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Comparaison personnage de roman/personnage de theatre (notes)

Posté le 23.04.2008 par lireenpremiere
Personnage de roman/ personage de théâtre: article dans TDC mars 2008, JP Ryngaert.

Distincts dans les normes classiques, P ont évolué tous deux vers un effacement identitaire au profit de voix qui relaient action et narration.

Différents normalement au plan de l’action, du temps et de l’organisation du système énonciatif.

Theatre : domaine du faire ou du dire qu’on fait ou du vouloir faire Cf M. Corvin dans Dictionnaire encyclopédique du T.
P = celui qui fait, qui dit qu’il fait, qui revient sur ce qu’il a fait
Le P de T a toujours l’air occupé à agir ou à envisager d’agir, cf Scapin, Figaro, Phèdre...

Roman : l’avoir fait et ses traces dans le faire d’aujourd’hui : introspection, rumination des événements, effets de maturation.
Au XIXème siècle accentuation de la ressemblance des personnages aux personnes. On oublie, néglige le fait qu’ils soient pris dans des réseaux fictifs qui les éloignent des référents réels.
Changement lors du Nouveau Roman, du théâtre de l’absurde, des écritures récentes : perte d’épaisseur des P, fonction référentielle moins valorisée.

P : des êtres de papiers . Longtemps on a dit que les P de T ne s’accomplissaient que dans la représentation scénique etq u’ils seraient différents des pers. de roman qui appartiennent à un écrit en prose.
Autre point de vue possible : les pers. de T aussi êtres de papiers, à prendre en compte comme créature d’écriture, son auteur= un écrivain. Incomplet si on le considère comme en attente d’une incarnation mais plutôt situé AU CARREFOUR DE L’ENONCE et DU VISIBLE.

Le per. Romanesque est différent qui advient sur le mode de la rêverie ou de l’image mentale, son imaginaire fictif .alors que la fiction au T est destinée à se donner à voir, mais imaginée avant, tout de même par l’écrivain.
Toujours incomplets car aucun texte, même le plus réaliste ne fournit tous les renseignemenst sur un P : l’info n’est jamais saturée.
Le lecteur est toujours mis à contribution et appelé à cpmpléter les données livrées par le texte.

L’instance narratrice en question :
Dans le drame pur normalement prédominance du dialogue : exclut radicalement le récit ou l’adresse ainsi que tout intermédiaire entre la fiction et le lecteur ou spectateur. Les infos ne passent que par le dialogue ( sauf exception du monologue qui s’avère souvent un faux dialogue car Pparle à lui même en se dédoublant)
« relation interpersonnelle au présent’ P Szondi in Theorie du Drame moderne.

L’auteur est exlu du drame tout comme ses éventuels représentants. Autonomie apparente et ambigue du P comme s’il prenait la parole de lui-même et disposait d’une conscience.
Le T raconte uniquement à travers les discours de ses P qui ont en charge l’avancée de la fable et de l’action au même titre que l’énoncé de leurs émotions, supports de nos indentifications.
Fermeture apparente du dialogue, qui fait mine d’exclure tout tiers écoutant, intimité surprise à travers le 4ème mur abattu.

Dans le roman classique, l’instance narrative fournit l’essentiel de la fiction et ne fait parler directement les P que très peu. Tous les autres systèmes d’énonciation sont possibles : P qui perdent en autonomie puisqu’ils sont intégrés au récit etq u’ils n’en sont directement ni les moteurs ni les agents. Dépendants du narrateur Cf Jacques le ftaliste ! dmeurent des supports d ‘identification, orientés par le point de vue que le narrateur porte sur la fiction entrain de seconstruire.

P de T classiquement nommé parfois qualifié dans les didscalies liminaires, il etoffe son identité autravers de ce qu’il dit et de ce que les autres disent de lui, mais aussi des actions.Pas éclairé de l’intérieur par des infos surplombantes comme par un narrateur omniscient pour le P de roman.

Epaisseur des P de Roman liée à al longueur de l’oeuvre, à la valorisation des infos psychologiques, à l’étalement de la fiction dans le temps.

