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theatre

Posté le 07.05.2007 par lireenpremiere
Pour réviser l'objet d'étude theatre:texte et représentation, un excellent article d'un jeune auteur, Joris Lacoste, sur le site de Remue net intitulé le texte de theatre n'existe pas. Allez sur Google cherchez à Remue net et vous trouverez l'article. Bonne lecture!
N'hésitez pas à poser des questions!



--

parallèle littérature et peinture

Posté le 05.05.2007 par lireenpremiere
Les courants picturaux du dix-neuvième siècle au vingtième siècle : contrôle de culture générale.

Il peut être intéressant d'avoir des repères précis dasn les différents arts pour faire des rapprochements. N'oubliez pas d'illuster avec des oeuvres précises à partir des manuels ou d'internet. ( Recouvre aussi le programme d'histoire!)



1. Classez ces quatre mouvements artistiques dans un ordre chronologique :cubisme, neo-classicisme,impressionnisme,romantisme.Quels sont les trois courants parmi ceux étudiés qui se sont superposés à la même époque ?

2. Présentez les caractéristiques thématiques et formelles du Romantisme. En quoi peut-on dire qu’il s’agit d’une forme d’art engagé ? Faites référence à un peintre précis et à l’une de ses œuvres.

3. Le cubisme est-il un mouvement figuratif ?Répondez en donnant des exemples. Pourquoi l’art abstrait a-t-il révolutionné la peinture ?

4. Présentez brièvement un peintre réaliste. Nommez deux peintres surréalistes.

5. Quelles différences faites vous entre impressionnisme et expressionnisme ?

6. Parmi les courants étudiés, quel est celui qui vous a le plus touché et pourquoi ?

CORRIGE du contrôle sur la peinture du dix-neuvième et du vingtième siècle.

I Ordre chronologique : néo-classicisme,romantisme,impressionnisme,cubisme.
Trois courants qui se sont superposés à la même époque :expressionnisme, cubisme et surréalisme.

2.Caractéristiques thématiques du romantismes :refus de l’Antiquité neo-classique, intérêt pour l’histoire moderne, le patrimoine culturel depuis le Moyen-Age, les sujets littéraires tels par ex La Descente aux enfers de Dante en compagnie de Virgile peinte par Delacroix et que je vous avais commentée en classe,les thèmes orientalisants cf.Les Femmes d’Alger de Delacroix , les sujets sensuels et dramatiques tel La Mort de Sardanapale entouré de ses concubines du même Delacroix, les sujets d’actualité comme La Liberté guidant le Peuple, ou Massacre de [/b[b]]Scio qui fait référence à l’invasion de la Grèce par les Turcs, événement qui a ému certains romantiques au point qu’ils aillent s’engager du côté des Grecs comme le poète anglais Lord Byron,cf. également le poème de V.Hugo que j’ai lu en classe sur l’enfant grec qui réclame des armes et des balles.
Caractéristiques formelles :importance de la couleur, des contrastes, violence des lignes, beaucoup de courbes et d’arabesques, dramatisation de la composition.
On peut parler d ’ »art engagé » car l’artiste s’il exprime ses propres émotions, n’hésite pas à prendre des sujets d’actualité et à exprimer dans son art des positions idéologiques voire politiques.

3.Le cubisme peut être considéré comme un mouvement figuratif dans la mesure où il cherche encore à représenter des objets de la réalité, les femmes de Picasso même déformées par les différents angles de vision proposés sur la toile sont encore reconnaissables, idem pour L’Homme à la Guitare ou les natures mortes de Braque.
Cependant on peut dire que le cubisme a préparé par ses recherches et ses géométrisations les tendances abstraites.
Si l’art abstrait a révolutionné la peinture et ouvert des perspectives quasi infinies c’est qu’il a renoncé à représenter la réalité extérieure et à figurer des objets pour ne plus s’intéresser qu’au monde intérieurs de l’artiste, aux jeux des couleurs et des formes, et donc à la peinture elle-même comme le montre le travail d’un Kandinsky ou d’un Mondrian ou d’un Pollock.

4.Courbet est le plus connu des peintres réalistes. Originaire d’Ornans, il a peint les gens de son entourage dans une toile presque grandeur nature représentant un enterrement à Ornans.Cette toile a fait scandale car ce genre de format était jusque là réservé aux grands de ce monde, par ex à Napoléon premier dans les toiles du néo-classique David. Courbet cherche à peindre le réel sans exclure aucune classe sociale de la dignité de sujet artistique, sans enjoliver le réel mais en essayant de le rendre dans tous ses aspects. Son engagement à gauche lors de la Commune de Paris lui vaudra des déboires par la suite et il s’exilera en Suisse.
Il a peint beaucoup de scènes de chasse.Parmi les toiles les plus célèbres, outre L’enterrement à Ornans, il y a celle de son atelier sur laquelle figure un grand nombre de ses amis dont Baudelaire, Les Casseurs de cailloux, et une toile très osée pour l’époque intitulée L’origine du monde représentant un corps de femme sans tête et coupé à mi-cuisse, composition qui fait du sexe de la femme ,traité comme un élément de la nature, le centre du tableau et valant à son auteur le qualificatif de peintre naturaliste.

Deux peintres surréalistes :Dali et Magritte par exemple.

5L’impressionnisme est un mouvement pictural que l’on peut qualifier d’optimiste car il tente de rendre par la peinture les infinies nuances et variétés des vibrations de la lumière sur les paysages champêtres ou urbains et sur les corps avec un élan plein de sensualité et de bonheur. Il s’agit d’une peinture de plein air qui exalte la jouissance sensuelle au contact de la nature.
L’expressionnisme plus tardif donne une vision beaucoup plus pessimiste de l’humanité :satire d’une société en plein déclin cherchant ses plaisirs dans la prostitution et l’alcool, angoisses existentielle du peintre qui s’exprime dans des autoportraits torturés sur le plan des lignes comme des couleurs et des expressions par ex chez le très émouvant Egon Schiele, sujets tabou qui associe l’amour et la mort. Cette peinture issue du Nord de l’Europe semble prémonitoire et annoncé le déclin de l’Empire austro hongrois,les affres déshumanisantes de la première guerre mondiale et ses suites. Les nazis haïront cette peinture et chercheront à la détruire tout comme le cubisme ou l’art abstrait.

la po♪0sie qui enchante le mal

Posté le 04.05.2007 par lireenpremiere
Sujet de dissertation donné l'an dernier en bac blanc pour alimenter votre réflexion

“ Les chants désespérés- c’est bien connu- sont les chants les plus beaux” Depuis le Romantisme, le lyrisme s’est fait l’écho des plaintes du poète dolent : fuite du temps, séparation douloureuse, angoisse de la mort, la poésie traite des émotions les plus sombres et chaque lecteur peut retrouver dans bien des vers ses craintes et ses désirs. Du Bellay déjà au XVIème siècle prétend « enchanter » son mal en le chantant dans un sonnet, adressé à son ami Magny, à qui il se plaint de son séjour forcé à Rome,qu’il perçoit comme un emprisonnement. La poésie le détourne des contrariétés de son exil et le rapproche en pensée de son Petit Liré. Mais que peut-on comprendre derrière l’habile jeu des mots sur la racine étymologique du « chant », en quel sens faut-il comprendre le verbe « enchanter » son mal ? La poésie possède-t-elle vraiment un pouvoir quasi magique ? S’agit-il simplement d’apaiser le mal, de l’endormir ou la poésie peut-elle l’envoûter et le faire disparaître comme par magie ? Y a-t-il d’ailleurs forcément désir d’enchanter le mal qui se dit dans le poème ?

