Tran 14/02/08
Nguyen Huy
1ere
Sujet d’invention
Critique d’Agatha mis en scène par Jacques Malaterre
Jacques Malaterre nous propose dans sa mise en scène d’Agatha une nouvelle vision de la pièce écrite par Marguerite Duras. Le metteur en scène souligne ainsi la violence de l’amour impossible entre un frère et une soeur à travers un spectacle d’un calme, d’une douceur frappante.
Dès l’entrée en scène, nous sommes marqués par un décor aux dimensions réalistes. Une plage, des flaques d’eau, un fauteuil renversé, une valise, une bouteille de vin accompagnée de verres, et un fond représentant la mer, des vagues qui se retirent... Tous ces éléments inspirent dès le départ une certaine mélancolie, une certaine nostalgie d’une beauté vieillie, démodée. Puis, la musique se fait entendre, « Capri, c’est fini... », une mélodie à la fois douce et triste qui accompagne l’entrée de Jean-Marc Richard, l’acteur principal. Assis sur le fauteuil renversé, balbutiant quelques paroles de la chanson, il nous semble alors que le personnage a toujours été là, dans l’attente, une attente interminable... Puis, le dialogue commence, il commence sans que l’actrice soit arrivée en scène donnant ainsi l’impression que l’homme parle à une ombre, un vide. Anne Richard arrive enfin portant pourtant toujours son expression vide et dénuée de sentiment. La pièce est lancée...
Tout au long de la pièce, le frère et la soeur parlent, nous mènent dans leur passion, leurs histoires et nous font revivre ce qu’ils ont vécu. Leurs dialogues sont appuyés par une utilisation habile du son qui marque le rythme. Ainsi, nous avons le bruit des vagues frappant la plage et des oiseaux survolant la mer, marquant un lieu paisible dans lequel les personnages s’aiment et se déchirent. De plus, l’acmé de la pièce est rythmé d’une mélodie jouée au piano, magnifique, accompagnée par un emportement complet des personnages, une danse du désir et de la joie de revivre le passé. Jean-Marc et Anne Richard nous entraînent de cette façon dans leur univers à travers un jeu captivant. Au fil de la pièce, l’expression des acteurs passent d’une froideur inspirant la folie à une douleur qui bouleverse les spectateurs. Les paroles, quant à eux, nous impriment clairement la langue de Duras. Nous sommes ainsi touchés par les « oui » répétés à maintes reprises par Anne Richard, et le rythme varié qui passe d’une lenteur statique à un emportement total illustré par la longue tirade d’Agatha lorsque son frère est assis dans l’ombre. La variation du rythme se retrouve également dans le mouvement des acteurs. Par moment, ils sont immobiles tels des statues, menant une conversation lente et par d’autres moments, ils se déplacent, bougent dans tous les sens, entraînés en quelque sorte par la folie.
Ces variations, ces changements n’empêchent pourtant pas le spectacle d’inspirer une émotion soutenue du début jusqu’à la fin. Que les personnages soient immobiles ou actifs, qu’ils expriment leurs sentiments ou non, ce qui frappe le spectateur est tout de même un amour sans borne, un amour cependant impossible. Nous pouvons le voir à travers le désir du contact très bien illustré par les acteurs. Ainsi, l’action d’essuyer le sable du corps de l’autre est répétée et illustre un contact furtif mais désiré par les personnages. L’utilisation des toiles blanches présentes sur scènes appuie également cette problématique, car le frère n’arrive à toucher les seins de sa soeur qu’à travers la projection de l’image de celle-ci sur le voile. L’impossibilité du contact entre les deux êtres présente ici la problématique de l’inceste. Le jeu de lumière est également remarquable, nous apercevons notamment un assombrissement de la scène lors de l’évocation de la scène de l’inceste. Plus on avance à l’intérieur du spectacle, plus la couleur du fond se rapproche du rouge. Cette utilisation de la lumière illustre ici la montée des passions entre les personnages, alors que la séparation est proche. Nous retrouvons ici la problématique soulevée par Bérénice de Racine et souligné par la réplique d’Agatha : « Je pars pour aimer toujours ». La sacralisation de l’amour nécessite donc la séparation ?
Enfin, la pièce se clôt avec la valse de Brahms symbolique du bonheur éprouvé par les deux personnages dans la villa Agatha d’autrefois. Les personnages se quittent dans le sourire, l’homme est parti avant, son attente a été enfin satisfaite. Jacques Malaterre marque ainsi le triomphe de l’amour interdit à travers la séparation douce et calme des personnages.
La captation de la pièce est disponible chez l’édition Copat.
Voilà mon travail, j’espère que vous pourrez mettre des commentaires pour l’enrichir et l’améliorer.