement, il était beau, Beckett ! A cela, Nathalie Léger ajoutera « Il n’y a pas que la langue/ Il n’y a pas que le style/ Il y a aussi les chaussures ». Est-il besoin toujours d’expliquer, de comprendre ? On se demande... On traverse les salles, l’une après l’autre, on s’assoit sur un banc, on se dit voilà un homme qui a beaucoup lu, beaucoup su, beaucoup voyagé, beaucoup bu, beaucoup lutté, beaucoup pensé au besoin de communiquer, quand aucune communication n’est possible, en somme, beaucoup tiré parti d’une olive...

On se lève, on reprend la route ; sur un écran vidéo, apparaît l’immortelle Madeleine Renaud, Winnie, dans Oh les beaux jours (1963), elle aussi, plantée en terre, et emplissant le vide de ses lieux communs et jouissant de l’ivresse du rien. Devant, sous verre, le sac en cuir qu’elle portait sur scène et son contenu : un bâton de baume à lèvres, huile de jojoba. « Tout sauf le vide. Non. Le vide aussi. Inempirable vide. Jamais moindre. Jamais augmenté » : Bram, rencontre essentielle avec le peintre néerlandais Bram Van Velde, amitié, textes précieux. Empathie certaine et affectueuse. Il lui écrit en 1949 : « Vous résistez en artiste, à tout ce qui vous empêche d’oeuvrer... Moi je cherche le moyen de capituler sans me taire tout à fait. » Noir achève l’exposition. Dernière salle, derniers tableaux. « Lessness » ; on entend la voix en anglais de Samuel Beckett. La voix sort du mur et se perd.
On est ailleurs, on ouvre alors, pour terminer, un petit opus singulier (comme souvent le sont ceux des éditions Blusson) et savoureux sur Samuel Beckett, tout rose suranné ; parfums de poésie et de grappes de roses photographiées, textes courts où l’auteur, Florence de Mèredieu, déambule avec l’écrivain de jardins en rencontres, évoque les fantômes de Samuel, les totems, la nature... « Il marche comme une de ces statues filiformes – un de ce ces Giacometti qui traversent l’espace à la façon d’une aire mouillée/ Beckett se glisse dans le cimetière, gagne la tombe/ Et se perd dans les roses... » (Florence de Mèredieu, Et Beckett se perdit dans les roses , éditions Blusson, 2007, 80 p.)
Centre Georges Pompidou
http://www.centrepompidou.fr/

Voltaire en exil

Posté le 23.05.2007 par lireenpremiere
Recension d'une biographie parue cette ann♪0e et rédigée à partir de la correspondance de Voltaire. ( Source la Revue de la poste Florilettres que vous pouvez consulter)

Voltaire en exil, biographie de la fin de la vie de Voltaire à partir de son énorme correspondance.

Voltaire était un épistolier infatigable comme en témoignent les treize volumes de la Bibliothèque de la Pléiade dans lesquels sont regroupés sa correspondance. Au cours de son existence, Voltaire correspondit avec pas moins de mille cinq cent personnes, « amis et ennemis, femmes, médecins et prêtres, banquiers et débiteurs, juges et avocats, comédiens, comédiennes et auteurs dramatiques, politiciens et hommes d’Etat, éditeurs et administrateurs. » Les lettres de Voltaire circulaient à travers toute l’Europe, elles étaient régulièrement commentées et reproduites. Entre 1753 et 1778, il écrivit plus de 11 164 lettres sur un total de 15 284, soit les trois quarts de sa correspondance sur les vingt-cinq dernières années de sa vie. Cet accroissement considérable du nombre de lettres s’explique principalement par l’exil forcé de Paris et de Versailles auquel Louis XV avait contraint Voltaire à son retour de Postdam (où il avait accepté un poste de chambellan et de poète à résidence à la cour de Frédéric II, ce qui lui aurait valu sa disgrâce). C’est dans cette part « majeure, centrale même, de son oeuvre littéraire et intellectuelle » que Ian Anderson a puisé ses sources pour nous narrer la vie de Voltaire de sa soixantième année, jusqu’à sa mort, à l’âge de quatre-vingt quatre ans.
Voltaire est alors un dramaturge adulé, dont les pièces plus souvent jouées que celles de Racine et Corneille réunis, ont fait la fortune de la Comédie Française ; son poème La Henriade (qui le fait comparer à Virgile) lui vaut une gloire littéraire internationale ; il est également célèbre pour être l’historien du roi. Banni par Louis XV, Voltaire décide alors de s’installer non loin de Genève, en compagnie de sa nièce, Marie-Louise Denis, avec laquelle il entretient une liaison secrète et passionnée depuis les années 1740. Des lettres retrouvées en 1957 dissipent toute équivoque quant à la nature de leur relation : «... j’applique mille baisers aux seins ronds, aux fesses enchanteresses, à toute votre personne qui m’a si souvent fait bander et m’a plongé dans un fleuve de délices. », « Je bande en vous écrivant, et j’embrasse mille fois vos beaux tétons et vos belles fesses. »
Les talents d’homme d’affaires de Voltaire lui ont permis de devenir riche. Il rachète plusieurs domaines (les Délices, Tournay, Ferney), où il engage d’importants travaux de restauration. Ses responsabilités de propriétaire terrien (il a à sa charge de nombreux paysans, métayers et domestiques), lui font découvrir soudain au quotidien le sort des pauvres et des opprimés : « Je vois autour de moi la plus effroyable misère dans le pays le plus riant. Je me donne des airs de remédier un peu à tout le mal qu’on a fait pendant des siècles. Quand on se trouve en état de faire du bien à une demi-lieue de pays cela est fort honnête. »