Il va sans dire que la poésie prétend mettre la douleur à distance, l’apaiser en quelque sorte dans la plénitude du poème, tout en, paradoxalement, la donnant à sentir au lecteur. Mais l’on n’écrit pas sous l’impulsion de la douleur dans l’immédiateté du ressenti. Prendre sa plume, se mettre à sa table requiert une mise à distance de ce qui trouble pour le travail de l’écriture lui-même. « Sois sage o ma douleur et tiens toi plus tranquille… », ce vers semble indiquer le préalable à toute composition poétique. Mais plus le moi s’absorbe dans la posture de l’écrivain, du poète, plus le travail poétique avec ses exigences se substitue à la peine, divertit, détourne des affres. C’est l’un des sens possible de l’enchantement du mal par la poésie, cette faculté de le mettre à distance dès qu’il devient sujet du poème, thème à traiter et dès que le poète prend son statut d’artiste, en témoigne par exemple l’attitude de Musset en prison qui cherche dans un rai de lumière un tableau, ouvre un regard de peintre sur ce qui s’offre à sa vue et par analogie indique que la poésie est la meilleure évasion. Or cette faculté de transporter ailleurs est bien de l’ordre de la magie !

La poésie agit comme un filtre, un « pharmacon », comme un onguent. La recherche du mot juste, de la rime, du rythme fait oublier la brûlure qui taraude. Le « je » lyrique, comme le dit J.M. Maulpoix n’est pas le « je » existentiel, il est un potentiel, il contient une figure virtuelle, labile qui tend à l’universalité : le propos de la souffrance personnelle se dilue dans la souffrance commune et l’on peut penser qu’ainsi le fardeau s’allège d’être partagé.

« Chanter son mal », c’est en faire le sujet d’un chant, c’est par là même attribuer des vertus consolatrices à la musique comme le suggère déjà le mythe d’Orphée et le don de la lyre apollinienne, c’est par là mettre la souffrance en sommeil, sortir de son moi blessé pour offrir sa plainte à d’autres, sous la forme d’une complainte, et dans ce don, dans ce présent, réinventer la vie, ne plus être assigné à sa douleur et à son deuil. C’est après coup toujours que l’on écrit sur la rupture, la séparation, la douleur de l’exil, la nostalgie du retour, et dans les moments extrêmes ou les pires conditions, c’est plus souvent la poésie des autres qui vient en aide que la sienne propre, les souvenirs de Dante pour Primo Levi dans Si c’est un homme ou de Baudelaire pour Semprun dans L’écriture ou la vie…

Mais le verbe « enchanter » est plus fort qu’apaiser, atténuer, endormir, détourner. Son sens relève du champ lexical de la magie et de l’envoûtement. Il ne s’agit pas simplement de donner l’illusion d’un assoupissement du mal mais de le métamorphoser de le transformer. Apollinaire se voit comme un enchanteur dont la devise sera « J’émerveille ». De ses échecs amoureux, de son impossibilité d’aimer durablement, il fera poésie, « chanson du mal aimé », redonnant au lyrisme l’une de ses plus grandes voix. Alcools fait alterner moments de désespoir, d’élégies avec des élans, des envols qui témoignent de la capacité de la poésie de renouveler la vie, de faire surgir la beauté du cadre urbain comme des états d d’âme du poète, magie enthousiaste qui donne au poète l’appétit d’un Dieu et sa puissance démiurgique.

La poésie dès longtemps relève du sacré, des « charmes » que les dieux offrent aux poètes vaticinant. Les incantations ont le pouvoir de transformer le monde qui cède à leurs rythmes et sonorités. Dans « Nuit Rhénane », la chanson maléfique du batelier fait surgir les sorcières du Rhin et le poète subit leur envoûtement, les repères disparaissent et la sorcellerie évocatoire manque tout juste de précipiter le poète dans la folie : « mon verre s’est brisé dans un éclat de rire », l’objet broyé par la main tremblante et angoissée devient un être autonome et qui se rit du poète affolé en même temps qu’il signale la fin du maléfice.

Par le biais souvent de l’image, de la métaphore, de la personnification mais aussi du rythme des vers, le poète parvient à faire disparaître la douleur au profit d’une beauté qui charme et ensorcelle. Ne s’agit-il pas de se faire alchimiste, de transformer la boue en or comme le suggère Baudelaire ? Epurer, ne garder que la quintessence, trouver la forme la plus pure…
Mais l’on peut contester cette vertu magique à la poésie, la sorcellerie évocatoire n’est peut-être qu’un leurre, une illusion artificiellement crée, c’est là aussi le sens des enchantements fugaces et illusoires du prestidigitateur : le destin de Rimbaud qui s’est opéré vivant de la poésie peut se lire peut-être comme une déception devant les leurres de la magie poétique, les illuminations n’illuminent pas vraiment, elles ne sont peut-être que de simples assiettes colorées, les visions du voyant, du suprême savant, simples illusions…

Les poètes d’aujourd’hui se méfient de cette prétention à la magie poétique, ils ne prétendent pas chanter leur mal pour l’enchanter. Le dire tout simplement avec justesse leur paraît suffisant, en toute modestie et simplicité, car déjà la tâche est difficile, tant il est délicat souvent de mettre des mots sur ce qui manque, fait crier comme une bête ou mure dans un silence sans issue. Bonnefoy, par exemple, ne se voit pas comme un enchanteur mais comme un vieux peintre chinois, un patient artisan qui dans la pénombre peint un visage de jeune fille, une cascade, une montagne et qui offre son dessin en viatique au mourant, qui devant la vie de l’œuvre meurt avec un sourire de connivence, sans doute face à la réussite du peintre à restituer la vie, pas de magie ici mais le fruit du travail artistique le plus ascétique.

Depuis Auschwitz et Hiroshima, la poésie n’enchante plus, elle cherche autour du trou, du vide, de l’absence ce qui peut encore se dire, ce que l’assemblage des mots peut saisir de nos maux souvent ineffables et elle est la seule à tenter cette gageure. La fantasmagorie poétique, les artifices d’une certaine rhétorique ( Verlaine déjà demandait que l’on prenne l’éloquence et qu’on lui torde le cou.) paraissent indécents à ceux qui s’échinent à dire, parfois dans de grandes difficultés, sans illusion sur les pouvoirs transfigurateurs du langage poétique.

