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Ceci est la page spéciale révisions et approfondissement de Français pour les 1ères du LFAY.
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06.11.2006
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Dissertation Bac Blanc

Posté le 28.03.2008 par lireenpremiere
“Il n’est pas besoin pour partir à la découverte de choisir à grand renfort de règles, même édictées par le goût, un fait classé comme sublime.”, déclare Apollinaire dans une conférence sur l’Esprit Nouveau. La poésie est la “mise en mots” de certains phénomènes, avec un souci de beauté et de musicalité, afin que ces instants, ces états soient rendus éternels dans l’écriture. Or la poésie est avant tout l’expression des sentiments personnels liée au vécu d’un phénomène extraordinaire qui puisse permettre l’évasion. Apollinaire dit, a contrario, que la poésie doit faire part du présent, de la réalité et le poète peut parfaitement s’inspirer des banalités du quotidien. Peut-on ainsi envisager une poésie fondée sur la banalité du quotidien ? Autrement dit, peut-on faire la poésie de tout ? Doit-on privilégier la vision des Anciens ou celle des Modernes ?
Dans un premier temps nous allons voir que les sujets quotidiens peuvent faire objet de poésie car le poète doit apporter sa sensibilité aux choses nouvelles. Puis, dans un deuxième temps, nous allons nous intéresseer à la conception des Anciens et en quoi elle se refuse à ces thèmes. Enfin, nous allons voir qu’Apollinaire justifie non seulement des thèmes nouveaux mais aussi une esthétique nouvelle.


« Ecrire, c’est inventer le présent » a dit Pierre Dalle Nagare. Si l’on considère que toute chose doit être nommée par le poète pour exister dans toute sa splendeur, alors le poète doit rendre compte de la réalité, soit des thèmes les plus nouveaux. Ainsi, les plus récentes innovations techniques doivent être évoquées dans au moins un poème, pour « exister » en tant que telles, car elles auront été décrites avec la justesse et la sensibilité du poète qui n’a pas d’égal. Par exemple, la grande vitesse ou le son intrigant d’un train peuvent sûrement être perçus par n’importe quel passager mais tous ne pourront pas décrire la sensation par des mots comme un poète peut le faire, soit Valéry Larbaud dans Ode. Le poète est dans une position d’interprète d’une communauté qui a le devoir de « nommer » tout ce qui existe. Dans ce cas, beaucoup de choses ne cessent d’être inventées et le poète a la fonction de les nommer. Il doit ainsi rendre compte du présent, même des choses banales du quotidien qui n’ont jamais été nommées.
Apollinaire dit : « On peut partir d’un fait quotidien : un mouchoir qui tombe peut être pour le poète le levier avec lequel il soulèvera tout un univers ». Cette phrase fait sûrement référence à la bataille d’Hernani, avec l’utilisation du mot « mouchoir » dans un poème. Ce qui est dit dans ce passage est que le poète est capable de produire du « beau » à partir de rien, pour plagier Racine dans la préface de Bérénice. Ainsi la thématique des objets du quotidien peut être utilisée par les poètes car ceux-ci ont la faculté de pouvoir produire une merveille à partir de ces objets. Notamment Francis Ponge écrit de nombreux poèmes sur les objets du quotidien dans Le Parti pris des choses ou encore dans Proêmes. Dans Pièces, celui-ci décrit une valise qui contient mille trésors comme un cheval qui ne quitte jamais son maître. L’objet n’est plus ce qu’il paraît au quotidien, d’où la magie de la parole du poète. De plus, poème, en latin carmen, signifie la parole magique, celle qui enchante. On peut donc attribuer au poète la fonction d’enchanter le quotidien, même les objets « banals » a priori. « Les poètes ne sont pas seulement les hommes du beau, ils sont encore et surtout les hommes du vrai, en tant qu’il permet de pénétrer l’inconnu. » L’inconnu, ici « l’autre monde » qui peut surgir d’un rien.
Mais cette conception de la poésie est en décalage avec celle des Romantiques qui privilégient la beauté et surtout l’expression du « Moi ».


En effet, selon la tradition de la poésie, celle-ci est avant tout l’expression de sentiments personnels. Pensez à Orphée et à la mort de sa bien-aimée, n’est-ce pas de là que toute poésie trouve son origine ? Orphée, qui jadis a égaré Eurydice aux Enfers, chantera encore et toujours cet amour désespéré, ce lyrisme capable de faire mouvoir nature et les hommes. Pensez aux poètes romantiques : Lamartine avec Le Lac, Gérard de Nerval avec El Desdichado, jamais ceux-ci n’ont eu l’idée de parler du quotidien, mais surtout de la fuite du temps, de la Nature et surtout de leurs sentiments de désenchantement de la vie de de l’amour. En effet, c’est ce que Apollinaire qualifiera de « fait classé comme sublime ». La poésie naît d’un manque, d’un vide, quelque chose qui ne peut être satisfait par le monde réel, et surtout la poédie est un moment d’évasion qui permet justement d’échapper au réel. Le lyrisme et le thème de la Nature semblent alors mieux être associés à la poésie.
« La poésie permet de dire ce qui n’est pas dicible », elle est donc supérieure aux choses banales et quotidiennes qui semblent saisissables. Une passion destructrice comme celle de Phèdre mérite sûrement d’être racontée poétiquement, si l’on considère les tragédies de Racine comme de longs poèmes. Une sensation d’amour, la fulgurance d’un être de A une passante de Baudelaire fait l’objet d’une véritable beauté poétique. Car la poésie dit les choses qui sont éphémères, qui vivent un instant comme ce désir d’une passante. Mais la poésie doit également dire ce qui est sublime, ce qu’il n’est pas possible à tous d’expérimenter, pour que ceux-ci aient quand même la trace de cette expérience, pour que tous puissent goûter à la variété des sensations qu’un être humain peut ressentir. En effet, tous n’ont pas fugé, ou bien se sont lancés dans des expériences limites. Et pourtant, grâce à Rimbaud, à ces poèmes comme Aube, « J’ai embrassé l’aube d’été », tout lecteur peut avoir accès à cette évasion du corps et de l’esprit. Ainsi la poésie a pour fonction de faire part de nouvelles sensations au lecteur, et ce n’est que les expériences limites, sublimes qui puissent satisfaire celui-ci et non les effets du quotidien.


L’évasion est créée par les expériences limites et les passions les plus intenses certes, mais on peut aussi s’évader à partir du quoditien. Que ce soit des thèmes plus anciens ou des thèmes nouveaux, la poésie doit changer le regard du lecteur sur le monde et surtout affiner sa sensibilité à ce qui l’entoure. Les Anciens ont permis l’évasion par les sentiments humains. Les Modernes, eux, tentent l’évasion à partir d’autres choses, c’est une nouvelle esthétique. “Et qui oserait dire que, […], ce qui est nouveau ne soit pas beau?” demande Apollinaire. Nous ne sommes pas en mesure de répondre, car toute beauté est finalement relative. Il n’y a aucun mal à penser que le Paquebot de Jules Supervielle soit beau, car il appartient à l’esthétique moderne, à un autre « beau » que celui originel. Et c’est peut être là que réside la liberté de la poésie, la poésie comme « une porte ouverte dans l’air », qui admet toute esthétique, du moment qu’elle est codifiée.
Guillaumme Apollinaire est conscient de son esthétique, celle des Modernes. Il n’a pas manqué de la définir dans son propos : « la surprise, l’inattendu, est un des principaux ressorts de la poésie d’aujourd’hui. » Ainsi, la surprise ne peut être provoquée que si l’on va à l’encontre de ce qui est attendu, ce qui justifie alors les nouveaux thèmes, jusqu’alors considérés comme pas assez esthétiques pour la poésie. En parallèle avec des thèmes nouveaux, la forme poétique peut également être source de surprises. En « éclatant » le vers traditionnel, en supprimant la ponctuation et même en « cousant » une narration et du dialogue comme dans Les Femmes d’Apollinaire, le lecteur est à coup sûr pris au dépourvu. L’esthétique de la surprise est ainsi une nouvelle façon d’aborder la poésie, à l’encontre des précédentes mais sans les réfuter. De plus, cette nouvelle esthétique est plus proche de la réalité. « Il n’y a pas d’ailleurs où guérir d’ici », a dit un poète, Guillevic.