Ian Anderson voit dans le tremblement de terre de Lisbonne, qui donnera lieu au Poème sur le désastre de Lisbonne, puis sous une forme comique, au génial Candide (écrit à l’âge de soixante-six ans), un tournant dans l’évolution philosophique et morale de Voltaire et l’amorce de son intérêt ultérieur pour les droits de l’homme. Il souligne aussi l’humilité et la profondeur de l’engagement de Voltaire, quand il rallie en 1754 l’entreprise de l’Encyclopédie, commencée en 1750 par d’Alembert et Diderot et l’importance qu’eût son article « Genève », qui lui vaudra de faire scandale auprès des intégristes des deux bords : « Fanatiques papistes, fanatiques calvinistes, tous sont pétris de la même m... détrempée de sang corrompu. »
Le combat de Voltaire pour la réhabilitation de Calas ouvrira la voie à une réforme du système pénal en France et en Europe. Ian Anderson brosse un tableau saisissant de pratiques inquisitoriales qu’on aimerait dire d’un autre temps, au travers du récit détaillé qu’il nous donne des différentes affaires pour lesquelles Voltaire fit campagne, et ce, comme il le relève, uniquement par correspondance : « Deux choses rendirent cela possible. Premièrement, il était très riche et il put s’offrir les services des meilleurs juristes ; deuxièmement, il était probablement l’épistolier le mieux introduit de toute l’Europe et il disposait d’un carnet d’adresses qui lui permettait d’entrer en rapport avec rois, empereurs, princes, hommes d’Etat et politiciens, universitaires et gens d’Eglise, hommes d’affaires, écrivains et intellectuels. »
On ne peut qu’être frappé par l’extraordinaire étendue des activités de Voltaire. Tout à la fois bâtisseur (il améliore et agrandit ses domaines, fait construire des théâtres, développe une industrie horlogère à Ferney), gestionnaire, historien, dramaturge, comédien (il partage avec Marie-Louise Denis une passion commune pour le théâtre amateur), philosophe libre et hardi : « Que j’aime la hardiesse anglaise ! Que j’aime les gens qui disent ce qu’ils pensent ! C’est ne vivre qu’à demi que de n’oser penser qu’à demi. », avocat de Callas, du chevalier de La Barre, de Sirven, de Monbailli et d’autres encore, Voltaire semble être animé en ces dernières années par une énergie sans limite.
Peut-être le secret de cette aptitude inégalée pour le bonheur pour cet esprit curieux de ses contemporains, aimant les plaisirs mondains et la société des femmes, tout à la fois avide de reconnaissance et prodigue de soi, réside-t-il dans ce qu’il confie dans une lettre à Mme Du Deffand : « Pour avoir du plaisir, il faut un peu de passion, il faut un grand objet qui intéresse, une envie de s’instruire déterminée, et qui occupe l’âme continuellement ; cela est difficile à trouver, et ne se donne point. »
Voltaire en exil
Les dernières années, 1753-1778
Ian Davidson
Traduction de Jean-François Sené
Éditions du Seuil, Coll. Biographie
(janvier 2007) 24 €, 378 pages

sujets de POndichéry 2007

Posté le 18.05.2007 par lireenpremiere
CENTRES ÉTRANGERS
SÉRIES ES / S

Objet d'étude : Le biographique.
Textes :
Texte A : Nathalie Sarraute, Enfance (1983)
Texte B : Marguerite Duras, L'Amant de la Chine du Nord (1991 )
Texte C : Charles Juliet, Lambeaux (1995)
Texte D : Sophie Calle, "Le portrait", Des Histoires vraies + dix (2002)

Texte A - Nathalie Sarraute (1900-1999), Enfance (1983).
Je suis assise près de maman dans une voiture fermée tirée par un cheval, nous cahotons sur une route poussiéreuse. Je tiens le plus près possible de la fenêtre un livre de la Bibliothèque rose, j'essaie de lire malgré les secousses, malgré les objurgations1 de maman : « Arrête-toi maintenant, ça suffit, tu t'abîmes les yeux... »
La ville où nous nous rendons porte le nom de Kamenetz Podolsk. Nous y passerons l'été chez mon oncle Gricha Chatounovski, celui des frères de maman qui est avocat.
Ce vers quoi nous allons, ce qui m'attend là-bas, possède toutes les qualités qui font de « beaux souvenirs d'enfance »... de ceux que leurs possesseurs exhibent d'ordinaire avec une certaine nuance de fierté. Et comment ne pas s'enorgueillir d'avoir eu des parents qui ont pris soin de fabriquer pour vous, de vous préparer de ces souvenirs en tout point conformes aux modèles les plus appréciés, les mieux cotés ? J'avoue que j'hésite un peu...
− Ça se comprend... une beauté si conforme aux modèles...
Mais après tout, pour une fois que tu as cette chance de posséder, toi aussi, de ces souvenirs, laisse-toi aller un peu, tant pis, c'est si tentant...
− Mais ils n'étaient pas faits pour moi, ils m'étaient juste prêtés, je n'ai pu en goûter que des parcelles...
− C'est peut-être ce qui les a rendus plus intenses... Pas d'affadissement possible. Aucune accoutumance...
− Oh pour ça non. Tout a conservé son exquise perfection: la vaste maison familiale pleine de recoins, de petits escaliers... la « salle », comme on les appelait dans les maisons de la vieille Russie, avec un grand piano à queue, des glaces partout, des parquets luisants, et tout le long des murs des chaises couvertes de housses blanches... La longue table de la salle à manger où à chacun des bouts sont assis, se faisant face, se parlant de loin, se souriant, le père et la mère, entre leurs quatre enfants, deux garçons et deux filles...
1. objurgations : paroles pressantes par lesquelles on essaie de dissuader une personne.

Texte B - Marguerite Duras (1914-1996), L'Amant de la Chine du Nord (1991).
[Marguerite Duras relate son enfance et son adolescence en Indochine, une colonie française où sa mère est venue comme institutrice. Dans cet extrait, elles sont sur le bateau qui les ramène en France.]
L'enfant va voir vers le bar, elle n'entre pas bien sûr, elle va sur l'autre pont. Là il n'y a personne. Les voyageurs sont à bâbord pour guetter l'arrivée du vent de la haute mer. De ce côté-là du navire il y a seulement un très jeune homme. Il est seul. Il est accoudé au bastingage. Elle passe derrière lui. Il ne se retourne pas sur elle. Il ne l'a sans doute pas vue. C'est curieux qu'à ce point il ne l'ait pas vue.
Elle non plus n'a pas pu voir son visage, mais elle se souvient de ce manque à voir de son visage comme d'un manque à voir du voyage.
Oui, c'est bien ça, il portait une sorte de blazer. Bleu. A rayures blanches. Un pantalon du même bleu il portait aussi, mais uni.
L'enfant était allée au bastingage. Parce qu'ils étaient si seuls tous les deux de ce côté-là du bateau sur ce pont désert, elle aurait tellement voulu qu'ils se parlent. Mais non. Elle avait attendu quelques minutes. Il ne s'était pas retourné. H désirait rester seul, plus que tout au monde il désirait ça, être seul. L'enfant était repartie.
L'enfant n'avait jamais oublié cet inconnu, sans doute parce qu'elle lui aurait raconté l'histoire de son amour avec un Chinois de Choten.
Au bout du pont, lorsqu'elle s'était retournée, il n'était plus là.
Elle descend dans les coursives1. Elle cherche encore la double cabine où elles ont leurs couchettes, la mère et elle.
Et puis elle s'arrête de chercher tout à coup. Elle sait que ça ne sert à rien, la mère restera introuvable.
Elle remonte sur le pont-promenade.
Sur l'autre pont l'enfant ne trouve plus sa mère non plus.
Et puis elle la voit, elle est plus loin cette fois-ci, elle dort encore, dans une autre chaise longue, légèrement tournée vers l'avant. L'enfant ne la réveille pas. Elle retourne encore dans les coursives. Elle attend encore. Puis elle repart encore. Elle cherche son petit frère Paulo. Et puis elle cesse de le chercher. Et puis elle repart vers les coursives. Et elle se couche là, devant la double cabine dont la mère a oublié de lui donner la deuxième clé et elle se souvient. Et elle pleure.
S'endort.
Un haut-parleur avait annoncé que la terre avait disparu. Qu'on a atteint la pleine mer. L'enfant hésite et puis elle remonte sur le pont. Une houle très légère est arrivée avec le vent de la mer.
Sur le bateau la nuit est arrivée. Tout est éclairé, les ponts, les salons, les coursives. Mais pas la mer, la mer est dans la nuit. Le ciel est bleu dans la nuit noire, mais le bleu du ciel ne se reflète pas dans la mer si calme soit-elle et si noire.
Les passagers sont de nouveau accoudés au bastingage. Ils regardent vers ce qu'ils ne voient plus. Ils ne veulent pas rater l'arrivée des premières vagues de la haute mer et avec elles celle de la fraîcheur du vent qui d'un seul coup s'abat sur la mer.
L'enfant cherche encore sa mère. Elle la retrouve cette fois encore endormie dans ce sommeil d'immigrée à la recherche d'une terre d'asile. Elle la laisse dormir.
1. coursives : dans un navire, couloirs intérieurs ou extérieurs entre les cabines.