Cependant c’est peut-être là que réside la véritable merveille de la poésie, de pouvoir atteindre au sublime, de pouvoir sublimer le mal grâce à l’économie même de ses moyens, dans ce jeu entre le vide de la page blanche et le choix de quelques mots rares précisément ajointés, qui vont faire surgir un sens, une impression difficilement perceptible sans ce travail. Pas de formules magiques, de sortilèges, de dons sacrés mais l’humble travail d’un artisan de la langue, qui, dans le retrait, arrache à la finitude des blocs d’éternel présent, qui « enchante son mal » de telle sorte qu’il témoigne pour tout lecteur d’une présence tangible à chaque lecture. Cette façon de se rendre présent, de créer la présence est à elle seule la magie rarement atteinte du texte poétique.

Elle ne ressuscite pas les morts, ni ne fait revivre le passé mais elle permet le temps de la lecture le surgissement d’un présent qui échappe au temps des horloges ; elle donne à l’existence une saveur équivalente aux sensations que le corps peut ressentir dans la nature et, parce qu’elle associe tout l’être, corps et âme, elle constitue un moment de vie d’une plénitude intense et quasi parfaite, en ce sens, elle tient du miracle, mais le choix de ces mots,- magie, sorcellerie, enchantement , miracle- n’occulte-t-il pas la vérité ? Le miracle est qu’il n’y en a pas ! Si je relis « Sensation » de Rimbaud, mes chevilles se sentent « picotées par les blés » et mon souffle s’amplifie, « heureux comme avec une femme ». Au coin d’une rue, la passante de Baudelaire, « longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse… », toujours peut surgir et toujours, le lendemain, à l‘aube, quelqu’un part vers Villequier…
L’enchantement ne relève d’aucune puissance, d’aucun artifice non plus, mais seulement d’un art maîtrisé et d’une grande patience. N’est-elle pas, la patience, l’autre nom de la douleur, de la souffrance ? Le poète est un patient qui dans le travail de la langue attend que son mal de sujet se fasse objet du poème…

Mon travail manque d'exemples de textes analysés, vous pouvez peut-être voir quels exemples vous pourriez utiliser pour étayer mes argumenst à partir du corpus de cette ann♪0e et de votre culture générale.

Textes et problematique(s)

Posté le 03.05.2007 par Cyrielle
Voici quelques textes suivis d'une ou plusieurs problematiques que j'ai relevees lors des differents oraux :

- Les Rayons et les Ombres de V. Hugo :

Pourquoi peut-on dire que l'image du poete proposee par Hugo dans ce texte est celle d'un etre hors du commun ?

Quelle(s) fonction(s) incombe(nt) au poete selon Hugo ?


- L'Art poetique de Verlaine :

En quoi peut-on dire que cet art poetique est une invitation a la creation ?


- Manifeste du surrealisme de Breton :

Quelles conceptions se degagent de cet art poetique ?


- Lorenzaccio de Musset :

Dans quelle(s) mesure(s) peut-on parler ici d'une scene d'exposition ?

- Du Repentir de Montaigne:

Quelle vision de l'homme Montaigne offre-t-il dans ce texte?


A continuer svp !

Cortège

Posté le 30.04.2007 par lireenpremiere
ETUDE DU POEME « CORTEGE » APOLLINAIRE P. 48-50
ETUDE DES VERS 48 A 69
EXTRAIT DE ALCOOLS

Introduction
Après sa rupture avec Annie Playden, Apollinaire a éprouvé pendant un temps des difficultés à écrire. Puis peu à peu son ambition littéraire s’est ranimée ainsi que le sentiment d’être devenu plus fort en dépit de ses échecs amoureux. De cette régénération, sa poésie a gagné en authenticité : Apollinaire est passé par l’expérience et ses textes ont cessé de n’être qu’intellectuels pour prendre un aspect plus personnel. Désormais, le poète parle à la première personne. De même, ce retour à la vie lui permet d’introduire un thème qui devient capital dans le recueil : celui du phœnix c’est à dire celui de l’éternel recommencement, de l’éternelle régénération.
« Cortège » a été publié en 1912, mais on en trouve une première version très parcellaire qui date de 1906. La partie que nous étudions se présente en un seul et long paragraphe suivi d’un autre plus court. En réalité, l’organisation des rimes et la thématique nous permettent de déduire quatre quatrains des vers 48 à 63 avec le plus souvent des rimes suivies. Puis on a un distique vers 64-65 et à nouveau un quatrain des vers 64 à 69. La plupart des vers sont des alexandrins, même si on relève quelques octosyllabes, ainsi que quelques vers de 13 ou 14 syllabes. Finalement, en dépit d’une apparence d’écriture très libre, ce texte reste relativement traditionnel dans sa métrique.
I) Un poète en quête de lui-même
II) Evocation de la richesse du monde

I) Un poète en quête de lui-même

1) Un corps que l’on bâtit peu à peu
• La quête de soi du poète commence avant tout par la quête de son corps. Ainsi voit-on peu à peu dans le texte le corps du poète être reconstitué par ceux qui en amènent les différents éléments « les morceaux » v.62. Noter l’allitération en [m] dans le vers qui lui confère une harmonie.
• Au v.55, on note d’abord « sang de mes veines » et « battre mon cœur ». Ensuite au v.59 on relève « leur bouche » à propos des peuplades qui enseignent au poète un langage nouveau ( à sa bouche à lui). Enfin les vers 60 et 65 font référence au « corps » globalement. Au final, c’est le poète qui apparaît « je parus moi-même » v.64.
• On note un mouvement qui va de l’intérieur du corps (le sang, le cœur, les veines) vers l’extérieur (le corps) et du « parcellaire » (les organes) au général (l’être entier).
• On remarque aussi que ce sont des parties « nobles » du corps (le sang, le cœur, la bouche) qui à chaque fois sont décrites. Nous avons donc la description d’un corps qui, de par sa symbolique, semble définir un poète (le sang, le cœur  l’inspiration, les sentiments ; la bouche  le sens du langage de la poésie).

2) L’alchimie de la transformation
• Au v.48 et 49 le poète se nomme lui-même dans sa poésie ce qui donne au texte un ton très personnel : « moi-même » « Guillaume ». Ce dédoublement de soi apparaît deux fois dans l’ensemble du poème [cf. v.21]. Le tout semble une incantation magique comme le signe d’une éternelle quête de soi, d’un renouveau sans cesse invoqué.
• Au v.54 l’opposition oxymorique « les clartés de ses profondeurs » à propos de la mer paraît étrange. Cependant on peut en donner une interprétation si l’on remarque que cette image est associée dans le vers suivant au sang du poète « coulait sang de mes veines ». L’assonance en [ ] « mer », « coulait », « veines » renforce l’unité thématique. Comme la mer, le sang du poète est à la fois lié à l’obscurité (il coule au plus profond du corps) et à la clarté (sa couleur rouge rappelle le feu). Cela renvoie à l’idée des alchimistes pour qui une régénération s’effectue d’abord au plus profond de soi, dans le plus sombre avant de paraître au grand jour. Chez les alchimistes, cette opération s’appelle l’œuvre au rouge : c’est celle qui demande de chauffer « au rouge » le métal sombre, comme le soleil rouge doit succéder à l’obscurité. C’est également l’idée contenue dans le mythe du phœnix qui renaît du feu purificateur ( la vie, la clarté sort de l’obscurité).
• Le symbole de la rose v.57 est lié lui aussi à l’alchimie. Apollinaire associe le plus souvent cette fleur à la lumière [cf. p.117 « et les roses de l’électricité »] mais c’est aussi le symbole du monde [cf. « Rosemonde p.88]. Si les peuplades apparaissent une rose à la main, c’est un signe positif d’espoir, cela connote la lumière et la richesse du monde.