Guillaumme Apollinaire, initiateur de l’Esprit Nouveau, affirme dans ses propos que la poésie peut naître de toute chose, même la plus insignifiante. En effet, le poète est celui qui nomme les choses, les sensations. Avec les nouvelles techniques toujours renovées, le poète a donc pour mission de les nommer, en tant que poète moderne. Mais cette conception va à l’encontre d’une esthétique traditionnelle de la poésie qui se veut expression de sentiments personnels et l’accès aux expériences limites retransmises par le poète. Mais ces esthétiques sont deux façons différentes d’aborder la poésie. La plus moderne ne peut donc pas être comparée avec la plus traditionnelle car elle constitue elle-même une esthétique particulière, « l’esthétique de la surprise ».
Si les Modernes comme Apollinaire ont fait un pas dans la recherche de la Modernité , les surréalistes, eux, vont prendre la relève et vont même aller plus loin, au delà. Si les Modernes prennent des objets du quotidien comme inspiration, les Surréalistes vont puiser dans ce qui n’existe pas concrètement, ce qui est dans l’inconscient, ce qui n’est pas palpable.



Juste un exemple de ce qui aurait pu etre fait.
Remarques:
- confusion entre la Querelle des Anciens et les Modernes et la Bataille d'Hernani....
voici une ebauche pour en savoir plus sur la querelle
http://fr.wikipedia.org/wiki/Querelle_des_Anciens_et_des_Modernes (je sais c'est wiki)
- une organisation du plan decroissante, qui se termine par la fonction la plus banale de la poesie: permettre l'evasion
- d'autres suggestions de plan sont bienvenues
Profitez bien des vacances ! (Entrainements oraux mercredi ou jeudi prochain)
Thao

Un resume pour commencer (Francesco)

Posté le 26.03.2008 par lireenpremiere
Bonjour tout le monde. Je pense que la proposition qui avait ete faite en cour par rapport aux resumes de roman qui pourraient etre mis en ligne et servir a chaqu'un de nous n'est pas a mettre de cote, alors voila, je vais commencer avec un resume de "Madame Bovary" que j'ai trouve sur le site "alalettre". Il est assez long et detaille alors pour ne pas encombrer plusieurs pages du blog je vous renvoie directement au site, en esperant que la suite va suivre.

http://www.alalettre.com/flaubert-madamebovary.htm

Bonnes vacances, bonne chance pour les devoirs (par ce qu'il y en a pas mal) et a la rentree.

Pour améliorer votre vocabulaire

Posté le 23.03.2008 par lireenpremiere
Un excellent site pour travailler le vocabulaire: j'ai remarqué que beaucoup d'entre vous ne connaissaient pas certaine locutions adverbiales, voici de quoi vous amusez.Il ya même des exercices!

http://vocabulaire.googlepages.com/

Zone

Posté le 23.03.2008 par lireenpremiere
Analyse

“Zone” fut composé dans l'été de 1912 à la suite de la rupture du poète avec Marie Laurencin. Il figure en tête du recueil “Alcools”, mais il fut en fait le dernier en date des poèmes du recueil et il présente des différences profondes avec les autres car y fut mise en œuvre une nouvelle esthétique.

Les documents et les témoignages le concernant permettent de situer sa composition après que Blaise Cendrars eut lu à Apollinaire son propre poème qu’il venait de terminer : “Les Pâques à New York”, un poème de distiques irréguliers mais rimés, où se déroulait un long itinéraire, peuplé de souvenirs, un long courant de poésie interrompue, dynamique, qui épousait le mouvement de la marche du poète-Christ, poème qui faisait de lui le premier poète de l’esprit nouveau. Et, dans “La prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France” (1913), Blaise Cendrars allait complètement libérer le vers et quasiment supprimer la ponctuation. M. Décaudin, spécialiste d’Apollinaire, a publié un brouillon de “Zone” qui présente plus de ressemblances avec “Les Pâques à New York” que son état définitif. Comparant ces deux versions, il a noté avec raison que «tout se passe comme si, dans ses corrections, Apollinaire avait voulu différencier son poème des “Pâques“». Mais il avait adopté le vers libre et la suppression de la ponctuation.

Le poème parut d’abord en décembre 1912, dans “Les soirées de Paris” avec comme titre “Cri” (le tableau d'Edward Munch étant de 1893) et étant ponctué. Cependant, sur les épreuves du recueil, Apollinaire adopta le titre “Zone”, comme il décida de supprimer toute ponctuation.

La répartition des vers se fait avec une grande liberté, le début présentant des séquences d’une certaine longueur tandis qu’ensuite elle deviennent plus brèves, de nombreux vers étant même isolés. L’analyse doit donc se faire pas au pas au long du texte.

Vers 1 : « À la fin tu es las de ce monde ancien »

Le poète s’adresse à un «tu» dont bien vite on comprendra qu’il est nul autre que lui-même (voir “À la Santé” : «Guillaume qu'es-tu-devenu.»). Cette auto-interpellation ressemble à un brusque sursaut, à une soudaine prise de conscience, ce que souligne « À la fin... ». « Ce monde ancien » est un monde qui se prétend moderne mais est en fait dépassé. Le premier vers ancre d'emblée le poème dans la modernité. Cependant, il est plaisant de constater que ce rejet d’un « monde ancien » est proclamé, peut-être par ironie, dans un vers ancien, un alexandrin.

Vers 2 : «Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin»

Sans autre rapport avec le précédent qu’un écho qui n’est qu’une assonance, il montre un mètre plus long et ne manque pas d’étonner par l’image insolite de la tour Eiffel, bergère entourée du « troupeau des ponts ». On peut assez aisément comprendre que la tour Eiffel, avec sa robe évasée et ses atours de dentelles métalliques, ressemble à une bergère, une jeune bergère, comme le donne à penser l'indication chronologique contenue dans le vers 8. Un troupeau bêlant ne parle guère à l'esprit et semble plutôt incongru, mais, en lui accordant plus d’attention, on s'aperçoit qu'il ne s'agit pas d'un troupeau formé par les ponts (?) et qui bêlerait pour on ne sait trop quelle raison (les bateaux peut-être?). Ce troupeau ne fait que passer sur les ponts : ce sont des voitures automobiles en train de s'engouffrer toutes à la fois, comme un troupeau de moutons, par les ponts de la Seine ; leurs conducteurs se servent de leurs klaxons : les moutons bêlent. Cette interprétation est confirmée par le vers 72 du même poème où apparaissent des «troupeaux d'autobus mugissants». Au vers 2 comme au vers 72, le poète, las et désespéré, croit n'entendre partout que des plaintes et il les note non sans un certain humour. Dans “La chanson du mal-aimé” également, à la strophe 18, les saules qui pleurent et les chats qui miaulent, les choses et les bêtes comprennent et partagent la douleur de l'amant ou, du moins, lui paraissent à l'unisson de son cœur. Il faut rappeler que la tour Eiffel, bâtie en 1889, était honnie des symbolistes pour son modernisme agressif, tandis qu’Apollinaire était un chantre de la modernité et qu’elle fut le thème d'inspiration des peintres de la modernité comme Robert Delaunay.

Vers 3 : «Tu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaine»

Ce vers fait écho au premier vers. Le «tu», du fait de la suppression de la ponctuation, pourrait être associé à la tour Eiffel. Le reproche fait au monde actuel par le poète qui le considère comme «ancien» est exagéré par la référence à «l’antiquité» : s’agit-il du seul rejet des références culturelles traditionnelles?