Texte C - Charles Juliet (1934), Lambeaux (1995)
Tu es le dernier des quatre enfants.
Quand le drame est survenu et que ta mère a été hospitalisée, des voisins t'ont recueilli et gardé quelques semaines. Puis au début de l'année, ton père t'a confié à M. et Mme R., des paysans qui vivaient dans un village de la plaine. En plus de la nombreuse famille qu'elle élevait, Mme R. avait déjà en nourrice deux petites filles dont la mère avait perdu une jambe lors d'un accident. Ecrasée de travail, Mme R. avait d'abord refusé de te prendre. Mais lorsque par la suite elle avait appris que tu allais être placé chez une vieille femme qui se saoulait et vivait dans un taudis, elle avait accepté de dépanner ton père, afin de lui laisser le temps de chercher une nourrice acceptable. Lorsque enfin il en eut trouvé une et qu'il vint te chercher, Mme R. et ses cinq filles ne voulurent pas te laisser partir. Elles s'étaient attachées à ce nourrisson et dirent à ton père qu'elles s'occuperaient de toi comme si tu étais un fils de la famille.
Pourtant, le bébé que tu étais aurait dû les excéder et les pousser à refuser de te garder. Car jour et nuit, les épuisant l'une après l'autre, tu ne cessais de pleurer. (Tu pleuras tant qu'un muscle de l'aine se déchira et qu'il fallut l'opérer d'une hernie.) Elles étaient aux petits soins pour toi, elles te nourrissaient comme il convient, te parlaient, te berçaient, te dorlotaient, mais rien ne pouvait apaiser tes pleurs.
Ton père ayant oublié de leur indiquer ton prénom, elles choisirent de l'appeler Jean, à l'instar du fils du boucher, un garçon plaisant, sympathique, que tout le village appréciait. T'attribuer son prénom, c'était marquer l'espoir que tu aurais chance de lui ressembler, de recevoir en partage certaines de ses qualités.

Texte D - Sophie Calle (1953), "Le Portrait", Des histoires vraies + dix (2002)
[Sophie Calle est une artiste contemporaine née en 1953 qui mêle photographie et écriture.]

LE PORTRAIT
J'ai neuf ans. En fouillant dans le courrier de ma mère, j'ai trouvé une lettre qui lui était adressée et qui commençait ainsi : "Chérie, j'espère que tu songes sérieusement à mettre notre Sophie en pension..." La lettre était signée du nom d'un ami de ma mère. J'en ai conclu que c'était lui mon vrai père. Lorsqu'il nous rendait visite, je m'asseyais sur ses genoux et, mes yeux dans les siens, j'attendais des aveux. Devant son indifférence et son mutisme il m'arrivait de douter. Alors je relisais la lettre volée. Je l'avais cachée derrière le tableau de la salle à manger, une peinture de l'école flamande, datant de la fin du XVème siècle, intitulée Luce de Montfort, représentant une jeune femme en buste, légèrement de profil à gauche, le regard de face, le visage pris dans une coiffe blanche et empesée, vêtue d'un pourpoint rose.

I- Après avoir pris connaissance de l'ensemble des textes, vous répondrez d'abord â la question suivante (4 points) :
Dans les quatre textes du corpus chaque auteur parle de lui-même. Analysez renonciation de chacun des extraits en commentant l'intérêt des choix opérés.

II. Vous traiterez ensuite, au choix, l'un des sujets suivants (16 points) :
• Commentaire
Vous commenterez le texte de Marguerite Duras à partir de : "Elle descend dans les coursives" ( ) jusqu'à la fin.
• Dissertation
Le souci de vérité dans l'écriture autobiographique interdit-il mise en scène, détour, masques littéraires ?
• Invention
L'éditeur de Sophie Calle a été intrigué par la présence du tableau flamand dans son autobiographie. Dans une lettre, elle lui répond pour en justifier la nécessité. Vous rédigerez cette lettre.



CENTRES ÉTRANGERS
SÉRIES TECHNOLOGIQUES

Objet d'étude : La poésie.
Corpus :
Texte 1 : Victor HUGO, Les Contemplations, IV, 1856.
Texte 2 : Paul ELUARD, Sept poèmes d'amour en guerre, 1943,
Texte 3 : René-Guy CADOU, Hélène ou le règne végétal, 1945,
Texte 4 : Jean TARDIEU, Formeries, 1976.