Effritement des frontières, émergence d’une voix

Mutation des genres en général : fin de l’intrigue à P fixe et établis.
Le Roman tend à s’affranchir du narrateur ou de toute voix intermédiaire entre l’auteur et le elcteur : voix qui prennent la parole sns mise en place d’un cadre spatio temporel narratif précis ( focalisation interne, indirect libre pui flux de conscience, monologue intérieur, premiere pers du discours, accès à l’inconscient, plus de construction rationnel, flux de phrases...)

T qui s’est « romanisé », accueille de plus en plus de récits, plus mises en scènes de textes romanesques.
Partage des voix qui s’écarte des règles de l’ancien dialogue.
Voix de l’auteur : représentants désignés par des lettres. Les P s’amaigrissent, deviennent des figures, mais au T enrichissement des fonctions : racontent, informent, disent les didsacalies, diologuent tout en faisant avancer l’action quand il y en a une.
Genres s’affaiblissent au profit de la notion de textes. P de moins en moins contrastés, identités qui s’affaissent au bénéfice des voix, importance grandissante donnée à LA PAROLE plus qu’au contexte.
Rythme, recherche d’impressions et sensations plus que récit.
Au T, le P s’efface derrière l’acteur qui relaie la voix de l’auteur vers le spectateur à venir.
Dans le Roman : voix qui s’adresse au lecteur, cf vogue de l’autofictions ou du romans à la première personne.
Importance pour les deux de l’adresse à l’autre.

D'après TDC du mois de mars 2008


Sujets donnés à Pondichéry cette année

Posté le 21.04.2008 par lireenpremiere
le sujet qui est sorti à Pondichéry pour les S et Es est un sujet sur ...la poésie pour la 3ème fois!
http://www2.ac-toulouse.fr/lyc-francais-pondichery/espaceprofs/sujetbac/Bacpondy2008/FrancaisS-ES.pdf

Extrait de Cahier d'un retour au pays natal

Posté le 21.04.2008 par lireenpremiere
” Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-
panthères, je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas
l’homme-famine, l’homme-insulte, l’homme-torture
on pouvait à n’importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d’excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot
mais est-ce qu’on tue le Remords, beau comme la
face de stupeur d’une dame anglaise qui trouverait
dans sa soupière un crâne de Hottentot?

Je retrouverais le secret des grandes communications et des grandes combustions. Je dirais orage. Je
dirais fleuve. Je dirais tornade. Je dirais feuille. Je dirais arbre. Je serais mouillé de toutes les pluies,
humecté de toutes les rosées. Je roulerais comme du sang frénétique sur le courant lent de l’oeil des mots
en chevaux fous en enfants frais en caillots en couvre-feu en vestiges de temple en pierres précieuses assez loin pour décourager les mineurs. Qui ne me comprendrait pas ne comprendrait pas davantage le rugissement du tigre.
Et vous fantômes montez bleus de chimie d’une forêt de bêtes traquées de machines tordues d’un jujubier de chairs pourries d’un panier d’huîtres d’yeux d’un lacis de lanières découpées dans le beau sisal d’une peau d’homme j’aurais des mots assez vastes pour vous contenir
et toi terre tendue terre saoule
terre grand sexe levé vers le soleil
terre grand délire de la mentule de Dieu
terre sauvage montée des resserres de la mer avec
dans la bouche une touffe de cécropies
terre dont je ne puis comparer la face houleuse qu’à
la forêt vierge et folle que je souhaiterais pouvoir en
guise de visage montrer aux yeux indéchiffreurs des
hommes

Il me suffirait d’une gorgée de ton lait jiculi pour qu’en toi je découvre toujours à même distance de mirage - mille fois plus natale et dorée d’un soleil que n’entame nul prisme - la terre où tout est libre et fraternel, ma terre.Partir. Mon coeur bruissait de générosités emphatiques. Partir… j’arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair : « J’ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies ».Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte… Et si je ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerai».

Et je lui dirais encore :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir. »Et venant je me dirais à moi-même :
« Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l’attitude stérile du spectateur, car la vie n’est pas un spectacle, car une mer de douleurs n’est pas un proscenium, car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse… »

(extraits de Cahier d’un retour au pays natal par Aimé Césaire écrit en 1938-1939, publié en 1947, Présence africaine)

Hommage à Aimé Césaire

Posté le 21.04.2008 par lireenpremiere
Beaucoup d'articles évidemment sur le grand poète martiniquais, auteur entre autres de Cahier d'un Retour au pays natal dont vous avez des extraits dans vos manuels.

