Petite synthèse sur la table ronde du 25/01 à l’Espace sur
Les Bienveillantes de Jonathan Littell :
Tout d’abord, se trouve dans la table ronde un critique littéraire vietnamien, un écrivain vietnamien, un autre critique vietnamien qui mène le débat, le traducteur Cao Viet Dung, Me Ottenwelter et Glenn Pian.
Après une prise de parole de la part du président de l’Espace, la conférence commence.
Il est rappelé que la publication de l’ouvrage traduit est faite dans le cadre du Programme d’aide à la publication « Nguyen Van Vinh » par la compagnie d’édition Nha Nam et les Editions de l’Union des Ecrivains.
Les Bienveillantes de Littell a reçu les deux grands prix français en littérature : le
prix Goncourt 2006 et le
Grand prix de l’Académie française 2006.
Tout ce qui va suivre ce sont mes propres notes, ce que j’ai retenu de la conférence. Je n’ai pas lu le livre et de temps en temps la traduction en simultanée m’a empêché de comprendre certaines choses mais je ne pense pas avoir pris en note de bêtises.
Mais je pense que les autres personnes qui ont assisté à la conférence et qui ont pris des notes pourront compléter les miennes.
La première intervention sur le livre est celle de l’écrivain vietnamien. J’ai bien aimé ce qu’il a dit, il a apporté pas mal de choses mais ça vient aussi sûrement du fait que c’était le premier à parler.
Littell est un écrivain américain qui a écrit directement en Français. Il a continué par une phrase que je ne suis pas arrivé à prendre en note et si quelqu’un a la suite je suis preneur car sur le coup je l’ai trouvée bien formulée mais je n’étais pas encore dans le rythme de la prise de note donc je n’ai que le début : « jamais un écrivain aussi jeune […] »
Littell a abordé un sujet difficile mais l’a fait avec une certaine sérénité morale. Il n’a pas connu la guerre de 39-45 mais en a vécu certaines (Rwanda, Afghanistan, Tchétchénie) à travers sa participation dans des organisations humanitaires.
Dans l’écriture de son roman, il a dû faire face à
plusieurs défis :
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la longueur du roman (900 pages) qu’il faut arriver à écrire mais ce défi auquel il a fait face l’amène à en poser un au lecteur : avoir le courage de lire ce long roman. C’est un point qui sera abordé par la suite
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le sujet du roman : horreur de ce qu’ont accompli les nazis, un sujet déjà traité d’où une certaine difficulté de ne pas tomber dans une sorte de « banalité », de « déjà vu ».
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un travail de documentation. En effet, comme on a vu en cours, Littell a fait un réel effort pour trouver le maximum d’informations. La documentation est détaillée et bien traitée.
Et donc, selon cette personne, Littell a réussi à relever les défis. Il dit d’ailleurs qu’il a lu le livre en seulement 3 nuits tellement il était passionné. Il reviendra là-dessus dans la deuxième partie de la conférence.
Pour en venir à l’histoire du livre et sur le personnage, Aue est un mélomane, il parle plusieurs langues (on l’a vu avec l’extrait étudié). C’est
quelqu’un de peu ordinaire.
C’est aussi un bourreau mais un
bourreau homme, pas une bête sauvage. Il sort :
« l’inhumain, c’est humain ».
Il présume qu’Aue est un personnage qui a très probablement fait de hautes études mais en s’engageant dans une fausse idéologie, il a commis des crimes. C’est très important et plusieurs personnes vont aborder ce point.
Il s’est ensuite caché pendant 60 ans et atteint d’une maladie, il parle alors qu’il avait tenu toute son histoire secrète à sa famille. C’est d’ailleurs peut-être un signe de remords, avant de mourir, se confesser en quelque sorte. Il a, durant sa vie, eu des nausées et a vomi son passé.
Le traducteur vient ensuite à prendre la parole.
Il a parlé d’analyse sous plusieurs angles dont celui de roman fleuve. Je n’ai pas très bien compris ce qu’il voulait dire par là, qu’après coup seulement, en relisant mes notes. J’aimerais bien être éclairci sur ce point.
Un point qui était intéressant, c’est la longueur du texte à traduire. Il a travaillé en collaboration avec 5 personnes qui l’ont aidé dans les différentes étapes « à vivre ».
Il a fait appel à un autre traducteur pour essayer de comprendre la notion philosophique du « camp ». Mais là je ne suis pas du tout sûr de ce que j’ai noté, c’était traduit dans le casque que j’avais sur les oreilles et j’ai peut-être mal compris.
Il est à noter que la couverture du livre en vietnamien est une œuvre d’une artiste vietnamienne dont on a parlé aujourd’hui en Français.
C’était voulu pour
marier plusieurs cultures dans cette aventure que fut la traduction du roman.
La personne suivante à prendre la parole fut Me Ottenwelter. Je ne vais pas reprendre ce qu’elle a dit puisque cela rejoint tout ce qui a été dit en cours hier et aujourd’hui. De plus, il nous était distribué une feuille avec les notes de ce qu’elle allait dire.