Texte 1 : Victor HUGO, Les Contemplations, IV, 1856.
[Dans la seconde partie du recueil Les Contemplations, Victor Hugo évoque sa douleur de père après la mort de sa fille]
Oh ! je fus comme fou dans le premier moment,
Hélas ! et je pleurai trois jours amèrement.
Vous tous à qui Dieu prit votre chère espérance,
Pères, mères, dont l'âme a souffert ma souffrance,
Tout ce que j'éprouvais, l'avez-vous éprouvé ?
Je voulais me briser le front sur le pavé ;
Puis je me révoltais, et, par moments, terrible,
Je fixais mes regards sur cette chose horrible,
Et je n'y croyais pas, et je m'écriais : Non !
− Est-ce que Dieu permet de ces malheurs sans nom
Qui font que dans le cœur le désespoir se lève ? −
Il me semblait que tout n'était qu'un affreux rêve,
Qu'elle ne pouvait pas m'avoir ainsi quitté,
Que je l'entendais rire en la chambre à côté,
Que c'était impossible enfin qu'elle fût morte,
Et que j'allais la voir entrer par cette porte !
Oh ! que de fois j'ai dit : Silence ! elle a parlé !
Tenez ! voici le bruit de sa main sur la clé !
Attendez ! elle vient ! laissez-moi, que j'écoute !
Car elle est quelque part dans la maison sans doute !
Jersey, 4 septembre 1852

Texte 2 : Paul ELUARD, Sept poèmes d'amour en guerre, Au rendez-vous allemand, 1943.
Au nom du front parfait profond
Au nom des yeux que je regarde
Et de la bouche que j'embrasse
Pour aujourd'hui et pour toujours
Au nom de l'amour enterré
Au nom des larmes dans le noir
Au nom des plaintes qui font rire
Au nom des rires qui font peur
Au nom des rires dans la rue
De la douceur qui lie nos mains
Au nom des fruits couvrant les fleurs
Sur une terre belle et bonne
Au nom des hommes en prison
Au nom des femmes déportées
Au nom de tous nos camarades
Martyrisés et massacrés
Pour n'avoir pas accepté l'ombre
II nous faut drainer la colère
Et faire se lever le fer
Pour préserver l'image haute
Des innocents partout traqués
Et qui partout vont triompher.

Texte 3 : René-Guy CADOU (1920-1951), Hélène ou le règne végétal, 1945.
Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires
Dans les années de sécheresse quand le blé
Ne monte pas plus haut qu'une oreille dans l'herbe
Qui écoute apeurée la grande voix du temps
Je t'attendais et tous les quais toutes les routes
Ont retenti du pas brûlant qui s'en allait
Vers toi que je portais déjà sur mes épaules
Comme une douce pluie qui ne sèche jamais
Tu ne remuais encore que par quelques paupières
Quelques pattes d'oiseaux dans les vitres gelées
Je ne voyais en toi que cette solitude
Qui posait ses deux mains de feuille sur mon cou
Et pourtant c'était toi dans le clair de ma vie
Ce grand tapage matinal qui m'éveillait
Tous mes oiseaux tous mes vaisseaux tous mes pays
Ces astres ces millions d'astres qui se levaient
Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres
Pétillaient dans le soir ainsi qu'un vin nouveau
Quand les portes s'ouvraient sur des villes légères
Où nous allions tous deux enlacés par les rues.

Texte 4 : Jean TARDIEU, Formeries, L'accent grave et l'accent aigu, 1976.
Conjugaisons et interrogations
J'irai je n'irai pas je n'irai pas
Je reviendrai Est-ce que je reviendrai ?
Je reviendrai Je ne reviendrai pas
Pourtant je partirai (serais-je déjà parti ?)
Parti reviendrai-je ?
Et si je partais ? Et si je ne partais pas ? Et si je ne revenais pas ?
Elle est partie, elle ! Elle est bien partie. Elle ne revient pas
Est-ce qu'elle reviendra ? Je ne crois pas Je ne crois pas qu'elle revienne
Toi, tu es là Est-ce que tu es là ? Quelquefois tu n'es pas là.
Ils s'en vont, eux. Ils vont ils viennent
Ils partent ils ne partent pas ils reviennent ils ne reviennent plus
Si je partais, est-ce qu'ils reviendraient ?
Si je restais, est-ce qu'ils partiraient ?
Si je pars, est-ce que tu pars ?
Est-ce que nous allons partir ?
Est-ce que nous allons rester ?
Est-ce que nous allons partir ?

I. Vous répondrez d'abord aux questions suivantes (6 points)
1. Quelles remarques pouvez-vous faire sur la forme poétique de chacun de ces poèmes ? (2 points)
2. Quelles fonctions les poètes attribuent-ils à la poésie dans chacun des textes du corpus ? Vous justifierez votre réponse en vous fondant sur les procédés d'écriture qui vous semblent les plus remarquables. (4 points)

II. Vous traiterez un de ces sujets au choix (14 points):
• Commentaire
Vous commenterez le texte de René-Guy CADOU
- en vous intéressant d'abord à la façon dont le poète évoque la rencontre avec la femme aimée et la naissance du couple
- puis en étudiant comment le poète associe la femme aimée au monde.

• Dissertation
On associe souvent poésie et lyrisme. La poésie consiste-t-elle seulement pour les poètes à exprimer leurs sentiments personnels ? Vous répondrez à cette question en utilisant les textes du corpus, mais aussi des exemples empruntés aux œuvres étudiées en classe ou lues personnellement.

• Invention
Vous êtes directeur d'une revue poétique. À un lecteur ou une lectrice qui a affirmé que la poésie était inutile dans notre monde actuel, vous répondez sous la forme d'une lettre en prenant la défense de la poésie.
Vous utiliserez les textes du corpus mais aussi les textes et les œuvres étudiés ou lus personnellement.
Vous présenterez votre travail sous la forme d'une lettre mais sans la signer.


Avant le drame romantique...

Posté le 13.05.2007 par lireenpremiere


Vous avez tendance à méconnaître l'existence du drame bourgeois entrela tragédie classique et le drame romantique. Le théoricien du drame bourgeois est Diderot dont il faut connaître également le dialogue intitulé Le Paradoe du Comédien.

Le Drame.
Dans la deuxième moitié du 18ème siècle naît le drame bourgeois. C’est de lui que le drame romantique sera pour partie tributaire.
Une esthétique où prédomine le goût du spectacle que l’opéra baroque avait mis en avant et que rebutait l’esthétique classique de la pureté.
Théâtre de théoriciens : Diderot, Beaumarchais, le drame bourgeois n’a pas produit de chefs-d’œuvre, pas plus que son avatar le mélodrame (de mélo : musique, chant, drame populaire larmoyant en partie chanté) mais il inaugure une ère nouvelle.
C’est avec l’avènement du drame romantique qu’apparaîtront les grandes réalisations.

Le drame bourgeois

La tragédie classique genre contesté

Elle ne représente l’action qu’à travers le discours puisque la représentation de toute violence est proscrite. Non seulement elle ne plaît plus mais elle est condamnable parce qu’immorale, en effet, les héros qu’elle met en scène ne sont pas responsables de leurs actes mais victimes d’un fatum. Elle comme seule ressort les passions.
Ces sujets sont puisés dans une antiquité révolue de héros et de Dieux qui ne concernent pas l’honnête homme du siècle.
Elle n’est plu susceptible de toucher le spectateur du 18ème siècle, avide d’émotion et de ce qui lui parle directement de lui et de son temps.
Le drame bourgeois doit abolir la distance instaurée par la tragédie entre le spectateur et le personnage : « Plus l’homme qui pâtit est d’un état qui se rapproche du mien, et plus son malheur a de prise sur mon âme », (Essai sur le genre dramatique sérieux, Beaumarchais).
La tragédie voltairienne pui le drame bourgeois achèveront la tragédie classique, à laquelle, au 19ème siècle, un Casimir Delavigne tentera vainement de donner une deuxième vie.