Voir notamment sur un site martiniquais le texte écrit par un autre écrivain de renom Edourd Glissant


http://www.madinin-art.net/lettre_info_990.htm

Sur l'oeuvre d'Apollinaire

Posté le 20.04.2008 par lireenpremiere
A propos de l'enchanteur pourrissant

“L’enchanteur pourrissant”
(1909)

Récit en prose entrecoupé de quelques poèmes

L'enchanteur Merlin, par amour pour Viviane, lui livre les secrets magiques et dangereux qu'elle désire connaître. Il les lui dévoile sans être dupe, sachant très bien quel usage elle en fera et qu'il en sera la première victime. Viviane par haine, mais peut-être aussi, ce qui vient de bien plus loin que sa haine, par un désir de revanche et de victoire définitive sur l'homme, prononce les paroles magiques qui amènent l'enchanteur à s'étendre conscient dans son tombeau et à y mourir. Alors, de toutes parts s'acheminent les animaux réels ou fantastiques, ses amis, toute la faune magique et ensorcelante, démoniaque et charmeuse, d'hydres, de crapauds, de serpents, de corbeaux et de monstres, avec leurs paroles d'humains, leurs désirs, leurs rêves et leurs cruautés d'homme. Le monstre Chapalu se confie : «Je suis solitaire, j'ai faim, j'ai faim ; cherchons à manger, celui qui mange n'est plus seul.» Les guivres s’alanguissent : «Nous voudrions le baiser sur nos lèvres que nous léchons pour les faire paraître rouges. Enchanteur, Enchanteur, nous t'aimons. Ah si l'espoir s'accomplissait.» Tous recherchent l'enchanteur. Et se déroule cette suite ininterrompue de plaintes et d'entretiens avec son âme. À la fin, les personnages se retirent. Viviane reste seule assise sur le tombeau de l'enchanteur. Ils se parlent. Apparaît alors la raison profonde et amère de l'acte de Viviane et de l'abdication de l'enchanteur : c'est parce qu'ils savent l'impasse désespérée où se heurtent éternellement l'homme et la femme sans jamais pouvoir se rejoindre, définitivement coupés l'un de l'autre, séparés et seuls.

Commentaire

Apollinaire, grand lecteur de littérature médiévale, des romans de la Table ronde à Mélusine, rejoignait le goût du début du XXe siècle car Jean Lorrain avait publié une plaquette sur Viviane et Alfred Jarry utilisait les mystères de Brocéliande. Il a retracé les aventures de Merlin et de la dame du lac à la lumière du “Lancelot” en prose. Dans un chapitre, la première phrase est la seule qui soit vraiment d’Apollinaire car il transcrivit ensuite en le modifiant à peine un passage de “Lancelot”, emprunté à l’édition en prose donnée en 1533 par Philippe le Noir.
Cependant, il ne garda intacte la vieille légende que dans ce qu'elle a d'essentiel, que pour ce qu'elle exprime du drame éternel de l'être humain enfermé dans sa solitude, destiné, malgré son savoir des choses et de lui-même, à ne rien dominer et à rester la victime de son sort. Mais Apollinaire, par delà le mythe et ce qu'il comporte d'impersonnel et d'anonyme, alla rejoindre le personnage de l'enchanteur et s'y retrouva. L'enchanteur, par ce qu'il a de différent des autres humains, par sa faculté de voir ce que les autres ne voient pas, de connaître ce qu'ils ne connaissent pas, devient le poète, le prophète, l'individu parfaitement seul et rejeté.
Ce qui est curieux, c'est d'assister à la réunion, autour du mort, des personnages de tous les mythes, moyenâgeux, grecs, hébreux, chrétiens. Arrivent les rois mages (le faux Balthazar, le faux Gaspar et le faux Melchior qu'une ombre au lieu d'une étoile dirige vers le sépulcre de Merlin pour qu'ils y déposent, en guise de présents, du sel, du soufre et du mercure, qui sont les «trois fantômes de rois orientaux venus d'Allemagne», et plus précisément d'une des châsses de la cathédrale où Cologne se flatte de conserver les corps entiers des trois rois mages) ; les druides ; les sphinx, poseurs d'énigmes, «afin d'avoir le droit de mourir volontairement», disent-ils ; Hélène de Troie ; Médée ; Dalila ; les fées. Tous les mythes se rejoignent et se retrouvent liés à celui du poète.
La première édition, à cent exemplaires, fut illustrée de douze gravures sur bois en pleine page, et de lettrines par André Derain.
__________________________________________________________________________
Extrait du site Comptoir Littéraire:

Découvrir Guerasim Luca

Posté le 20.04.2008 par lireenpremiere
Très belle émission sur un poète surréaliste d'origine roumaine , mort il ya dix ans et proche des surréalistes. Vous pourrez entendre des poèmes dits qui figurent dans un spectacle donné à la Maison de la poésie jusqu'en mai:

http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/vivants/

en ligne jusqu'à dimanche prochain.

Pour en savoir plus encore:

http://www.francopolis.net/francosemailles/GherasimLuca.html

poursuivez l'exploration en mettant des textes en ligne.

Pour répondre au sujet sur la poésie

Posté le 20.04.2008 par lireenpremiere
Excellente conférence de JM Maulpoix qui pouvait éclairer le sujet de dissertation et vous aider à parler de la poésie lors de l'entretien. A lire d'urgence!
http://pedagogie.ac-amiens.fr/lettres/lycee/maulpoix-poesie2.htm


Autre lecture enrichissante: quand des professeurs en formation réfléchissent à ce en quoi consiste l'enseignement de la poésie à l'école: une mine de citations et d'exemples de poèmes enrichissante.
http://www.crdp-reunion.net/respeda1/suite.php3?id=4

Actualité 2

Posté le 19.04.2008 par lireenpremiere

Sur France Culture: emission sur Philippe Jacottet: les affinités électives du jeudi 17 avril en ligne jusqu'à jeudi prochain.

http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/affinites/index.php

Actualité:Mort d'Aimé Césaire

Posté le 19.04.2008 par lireenpremiere
Suivez l'actualité littéraire: Mort d"Aimé Césaire , le poète martiniquais de la "négritude".

Nécrologie
Aimé Césaire, le grand poète de la "négritude"
LE MONDE | 18.04.08 | 16h28 • Mis à jour le 18.04.08 | 16h28


Fou de sa langue, de Rimbaud, de Breton, enfant caraïbe de Shakespeare et Brecht, né le 26 juin 1913 à Basse-Pointe (Martinique), député de la Martinique de 1945 à 1993, proche de De Gaulle et de Mitterrand, maire de Fort-de-France de 1945 à 2001, conseiller général à deux reprises (1945-1949 ; 1955-1970), Aimé Césaire, hospitalisé mercredi 8 avril 2008, est mort le 17 avril à Fort-de-France. Il était âgé de 94 ans.


Le 23 mars 1964, face à De Gaulle en visite en Martinique : "On ne pourra pas éluder davantage un problème qui obsède notre jeunesse, le problème de la refonte de nos institutions pour qu'elles soient plus respectueuses de notre particularisme, plus souples et plus démocratiques." Il aura ainsi admonesté tous les présidents de la République d'une voix nette, timbrée, en porte-parole de son peuple et de son devenir. C'est cette parole, politique et poétique, qui impressionne le plus dans un corps sûr et si timide.

Un poète s'écoute à ses titres : Cahier d'un retour au pays natal (1939), Les Armes miraculeuses (1948), Soleil cou coupé (1948), Corps perdu (1949), Ferrements (1960), Noria (1976), Cadastre (1981). Sans compter des essais historiques et des discours violents : Esclavage et colonisation (1958), Discours sur le colonialisme (1962), Toussaint Louverture, La Révolution française et le problème colonial (1962).

Il ne fera plus désormais son tour quotidien de l'île avec chauffeur, "je ne m'en lasse pas, la faune, la flore, le peuple martiniquais, la cabane martiniquaise, les pauvres gens", tout ce qu'il aimait par coeur. Son grand-père fut le premier enseignant nègre, on reviendra sur ce mot, de l'île. Sa grand-mère Eugénie, "Maman Ninie", rare femme lettrée pour l'époque. Le père est contrôleur des contributions, la mère, couturière. Boursier, il est admis au lycée Victor-Schoelcher de Fort-de-France : "J'étais si curieux de connaître la France, de connaître Paris. Nous aimions ce que nous lisions, le journal du matin, le journal du soir, les livres qui venaient de paraître, le latin, le grec : tiens, dans un texte on trouve tel mot, hop je le reconnais en créole." En septembre 1931, il prend le bateau pour la France. En 1931, la France n'a qu'une idée approximative des Nègres.