Vers 4 : « Ici même les automobiles ont l'air d'être anciennes »

On peut s’étonner de que le chantre de la modernité critique ce qui est censé en être pourtant le signe par excellence, l’automobile (avec l'avion, voir ci-dessous). Mais il est vrai que les premières automobiles perpétuaient les formes des voitures hippomobiles, avaient l’allure de carrosses.

Vers 5 et 6 : « La religion seule est restée toute neuve la religion
Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation »

Apollinaire en ajoute encore dans le paradoxe dans ces vers qui offrent une triple surprise au lecteur. Que vient faire ici la religion? Comment accepter cette affirmation du modernisme de la religion catholique qui serait « neuve » et « simple » (le vers 5 étant marqué par une discontinuité syntaxique créée par l’absence de ponctuation et l’enjambement avec le suivant). Comment ne pas s’étonner de sa prétendue ressemblance avec les «hangars de Port-Aviation», c’est-à-dire un aéroport moderne, sans qu’il ait songé à un lieu précis.

Vers 7 et 8 : « Seul en Europe tu n'es pas antique ô Christianisme
L'Européen le plus moderne c'est vous Pape Pie X »

Ne faut-il pas croire à une totale plaisanterie, à un parti-pris d'ébahir gentiment le lecteur, quand on sait que Pie X, pape de 1903 à 1914, fut l'auteur de l'encyclique “Pascendi” contre le modernisme, qu’il interdit, entre autres pratiques, de danser le tango (des positions louches, selon lui !)? Apollinaire n’a-t-il pas été influencé par “Le monoplan du pape” du « futuriste » Marinetti?

Vers 9 et 10 : « Et toi que les fenêtres observent la honte te retient
D'entrer dans une église et de t'y confesser ce matin ».

Exploitant l’effet de surprise de l’enjambement, Apollinaire, parce qu’il vit en un temps de modernisme sceptique, avoue le désir d’un retour à une naïve religiosité.

Vers 11 à 14 : « Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut
Voilà la poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux
Il y a les livraisons à vingt-cinq centimes pleines d'aventures policières
Portraits des grands hommes et mille titres divers ».

Dans une discontinuité délibérée, Apollinaire passe à l’éloge d’autres signes de la modernité. Désormais, la poésie n’est plus sélective, ni dans son vocabulaire, ni dans ses thèmes ; elle n’est plus seulement dans les livres mais éclate au regard, a ce caractère visuel (qui avait déjà été célébré par Cendrars et ouvrira chez Apollinaire la voie aux «calligrammes», et, au-delà, au collage de «titres et de fragments de titres découpés dans les journaux» à quoi procéda André Breton dès le premier “Manifeste du surréalisme”). L’allusion aux « aventures policières » s’explique par son admiration pour Fantômas dont les aventures furent publiées de 1911 à 1913 et allaient même être portées au cinéma.

Vers 15 à 24 : « J'ai vu ce matin une jolie rue dont j'ai oublié le nom
Neuve et propre du soleil elle était le clairon
Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-dactylographes
Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent
Le matin par trois fois la sirène y gémit
Une cloche rageuse y aboie vers midi
Les inscriptions des enseignes et des murailles
Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent
J'aime la grâce de cette rue industrielle
Située à Paris entre la rue Aumont-Thiéville et l'avenue des Ternes »

Sur le ton désinvolte d'une conversation amicale, Apollinaire rapporte une simple expérience récente de promenade dans Paris pourtant déjà amorcée dès le début du poème. Mais elle est destinée encore à étonner puisque le parti-pris de trouver de la beauté à ce qu'il y a de plus criant en fait de modernisme lui fait célébrer la grâce... d'une rue ! Et, qui plus est, d'une rue industrielle ! Mais où le soleil éclatait en fanfare. On a pu déterminer que cette rue est sans doute la rue Guersant dans le XVIIe arrondissement. Avec « les inscriptions des enseignes et des murailles / Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent », on trouve dautres exemples de cette poésie visuelle déjà célébrée auparavant, les perroquets étant mentionnés autant pour l’effet sonore de leurs cris que pour l’effet visuel des couleurs de leur plumage. On croit déjà sentir que le poète veut se trouver heureux dans son époque, plus qu'il ne l'est réellement.

Vers 25 : «Voilà la jeune rue et tu n'es encore qu'un petit enfant »

Par un glissement d’une image à l’autre qui est véritablement cinématographique, de la rue actuelle on passe à une autre, qu’il a vue dans son enfance ; et, de là, au collégien qu’il était.

Vers 26 : « Ta mère ne t'habille que de bleu et de blanc»

Le jeune garçon était donc voué à la Vierge Marie.

Vers 27 à 30 : « Tu es très pieux et avec le plus ancien de tes camarades René Dalize
Vous n'aimez rien tant que les pompes de l'Église
Il est neuf heures le gaz est baissé tout bleu vous sortez du dortoir en cachette
Vous priez toute la nuit dans la chapelle du collège »

René Dalize fut vraiment son ami au collège Saint-Charles, puis son collaborateur aux ‘’Soirées de Paris’’. Bons petits collégiens, ils se plaisaient à un certain mysticisme d’'adolescents qui est plus goût du pittoresque que véritable foi.

Vers 31 à 32 : « Tandis qu'éternelle et adorable profondeur améthyste
Tourne à jamais la flamboyante gloire du Christ »

Apollinaire évoque une flamme si nocturne qu'elle semble l'obscurité faite flamme en même temps qu'elle est la lumière du Christ dans les ténèbres. «Gloire» a le sens concret d'«auréole de bois ou de métal doré» qui entoure le Crucifié ; lequel se détache sur un fond violet et pourpre (qui pourrait être dû, par exemple, à la lumière du Saint-Sacrement) sans doute la rosace de la chapelle du collège ;

Vers 33 : « C'est le beau lys que tous nous cultivons »

Ici commence, marquée par l’anaphore de « C'est », une litanie qui célèbre le Christ. Il est identifié au «lys» (mot qu’il faudrait orthographier « lis », pour ne pas confondre cette fleur avec la fleur de Lys qui est un iris), ce qui s’explique par la blancheur de la fleur, symbole de pureté.

Vers 34 : « C'est la torche aux cheveux roux que n'éteint pas le vent »

Apollinaire reprend une tradition voulant que le Christ, persécuté, ait été roux, mais sa métaphore d’une chevelure torsadée de la couleur du feu suggère une passion qui ne s'éteint pas plus que la lumière du Saint-Sacrement.

Vers 35 : « C'est le fils pâle et vermeil de la douloureuse mère »

Le corps du crucifié est pâle et ensanglanté et le poète se souvient du texte biblique : «Stabat mater dolorosa dum pendet Filius.»

Vers 36 : « C'est l'arbre toujours touffu de toutes les prières »

La Croix est souvent désignée dans la liturgie comme un «arbre» qui est nourri des prières qui lui sont adressées et fleurit :
«Crux fidelis, irten omnes « Ô croix, objet de notre foi,
Arbor una nobilis Arbre divin, source de grâces et de bénédictions
Nulla silva talem profert Vous surpassez en vertu tous les arbres
Fronde, flore, germine» Et tous les fruits de la terre »
(antienne du Vendredi Saint).

Vers 37 : « C'est la double potence de l'honneur et de l'éternité »

La potence, qui est normalement le signe du déshonneur et de la mort, se trouve transfigurée, dans le cas de la croix qu’on peut voir comme formée deux potences accolées.

Vers 38 : « C'est l'étoile à six branches »

Il s’agit de l'étoile de David, ancêtre du Christ.

Vers 39 à 41 : « C'est Dieu qui meurt le vendredi et ressuscite le dimanche
C'est le Christ qui monte au ciel mieux que les aviateurs
Il détient le record du monde pour la hauteur »

Dans sa volonté de surprise, Apollinaire, en enfant naïvement enthousiaste ou en adulte gentiment bouffon, fait succéder à l’évocation la plus évidente de la résurrection du Christ celle de son ascension qui participe de son goût de la modernité et d’un humour piquant, la formulation volontairement journalistique, donc quelque peu choquante.