Mais la comédie classique est tout autant remise en cause. On lui reproche à elle aussi l’irréalisme de ses procédés, grossissement et stylisation qui choquent désormais.
Le rire franc est incompatible avec ce que l’on réclame d’émotion aux nouvelles formes de spectacle.
La comédie se transforme, elle prête moins à rire qu’à sourire, elle infléchit le comique vers le spirituel.

Le drame bourgeois répond au goût nouveau d’un siècle qui délaisse la tragédie et ne prise plus le gros rire. La « comédie larmoyante », créée par Nivelle de la Chaussée, dés 1735, lui a préparé la voie, en exprimant déjà ce qui sera son double but : émouvoir le spectateur et satisfaire ses exigences morales.
Dans la préface de le l’Enfant prodigue, en 1738, Voltaire fait part de son désir de créer « un genre mixte » dans lequel on puisse voir « un mélange de sérieux et de plaisanterie, de comique et de touchant. C’est ainsi que la vie des hommes est bigarrée ; souvent même une seule aventure produit tous ces contrastes. Rien n’est si commun qu’une maison dans laquelle un père gronde, une fille occupée de sa passion pleure, le fils se moque des deux, et quelques parents prennent différemment part à la scène. On raille très souvent dans une chambre ce qui attendrit dans la chambre voisine, et la même personne a quelquefois ri et pleuré de la même chose dans le même quart d’heure. »
Avec le drame se réalise le rêve voltairien. Le théâtre veut désormais saisir la vie dans le foisonnement de ses contradictions, plutôt que de présenter la nature humaine falsifiée par une stylisation, grandeur tragique ou caricature burlesque.

Le drame bourgeois tient à la fois de la comédie et de la tragédie, il ne mélange pas pour autant les genres, mais il leur emprunte de multiples modalités de ton. Diderot fait remarquer combien il serait incohérent de mêler, dans une même composition, des nuances du genre comique et du genre tragique. « Connaissez bien la pente de vos sujets et de vos caractères, conseille-t-il aux auteurs et suivez-la… »
Comme l’Encyclopédie qui prétend rendre compte de tous les domaines de l’activité humaine, le drame veut explorer les multiples registres de l’affectivité.
Le mélodrame. Le mélodrame offre, plus encore que son prédécesseur le drame bourgeois, « ce spectacle de la vertu persécutée », puis triomphante, dont rêvait Beaumarchais.
Très influencé par la mode du roman noir, appelé aussi « roman frénétique », notamment par les œuvres de Radcliffe et de Lewis, le mélodrame joue en permanence sur le pathétique. Pour accroître l’émotion, il utilise des décors propres à créer une atmosphère inquiétante : châteaux forts, ruines, sombres forêts, que le théâtre romantique lui empruntera. Son sens premier est « drame chanté » : alternance de dialogue et de musique. Ce sens premier est oublié, le mélodrame est surtout l’art de créer des moments d’émotion paroxystiques.
L’héroïne vertueuse et pure – son protecteur tout aussi vertueux – un jeune homme l’aimant d’amour pur – Un traître odieux aidé par une troupe d’auxiliaires.
Trois actes : Acte 1) : la naissance de l’amour entre les deux jeunes-gens. Acte 2) : l’intervention du traître, porteur de malheur. Acte 3) : dénouement, les méchants sont punis ou se repentent.

Révision: Biographique

Posté le 13.05.2007 par lireenpremiere
Pour l'entretien et la dissertation:

Pourquoi lit-on des autobiographies? Suggestions de réponses.

Donner un sens à sa vie, exorciser la mort, se rappeler avec extase, faire l’apologie de sa personne: telles sont les fonctions éminemment égocentriques de l’écriture autobiographique. Il convient de souligner ici que ces mobiles affectifs ne concernent pas le seul écrivain: dans cette quête du sens et de la vérité, le lecteur est étroitement impliqué.

Pourquoi lit-on des autobiographies et des biographies, sinon par espoir d’y trouver quelque image de soi et d’y goûter des sensations qui nous arracheront au temps?

Le plaisir qu’on éprouve à écouter ou à lire des récits de vie est du même ordre que le besoin de se raconter; il correspond à une quête d’identité: non seulement construction de soi, mais recherche d’une image en miroir.
Ainsi, dans l’autobiographie, le lecteur rejoint l’auteur dans sa contemplation narcissique de lui-même: “ Si c’est le besoin de se contempler lui-même qui incite le plus souvent l’autobiographe à écrire, c’est le même besoin de se contempler qui incite le lecteur à lire. Penché au dessus de l’épaule de Narcisse, c’est notre visage et non le sien que nous voyons reflété dans l’eau de la source.”

Ce sont les souvenirs qui font apparaître cette image en miroir. Par les ressemblances que nous lui trouvons avec notre vie, le récit de vie ne manque pas de réveiller en nous des pans entiers de notre passé; délectable réminiscence où les souvenirs d’enfance et de jeunesse occupent de loin la première place.

C’est ainsi que paradoxalement le genre intime par excellence qu’est l’autobiographie finit par amener à la généralité: en lisant le récit de vie d’un autre, nous faisons simultanément l’expérience d’une différence ( “C’est sa vie, pas la mienne”) et celle d’une resemblance (“Dans le fond, nous sommes tous les mêmes”).

