« L’art poétique » de Verlaine.
A rattacher à l’esthétique symboliste.
Véritable art poétique : conseils donnés en formules courtes, tutoiement du destinataire, usage de l’impératif et de la phrase nominale, autres tournures impératives , «il faut », « nous voulons », subjonctif précédé de que…
1. Les choix de Verlaine : rythme impair, par contraste avec la tradition qui préfère le rythme pair notamment le décasyllabe et l’alexandrin ; le poème accomplit d’ailleurs ce qu’il préconise : 9 strophes de vers de 9 syllabes (ennéasyllabes). Cela dit les vers impairs ont été utilisés avant Verlaine.
L’imprécision dans l’usage des mots : jeu sur le signifié, sur la polysémie des mots et sur le signifiant d’où la musique, mais cette imprécision est calculée : « choisir tes mots ».
Champ lexical du flou, insistance sur la notion de Nuance, termes qui valent aussi bien pour le son que pour la vision. Certaines strophes proposent des illustrations de ces recommandations théoriques.
2. Les refus de Verlaine : la condamnation de l’éloquence : strophe 5 et 6, celle des grands poèmes romantiques. Pas de traits d’esprit, refus de la pointe satirique.
Condamnation également des abus de la rime strophe 7 , pas de virtuosité à la manière de Hugo, mais lui-même pratique dans le texte une rime presque équivoquée :encore/au cor, son cou/jusqu’où, peut-être avec une intention parodique.
3. la musicalité du poème : sonorités, jeu d’allitérations et d’assonances, répétition de certains mots. Rythme :sauf le vers 3 tous les vers sont coupés de façon identique en 4//5, cadence majeure en masses croissantes qui provoque un effet d’entraînement. Cassure de la binarité classique, musique plus heurtée, boitillante.
Cet « art poétique » n’est pas à prendre trop au sérieux, Verlaine lui-même dira qu’il ne s’agit que d’une chanson, mais elle contient tout de même quelques caractéristiques de la poésie symboliste.
Alors que Verlaine critique la po♪0sie satirique, celle de la pointe, il se livre lui-même à des attaques contre d'autres poètes assez polémiques.
Extrait du
Manifeste du surréalisme sur l'écriture automatique.
Le texte se présente comme une série d’injonctions à l’attention de toute personne qui voudrait s’adonner à la pratique de l’écriture surréaliste. Certaines phrases peuvent paraître ironiques comme celle présentant la littérature comme une activité triste menant à tout, mais il faut se souvenir que les surréalistes voulaient mettre à bas tout ce qui avait un rapport avec la sacralisation de la littérature traditionnelle.
Le texte décrit avec soin la pratique de l’écriture automatique :
a. Ce qu’elle refuse :
- l’invention, le projet littéraire, il faut écrire sans sujet préconçu. [Ligne 6]
- la notion de génie ou de talent, le sien ou celui des autres, le travail poétique mais aussi toute influence venant d’autrui , refus de la tradition.
- tout ce qui est susceptible d’interrompre « la coulée » [ligne16] de l’écriture :la ponctuation par exemple et toute réflexion après coup sur le mot qui vient d’être noté, dans ce cas , Breton préconise une méthode pour repartir dans le flux inconscient avec le choix d’une lettre au hasard.
b. Les conditions de réalisation de l’écriture automatique :
- un état favorable, permettant la concentration de l’esprit [lignes 1 et 2], des conditions matérielles agréables et des dispositions d’esprit particulières : passivité corrigée en réceptivité au flux de l’inconscient.
- La continuité du « murmure » intérieur qui ne doit pas s’interrompre, il faut éviter que le conscient ne reprenne le contrôle.[l.19 à 22]
c. Le rôle du hasard : Il intervient à l’origine de l’expérience, dans l’accueil qui est donné à tout ce qui peut venir sous la plume du poète ; dans le cours de la séance il est réintroduit sur le principe de l’arbitraire dans l’enchaînement syntagmatique des signes cf. l.22 à 25 « ramenez l’arbitraire »
Le hasard apparaît comme une nécessité absolue et paradoxalement, c’est un hasard encadré par des règles très contraignantes, c’est là que réside l’ironie du Manifeste : la méthode très rationnelle doit donner libre cours au flux de l’inconscient à qui l’on octroie de façon provocante une dignité littéraire. Nous sommes à l’opposé de l’idéal de Boileau, mais un nouveau domaine de la connaissance humaine est exploré par ce biais.
Le surréalisme ne se limite pas bien sûr à la pratique collective de l’écriture automatique qui va bientôt révéler ses limites, mais la puissance de renouvellement des images surréalistes chez Desnos, Aragon, Eluard et Breton doit beaucoup à cette pratique qui a cherché à capter les signes du rêve et de l’inconscient. Mais les surréalistes n’ont jamais touché à la syntaxe et l’on peut se demander si ce n’est pas la langue elle-même qui produit alors du texte comme le montreront les expériences ultérieures des poètes de l’OULIPO tels Queneau dans des exercices comme « la méthode S+7 » qui consiste à prendre un texte et à remplacer chaque nom, verbe, adjectif, adverbe par le septième mot de même classe grammaticale trouvé dans le dictionnaire, avec parfois des effets saisissants.