Césaire entre en hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand. Huit jours de bateau. Le premier camarade qu'il rencontre dans les couloirs est un Nègre comme lui. Il s'appelle Léopold Senghor. Ils intégreront ensemble l'Ecole normale supérieure avec Georges Pompidou. Ensemble, sans Pompidou toutefois, ils fréquentent les surréalistes et fondent l'idée de "négritude" : "Mais c'est normal. Il était nègre, moi aussi, nous comparions nos expériences. C'est un Africain, je suis un Martiniquais, nous avions des points de rencontre, mais nous avions aussi des interrogations. (...) On s'enseignait l'un l'autre. La réponse était africaine."

Lors de l'élection présidentielle de 2007, Césaire reçoit Laurent Fabius, soutient la candidature de Ségolène Royal et bondit contre la "loi de la honte", l'amendement voulu par la droite qui prétend marquer les aspects positifs de la colonisation (décembre 2005) : "Cela me ramenait cinquante ans en arrière. Qu'est-ce que ça venait foutre ? Il est clair qu'en aucune manière je ne pouvais approuver ce point scandaleux." Avait-il changé ? Pas d'un poil.

En septembre 1934, avec Léon Gontran Damas, élégant danseur de jazz, ce qu'il n'est certainement pas, lui, si fragile, avec une bande d'étudiants antillo-guyanais, ils fondent le journal L'Etudiant noir. Gigantesque travail de mémoire culturel (le politique suivra) contre l'idéologie coloniale et raciale : "Ce qui m'intéressait, c'était l'identité nègre. Toi le Sénégalais, toi le Guyanais, qu'est-ce que nous avons en commun ? Pas la question de la langue, mais la question nègre. (...) Je n'ai jamais voulu faire du français une doctrine. Il y avait surtout des anglophones et des Américains, avec une littérature nègre, Langston Hughes, Richard Wright, and so on, c'était pour nous, Nègres et francophones, une révélation. Les premiers qui ont posé les bases, pour nous, c'étaient les Nègres américains."

[b]
Cri noir de la raison [/b]

Agrégé de lettres, il rentre avec sa compagne, Suzanne Roussi, enseigner au lycée Schoelcher. René Ménil, Georges Gratiant, le couple et d'autres énergumènes fondent la revue Tropiques (1941). Contre le régime de Vichy, les Etats-Unis décident du blocus de la Martinique. André Breton passe par là (Martinique, charmeuse de serpents). Il publie Césaire dans la revue Fontaine, dirigée par Max-Pol Fouchet. Au passage, il consacre Césaire en "Nègre fondamental".

En 1945, Césaire est appelé par les élus communistes de l'île à la mairie de Fort-de-France : "Sans le vouloir. On a fait de moi un porte-parole. Au sortir de la guerre, je suis un jeune homme de gauche, communisant, mais je n'y connais rien. Des copains de classe font une liste assez large pour avoir des chances. Je n'y crois pas une seconde. Je signe pour leur faire plaisir et la liste fait un triomphe !" Voirie, caniveaux, ordures, merde, masures, il fonce : "Quelle prétention ! hein ? Quelle emphase ! - "L'argent, nous le trouverons !" Voilà comment est née ma carrière. Je ne suis pas antifrançais : je suis d'abord martiniquais."

Après l'effondrement économique de la Martinique, Césaire demande pour son pays un statut de département. Vieille revendication, au demeurant, peu entendue des exigences gauchistes d'indépendantisme. Il crée la revue Présence africaine avec Alioune Diop. Sartre préface l'Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache.

Son action pour la ville, le logement social, l'urbanisme, la politique culturelle de l'île (Service municipal d'action culturelle et Centre martiniquais d'action culturelle, à la rivalité très productive) reste aussi soutenue que contestée. Son autoritarisme et son népotisme, très discutés.