Je vais quand même réagir sur un petit point, juste mon opinion personnelle sur ce que vous avez dit au départ à propos des films sur l’extermination des juifs. Il est vrai que j’ai pas trop apprécié le style de
La Vie est belle mais par contre j’ai vraiment été touché par le film
La Liste de Schindler. C’est un excellent film de Spielberg, les interprétations de Liam Neeson, Ben Kingsley et Ralph Fiennes sont vraiment spectaculaires. Surtout Liam Neeson qui m’a fait couler une larme lors de la scène de « j’aurais pu en sauver un de plus et je ne l’ai pas fait » et Stern (joué par Kingsley) qui lui donne la bague avec gravé en Hébreu « Qui sauve une vie sauve le monde entier ».
Enfin voilà, pure digression de ma part mais vraiment, à tous, si vous n’avez pas vu le film il est à voir !
La conférence continue avec l’intervention d’un critique littéraire vietnamien.
Selon lui, la
première caractéristique du livre réside dans le style (l’écriture) de Jonathan Littell.
Il y a dans le roman, un
langage descriptif assez froid, calme. Il pense que c’est un
choix délibéré de l’auteur.
Aue a une
foi profonde dans le nazisme. Ce langage utilisé par le narrateur peut-être vu comme une
tentative de justification de leur idéologie. Une fois embarqué dans cette idéologie,
il n’y a pas moyen de faire marche arrière et donc on la soutient.
Le thème du roman est un sujet qui selon lui nous intéresse toujours, ça reste d’actualité car même aujourd’hui on ne peut oublier ce qui s’est passé.
Le
lien implicite de comment l’auteur a essayé d’éliminer, de refouler les sentiments peut-être une perspective, un regard pour nous guider dans la lecture.
Le maître de conférence comme je l’ai appelé prend à son tour la parole pour donner son opinion.
Beaucoup de personnes n’étaient pas au courant du roman au Vietnam. C’était donc une perspective intéressante qu’un livre sur la Shoah.
Il rappelle lui aussi que Littell a connu de près ce qui s’est passé au Rwanda et rapproche cela avec ce qui s’est passé au Cambodge. Il a parlé aussi du fait que Littell a beaucoup été marqué, durant son enfance, par la guerre au Vietnam. Il me semble aussi qu’il a été traduit qu’il avait peur d’être appelé à se battre au Vietnam mais il n’avait pas l’âge à l’époque je crois. Ca vient peut-être du fait qu’ils ne savaient pas à l’époque quand la guerre allait se terminer.
Aue, ça a été dit, est un
intellectuel. Et il s’est posé et a posé la question
« Qui serais-je devenu si j’étais né Allemand en 1913 ? ». Ca m’a fait penser à une chanson française, à vous de me dire laquelle.
C’est cette question qui l’a poussé à lire le livre. Il s’est aussi demandé
pourquoi choisir ce personnage qualifié d’intellectuel pour faire passer son message ?
Il a fait un lien avec la littérature vietnamienne d’aujourd’hui que je n’ai pas retenu.
L’écrivain reprend alors la parole. La question qu’il s’est posé et il n’est sûrement par le seul mais c’est ce qui l’a fait lire le roman en trois nuits. Cette question donc c’est
pourquoi l’histoire s’est passée comme ça ? mais il a vu que l’auteur ne donnait pas de réponses à la fin du livre, la question reste toujours posée.
L’auteur ne peut y répondre. C’était amusant parce qu’on sentait vraiment qu’il a dévoré le livre dans l’espoir de trouver une réponse à cette question mais en sachant finalement au fond de lui qu’on ne pouvait en apporter une.
Le personnage de Aue, en quelque sorte, de part ses toutes connaissances mérite le respect mais pourquoi quelqu’un d’aussi brillant a choisi cette voie ?
Il a fait un lien avec le Cambodge et Pol Pot, là aussi pourquoi les choses se sont passées de cette façon ? Pol Pot était une personne possédant une certaine culture.
Il a terminé en disant que ce genre d’atrocités risque de revenir un jour et que les savants et les intellectuels ne sont pas capables de nous en protéger malheureusement.
Glenn est intervenu après Me Ottenwelter mais j’avais pris des notes sur une autre feuille donc les voici :
Tout d’abord, j’ai senti qu’il était un peu ému, il a d’ailleurs un peu dit, qu’après tout le monde c’était difficile de ne pas se répéter. Mais au final il a apporté des éléments que j’ai trouvés particulièrement intéressants et que personne n’avait abordé.
Il n’a pas tout de suite apprécié la lecture du livre (ce n’est pas le seul à l’avoir dit) à cause des trop nombreux détails sur l’administration nazi ce qui l’a freiné dans sa lecture.
C’est seulement au bout de 200 que ça a commencé vraiment. La dimension du personnage principal est quelque chose qui l’a intéressé. L’histoire est quand même celle d’un nazi qui raconte son vécu avec tout ce qu’il a en lui. C’est donc assez dur à lire, il le précise bien.