Ce désir qu’a le lecteur de retrouver sa propre image est rarement avoué comme tel: il s’agit le plus souvent d’un mécanisme inconscient. Mais il est d’autres motifs plus inavouables encore qui nous font trouver fascinantes les histories vécues. Pour Georges May , ces motifs relèveraient du voyeurisme: tout lecteur n’éprouve-t-il pas une satisfaction secrète à lire des pages scabreuses où lui sont dévoilés les travers mesquins, les petitesses honteuses, voire les déviations sexuelles des personnages? Ainsi donc de grands hommes volaient des pommes, mentaient à leurs parents, se tenaient mal à table, trompaient leurs femmes, fréquentaient des prostituées, jouissaient en recevant des fessées comme Rousseau etc

Mais à côté de ces motivations secrètes et affectives, il en est de plus rationnelles et avouables: le récit de vie sert à informer; il sert aussi à édifier. On quitte ainsi le domaine des intérêts égocentriques pour un terrain où l’appétit de savoir le dispute au souci éthique.
D’abord que le récit de vie, quel qu’il soit, ait toujours eu une valeur informative, voilà qui va de soi. Qu’il s’agisse d’écrivains ou de gens du peuple, de vedettes ou d’inconnus, toute vie est un fragment de l’Histoire et se trouve au noeud d’interactions sociales, ethniques, culturelles mais aussi intellectuelles, idéologiques et spirituelles, qui peuvent constituer une mine de renseignements sur les façons de vivre de l’humanité dans sa diversité. Chaque autobiographe est le dépositaire d’une parcelle de connaissance et il s’en fait le relais. Ainsi Saint Augustin entend-il avant tout témoigner d’un itinéraire spirituel: “A qui raconté-je ces choses ? Ce n’est pas à Vous, ô mon Dieu, mais en m’adressant à vous, je m’adresse au genre humain, celui auquel j’appartiens, si minuscule que soit le nombre de ceux entre les mains de qui peuvent tomber ces pages. Et pourquoi ce récit? C’est afin que quiconque le lira, et moi-même mesurions les profondeurs de l’abîme d’où nos cris doivent s’élever vers Vous. Or quoi de plus proche de votre oreille qu’un Coeur pénitent qu’une vie conforme à la foi? “

Rousseau désire quant à lui nous faire “ lire dans son coeur” afin que nous en tirions une meilleure connaissance du genre humain: “ J’ai résolu de faire faire à mes lecteurs un pas de plus dans la connaissance des hommes, en les tirant si possible de cette règle unique et fautive de juger toujours du Coeur d’autrui par le sien, tandis qu’au contraire, il faudrait souvent pour connaître le sien même, commencer par lire dans celui d’autrui”

De son côté le lecteur fait preuve d’un louable esprit d’ouverture et d’une saine curiosité en s’intéressant aux us et coutumes d’individus qui ont vécu dans d’autres régions, en d’autres temps, selon d’autres valeurs. Le récit de vie se révèle alors un agent privilégié de dialogue interculturel et plus généralement de dialogues entre les hommes: : “la morale de la biographie, c’est un sublime agrandissement du Coeur et une ouverture aux autres,” constate le spécialiste Madelénat. Ainsi la lecture d’un Ami Retrouvé de Fred Uhlman nous permet de vivre la déchirure affective d’un adolescent déçu dans ses amities et de comprendre les ravages de la montée du nazisme dans l’Allemagne d’avant guerre.

De plus l’intérêt du public pour les documents vrais est aujourd’hui decuplé par le rôle des médias, qui font connaître des personnalités que le public va chercher à mieux connaître encore en lisant leur biographie, chaque spectateur développe alors une curiosité d’ethnologue ou d’anthropologue à l’égard de ceux qui lui sont présentés comme faisant partie de l’humanité qui compte.
Enfin du point de vue idéologique, on assiste aujourd’hui à un besoin de sauvegarder les héritages du passé tant les évolutions rapides des techniques et des mentalités font disparaître des pans entiers de notre patrimoine, ce qui explique par exemple un courant biographique centré sur des métiers obsolètes tels que les forgerons, les mineurs, les savetiers…En outre devant un envahissement du réel par des images virtuelles, il semblerait que le besoin d’authenticité et de vérité soit encore accru.

Par ailleurs les textes biographiques contribuent bien souvent à fournir des modèles de conduite, des personnages exemplaires dont il faudrait suivre les leçons .Il n’est pas inutile de souligner que cette dimension édifiante fut historiquement à la base de l’éclosion du genre biographique: les premières biographies de l’Antiquité et du Moyen Age n’étaient-t-elles pas des apologies, des récits qui louaient un roi, un général , un saint? Et nul n’ignore que le mimétisme est à la base des apprentissages humains.

En conclusion nous dirons que les motivations des lecteurs peuvent être plurielles et multiples et que la qualité esthétique de l’ouvrage n’est pas forcément ce qui prime, même si les récits de vie des véritables écrivains sont parmi les plus appréciés. Pour nous le récit de vie témoigne avant tout de cette volonté de laisser une trace et de ne pas sombrer dans le néant de l’oubli, dialogue d’outre-tombe avec les générations futures, dépositaires des fulgurances d’une vie.


n ou la dissertation

la mère et l'eau chez Duras

Posté le 13.05.2007 par lireenpremiere
La mère dans le cycle indochinois de Duras dasn son rapport avec l’élément eau. (Notes) Intéressant aussi pour le thème de la réécriture .

Une femme suffisamment folle –ou courageuse- pour affronter l’océan Pacifique. Relation antogonique avec l’élément eau. Mais aussi rapports plsu amicaux par la suite.

Un barrage contre le Pacifique(1950)
Femme dont « le malheur venait de son incroyable naiveté ». elle est insensée, et aveuglée par l’idée d’un projet impossible, celui de vouloir à tout prix « venir à bout du pacifique ». la mère a été maltraitée par les forces aveugles de l’eau mais plus tard elle sera elle même comparée à une elle force quand à son tour elle brutalise sa fille. Quand la mère remet en question les lois millénaires de la vie de plaine, l’océan Pacifique monte et détruit la récolte. La pauvre femme essaie de se relever, et la mer frappe de nouveau : la construction des barrages est récompensée par une nouvelle invasion aquatique. De la même manière, la mère ne supporte pas que sa fille qu’elle accuse d’avoir couché avec M, Jo se relève du sol-alors elle bat encore. La mère ressemble en ce moment précis à une vague, et devient métaphoriquement la force naturelle dont elle a été la victine elle-même.

Eden cinéma : adaptation théâtrale du barrage. Peu de changement de l’image de la mère, personne qui n’a pas eu de chance dans la vie. A la suite de sa lutte désespérée avec la marée, sa joie de vivre est remplacée par la folie. Faute de vouloir s’opposer à l’océan.
Lorsque la mère regarde l’océan à la fin et pas la route du salut, elle reconnait sa défaite. Elle ne veut plus rien et ne fait plus rien, sauf regarder son antagoniste victorieux en adoptant une position d’anéantissement complet. Peu de temps après elle meurt.