3) Un dieu en formation
• Il semble que peu à peu au fil du poème, les peuples décrits par le poète, et qui reconstituent son corps, soient en fait en train d’ériger une sorte de divinité. C’est ce que l’on peut interpréter notamment aux v.63/64 : le poète semble être une statue que les peuples auraient érigée comme le souligne le champ lexical de la construction « bâtit », « élève », « tour ».
• En fait le mouvement était déjà annoncé au vers 53 avec l’évocation de tours comme des îles. L’ensemble se situe en contraste avec la profondeur des villes des géants mais rejoint le double mouvement que nous avons déjà étudié de la profondeur qui mène à la clarté ou, comme ici, qui mène à l’élévation divine.
• Il semble donc que le poète soit à l’image de la tour ou de l’île, élevé au-dessus des hommes, par les hommes eux-mêmes comme on élève la statue d’un dieu païen. L’isolement du poète vis à vis du reste des hommes apparaît aussi une image commune à la tour et à l’île. L’évocation des « dieux » v.66 au pluriel confirme l’interprétation païenne.
• Quant au v.60, il fait référence au titre par l’évocation du « cortège ». Ce terme possède bien entendu une connotation religieuse. Il s’agirait ici d’une religion païenne peut-être fondée sur la philosophie unanimiste liée à la quête de soi-même, de son identité et de sa relation au monde. En effet, Apollinaire devenu incroyant semblait s’être fait de l’unanimisme le fondement de sa croyance nouvelle.

II) Evocation de la richesse du monde

1) La diversité des hommes
• Le texte v.64 évoque des peuples merveilleux qui semblent issus de légendes et révèlent la richesse de l’imaginaire du poète. On relève ainsi au v.52 « Les géants couverts d’algues » et au v.56 « mille peuplades blanches » dont la connotation tribale s’oppose aux géants « dans leurs villes » du v.52.
• Leurs habitats relèvent aussi de l’imaginaire merveilleux puisqu’ils sont tantôt issus de profondeurs « sous marines » v.53 tantôt issus de la Terre « Puis sur terre » v.56
• On note toutefois que le poète apparaît étroitement relié à ces hommes, v.50, même si ce lien apparaît limité, v.51 et 61. Il semble que le texte se réfère ici encore à la philosophie unanimiste et à cette recherche de réunification de soi au reste du monde. Si le poète a conscience de la différence qui le sépare des autres hommes, il a plus conscience encore de ce qui les unit : chacun existe par la conscience de l’autre « ceux que j’aime ».
• [« L’unanimisme » est une théorie littéraire et philosophique dont Jules Romains est l’initiateur. Il s’agit de la notion de conscience collective. L’idée lui étant venue un jour dans Paris, il l’appela « l’illumination de la rue d’Amsterdam ». A ce moment, il eut l’intuition qu’il existait une relation de nécessité dans tout ce qu’il voyait et cette relation était la conscience que lui avait du tout. Au delà de l’individu il existerait donc des groupes plus ou moins complexes, des âmes collectives. Par exemple, la ville serait l’une d’elles. Cela correspondrait donc à un dépassement de la vie individuelle.]

2) Un enrichissement mutuel
• Le poème marque le conscience d’un lien entre l’intérieur et l’extérieur. Cette interdépendance doit conduire à l’universalité du poète  celui-ci se définit autant par ce qui est en lui que par ce qui lui est extérieur « cette mer coulait sang de mes veines » v.54-55.
• On remarque aux v.61-63 que le poète ses construit grâce à l’intervention des autres hommes. L’idée contenue dans cette image signifie peut-être que ce sont les autres qui nous donnent la vie par la regard qu’ils portent sur nous. En fait, nous n’existons que dans la mesure où les autres nous font exister dans leur conscience. Cela signifie aussi que pour que le poète existe en tant que tel, il doit prendre les éléments de la vie des autres, dans un mouvement continu d’échange.
• L’enrichissement mutuel s’opère aussi sur un autre plan : celui de l’échange. Ainsi aux v.58-59, Apollinaire évoque un langage parlé par les peuples qui défilent et que le poète apprend grâce à eux. On peut dire que les hommes sont eux aussi des créateurs, des dieux puisqu’ils ont le pouvoir de créer un nouveau langage. Cela signifie aussi que le poète, dieu du langage trouve son pouvoir de création grâce au monde extérieur.
• Ainsi, ce poète que l’on a bâti « comme on élève une tour » nous renvoie par connotation à la tour de Babel. Le poète symbolise bien l’ambition des hommes à s’élever, à atteindre le divin et à rendre compte de toute la diversité des hommes et de leur langage.

3) Le paradoxe du temps
• L’extrait du poème étudié commence comme s’il s’agissait d’un récit v.48 « Un jour ». Cependant, la réflexion sur le temps contenue dans le poème ne va pas sans poser problème.
• Tout d’abord, on peut être surpris par l’emploi irrégulier de temps grammaticaux aux v.55 et 65 qui gênent la compréhension du texte.
• Ensuit, on remarque que le poème fait référence au temps aux vers 66-67 de manière négative : « trépassé ». On note aussi le jeu de mots « passé / trépassés » qui renforce l’image. L’ensemble du quatrain se trouve rythmé par l’emploi successif des mots « passé » v.66 « passent, passâtes » v.67 « passé »v.69.
• En réalité, le jugement porté sur le temps est de deux natures différentes selon que le poète évoque l’avenir ou le passé. Autant l’avenir lui paraît inutile v.68 « ce vide avenir » (noter l’allitération en [v] et l’assonance en [ ]) autant le passé lui semble prometteur vers 69 « je vois le passé grandir ». Ainsi, Apollinaire développe l’idée paradoxale d’un passé plus vivant, plus riche que l’avenir.
• On relève le champ lexical du regard dans ces derniers vers : v.68 « mes yeux » ; v.69 « je vois ». (N.B. : le v.67 « je ne vis » provient du verbe vivre et non voir. Cependant l’ambiguïté phonétique renforce l’idée du regard du poète.) Ainsi le poète apparaît comme un « voyant », un prophète non de l’avenir mais du passé.



Conclusion
• L’ensemble de l’extrait étudié se signale par une grande harmonie sonore et une relative régularité métrique. Cela donne au texte une tonalité globalement paisible et optimiste.
• Il est certain cependant que ce poème relève d’une thématique complexe dont le sens nous échappe toujours en partie. On peut cependant y voir l’entreprise orphique du poète c’est à dire une tentative de définition de la poésie comme une opération mystique de reconstruction du passé.
• Le but est alors de remplacer le discontinu du temps par du continu. Le moi prophétique d’Apollinaire finit par contenir le monde entier et donne aux autres la possibilité d’exercer leur propre divinité. On y relève la figure de celui qui cherche à s’élever et qui en dépit de l’échec momentané témoigne du rite initiatique de l’effort.