L'action politique de Césaire n'a de sens qu'au regard de l'oeuvre. En France, Aimé Césaire reste aussi méconnu que ses Antilles natales. Le Nègre inconsolé, ouvrage de Roger Toumson et Simonne Henry-Valmore (Syros, 1993), peut encore servir d'introduction : "On ne naît pas Noir, on le devient." Et encore plus récemment : "Nègre je suis, Nègre je resterai" (entretiens avec Françoise Vergès, Albin Michel, 2005). Et si le Discours sur le colonialisme, (1950) nous mettait encore aujourd'hui sur la voie : "Pousser d'une telle raideur le grand cri nègre, que les assises du monde en seront ébranlées."

Il est un poète de langue française, son Orphée noir, la parole "belle comme l'oxygène naissant", sur qui Sartre, Leiris et Breton se sont entendus : Aimé Césaire. Césaire, cri noir de la raison. La Martinique, soleil, cocotiers, sable fin, robes madras, anneaux créoles ? Soleil, oui, là-haut, vertical, sans absence - mais aussi "une petite maison qui sent très mauvais dans une rue étroite, une maison minuscule qui abrite en ses entrailles de bois pourri des dizaines de rats et la turbulence de mes frères et soeurs." L'Antillais lui paraît un Africain déporté, pire qu'un Nègre parce que privé de langue, sans religion ni histoire propre, somnolent et soumis dans une île "désespérément obturée à ses bouts". Dans l'ignorance parfaite de la "métropole". La France.

Le virage, c'est sa descente aux enfers personnelle, aux bords de la raison, qui aboutit à l'un des textes de la poésie du siècle face aux Antilles, "cul-de-sac innommable de la faim, de la misère et de l'oppression". Ce cri qu'il est seul à pousser, contre l'imitation, l'expérimental, ou le négrisme. Contre le silence d'être nègre. Ce qu'il dira plus tard de Frantz Fanon (Les Damnés de la terre, 1961) : "Peut-être fallait-il être antillais, c'est-à-dire si dénué, si dépersonnalisé, pour partir avec une telle fougue à la conquête de soi et de la plénitude."

Sa parole éclatée en "une fleur énorme et noire" (Sartre) prend le sens, il le dit, d'une parole pour les idiots et les bêtes. Non qu'elle s'adresse d'abord à eux, mais parce qu'elle parle à leur place, "ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir". Entendez-vous le silence qui a accompagné les longues dernières années du lion malicieux des Antilles ? Ce n'est pas faute d'avoir, dans le même temps pour faire écran, répété qu'il n'y avait plus de poète, plus d'intellectuel engagé, plus d'homme qui s'avance... Car il s'en trouvait un, on a fait semblant de l'ignorer, c'est ce qui arrive lorsqu'un silence crie fort, on ne va pas manquer, maintenant qu'il n'y a plus rien à craindre, de "redécouvrir" celui que l'on couvrait d'indifférence, ou de déboulonner la statue qu'il n'eut pas : c'est tout un. Et très compréhensible. De toute façon, Aimé Césaire avait pris les devants : "Accommodez-vous de moi. Je ne m'accommode pas de vous."



Francis Marmande

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Dates clés

26 juin 1913
Naissance à Basse-Pointe (Martinique) ; il est le quatrième d'une famille de sept enfants.

1939
Cahier d'un retour au pays natal.

1946
Les Armes miraculeuses.

1947
Soleil cou coupé.

1950
Corps perdu. Discours sur la négritude.

1960
Ferrements.

1994
Moi, laminaire.

17 avril 2008
Mort à Fort-de-France (Martinique).





Article paru dans l'édition du 19.04.08






Sur France Culture: emission sur Philippe Jacottet les affinités électives du jeudi 17 avril en ligne jusqu'à jeudi prochain.

Demande de délai pour la dissertation

Posté le 13.04.2008 par lireenpremiere
Chere Mme Ottenwelter,
Nous vous prions de nous donner l'autorisation de rendre la dissertation avec un délai jusqu'à mardi, car nous somme très chargés cette semaine et nous n'avons tous pas eu le temps de la terminer. C'est aussi l'anniversaire de Ngoc, si vous pourriez repousser la date jusqu'à mardi, cela lui ferait un très beau cadeau. Nous vous demandons la plus grande compréhension et indulgence.
En vous remerciant,
sincèrement,
La classe de première
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