Vers 42 à 44 : « Pupille Christ de l'œil
Vingtième pupille des siècles il sait y faire
Et changé en oiseau ce siècle comme Jésus monte dans l'air»

Le vers 42 est un vers court donc allongé et plus intense, qui sonne comme une proclamation destinée à étonner. Et, en effet, le lecteur demeure d’abord perplexe. Puis il lui apparaît que ce qu’on regarde se trouvant reflété par la pupille, le Christ contemplé dans son ascension s’y est reflété lui aussis, l’étonnante association de la pupille avec le Christ pouvant d’ailleurs s’expliquer par une sorte de calembour qui a fait passer de « pupille » à « cristallin » et de « cristallin « à « Christ » ! Le Christ étant apparu ainsi depuis vingt siècles, il s’est reflété dans les vingt pupilles émerveillées et éblouies de ces siècles qui ont contemplé le miracle de son ascension. Mais le vingtième siècle, qui « sait y faire », va plus loin que les autres : il « monte dans l’air » « comme Jésus » car il a créé l’avion, oiseau des temps modernes (le mot venant du latin « avis », oiseau). Et Apollinaire laisse sous-entendre que c'est à la religion que le XXe siècle devrait la conquête des airs. Ainsi se comprend tout à fait le curieux rapprochement du vers 5 entre, d'une part, la religion «restée toute neuve» et, d'autre part, «les hangars de Port-Aviation». Le poète semble tenir à son équation : religion = modernité.

Vers 45 à 47 : « Les diables dans les abîmes lèvent la tête pour le regarder
lls disent qu'il imite Simon Mage en Judée
Ils crient qu'il sait voler qu'on l'appelle voleur »

L’ascension du Christ est observée par les diables qui tentent de la réduire aux pratiques d’un magicien, Simon (qui a d’ailleurs donné son nom à «la simonie», en ayant voulu acheter à Saint Pierre ce qu'il croyait être des recettes miraculeuses) et de la ridiculiser avec le jeu de mots entre voler avec des ailes et voler quelque chose.

Vers 48 à 50 : « Les anges voltigent autour du joli voltigeur
Icare Énoch Élie Apollonius de Thyane
Flottent autour du premier aéroplane »

Les anges ayant accompagné le Christ dans son ascension voltigent ici autour de l'avion, qui fait de jolies voltiges. Puis Apollinaire convoque quatre ancêtres de nos aviateurs : Icare (fils de Dédale qui vola avec des ailes fabriquées par son père, mais se noya pour avoir trop approché le soleil), Énoch (ou Hénoch, fils de Caïn qui aurait été enlevé au ciel), Élie (prophète d'Israël qui a été mystérieusement enlevé au ciel), Apollonius de Tyane (et non «Thyane», magicien ou thaumaturge de la fin du Ier siècle qui aurait compris le langage des oiseaux). Et le poète s’amuse à faire rimer de façon cocasse le mot «aéroplane» (alors la dernière actualité) rime avec «Apollonius de Thyane» (la pleine Antiquité).

Vers 51 et 52 : « Ils s'écartent parfois pour laisser passer ceux que transporte la Sainte- Eucharistie
Ces prêtres qui montent éternellement élevant l'hostie »

Apollinaire pourrait simplement évoquer de façon plaisante et quelque peu sacrilège l’attitude des prêtres qui, au moment de l'élévation, au cours de la messe, disposent leurs bras comme s'ils «faisaient l’avion». Mais il peut aussi penser à ceux qui, à ce moment-là, connaîtraient le phénomène fantastique de la lévitation, comme saint Joseph de Copertino et, plus récemment, Padre Pio.

Vers 53 à 70 : « L'avion se pose enfin sans refermer les ailes
Le ciel s'emplit alors de millions d'hirondelles
À tire-d'aile viennent les corbeaux les faucons les hiboux
D'Afrique arrivent les ibis les flamants les marabouts
L'oiseau Roc célébré par les conteurs et les poètes
Plane tenant dans les serres le crâne d'Adam la première tête
L'aigle fond de l'horizon en poussant un grand cri
Et d'Amérique vient le petit colibri
De Chine sont venus les pihis longs et souples
Qui n'ont qu'une seule aile et qui volent par couples
Puis voici la colombe esprit immaculé
Qu'escortent l’oiseau-lyre et le paon ocellé
Le phénix ce bûcher qui soi-même s'engendre
Un instant voile tout de son ardente cendre
Les sirènes laissant les périlleux détroits
Arrivent en chantant bellement toutes trois
Et tous aigles phénix et pihis de la Chine
Fraternisent avec la volante machine

Pour un hommage de l'univers vers l'avion, «la volante machine» (périphrase en fait classique), le poète convoque un véritable festival ornythologique. Mais il n’a pas choisis au hasard ces oiseaux : ils sont les symboles, les représentants, les délégués d’époques et de continents différents, de diverses croyances. Arrivant d'Europe, d'Orient, de Chine, d'Amérique, réels ou légendaires, ils semblent tous avoir une signification particulière. Les millions d'hirondelles «font le printemps» et saluent une ère nouvelle. De même, les corbeaux des présages antiques ou les hiboux de toute sorcellerie. De même, les faucons ou les ibis, divinités de l'ancienne Égypte ; les flamants, oiseaux de flamme, et les marabouts, échassiers dont le nom signifie «moine» ou «ermite» chez les musulmans ; l'oiseau Roc venu des “Contes des mille et une nuits” ; l'aigle, roi des oiseaux, cher à Jupiter et que reproduisent tant de blasons royaux ou impériaux ; en contraste, délégué par la jeune Amérique, le petit colibri ; de Chine, arrivent ces oiseaux légendaires qui, ne possédant qu'une aile, sont obligés de voler par couples (voir dans d'autres poèmes d'”Alcools” les pimus : poissons à un seul oeil et qui connaissent eux aussi la douce obligation de n'aller que par couples) ; la colombe, déléguée par le Saint-Esprit ; l'oiseau-lyre et le paon ocellé qui sont des oiseaux héraldiques ; le phénix qui renaît de ses cendres ; enfin, les sirènes, femmes-oiseaux (dans le premier état de leur légende, les sirènes sont deux, trois ou quatre femmes-oiseaux qui forment un duo, un trio, ou un quatuor vocal) qui viennent des « périlleux détroits » de Charybde et Scylla évoqués dans ‘’L’Odysée’’. Dans cet étonnant passage, mieux que partout ailleurs dans “Alcools”, ingénuité et virtuosité font excellent ménage.
Ainsi se termine un développement d'une éblouissante virtuosité et d’une grande complexité.
Du vers 71 au vers 137, le poème offrira, tout d'un coup, beaucoup moins de difficultés de sens.

Vers 71 à 74 : « Maintenant tu marches dans Paris tout seul parmi la foule
Des troupeaux d'autobus mugissants près de toi roulent
L'angoisse de l'amour te serre le gosier
Comme si tu ne devais jamais plus être aimé »

Dans ce kaléidoscope temporel, le poète insère soudain un séquence actuelle.

Vers 75 et 76 : « Si tu vivais dans l'ancien temps tu entrerais dans un monastère
Vous avez honte quand vous vous surprenez à dire une prière »

Apollinaire exprime la nostalgie d'une vie passée confiante dans la foi et surgit le souvenir de la religiosité de son adolescence, dont la distance est encore accrue par l’emploi de « vous ».

Vers 77 à 80 : « Tu te moques de toi et comme le feu de l'Enfer ton rire pétille
Les étincelles de ton rire dorent le fond de ta vie
C'est un tableau pendu dans un sombre musée
Et quelquefois tu vas le regarder de près »

Ces mauvais rires, sarcastiques et incrédules, sont inspirés par Satan. Mais le rire a le pouvoir d’illuminer une vie sinistre. L'artiste étant aussi un artificier, des étincelles forment la mouvante auréole de la sombre icône qui le représente et par laquelle est réalisée une distanciation d’avec lui-même.