L’amant(1984)
Episode des eaux montantes qui détruisent le barrage évoqué, mais description plus distancée, l’épisode a marqué la narrtrice, mais appartient totalement au passé.mère vouée au silence après la défaite, mais moins désespérée, pas au point de mourir, au contraire elle est calme et « murée ». Inquiétude pour sa santé, peur qu’elle ne meure.
Autre scène p76-77 : le nettoyage général de la maison qui lie l’eau et le bonheur.mère au centre des événements, impression de gaieté, la mère prend l’initiative : purge. Champ lexical de la purification. Disparition des tensions familiales, bonheur sur les visages y compris les boys, rire, fou de joie. Pureté , honnêteté, candeur. Sentiment de tendresse de la fille pour la mère : blancheur : maison qui devient étang, champ au bord d’une rivière, gué, plage.
Dans L’amant de la Chine du Nord, mise en relief de l’épisode : toute premire page, in medis res, maison située au milieu d’une cour d’école : mère musicienne qui joue au piano et accompagne la danse du lavage. Rôle de la mère moins développé. Insistance davantage sur la perfidie des agents du cadastre, plus que les eaux ce sont les agents de l’administration coloniale qui sont accusés.

Apollinaire et la ville

Posté le 13.05.2007 par lireenpremiere
Apollinaire et la ville dans Alcools


Amsterdam, Londres et Prague mais surtout Paris.
Capitale de l’Europe avec Vienne // avec Larbaud, Cendrars, Morand, autres écrivains cosmopolites.
« J’ai soif villes de France et d’Europe et du monde »

Mais peu de voyages au final : L’Allemagne, la Hollande, l’Angleterre, pas le Sud !
Villes pluvieuses avec « leurs rues un peu brumeuses que la lumière du gaz n’éclairait qu’à peine » « Le matelot d’Amsterdam » ; profondeur du mystère poétique.
Cf « Te voici à Amsterdam avec une jeune
Fille que tu trouves belle et qui est laide
Elle doit se marier avec un étudiant de Leyde »

Allemagne : précepteur de Gabrielle de Milhau près de Cologne et à Neu-Gluck en 1901-1902 où il s’éprit violemment de Annie Playden. CF Rhénanes mais aussi certains poèmes du Guetteur mélancolique.

Prague en mars 1902 Cf Le passant de Prague, conte dans L’Hérésiarque et Compagnie.
Visite éclair de la ville où le temps s’abolit, en compagnie du Juif errant, »voyageur heureux et sans but »
Ponts, colline du Hradchin, ruelles mal famées, quartiers populaires, couvents et maisons de passe, synagogues et cafés chantants, palais et vignobles.
CF Vendémaites : poème qu’il préférait peut-être.
Cf Zone :
Tu es dans le jardin d’une auberge aux environs de Prague
Les aiguilles de l’horloge du quartier juif vont à rebours
Et tu recules aussi dans ta vie lentement
En montant au Hradchin et le soir en écoutant
Dans les tavernes chanter des chansons tchèques »

Londres nov.1903, second voyage en mai 1904
Il y est venu pour revoir Annie Playden qui refusear de le suivre et partira vers l’Amérique où Robert Goffin la retrouvera en 1947 et lui annoncera la gloire d’Apollinaire.
// avec Thomas de quincey qui ne revit jamais Anne, la petite prostituée d’Oxford Street
Cf Et Thomas de Quincey buvant
L’opium poison doux et chaste
A sa pauvre anne allait révant
Passons passons puisque tout passe
Je me retournerai souvent
Les sovenirs sont cors de chasse
Dont meurt le bruit parmi le vent

En marge de la chanson du mal aimé.
En 1915 il écrira à Madeleine : « ...commémore mon premier amour à 20 ans, une Anglaise rencontrée en Allemagne ; ça durera un an, nous dûmes retourner chacun chez nous, puis nous ne nous écrivimes plus...J’en souffris beaucoup, témoin ce poème, où je me croyais mal aimé tandis que c’était moi qui aimais mal et aussi l’Emigrant de Landor Road.. »

Michel Leiris : « C’est à Paris, et pas ailleurs qu’il a trouvé son terroir, comme le montrent tant de pièces dont le ton est donné par la Seine, par Saint Merri, par la rue Christine et par la tour Eiffel. »

Vit à Paris, change souvent de maison.
1899 : un meublé de la rue de Contantinople, puis Rue Victor Marré, puis rue de naples, quartier de al nouvelle Athènes et de la gare Saint Lazarre.
Misère, bibliothèque rue Mazarine, diplôme de sténographe, secrétaie de « la Bourse Parisienne », rédacteur en chef du ‘Guide des rentiers, moniteurs des petist capitalistes », employé de banque à la Chauss♪0e d’Antin : existence médiocre et difficile.
1905 : Vésinet, hante les bars de la rue d’Amsterdam. Rencontre Picasso à L’Austin Railway restaurant, époque du Bateau Lavoir, de al rue Ravignan.
Cf Zone : Tu marches vers Auteuil tu veux aller chez toi à pied
« Je n’y devais revenir qu’en l’an 1916 pour être trépané à la Villa Molière »
Après la rupture avec Marie Laurencin : il vivre 202 boulevard Saint Germain où il mourut.
Le Paris du poète n’est pas celui des touristes, mais »Bergère O tour Eiffel le troupeau des ponts bѰle ce matin...
Boulevards, rues, places sont les lieux où le poète a ressenti une émotion, auxquels le lie un souvenircf rambarde métallique du Pont Mirabeau pas spécialement attirante sans l’existence du poème.

Ex : « Il ya « évoque Montparnasse.
Saint Merri : le Moyen Age, lourd d’hermétisme
Cf Cortèges ô cortèges
C’est quand jadis le roi s’en allait à Vincennes
Quand les ambassadeurs arrivaient à paris
Quand le maigre Suger se hâtait vers la Seine
Quand l’émeute mourait autour de Saint Merri...

Seine : Cf Marie :
Je passais au bord de la Seine
Un livre ancien sous le bras
Le fleuve est pareil à ma peine
Il s’écoule et ne tarit pas
Quand donc finira la semaine

Vendémiaire :
Et la nuit de septembre s’achevait lentement
Les feux rouges des ponts s’éteignaient dasn la Seine
Les étoiles mouraient le jour naissait à peine
Cf Le F1âneur des deux rives, publication posthume

« Triste et mélodieux délire
J’erre à tavers mon beau paris
Sans avoir le coeur d’y mourur »

René Char toujours

Posté le 12.05.2007 par lireenpremiere
Beaucoup de choses en lignes ces jours-ci: en raison de l'ouverture le 4 mai d'une exposition René Char à la bibliothèque nationnale de France. Allez sur le site du magazine Télérama rubrique livres ou sur Poezibao où l'on rend compte de la qualité de l'exposition, ou sur le blog d'un chroniqueur du Monde: Assouline qui parle de Lettera Amorosa.Encore une fois si vous êtes capables dans l'entretien de faire référence à l'actualité littéraire à bon escient, c'est super!

Apollinaire et les peintres

Posté le 10.05.2007 par lireenpremiere
En complément de l'article de JM. Maulpoix déjà mis en ligne, une synthèse sur les rapports entre Apollinaire et les peintres. pensez à trouver des reproductions en ligne des tableaux que je nomme!