[C. Durand Degranges corinnedd@wanadoo.fr]

la Lorelei

Posté le 30.04.2007 par lireenpremiere
LA LORELEY ETUDE DE TEXTE
ALCOOLS APOLLINAIRE

Introduction
• En 1901, Apollinaire est précepteur en Allemagne. Il voyage à travers ce pays pendant les vacances d’été. A cette époque, il est fasciné par les légendes et sa rencontre avec la terre allemande lui permet « d’enraciner » ces légendes.
• L’une de ces histoires intéresse particulièrement le poète, celle de La Loreley. Son poème est en fait une adaptation d’un poème de Clemens Brentano (1778-1842) « Die Lorelei ». Le poème de Brentano se compose de 25§. Il raconte l’histoire d’une sorcière quelque peu vampirique qui est traduite devant un tribunal par un évêque. Celui-ci la condamne à vivre dans un couvent dans lequel doivent la mener trois chevaliers. Lorelei veut regarder une dernière fois le Rhin couler. Elle tombe dedans ; les trois chevaliers tombent dans le Rhin après elle et meurent sans prêtre ni tombe. La Lorelei symbolise la femme qui vampirise les hommes. Apollinaire est resté assez fidèle à ce texte tant dans sa forme que dans son contenu.

• I) La légende rhénane / un récit folklorique et légendaire
II) La séduction

I) La légende rhénane

1) Un poème à la manière d’un Lied
• Par sa longueur, 19§, ce texte se rapproche du Lied de Brentano.
• Le texte se compose de rimes suivies et de distiques qui donnent au poème un rythme régulier, une facilité apparente.
• Certains éléments dans le texte fonctionnent comme des refrains. On note ainsi :
une reprise de phrase : v.14-16 « Faites moi donc mourir »
des reprises anaphoriques : v.17-19-20 « Mon cœur »
des répétitions en fin de vers : v.17-18 « que je meure »
des répétitions au début de chaque hémistiche : v.23 « Va »
des répétitions d’un même mot : v.10 « Jetez jetez… » ; v.32 « Loreley Loreley » ; v.9-10-11 « flammes »
• La longueur du mètre est variable (12/14 syllabes) ce qui donne au texte une prononciation proche de la prose (pas de diérèses). Cela renforce l’impression de simplicité du texte. (cf. poésie orale traditionnelle)

2) Les éléments de la culture allemande
• Le texte se réfère à l’Allemagne par les lieux qu’il décrit : v.1 « Bacharach » (lieu où était attachée la Lorelei ; consonance est allemande) ; v.33 « Le Rhin » v.29 ; « dans le fleuve » et plus généralement v.28 « mon beau château ».
• Les personnages font aussi référence à la culture germanique : v.21 « Trois chevaliers » ; v.6 « magicien » ; v.5 et32 « Loreley ».
• On note enfin des éléments de la chrétienté qui situent cette histoire dans un médiéval légendaire : v.3 « l’évêque » ; v.13 « la Vierge » ; v.14 « et que Dieu vous protège » ; v.30 « le couvent des vierges et des veuves » + noter l’allitération en [v] ; v.24 « une nonne »

3) Un texte narratif et symbolique
• Il s’agit d’un poème qui raconte une histoire (dramatique), proche comme nous l’avons déjà vu de la version de Brentano. Le texte se compose selon les mouvements suivants :
§ 1 à 3 : Description d’une femme très belle
§ 4 à 12 : Jugement de cette femme
§13 à 19 : Départ vers le couvent et mort de Loreley
• On note aussi un élément dramatique avec l’abandon de Loreley : v.15 « Mon amant est parti pour un pays lointain »
• Enfin le texte est construit comme un conte. Il possède en effet des éléments symboliques traditionnels.
Un mode de narration typique : v.1 « il y avait » [ cf. il était une fois]
Des chiffres : v.21 « trois chevaliers »
Des couleurs opposées : v.24 « une nonne vêtue de noir et blanc » [cf. Blanche Neige et la référence aux couleurs : les cheveux noirs comme l’ébène, les lèvres rouges comme les cerises et la peau blanche comme la neige]
Des éléments magiques : v.6 « De quel magicien tiens-tu ta sorcellerie » ; v.7 « mes yeux sont maudits » ; v.12 « tu m’as ensorcelé »
La symbolique de la mort de Loreley : v.37 « pour avoir vu dans l’eau la belle Loreley »

II) La séduction

1) Un physique de séductrice
• Loreley se signale par une grande beauté qui n’est pas d’ordre humain. Ses atouts de séductrice se concentrent sur deux parties de son corps : la chevelure et les yeux (éléments courants dans un blason du corps féminin)
• On relève tout d’abord la description des cheveux : v.31 « ses cheveux déroulés » ; v. 38 « Ses cheveux de soleil » ; mais aussi « Lore » v.23 l’abréviation du prénom qui renvoie à la couleur du métal. Ces expressions font référence à l’abondance de la chevelure, à sa blondeur, à sa longueur exceptionnelle. Elle apparaît fascinante mais elle est alliée dès le début à un maléfice : v.1 « sorcière blonde ».
• Quant aux yeux ils exercent un pouvoir similaire. On note dans ces citations le champ lexical de la lumière en mouvement.
v.5 « aux yeux pleins de pierreries » (+ allitération en p)
v.9 « mes yeux sont des flammes »
v.23 « aux yeux tremblants »
v.26 « ses yeux brillaient comme des astres »
v.38 « ses yeux couleur du Rhin » [on note ici l’identification de la femme au fleuve]
• Les yeux de Loreley fascinent mais c’est parce qu’il sont dotés d’un pouvoir maléfique : v.7 « mes yeux sont maudits ».

2) La malédiction de Loreley
• Celle-ci a pour effet de la doter d’un pouvoir illimité sur les hommes : v.2 « qui laissait mourir d’amour tout les hommes à la ronde ». Les hommes ont la conviction qu’une telle beauté n’est pas d’ordre humain : v.6 « De quel magicien tiens-tu ta sorcellerie ». Même Loreley a conscience du poids de cette malédiction : v.10 « Jetez jetez aux flammes cette sorcellerie »
• Cet amour qu’inspire Loreley est donc voué au malheur et même la jeune femme en a été la victime puisque son amant l’a quittée de façon mystérieuse [vaincu ou effrayé de cette beauté ou imaginé par la jeune femme] : v.15, v.19, v.20.
• C’est encore cette beauté maléfique qui cause son désespoir et la conduit à vouloir mourir : v.14, v.16, v.17. On remarque également que Lorelei est capable de pressentir son destin au v.18 « Si je me regardais il faudrait que j’en meure ».
• Enfin cette beauté semble tellement extraordinaire que l’évêque lui-même se trouve sous le charme de la jeune femme. Il préfère se damner plutôt que de la tuer : v.12, v.13, v.14. L’évêque va jusqu’à tenir un discours amoureux (référence aux flammes) sous couvert de plaisanterie qui prouve à quel point la beauté ensorcelante de Loreley agit puisqu’elle corrompt un dignitaire de l’église : v.11 « je flambe dans ces flammes o belle Lorelei ».