Vers 81 et 82 : « Aujourd'hui tu marches dans Paris les femmes sont ensanglantées
C'était et je voudrais ne pas m'en souvenir c'était au déclin de la beauté »

Ici s’exprime le mal-aimé quide sa douleur personnelle passe à un rejet de toutes les femmes stigmatisées par leurs menstruations, symbole d'impureté ou toutes sanguinaires comme l’ont été avec lui Annie Playden puis Marie Laurencin.

Vers 83 à 85 : « Entourée de flammes ferventes Notre-Dame m'a regardé à Chartres
Le sang de votre Sacré-Coeur m'a inondé à Montmartre
Je suis malade d'ouïr les paroles bienheureuses »

Apollinaire donne d’autres exemples de sa religiosité.

Vers 86 à 88 : « L'amour dont je souffre est une maladie honteuse
Et l'image qui te possède te fait survivre dans l'insomnie et dans l'angoisse
C'est toujours près de toi cette image qui passe

L'image d'une femme, douloureux souvenir, revient hanter le poète.

Vers 89 à 94 : « Maintenant tu es au bord de la Méditerranée
Sous les citronniers qui sont en fleur toute l'année
Avec tes amis tu te promènes en barque
L'un est Nissard il y a un Mentonasque et deux Turbiesques
Nous regardons avec effroi les poulpes des profondeurs
Et parmi les algues nagent les poissons images du Sauveur »

Apollinaire évoque son enfance à Monaco. Il se plaît à évoquer, comme Mignon chez Goethe, le pays où fleurit le citronnier, image d'un éternel printemps, alors que sa propre «saison mentale» est l'automne, a-t-il dit dans “Signe”. Il se souvient d’amis dont l’un est de Nice, un autre de Menton, le troisième de La Turbie. Sa religiosité d’alors se manifeste encore par « les poissons images du Sauveur », allusion au très vieux symbolisme qui exploita le fait que « poisson » se dit « ichtus » en grec et que les cinq lettres d’« ichtus » sont les initiales de «Jésus-Christ, de Dieu le Fils, Sauveur», les premiers chrétiens qui étaient clandestins utilisant un dessin de poisson pour se reconnaître.

Vers 95 à 105 : « Tu es dans le jardin d'une auberge aux environs de Prague
Tu te sens tout heureux une rose est sur la table
Et tu observes au lieu d'écrire ton conte en prose
La cétoine qui dort dans le creux de la rose

Épouvanté tu te vois dessiné dans les agates de Saint-Vit
Tu étais triste à mourir le jour où t'y vis
Tu ressembles au Lazare affolé par le jour
Les aiguilles de l'horloge du quartier juif vont à rebours
Et tu recules aussi dans ta vie lentement
En montant au Hradchin et le soir en écoutant
Dans les tavernes chanter des chansons tchèques »

Cette séquence est consacrée à des souvenirs qu’Apollinaire a gardés de son passage à Prague lors de son voyage en mars 1902. D’abord, le bonheur est rendu par une scène anodine mais charmante où, alors qu’il écrit vraisemblablement sa nouvelle ‘’Le passant de Prague’’ (dans ‘’L’hérésiarque et cie‘’), il s’intéresse à une cétoine, un insecte coléoptère, aux vives couleurs métalliques qui a une prédilection pour les roses et s'y enfouit, spectacle qui, on le comprend, rendit tout songeur le poète qui y vit une représentation de son attachement à la femme dont la rose est le symbole. Mais le ton change quand il se rappelle sa visite à la cathédrale Saint-Vit de Prague où il resentit un choc : il crut pouvoir se reconnaître dans des agates (des pierre précieuses), ce qui l’impressionna vivement car il avait été baptisé dans une église appelée aussi Saint-Vit : il aurait donc eu une première existence avant celle-ci et il peut donc s’identifier à Lazare qui avait été ressuscité par le Christ. Or, dans “Le passant de Prague”, se trouve la même anecdote : Isaac Laquedem, le juif errant (on pourrait d’ailleurs dire que, dans ‘’Zone’ Apollinaire s’est donné le rôle d'un frère d'Isaac Laquedem condamné qu’il est à errer sans cesse dans le présent parisien et dans un passé s'étendant de la Méditerranée à Prague, d'Amsterdam à Rome) fait remarquer à son compagnon que «les veinures (des agates) dessinent une face aux yeux flamboyants...». « Les aiguilles de l'horloge du quartier juif » vont effectivement à rebours, et cela lui permet un rapprochement avec le parcours qu’il suit dans son poème. La résurrection ne peut que s'accomplir dans le mouvement d'élévation que permet la montée au Hradchin ou Hradcany, le château royal qui domine Prague, qui est aussi un recul dans sa vie. Qu’il faille aller dans des tavernes pour entendre « chanter des chansons tchèques » n’est pas insignifiant : à l’époque du voyage d’Apollinaire, les Tchèques faisaient encore partie de l’empire austro-hongrois et se voyaient imposer la langue allemande (qui était celle, par exemple, de Kafka dont le nom est pourtant tchèque).

Vers 106 à 112 : « Te voici à Marseille au milieu des pastèques

Te voici à Coblence à l'hôtel du Géant

Te voici à Rome assis sous un néflier du Japon

Te voici à Amsterdam avec une jeune fille que tu trouves belle et qui est laide
Elle doit se marier avec un étudiant de Leyde
On y loue des chambres en latin Cubicula locanda
Je m'en souviens j'y ai passé trois jours et autant à Gouda »

L'anodin, l'apparemment insignifiant, le trivial même se manifestent en des flashes dont les deux premiers sont rendus par des alexandrins ordinaires consolidés par de discrètes assonances entre l'hémistiche et la rime, mais qui demandent d’être dits en étant prolongés car ils sont courts et suivis d’un blanc. Au contraire, les quatre vers consacrés aux Pays-Bas se précipitent dans une accumulation de détails amusants ou pittoresques («Cubicula locanda» signifie, en langage de «quartier latin», chambres à louer).

Vers 113 et 114 : « Tu es à Paris chez le juge d'instruction
Comme un criminel on te met en état d'arrestation »

Apollinaire rappelle son inculpation, le 7 septembre 1911, pour recel d’objets volés au musée du Louvre, accusation dont il fut vite blanchi le 12, mais qui le laissa fort déprimé car il redouta d’être expulsé de France. Il a plus spécialement consacré à cette mésaventure ;e poème “À la Santé”.

Vers 115 à 120 : « Tu as fait de douloureux et de joyeux voyages
Avant de t'apercevoir du mensonge et de l'âge
Tu as souffert de l'amour à vingt et à trente ans
J'ai vécu comme un fou et j'ai perdu mon temps
Tu n'oses plus regarder tes mains et à tous moments je voudrais sangloter
Sur toi sur celle que j'aime sur tout ce qui t'a épouvanté »

Dans cette séquence, Apollinaire fait une sorte de bilan de sa vie, bilan sentimental où pèsent les liaisons, à vingt ans, avec Annie Playden et, à trente ans, avec Marie Laurencin. Le choc de ces souvenirs douloureux le fait passer trois fois de suite de la distanciation du « tu » à la coïncidence avec soi-même du « je » dans un des passages les plus pathétiques du poème.