Cubisme et futurisme, l’environnement artistique d’Alcools.
[b]
Alcools[/b] paraît en 1913, en pleine période d’ébulition artistique et intellectuelle. Apollinaire est un poète passionné de peinture, ami des artistes les plus en vue de l’époque, curieux des mouvements avant gardistes qui se manifestent dans les arts plastiques mais aussi la musique et la littérature. D’une part il en subit l ‘influence, et de l’autre, il joue lui-même un rôle décicif dans cette explosion des formes et des langages. L’écrivain qui comprend et explique la peinture moderne mieux que personne est lui-même dans son domaine un novateur averti des théories les plus avancées de ses pairs, etd ont la poésie peut à son tour inspirer des amis peintres et écrivains. Apollinaire se flattait d’ailleurs d’avoir, par ses écrits sur l’ar,t eu une influence en Europe.

Un mois avant la publication d’Alcools, Apollinaire fait paraître Les Peintres Cubistes, Méditations esthétiques. Qui sont ces peintres cubistes et en quoi consiste leur art, découvert par le grand public deux ans auparavant en 1911, et objet d’un scandale mémorable ?
Autour des peintres Georges Braque et pablo picasso, rejoints par Marcel duchamp et Robert Delaunay s’élabore au début du siècle une esthétique révolutionnaire de la peinture et de la représentation. Deux éléments sont au centre de cette approche radicalement nouvelle- mais dont l’origine est à chercher dasn la peinture de Cézanne et dans certaines influences venues d’afrique ou de ce que l’on appelle les arts premiers. ( voir Zone)

-l’utilisation des formes géométriques ( cylindres, cônes, sphères, cubes...0 contribuant à donner une image ‘analytique », éclatée par la décomposition de ses formes élémentaires ;

-l’approche dite de la représentation simultanée ( ou simultanéisme) qui consiste à abandonner le point de vue unique de celui qui peint comme de celui qui regarde et à multiplier les angles de vision qui démultplient la perspective. D’où ces vidages doubles ou triples synthétisant le sprofils justaposés d’un modèle.

La tentation est forte de vouloir retrouver cette vision éclatée dans les téléscopages de thèmes et de structures du recueil d’apollinaire. Faute de pouvoir analyser avec précision la construction, on est amené parfois à la qualifier de ‘cubiste’. Il est vrai que le poète multiplie lui aussi les points de vue et les émotions les plus divers et que son livre est fait de morcellements et de fragmenst juxtaposés. Le portait du poète picasso qui illustre la couverture de l’édition originale, et la publication conjointe de l’étude de l’écrivain sur la peinture cubiste, suggèrent une assimilation de sa manière à celle de ses amis plasticiens. On a d’ailleurs pris l’habitude de considérer le mouvement cubiste comme représentant toutes les formes- et pas seulement picturales- du renouveau artistique du début du XXème siècle. Il faut prendre garde à ne pas pousser trop loin le parallèle. Apollianire ne voulait pas entendre parler de cubisme littéraire. Le travail du peintre n’est pas celui de l’écrivain. Il reste que des convergences de sensibilité et d’imagination sont évidentes.

Apollinaire a entretenu de véritables amitiés avec les peintres qui allaient devenir fameux : Picasso et la bande du Bateau Lavoir.
Il fréquenta Picasso dès 1904 lors que le peintre espagnol s’installe dans son atelier appelé le « Bateau Lavoir ». Cette bâtisse délabrée au coeur de Montmartre a été surnommée ainsi par le poète Max Jacob car elle lui rappelait la maison des lavandières.Là dans une misère à peine tempérée par quelques ventes de tableaux se retrouvent des artistes qui deviendront célèbrent dans uen atmosphère joyeuse : Matisse, Cocteau, Braque, derain. C’est là qu’il rencontre une femme peintre Marie Laurencin..
Ces jeunes peintres décidèrent de rendre hommage au Douanier Rousseau lors d’un banquet organisé en son honneur fin novembre 1908. Ce peintre original qui ne commença à peindre qu’à 44 ans est habituellement rangé sous l’étiquette des « naïfs ». il a peint en particulier un tableau intitulé La Muse inspirant le poète qui représente Apollinaire et Marie Laurencin en 1909.Elle eut une relation amoureuse tumultueuese avec apollinaire et ils se séparèrent finalement en 1912. cette rupture affecta beaucoup le poète : cf Marie, Le pont Mirabeau, même si l’écriture poétique gomme la dimension biographique.
Marie Laurencin a peint au début de leur amour en 1908 un tableau intitulé Au bateau Lavoir ou Apollianire et ses amis : le poète trône au centre entouré de Fernande picasso, Picasso, la chienne de picasso et marie elle même.
C’est au Bateau Lavoir que Picasso laisse découvrir à ses amis majoritairement réticents, son grand tableau révolutionnaire Les Demoiselles d’Avignon qui en 1907 tend la main aux arts primitifs d’Océanie et d’Afrique, lançant ainsi la recherche picturale que l’on appellera bientôt le « cubisme ». (VOIr ces tableaux en ligne)

Le futurisme

L’influence du poète Marinetti promoteur du futurisme est également à signaler, sans que cette influence soit pour autant aussi forte qu’on ait voulu parfois le suggérer. Le manifeste futuriste date de 1909, date de parution dans le Figaro. Ses auteurs se veulent ennemis du passé et vantent les aspects le splus modernes de la vie : usine, machines, automobiles dont la poésie doit selon eux restituer la dynamique. Pour ce faire, ils préconisent une écriture sans ponctuation, sans marques de liaison, faite de verbes à l’infinitif éviant les adverbes et les adjectifs, dasn une syntaxe volontairement brisée. Bien entendu sont reniés à la fois le Romantisme et le Symbolisme des générations précédentes. Le radicalisme de ces théories n’est nullement partagé par Apollinaire. Pour ce dernier, tradition et modernité sont deux momenst inséparables de la vie artistique, il s’agit donc « d’embrasser d’un coup d’oeil le passé, le présent et l’avenir »

Ni imitation d’une tradition ni rejet de l’histoire, la poésie d’Apollinaire chante le présent, fruit du passé et grane pour l’avenir. Sa suppression de la ponctuation doit moins à Marinetti qu’à un gout d’apollinaire pour la fluidité du vers. Apollinaire est passionné par l’aventure artistique de son temps mais il n’appartient à aucune doctrine. Il dialogue avec les peintres, ses ami,s comme en témoigne un poème tel que « Saltimbanques » qui rappelle l’attention manifestée apr Picasso à ce monde nomade du spectacle populaire dans son tableau de 1905 Les Bateleurs ou Famille de saltimbanques.
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