3) Le mythe de Narcisse
• Ce qui perd Loreley, c’est sa tentation ultime, son dernier vœu : v.27 à 29. (Elle sait pourtant qu’elle ne peut rien faire contre la puissance de son propre charme). Elle est aussi « séductrice » au sens étymologique c’est à dire qu’elle « s’écarte du chemin » et ainsi se perd.
• Au v.34 « Et mon amant s’y tient il m’a vue il m’appelle » : elle est tellement éprise de son image qu’elle croit y reconnaître celui qu’elle aime. En fait ce qu’elle voit, c’est le visage que tout le monde ne peut qu’aimer, le sien et non celui d’un amant. On relève une allitération en [m] et [l] qui confère une grande douceur au vers.
• V.36 37, cette erreur fatale la conduit comme Narcisse à se noyer pour avoir trop aimé son propre reflet. « Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil » l’allitération en [l] renvoie à l’élément liquide du fleuve.
• L’élément qui diffère du mythe de Narcisse tient peut-être dans la folie du personnage qui est évoquée à plusieurs reprises dans le texte : v.22 « cette femme en démence » ; v.23 « Lore en folie » « aux yeux tremblants ». La folie du personnage tient dans la conscience de sa propre malédiction et dans l’acceptation de la seule issue à sa portée, la mort.

Conclusion
L’intérêt stylistique de ce texte réside dans sa facilité apparente qui cache une construction rigoureuse. Le charme du texte tient dans le jeu des sonorités, dans les répétitions, les reprises d’éléments lexicaux. Ce texte opère comme une incantation magique.
Apollinaire parvient ici à renouveler le mythe de Narcisse en l’associant à la légende allemande, en féminisant le personnage. Le texte est intéressant aussi parce qu’il brise l’image du personnage maléfique. Loreley est elle-même victime de son pouvoir.
La Loreley constitue un des textes les plus simples du recueil Alcools. Il se situe dans la période rhénane du poète et bien que cela semble plus lointain, on y retrouve quelques éléments de la vie du poète. Ainsi, comme dans l’ensemble du recueil, le poème traite de l’amour malheureux, de l’impossibilité d’aimer.

Notes à propos de l’eau, symbolique de mort
L’eau s’intègre au processus de mort. Elle est le tombeau des noyés
L’eau du fleuve ne court plus assez vite. Elle est assez lisse pour tenir lieu de miroir  eau dormante presque figée prolongeant éternellement l’état de mort.

[C. Durand Degranges corinnedd@wanadoo.fr]

L'émigrant de Landor Road

Posté le 30.04.2007 par lireenpremiere
« L’EMIGRANT DE LANDOR ROAD »
ETUDE DE TEXTE V.1 A 24
ALCOOLS APOLLINAIRE

Introduction
• Le thème de l’Angleterre est un thème central dans Alcools. « L’émigrant… » a été écrit entre 1904 et 1905 et s’inspire du second voyage d’Apollinaire à Londres en mai 1904. A cette époque son amie Annie Playden, avec qui il a eu une liaison lorsqu’il se trouvait en Allemagne, est retournée vivre chez elle en Angleterre. C’est parce qu’elle a décidé d’émigrer en Amérique que le poète la rejoint, espérant sans doute parvenir à une réconciliation. Le texte reste empreint de cet échec amoureux.
• Le texte est publié fin 1905 mais en 1906 il sera réécrit successivement en prose puis à nouveau en vers. Il s’agit d’un poème post-symboliste qui mêle un récit humoristique et bizarre à une description plus nostalgique.

• I) Récit d’un poète déraciné
II) Un voyage placé sous de mauvais augures.

I) Récit d’un poète déraciné

1) Structure du texte : c’est un récit
• Composition relativement régulière du texte : 13 § composées le plus souvent d’alexandrins sauf le vers 10 un octosyllabe et la § 6 composée d’hexasyllabes, (seules les § 8, 11, 12 sont irrégulières mais elles sont en dehors de notre étude).
• Les rimes s’organisent selon différents schémas d’une § à l’autre. On note des rimes suivies dans la §1, des rimes embrassées dans les § 2 et 4, des rimes croisées dans les § 3 et 5. Quant à la § 6 elle se compose de rimes embrassées approximatives (les vers 22 et 23 ont une simple assonance [in]/[im]).
• L’ensemble du poème constitue une sorte de récit ; il s’agit d’un homme qui attend de quitter définitivement l’Europe pour partir vivre en Amérique.
V.9-10 « Mon bateau partira demain pour l’Amérique
Et je ne reviendrai jamais »
• Le récit de ce départ se fait tantôt à la troisième personne v.1 « Le chapeau à la main il entra du pied droit » (+ § 2 et 5), tantôt à la première personne v.9 « Mon bateau partira demain pour l’Amérique » (+ § 4) quand il s’agit d’un monologue intérieur. Ceci contribue à la complexité du texte mais rend aussi le narrateur plus distant du lecteur. On note une sorte de détachement du poète qui est tantôt acteur tantôt observateur dans cette double perpective révélatrice des recherches esthétiques du simultanéisme.

2) Eléments de vie d’Apollinaire
• Le titre est en soi une référence explicite à la vie d’Apollinaire. En effet, Landor Road est la rue dans laquelle vivait Annie Playden ce qui signifie qu’elle a pour le poète une connotation sentimentale : v.12 « guider mon ombre aveugle en ces rues que j’aimais ».
• Une autre référence directe à la vie du poète se trouve dans le portrait d’un « émigrant ». Ce n’est certes pas Apollinaire qui part pour l’Amérique en cette année 1904, mais Annie Playden sans doute pour échapper au poète. Lui-même a-t-il pensé la suivre ?
• Apollinaire fait également référence dans le texte à son activité de poète qui doit lui permettre d’envisager son départ : v.11 « Avec l’argent gagné dans les prairies lyriques » et v.14 « Les boursiers ont vendu tous mes crachats d’or fin ». Ce qui est notable, c’est que le poète associe à cette activité poétique « prairies lyriques » et « or fin » ( quelques vers précieux) une connotation financière « l’argent gagné », « les boursiers », « crachat d’or fin » ( pépites). On retrouve ici un des traits de la modernité du recueil qui fait régulièrement référence à l’argent, jugé jusqu’alors trivial (cf. « Zone »)
• D’une manière plus large on note dans le texte des éléments de la vie anglaise que le poète a relevés. Ainsi fait-il dans le v.2 « chez un tailleur très chic fournisseur du roi » référence à la vie londonienne, (peut-être Harrod’s où s’habille la famille royale ou encore une boutique sur Bond Street) ou bien encore évoque-t-il un « lord » au v.19.