Vers 121 à 134 : « Tu regardes les yeux pleins de larmes ces pauvres immigrants
Ils croient en Dieu ils prient les femmes allaitent des enfants
Ils emplissent de leur odeur le hall de la gare Saint-Lazare
Ils ont foi dans leur étoile comme les rois-mages
Ils espèrent gagner de l'argent dans l'Argentine
Et revenir dans leur pays après avoir fait fortune
Une famille transporte un édredon rouge comme vous transportez votre coeur
Cet édredon et nos rêves sont aussi irréels
Quelques-uns de ces immigrants restent ici et se logent
Rue des Rosiers ou rue des Écouffes dans des bouges
Je les ai vus souvent le soir ils prennent l'air dans la rue
Et se déplacent rarement comme les pièces aux échecs
Il y a surtout des Juifs leurs femmes portent perruque
Elles restent assises exsangues au fond des boutiques

Peut-être à la suite de l’alerte que l’affaire des objets volés avait fait sonner en lui, Wilhelm Apollinaris de Kostrowitzky ne pouvait manquer d’être sensible au spectacle des « pauvres immigrants » qui sont des images de soi, qui est devenu vagabond faute de n'avoir plus de pôle. Ils l’intéressent d’abord par leur foi au milieu des malheurs. « Leur odeur dans le hall » est peut-être notée du fait d’une suggestion sonore qui se retrouve aussi dans le jeu « argent-Argentine », ce pays étant devenu un nouvel Eldorado. « L'édredon rouge », couleur de sang, couleur du cœur, aussi illusoire et pathétique que le rêve de l’amant, vestige du passé, est une épave dérisoire, mais à laquelle on tient ; il rappelle d’ailleurs celui, affreux, qu’Apollinaire conservait malgré les moqueries de ses amis, parce qu'il venait de sa mère. Enfin son attention se porte sur les juifs qui se sont établis dans le quartier du Marais.

Vers 135 à 143 : « Tu es debout devant le zinc d’un bar crapuleux
Tu prends un café à deux sous parmi les malheureux

Tu es la nuit dans un grand restaurant

Ces femmes ne sont pas méchantes elles ont des soucis cependant
Toutes même la plus laide a fait souffrir son amant

Elle est la fille d'un sergent de ville de Jersey

Ses mains que je n'avais pas vues sont dures et gercées

J'ai une pitié immense pour les coutures de son ventre

J'humilie maintenant à une pauvre fille au rire horrible ma bouche

Dans la pérégrination à travers la ville, commencée le matin, une journée s’est écoulée et reste la nuit. D’autres flashes suscitent des femmes que le mal-aimé voient toutes aussi cruelles que l’ont été avec lui Annie Playden et Marie Laurencin ; mais il leur ôte toute responsabilité. Apollinaire, qui cèderait à un entraînement probablement hypnotique, entraînement vers les formes élémentaires du désir, de la sexualité, serait dans ce qu'il est convenu d'appeler les bas-fonds et ces femmes sont vraisemblablement des prostituées, puisqu’est employé le mot « fille », dont ils se sent proche car elles sont des êtres qui, comme lui, sont déconstruits. Il s’amuse à en évoquer une qui a pis le contrepied de la rigueur de son père et avec laquelle il termine sa nuit, découvrant ainsi les traces d’une césarienne et l’embrassant même non sans un certain dégoût qui est rendu par l’astringence des « i » du vers 143.

Vers 144 à 147 : « Tu es seul le matin va venir
Les laitiers font tinter leurs bidons dans les rues
La nuit s'éloigne ainsi qu'une belle Métive
C'est Ferdine la fausse ou Léa l'attentive

Le matin est signifié par une scène tout à fait quotidienne à laquelle succède la belle image de la nuit, déjà atténuée par l’aube, comme une « métive », ancienne forme de «métisse», ce qui suscite encore deux figures de femmes contrastées qui sont certainement des «filles». La fausseté de Ferdine, cet air trompeur, sont aussi ceux de «la nuit» qui «s'éloigne» les a aussi. L’air attentif de Léa est aussi le fait du ciel quand disparaît la nuit et que s'annonce le jour.

Vers 148 et 149 : « Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie
Ta vie que tu bois comme une eau-de-vie »

Dans ce distique consacré à l’alcool et où se trouve peut-être l’origine du titre donné au recueil (‘’Alcools’’ pouvant signifier à peu près «poèmes des ivresses amoureuses» ; chacun des poèmes est un alcool, c'est-à-dire une métamorphose du monde en chant), le poète, qui semble être dans un bar, indique bien que l’intensité de sa vie, qu’une flamme, donc l’amour, consume, nécessite la consommation de ce qui n’est pas pour rien appelé eau-de-vie, que cette vie est elle-même un alcool dont il se nourrit comme l’a prouvé le poème qui est envahi de réminiscences, en particulier de ses souvenirs d'amour (voir vers 86 à 88). Cette comparaison de l'amour avec l'alcool se rencontre tout au long du recueil.

Vers 150 à 153 : « Tu marches vers Auteuil tu veux aller chez toi à pied
Dormir parmi tes fétiches d'Océanie et de Guinée
lls sont des Christ d'une autre forme et d'une autre croyance
Ce sont les Christ inférieurs des obscures espérances

L’indication du domicile où, alors que le monde s'éveille, il rentre pour dormir, pour chercher refuge dans le sommeil, est exacte : depuis 1911, Apollinaire habitait rue Fontaine (XVIe arrondissement). Il allait le faire sous la garde de ses fétiches car il est vrai aussi qu’il avait le goût, fréquent alors chez les cubistes, des sculptures primitives, de l'art nègre dont il est l’un de ceux qui l'ont fait connaître. Après la traversée du monde moderne et chrétien, il va plonger dans un monde obscur, inférieur, primitif, pré-chrétien et pré-technique, celui des dieux « d’Océanie et de Guinée », d’autres religions longtemps méprisées qui, selon lui, expriment le même besoin que le christianisme, condescendance qu’on ne manquerait pas de lui reprocher aujourd’hui !

Vers 154 et 155 : « Adieu Adieu

Soleil cou coupé »

Le poème se clot sur ces deux vers courts, donc allongés et solennels. Apollinaire veut dire un adieu, sans rémission, à ses amours, désire peut-être tout quitter, même la vie, son cœur et le monde extérieur s'accordant lugubrement puisque la métaphore finale, dont l'allitération renforce l'efficacité, transfigure le spectacle du lever de soleil en une macabre scène de décapitation, son disque rouge semblant un cou tranché (tel qu'il apparaîtrait dans la lunette de la guillotine, aperçue du côté du panier de son, une fois achevée l'œuvre du couperet). Le soleil n'est plus le gérant du mouvement cosmique ; il fait songer à un dieu décapité. Cette image traduit bien la fatigue et le désespoir du poète ; le jour se lève et alors qu'il devrait inspirer courage, il semble, par un spectacle sinistre, ne proposer au flâneur de tout un jour et au noctambule de toute une nuit qu'une invitation à en finir avec l'existence. La première version avait été : « Le soleil est là c'est un cou tranché » ; dans la pré-originale de 1912, (‘’Les soirées de Paris’’) cela devint « Soleil levant cou tranché » ; enfin, le poète aboutit à la forme finale, cacophonique et énigmatique car s’entend le son « coucou » ! «Soleil cou coupé» est une exclamation elliptique qui sonne le glas du monde nouveau, décapité et d’avance perdu. Le motif du soleil décapité fut l’un des plus anciens d'Apollinaire, un motif permanent de sa poésie. On trouvait déjà dans ses poèmes d'adolescence l'image d'un soleil immense au cou tranché, dont le sang éclabousse le monde ; c’est que de ce soleil on tranche la tête chaque jour «Pour qu'il verse son sang en rayons sur la terre» (“Épithalame”, “Il y a”). Dans les premiers vers de “Merlin et la vieille femme” apparaît encore cette image : «Le soleil ce jour-là s'étalait comme un ventre / Maternel qui saignait lentement sur le ciel / La lumière est ma mère ô lumière sanglante / Les nuages coulaient comme un flux menstruel». Cette obsesion ne manque pas d’être inquiétante car le soleil levant, s’il représente une image traditionnelle de l'espoir, est aussi celui d’une virilité affirmée (« Quand on est jeune, on a des matins triomphants » regrettait Hugo dans ‘’Booz endormi’’).

Le poème nous racontant en quelque sorte une journée de vingt-quatre heures, les deux derniers vers rappellent les deux premiers et les recoupent car on passe d’un premier matin à un second, b) derniers vers et dernier matin, t : «Adieu Adieu» (sous-entendu : à Elle et à nos souvenirs) [...] Soleil cou coupé».