Selon lui, ce n’est pas roman historique, il va y revenir.
Les chiffres sur le nombre de morts ne veulent rien dire tant qu’on ne le voit pas à travers un personnage qu’il soit d’un côté ou de l’autre. C’est ce qui l’a ému.
Il a parlé aussi de l’évolution du personnage : d’abord son arrivée dans l’administration (processus assez industriel = une horreur), il doit gérer ce qui se passe. Importance de la psychologie du personnage et revient sur l’idée de Me Ottenwelter de
faire appel à un psychanalyste pour étudier l’œuvre sous cet aspect.
À partir d’un moment, confusion et vérité se mêlent, le moment où il reçoit une balle.
En conclusion, c’est un livre qu’il faut prendre la peine de lire, ne pas partir en se disant que c’est un livre historique. Le personnage a une sorte de dimension œdipienne pour reprendre ses propres termes dans le fait
qu’il est totalement torturé. Il voudrait être l’Autre et cet Autre c’est sa sœur jumelle, Una. D’où
une importance du rapport Aue/Una. C’est très cru et donc difficile à lire mais intéressant.
Il aborde enfin le
côté musical du livre, d’ailleurs Aue voulait être un pianiste. Le rythme de l’écriture est associé avec la musique et il a donné comme exemple deux parties du livre qui portent le nom de
Toccata (
http://fr.wikipedia.org/wiki/Toccata) et
Sarabande (La sarabande est une danse lente et noble, de coupe binaire avec reprise, à trois temps sans levée, se terminant fréquemment sur le 2e temps).
La deuxième partie de la conférence arrive avec les questions, l’interaction entre le public et la table ronde.
La première question est posée par Me Ottenwelter sur justement comment le Vietnam a-t-il obtenu aussi rapidement ses droits difficiles à obtenir ? Quelles connaissances a le Vietnam sur la Shoah ? et quel intérêt les a poussé à vouloir traduire le livre ?
Bon j’ai trouvé que le traducteur n’a pas vraiment répondu à la question enfin voilà ce que j’ai retenu : c’est un
ouvrage qui choque, qui émeut dès le début. Une qualité qui a attiré le traducteur.
Il y a eu aussi cette histoire de mail collectif que différents traducteurs ont reçu de Littell dans lequel il imposait certaines règles et demandait une sorte de lettre de motivation pour savoir s’ils étaient capables de faire cette traduction. C’est une chose qui lui a semblé absurde.
Littell a rejeté des traducteurs pour la version anglaise du livre.
Il faut dire aussi que
Littell avait envie d’être publié au Vietnam. Il a parlé aussi du complexe soldat. Je crois que ça a rapport avec le fait qu’il n’aurait pas voulu être appelé à servir au Vietnam durant sa jeunesse.
Apparemment, Littell aurait été heureux d’être avec nous, il serait venu s’il avait pu.
La seconde réaction vient d’une femme (vietnamienne) dans l’assemblée.
Elle pense que le Vietnam s’intéresse aux tragédies du passé parce que le Vietnam a justement connu la guerre.
C’est le premier roman fleuve (encore ce terme) qui pourrait répondre aux attentes des vietnamiens selon elle.
Elle voit
Littell comme une source d’inspiration pour la jeune génération d’écrivains vietnamiens, en voyant comment un jeune a raconté une histoire du passé qui lui appartient (pas totalement vrai vu qu’il n’était pas né mais elle a généralisé et ne parlait pas que de Littell).
La troisième réaction sur le livre vient d’une autre femme vietnamienne mais je n’ai pas compris ce qu’elle voulait dire dans le tissage de différents procédés avec un médecin militaire et un linguiste. Ca doit être dans le livre et vu que je ne l’ai pas lu je ne peux pas vraiment comprendre.
Il y a eu aussi, je ne sais plus si c’est elle, un lien avec Flaubert. J’aimerais bien connaître et comprendre ce lien car je n’en voie pas.
Autre intervention de la part de Mr Huckel qui a d’abord posé une question au traducteur sur le temps de travail et l’autre à Me Ottenwelter sur le titre en fait.
Ca a donc pris au traducteur
13 mois pour l’approche linguistique, la lecture et la traduction. Il a y toujours une distance entre le texte et lui, c’est ce qui l’a attiré et fait aller jusqu’au bout.
Il a essayé de respecter ce qu’il ressentait en lisant le livre et le faire à son tour ressentir au lecteur.
Pour la question sur le titre, je vous renvoie à un article de wikipedia qui est d’ailleurs sur toute l’œuvre et qui peut s’avérer enrichissant.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Bienveillantes
Et pour comprendre le titre, il faudra lire le livre et en entier puisque la signification de sera donnée qu’à la toute fin qui a d’ailleurs été lue durant la conférence.
Voilà, c’est tout ce que j’ai pris en note. J’attends des réactions et peut-être aussi un complément pour ceux qui voudraient ajouter des choses.
Jean-Rémi