3) La solitude
• C’est le sentiment qui domine le texte. L’émigrant apparaît seul au milieu de la foule : v.5 et 6. L’expression « des ombres sans amour » v.6 dénote une déshumanisation tandis que le verbe « se traînait » v.6 renforce le trait négatif. L’ensemble renvoie à la froideur de la foule mais aussi des « mannequins » du v.4.
• Noyé dans une foule indifférente, l’émigrant se trouve confronté à une impression de confusion. Ceci est renforcé dans le v.5, par une allitération en m « remuait en mêlant », ainsi que dans les vers 6, 7, 8 par l’emploi à trois reprises de l’article indéfini « des » : « des ombres…des mains… des oiseaux ».
• C’est aussi le sentiment de solitude qui pousse le poète à faire part de son regret du passé. A ce sujet l’ensemble de la §6 est évocatrice de cette nostalgie :
v.21/24 « Au dehors les années
[…] passaient enchaînées ».

II) Un voyage placé sous de mauvais augures

1) Un humour dérangeant
• Le texte par moments fait preuve d’un certain humour pour le moins surprenant, qui n’est pas sans rappeler le « nonsense » anglais. Ainsi aux v. 3, 4, 17 et 18 la référence à des mannequins décapités ne manque pas de surprendre par son aspect saugrenu et de mauvais goût [même si le thème est récurrent dans le recueil cf. : « soleil cou coupé » à la fin de « Zone »]. Noter au v. 17/18 l’allitération en [b] quelque peu comique phonétiquement.
• Le burlesque apparaît aussi dans l’évocation de superstitions, comme celle du vers 1 « il entra du pied droit ». Supposé porter chance (?), cette précaution semble dérisoire par rapport à tous les signes négatifs dans la suite du poème.

2) Un départ définitif
• Le poème évoque un décor maritime : v.8 « comme des oiseaux blancs » et plus particulièrement le départ des migrants vers l’Amérique : v.9. Le nouveau continent est présent également dans la première partie de ce texte avec une évocation exotique au v.16 « pleins d’oiseaux muets et de singes ».
• Le départ du personnage est clairement annoncé comme définitif : v.10 « Et je ne reviendrai jamais ». Le vers 13 à ce propos peut sembler plus obscur « Car revenir c’est bon pour un soldat des Indes ». On peut supposer cependant qu’Apollinaire fait allusion ici à un poème de l’écrivain anglais Rudyard Kipling intitulé « Mandalay » et qui était paru en 1904 dans la revue Les soirées de Paris ( et dont Apollinaire s’occupait).
• Ce départ est espéré comme un renouvellement total de l’être, une régénération (cf. thème du phœnix) : « mais habillé de neuf » v.15. Il semble que le décor l’incite au départ comme par exemple cette foule indifférente qui lance des sortes de signes d’adieu :
v.7/8 « Et des mains vers le ciel plein de lacs de lumière
S’envolaient quelquefois comme des oiseaux blancs »
On note d’ailleurs que, dans ces deux vers, les présages sont encourageants de par les connotations positives de « ciel », « lumière », « oiseaux blancs » ce qui ne sera plus du tout le cas dans le reste du poème

3) Les présages de mort
• On relève dans le texte de nombreux signes avant-coureurs qui présagent la mort du personnage. Ainsi au v.19 est-il amené à porter les vêtements d’un mort.
• En fait dès le début le champ lexical renvoie à la mort dans l’évocation :
• De la ville et de son activité :
v.3 « couper quelques têtes » ; v.23 « les mannequins victimes »
 références morbides, même si elles sont par leur excès empreintes d’un certain humour.
• Dans l’expression de la solitude et du manque :
v.6 « des ombres sans amour » ; v.12 « mon ombre aveugle »
 l’ombre est un euphémisme pour désigner un mort et l’on note que le personnage semble déjà privé de ses sens : « aveugle ».
• Dans la description d’un exotisme morne ou inquiétant :
v.16 « pleins d’oiseaux muets »
 même les merveilles du nouveau continent ne peuvent apaiser l’inquiétude et là aussi les oiseaux souffrent d’un manque de mauvais augure.
• Dans des réflexions enfin qui peuvent apparaître comme autant d’euphémismes
v.15 « je veux dormir enfin » ; v.10 « Et je ne reviendrai jamais »
 les images ici sont explicitement reliée à l’idée de la mort.
• Ce départ n’est donc pas celui auquel le poète pourrait s’attendre et les nombreux signes funèbres contrebalancent les quelques notes d’espoir contenues dans la première partie du poème. La fin de celui-ci ne fera que confirmer le mauvais présage comme on le voit très clairement dans les deux derniers vers :
« Des cadavres de jour rongés par les étoiles
Parmi le bruit des flots et les derniers serments »

Conclusion
• Nous sommes en présence d’un poème à tonalité mixte. Il mêle les éléments amusants ou bizarres à d’autres beaucoup plus mélancoliques. Le pressentiment négatif du poète se trouve accentué par la douleur de l’amoureux esseulé.
• Ce poème quoique moderne sur bien des aspects reste assez classique dans son écriture. Le texte est le plus souvent rimé, généralement composé d’alexandrins réguliers aux hémistiches.
• La modernité du texte se trouve donc davantage dans la thématique et dans l’évocation surprenante de certaines images. Apollinaire transpose d’une certaine façon l’échec amoureux en échec d’un départ.

[C. Durand Degranges corinnedd@wanadoo.fr]

Supervielle et Duras sur France Culture

Posté le 30.04.2007 par lireenpremiere
Deux émissions en rapport avec notre programmeà partir d'aujourd'hui lundi 30 Avril: Jeux d'archives du samedi 28 Avril 19h15 sur Marguerite Duras et Une vie, une oeuvre du dimanche 29 Avril 16 heures sur Jules Supervielle.

Allez sur le jour dans la partie programme du menu et ensuite choisissez le titre de l'émission et l'horaire. Bonne écoute!

Parfois je me demande si ça intéresse quelqu'un ce genre d'info! En tous les cas moi j'apprends plein de choses!