Conclusion

Le poème avait d’abord été intitulé “Cri” puis Apollinaire choisit ‘’Zone’’. Il ne voulait donc plus qu’il soit considéré comme un cri de désespoir personnel. Mais le nouveau titre est énigmatique, car le mot «zone», venant du grec «zônè» qui signifie «ceinture», a plusieurs acceptions : il désigne une partie de la sphère terrestre ou de la sphère céleste ; une partie allongée d’une surface ; une surface quelconque ; une région ; à Paris, les faubourgs misérables qui s’étaient constitués sur les terrains des anciennes fortifications de Paris et, de là, la banlieue d’une grande agglomération.
La première acception pourrait convenir, le trajet du poète lui ayant fait faire un tour complet, le ramenant à son point de départ. On a avancé aussi qu’Apollinaire a pu penser à une zone franche entre la France et la Suisse, dans le Jura, à Étival, où il séjourna chez des amis : une contrée mal définie, qui n'appartient à aucun pays, dans laquelle on erre. Le titre pourrait aussi désigner un espace, toujours indécis, mais cette fois non plus géographique mais spirituel où le poète se dissémine et se réflète dans ce qu'il voit autour de lui, tout ce qui occupe inopinément le champ de la conscience prenant la même valeur : la zone serait ce lieu et vide du ciel dont on attend vainement quelque signe.
Mais, à l’époque, du fait de la zone qui entourait Paris, on disait couramment : «triste comme la zone», «sinistre comme la zone». Il semble donc bien que le poète ait pensé à cette zone-là : on le voit errer dans et autour de Paris, sans direction, la tristesse au cœur (même si parfois il cherche à se raidir contre la tentation de la mélancolie), se perdre dans son passé, s'y cogner la tête, se chercher en vain dans ce terrain vague, lieu de dépôt hétéroclite.
Cette multiplicité des sens possibles est à l'image de la richesse de ce long poème de 155 vers dont nous avons pu constater qu’il offre l'exemple d'une pièce qui doit être lue de près, mot à mot, pour qu’on la goûte vraiment.

On a pu avancer que cette pérégrination, cette descente dans la ville qui est aussi une descente en soi, un bilan sentimental et spirituel, une confession, Apollinaire l’a conçue à l’exemple de celles de Virgile et de Dante, se sentant lui aussi en enfer, mais sans avoir de guide.
Mais il a surtout été impressionné par ‘’Pâques à New York’’ de Blaise Cendrars, et, en effet, l’analogie est frappante entre les deux poèmes : même itinéraire peuplé de souvenirs. Cependant, l’originalité de ‘’Zone’’est profonde, aussi bien dans l'écriture, dans le choix des images que dans les thèmes.

Il qualifiait son oeuvre de « poème d'une fin d'amour » et on a indiqué qu’il s’agissait de sa liaison avec Marie Laurencin. Mais le mal-aimé n’y fait qu’une allusion très discrète, sans intention de juger ni condamner, au vers 117 où il pense autant à Annie Playden. D’ailleurs, dans la version définitive, il supprima deux vers, qui étaient une référence directe à Marie :
« L'autre, le mauvais larron, c'était une femme
Elle m'a pris ma vie, ce fut un vol infâme. »
La douleur d'amour est toujours présente, mais ne doit pas être le sujet du poème où la femme n'est pas rendue coupable des malheurs de l'homme. Il reste que les femmes tiennent dans le poème un rôle aussi important que dans sa vie. Non sans ambivalence, il insiste sur leur impureté, leur cruauté, mais dénonce aussi leur condition malheureuse.

Le poème donne une vive impression de la réalité, de la vie naturelle et de la présence sensible d'Apollinaire qui nous raconte une journée de sa vie et nous donne sur son passé des indications nombreuses et claires. Le lecteur est informé des sensations mêmes du héros à la recherche de lui-même.

Apollinaire avait trouvé aussi chez Cendrars le thème de la religion. Mais, chez lui, il n'est pas au centre du poème : il est intermittent, à l'image de son sentiment religieux. On trouve les souvenirs d'une foi qui était restée très vive jusqu'à l'adolescence, donnant lieu à des effusions mystiques. Ensuite, le sentiment religieux ou la nostalgie d'une foi perdue persista de façon chronique, mais sincère. Comme, en 1912, il était à la veille de ses trente-trois ans, son destin ne lui paraissait pas sans rapport avec celui du Christ.

Comme il voulut croire à la religion de son enfance, Apollinaire voulut croire au modernisme. Il fit l’apologie de la ville et de la vie modernes, se plaisant à multiplier les références, chantant l’esthétique d’une rue industrielle, la beauté dans le quotidien. De ce fait, il se permit aussi une grande liberté du ton, osa recourir à la langue familière de la conversation courante, le vocabulaire étant très prosaïque à maints endroits.

Surtout, sa vision du monde moderne est traduite par une construction et des vers eux aussi nouveaux et modernes.
Si on peut lui trouver au poème une construction étagée, le diviser en deux parties : la première marquée par l'envol, la deuxième, par les ténèbres, le malheur, cette déambulation aventureuse, qui constitue le fil du poème, forme un ensemble disparate comme un habit d'arlequin. Et le poème est, d'ailleurs, une arlequinade, avec tout ce que ce mot peut évoquer à la fois de bouffonnerie et de mélancolie. Il est composé d'îlots (monostiques, distiques, tercets, quatrains, séquences de longueurs diverses allant jusqu’à vingt-neuf vers), entre lesquels le lecteur court le risque d'un naufrage.
S’il se déroule sur vingt-quatre heures, si le locuteur marche toute la journée et toute la nuit qui suit pour se retrouver à l’aube, si le voyage en est un aussi à travers la vie elle-même du poète, où il se modifie, où, entre le début, claironnant, et la fin, tragique, les changements intervenus sont importants, où se poursuit la confrontation avec l'autre que l'il fut, il reste qu’entre ces deux pôles, Apollinaire a brouillé l’ordre chronologique par une volonté de raconter mais aussi de perdre le lecteur dans ce récit en désordre. Des sauts se font dans le temps par des sortes de fondus enchaînés, selon les caprices d’une mémoire qui procède par associations d'idées ou d'images, provoque des retours en arrière de façon très anarchique. Les souvenirs en désordre envahissent l'esprit dans des juxtapositions en mosaïque où se manifestent le refus de la logique, le règne de l'aléatoire.
Pour les déplacements dans l'espace au gré des voyages effectués dans le passé par Apollinaire, alternent des précisions géographiques extrêmes et des notations des plus larges, comme les noms de pays. Mais ces déplacements sont, eux aussi, soumis à la seule loi de la disparate. Aucune loi d'association des idées ne pourrait légitimer leur apparition, leur effacement ou leur multiplication. À ces souvenirs, que l'indication des lieux permet de placer en perspective dans le temps, se mêlent des notations au statut incertain qui ne s'impliquent pas rationnellement, chacune d'entre elles devenant l'expression, discontinue, d'un état imaginaire latent auquel le lecteur doit prêter une cohérence problématique. Cette simple juxtaposition semble être à l'image du morcellement des images captées au hasard de la promenade, les lieux faisant naître des réactions affectives comme la honte, l'admiration, ou encore la curiosité, l'intérêt pour tout ce qui est nouveau, parlant, sonore.
Cette nouvelle esthétique vise à exalter l'hétéroclite plutôt que l'homogène, la dispersion plutôt que l'unité, la poésie acceptant le hasard, étant l'acte par lequel un auditeur ou un spectateur s'approprie des images éparses pour en faire des signes de son propre destin. Le poème ne mime plus une composition stable, selon des règles raisonnables ; il est un apparent chaos, un ciel étoilé, dont le lecteur doit faire un espace de composition, toujours en désagrégation, toujours à restructurer.
Cette simultanéité des images dans le temps et dans l'espace correspondait à la conception du cubisme, qui donnait tous les angles de vision d’un même objet ; à sa volonté d’ubiquité qui lui faisait présenter sur une même toile différents aspects d'un être. On peut aussi attribuer au cubisme le fait que le personnage, par une scission du moi, est tantôt destinataire (« tu ») tantôt énonciateur (« je »). Cela crée un dialogue du poète avec lui-même, sans qu’aucun des deux pronoms ne représente une époque particulière de sa vie : il est toujours et partout « je » et « tu » à la fois, obligé par son destin à ce dédoublement de la personnalité en spectateur et en acteur, à cette alternance qui est parallèle à celle de l'ombre et de la lumière, d’un visage solaire ou nocturne, d'une vision optimiste ou sombre du monde. De ce passage d’un pronom personnel à l’autre, qui n’est pas, comme on l’a vu, sans poser quelques problèmes d’interprétation, Apollinaire a fait l'une des trouvailles les plus fécondes de la poésie moderne.

