Un apologue est un récit accompagné d’une morale. Par sa
visée didactique, il
cherche à
instruire ; sa
fonction poétique cherche à
plaire :
•
Instruire : l’apologue est porteur d’un enseignement d’ordre moral,
mais aussi, selon La Fontaine, d’un savoir sur le monde et sur
l’homme. Il enseigne donc non seulement ce qui est bien, mais aussi ce
qui est vrai. Au-delà, l’apologue développe le raisonnement, invitant le
lecteur à transposer dans la vie réelle ce qui est raconté de manière
souvent allégorique (les personnages sont souvent des animaux).
•
Plaire : Pour instruire, l’apologue s’appuie sur un récit susceptible de
retenir l’attention et d’intéresser (cf. « Le Pouvoir des fables »).
L’apologue peut remplir diverses fonctions :
•
Une fonction religieuse : c’est le cas de la parabole, qui permet de
diffuser le dogme (cf. le retour de l’enfant prodigue). Elle servait
souvent autrefois de base aux sermons des prédicateurs, étant faciles à
comprendre et à mémoriser.
•
Une fonction critique : la fable, l’utopie, le conte philosophique
remplissent cette fonction critique. De manière indirecte, l’apologue se
fait satire des moeurs et du pouvoir. Le recours à l’allégorie ou à
l’utopie s’avère pratique pour déguiser cette portée critique, et échapper
ainsi aux griffes de la censure. Derrière les monde utopiques imaginés
se cachent en effet souvent une critique virulente du monde
contemporain.
•
Une fonction morale : l’apologue propose le plus souvent une
morale, qui prend la forme d’un commentaire explicatif dans la
parabole ou le conte philosophique, une moralité explicite ou implicite
dans les fables. Cette fonction morale se veut moins prescriptive que
préventive : la morale de l’apologue est davantage une mise en garde,
une incitation à la réflexion.
• L’UTOPIE :
Le genre des
l’utopie naît et se développe dans la culture occidentale au
moment où l’on commence à concevoir l’Histoire en termes de Progrès (à partir
du XVIe siècle, mais surtout du XVIIIe et du XIXe siècles). Une fois que
l’homme commence à croire en son pouvoir créateur (dégagé de la volonté
divine), il va commencer à croire que l’homme peut être meilleur, et imaginer
un âge d’or possible.
L’utopie adopte à partir du XVIIIe siècle deux formes principales :
•
L’utopie régressive, où s’exprime la nostalgie d’un monde
paradisiaque où l’homme vivait en accord avec la nature (cf. Rousseau
et son
Discours sur l’origine de l’inégalité (1755) ou Diderot et son
Supplément au voyage de Bougainville (1772).
• L’utopie progressive, au contraire, est tournée vers le futur et
envisage un monde que le progrès matériel ou moral a transformé
positivement. C’est le cas de l’Eldorado imaginé par Voltaire dans
Candide (1759). C’est encore le cas au XIXe siècle, au moment de la
Révolution industrielle, où des écrivains comme Fourier (
Le Nouvel
ordre industriel, 1829) imaginent une société où les conditions de vie et
de travail sont améliorées. Ces oeuvres sont inséparables des
revendications sociales des ouvriers et des mouvements politiques qui
les défendent. L’expérience historique tragique du XXe siècle (guerres
mondiales, totalitarismes, shoah) donne naissance à une variante de
l’utopie progressive : l’utopie malheureuse, ou « contre-utopie ». Des
écrivains anglais, tels Aldous Huxley (
Le Meilleur des mondes, en
1932), ou Georges Orwell
(1984, en 1948), imaginent une société qui
veut imposer aux citoyens une forme uniformisée de bonheur, société
qui se révèle inévitablement totalitaire.
Les caractéristiques de l’utopie sont les suivantes :
• un monde clos, souvent isolé, que l’on ne découvre qu ‘au pris d’un
long voyage ;
• un style d’architecture aux formes géométriques (la perfection ne
souffre pas l’irrégularité) :
• une temporalité indéfinie, à l’écart de l’Histoire ;
• une vie individuelle soumise aux exigences du groupe, ou chacun vit
sous le regard d’autrui ;
• une société égalitaire où la propriété est bannie ;
• un vie harmonieuse, où les tensions s’effacent d’elles-mêmes — ou
sont effacées de manière autoritaire ;
On peut lire derrière ces caractéristiques le poids de la contrainte : ces règles
peuvent vite faire basculer le rêve en cauchemar. On peut favoriser le Bonheur
d’une société, mais on ne peut pas l’organiser sans mettre en danger les libertés
individuelles.
Pourtant, l’utopie s’appuie sur de bonnes intentions : la nostalgie du paradis
perdu, un rêve d’émancipation fondé le besoin d’une société plus rationnelle,
plus égalitaire, centrée sur un travail partagé et une domestication de la nature.