colchiques

Posté le 30.04.2007 par lireenpremiere
Commentaire

Ce poème aligne trois strophes irrégulières formées successivement de sept vers, de cinq vers, de trois vers, des vers aux rimes suivies qui sont pour la plupart des alexandrins, certains étant cependant formés de deux hémistiches (vers 2 et 3), d’autres, légèrement plus longs (vers 6, 8, 9, 10, 11, 12, 14), pouvant avoir douze syllabes, au prix de quelques élisions audacieuses (par exemple : «Qui batt(ent) comme les fleurs battent au vent dément», mais que l'on peut également considérer comme irréguliers.
Encore que le sens de ce poème ne soit pas hermétique, on note çà et là quelques difficultés d'interprétation. Le premier vers ne manque pas d’être inquiétant par la juxtaposition de «vénéneux» et de «joli», la mention de la saison triste qu’est l’«automne». «Le pré est vénéneux» parce que, mêlés à l'herbe, il y a des colchiques, plantes vénéneuses (que, dans la réalité, les vaches évitent, mais le poète l'ignore ou feint de l'ignorer). Dans les vers 2 et 3 est dramatisé, par l’enjambement qui divise un alexandrin en deux hémistiches, le contraste entre la placidité des vaches et le danger qu’elles courent. Le colchique est «couleur de cerne et de lilas», couleur de paupières violâtres et fripées : ces fleurs se parent avec trop de coquetterie et leur fard est trop étudié ; elles cachent leur vraie nature. Un enjambement projette dans le vers 5 un court rejet après lequel le rétablissement de la ponctuation ferait bien saisir que le poète s’adresse à une personne qui, de toute évidence, est une femme, la femme aimée, Annie Playden qui, elle aussi, lui a caché sa vraie nature. Cependant, bel exemple d’effet que permet la suppression de la ponctuation, on peut comprendre aussi que «le colchique y fleurit tes yeux». Que les yeux de cette femme soient «violâtres» «comme leur cerne» élargit considérablement leur malignité qui est celle aussi de la triste saison qu’est l’automne. Le vers 7, qui clot la strophe, marque bien, par le «Et» initial et par les rimes qui répondent à celles des premiers vers, l’enchaînement inéluctable des situations : comme les vaches s’empoisonnent en broutant les colchiques, le poète s’empoisonne en aimant Annie Playden ou en continuant à ruminer ( ! ) son souvenir.
À la deuxième strophe, une troupe d'écoliers joyeux survient, leur «fracas» étant rendu par les sonorités de «hoquetons» et d’«harmonica». Ingénus, autres représentations du poète, ils cueillent les colchiques sans se douter que ces fleurs si jolies sont dangereuses. Ne sont-elles pas «sont comme des mères»? Mais la suite, qui n’apparaît qu’après l’enjambement, «Filles de leurs filles», ne manque pas d’étonner. La comparaison, en effet surprenante, peut s’expliquer ainsi : ces «mères, filles de leurs filles» sont des mères de famille si outrageusement fardées et coquettes qu'on les prendrait pour... les filles de leurs filles. Ces fleurs sont de nouveau comparées à la femme, à ses «paupières» qui «battent au vent dément» car, familièrement, on dit «un vent fou». On peut se demander si, en l'occurrence, ce vent-là ne rend pas fou celui qui, apercevant tous ces «battements» de fleurs, croit voir, mille fois répétés, les battements de paupières de la belle infidèle qui est une autre jolie fleur, point du tout ingénue.
À la dernière strophe, «le gardien du troupeau» qui laisse ses vaches s’empoisonner est comme un dieu indifférent au sort de ses créatures, bovins ou humains. Les vaches, qui sont «lentes et meuglant» parce que le poète prend ou affecte de prendre ces meuglements pour l'expression d'un regret, leur lenteur, pour la réticence à s'arracher au pâtis, abandonneraient «pour toujours ce grand pré» : en fait, ce n’est que pour tout l'hiver. Mais c’est le poète qui veut se convaincre d’abandonner pour toujours la pensée de cette femme infidèle, sinon de renoncer à l’amour pour toujours.

Ainsi, ce poème apparemment impersonnel et descriptif, où, du spectacle champêtre, se dégage une atmosphère magique, est en fait une chanson douce et triste de l’amour déçu, de l’amour trompé, de l’acceptation mélancolique de la condition humaine. Il est un de ces poèmes d’Apollinaire que la souffrance même a permis de naître.

Crépuscule

Posté le 30.04.2007 par lireenpremiere
Commentaire

Comme l’indique la dédicace, Guillaume Apollinaire a écrit ce poème en pensant à Marie Laurencin avec laquelle il avait rompu en 1912.
Ce poème, constitué de cinq quatrains d’octosyllabes à rimes ou assonances placées un peu au hasard d’une strophe à l’autre, marqué dès son titre par le déclin et la mort qui sont peut-être ceux de cet amour perdu, les transpose dans une sorte de parade foraine désenchantée où apparaissent différents personnages quelque peu fantastiques. Il pourrait être un de ces tableaux naïfs, dans le style du Douanier Rousseau, que peignait Marie Laurencin, où ses créatures, nourries de fleurs et de songes, regardent un univers féerique de leurs grands yeux étonnés de biche ou de gazelle.

Le premier personnage de cette troupe de forains est “l’arlequine” à laquelle est consacrée la première strophe. Devant la perspective de la mort qu’annonce le crépuscule («le jour s’exténue»), elle éprouve le besoin de se mirer pour ne pas se perdre tout à fait. On peut donc croire qu’il s’agit bien de la peintre qui, en effet, se mirait dans ses tableaux, y représentait son monde intérieur.

Le crépuscule est encore évoqué dans la deuxième strophe par cette atténuation, ces couleurs suaves qui justement étaient celles qu’affectionnait l’artiste. Mais, d’abord, se dépense sans trop y croire, pour attirer et convaincre la clientèle, le «charlatan» qu’est le bateleur, le bonimenteur. Mais ne s’agit-il pas d’Apollinaire lui-même dont la poésie est fondée sur la trouvaille (donc «les tours»), la nouveauté étant par avance «crépusculaire»?

Il est plus sûr que «l’arlequin blême» de la troisième strophe, s’il rappelle un peu les baladins efflanqués que peignait Picasso aux environs de 1905, représente Apollinaire. Alors que l'arlequin est habituellement un être joyeux qui aime s'amuser, se donner en spectacle, il est «blême» du fait de ses désillusions sentimentales, ou de son trac devant des spectateurs aussi ferrés en matière de magie que ces «sorciers venus de Bohême», donc des bohémiens, des tziganes (fréquemment évoqués dans le recueil dont un des thèmes récurrents est le voyage), que ces «fées» et ces «enchanteurs» qui, comme par hasard, sont justement des personnages de ses contes.
Pourtant, la quatrième strophe montre d’abord un de ses tours. Mais déjà l’attention se détourne vers un musicien acrobate.

Dans la dernière strophe, se manifestent d’autres membres de la troupe qui aurait même une ménagerie. Mais tout est fait pour une chute qui revient sur l’arlequin, décidément le personnage principal, d’autant plus qu’il est «trismégiste», du latin «trismegistus», trois fois très grand, mot qui semble avoir été cher à Apollinaire puisqu’on le retrouve dans un autre poème, “Vendémiaire”, où «les rois» «trois fois courageux devenaient trismégistes». Mais grandit-il vraiment, voit-il son art s’affirmer, ou n’est-ce qu’aux yeux du nain qu’il est, par un effet de contre-plongée, un géant en fait dérisoire, Apollinaire se moquant donc finalement de lui-même. On peut aussi envisager, au contraire, qu’il veuille très sérieusement se présenter en poète moderne qui doit accepter le risque de perdre son public, son audience, dans cet hermétisme qui est celui de l’Hermès trismégiste.

“Crépuscule” serait donc un poème suscité par le souvenir de Marie Laurencin mais où Apollinaire parle surtout de lui, du poète dont ce crépuscule n’est qu’une étape dans son évolution que dessine le recueil “Alcools” où, de la descente aux Enfers qu’est “Zone”, en passant par “Le brasier”, il aboutira au chant triomphal qu’est "Vendémiaire
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