Encore à l’exemple de Cendrard, mais cette-fois, celui de ‘’Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France’’, Apollinaire avait adopté le vers libre et la suppression de la ponctuation. Les mètres sont donc inégaux ; mais, chacun étant, comme dans le cas des vers réguliers, soumis à une égale émission respiratoire, les vers courts sont dits lentement pour être étirés dans le même souffle imparti aussi aux vers longs qui, eux, sont au contraire précipités, le rythme variant ainsi d’élargissements en resserrements. De tels vers sont donc plus adaptés à la volonté du poète, d’autant plus que la suppression de la ponctuation ne laisse que celle du blanc qui sépare le vers du suivant et que les pistes de l'intelligibilité rationnelle sont brouillées car sont suggérés des rapprochements différents de ceux que crée la syntaxe. Et il n’y a plus de rimes ; à leur place on ne trouve guère que des assonnances.

Ainsi, la richesse de ‘’Zone’’ est une richesse thématique, une richesse des images, souvent insolites, une richesse de la prosodie innovative.

Destinée de l’œuvre

‘’Zone’’, poème liminaire du recueil ’’Alcools’’ mais écrit le dernier en 1912, lui servit moins de préface, bien qu’Apollinaire y appliqua la suppression systématique de la ponctuation, qu’aux formes poétiques ultérieures, telles qu’elles se firent notamment jour en 1918 dans ‘’Calligrammes’’ où l’on trouvera des « poèmes-conversation », où l’on retrouvera le jeu entre « tu » et « je ». La conception de la poésie qui apparut dans ‘’Zone’’, qui se situe assez naturellement à mi-chemin entre Rimbaud et le surréalisme, Apollinaire la radicalisa dans d'autres œuvres, et en fit la théorie, en 1917, dans sa conférence sur « l'esprit nouveau » : on peut être poète dans tous les domaines : il suffit que l'on soit aventureux et que l'on aille à la découverte ; le poète est celui qui découvre de nouvelles joies, fussent-elles pénibles à supporter. Cela permit un renouvellement de la poésie française.

L'automne pour Apollinaire

Posté le 23.03.2008 par lireenpremiere
L’Automne pour Apollinaire.

Pour lui comme pour tant d’autres poètes il s’agit d’une saison de prédilection. La mort de l’été, les vendanges de septembre, l’approche de l’hiver offrent une gamme infinie de couleurs et de symboles aux auteurs d’élégie et de méditation sur la fuite du temps. Les romantiques en avaient fait l’un de leurs motifs favoris. Il s’agit donc d’un thème presque banal et qu’Apollinaire s’approprie de façon originale.

1. Récurrence du mot dans le recueil : saison emblématique du poète dans « Signe » : « je suis soumis au Chef du Signe de l’automne »
Apollinaire est né au début de l’automne sous le signe de la Vierge.
Parfois il féminise le genre de cette saison : « Mon automne éternelle ô ma saison mentale », il l’associe aux souffrances de l’amour, au déclin, dans des images parfois macabres et violentes : « les mains des amantes jonchent ton sol ».
« Colchiques » dont le dernier mot est « automne » annonçait cette idée : le pré est joli mais vénéneux en automne.
« Marie » évoque « tes mains feuilles de l’automne »
Thème de l’infidélité : « l’automne a fait mourir l’été ».
Rhénane d’automne : jour des morts.
Vendémiaire : saison bachique de l’ivresse poétique : » Que Paris est beau à la fin de septembre ».

2. Les prédecesseurs : le 16 ème siècle préfère le printemps mais trouver le poème de Ronsard « Hymne à l’Automne « ( poète déjà placé sous le signe de la fureur divine et poétique).
Peu de place au 17ème siècle, au 18ème siècle quelques beaux vers de Delille dont Lamartine se souviendra :
« Là si mon coeur nourrit quelques profonds regrets,
si quelque souvenir vient rouvrir nos blessures,
J’aime à mêler mon deuil au deuil de la nature »

19ème siècle : Mémoires d’Outre- tombe de Chateaubriant : ces feuilles qui tombent comme nos ans, ce soleil qui refroidit comme nos amours...
Lamartine reprend l’image des feuilles, appelée à devenir un cliché littéraire et celle du deuil de la nature faisant écho aux souffrances de l’homme : cf « Salut bois couronné d’un reste de verdure...(...) le deuil de la nature convient à ta douleur. »..
Plus tard Baudelaire se tourne lui aussi vers l’automne cf « Spleen » : « C’était hier l’été voici venir l’automne...
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ »

Verlaine : « Chanson d’automne » : « il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville... »
Symboliste Jean Moreas, plus décadent Jules Laforgue, plus Jacques Prévert : Les feuilles mortes.

Suffisamment d’exemples pour monter la dimension symbolique du thème et la façon dont Apollinaire l’utilise pour révéler ses propres angoisses et obsessions.
Apollinaire pratique énormément la réécriture et la variation sur des thèmes connus, y compris à l’intérieur de sa propre œuvre : cf Loreley, Salomé, Merlin, Le larron etc

Notes sur le poème "Mai"

Posté le 23.03.2008 par lireenpremiere
Notes sur le poème "Mai" d'Apollinaire
GUILLAUME EN MAI
NOTES SUR LE POÈME MAI DE GUILLAUME APOLLINAIRE

Le poème figure dans le recueil Alcools ; il est le deuxième texte d'une suite de 9 poèmes intitulée "Rhénanes".

MAI
Le mai le joli mai en barque sur le Rhin
Des dames regardaient du haut de la montagne
Vous êtes si jolies mais la barque s'éloigne
Qui donc a fait pleurer les saules riverains
Or des vergers fleuris se figeaient en arrière
Les pétales tombés des cerisiers de mai
Sont les ongles de celle que j'ai tant aimée
Les pétales flétris sont comme ses paupières
Sur le chemin du bord du fleuve lentement
Un ours un singe un chien menés par des tziganes
Suivaient une roulotte traînée par un âne
Tandis que s'éloignait dans les vignes rhénanes
Sur un fifre lointain un air de régiment
Le mai le joli mai a paré les ruines
De lierre de vigne vierge et de rosiers
Le vent du Rhin secoue sur le bord les osiers
Et les roseaux jaseurs et les fleurs nues des vignes

Composition : 17 vers, souvent des alexandrins, mais pas toujours, répartis en 4 strophes, la troisième comptant 5 vers au lieu de 4 ; les rimes sont embrassées.

Comme souvent chez Apollinaire, à première lecture, les thèmes abordés dans chacune des strophes semblent plus relever de la rêverie que d'un souci de cohérence du propos. Cependant, cette apparence de poème improvisé au fil du songe, privilégiant ainsi la beauté des images et la musicalité du texte, s'estompe à la relecture et à l'analyse.

Plan :
1ère strophe : Une promenade en barque sur le Rhin.
2ème strophe : Le souvenir de la bien-aimée.
3ème strophe : Tableau descriptif d'une troupe de tziganes le long du fleuve.
4ème strophe : Évocation d'un paysage romantique.

La première strophe : une chanson.
Le mai le joli mai en barque sur le Rhin
Des dames regardaient du haut de la montagne
Vous êtes si jolies mais la barque s'éloigne
Qui donc a fait pleurer les saules riverains
"le mai le joli mai" : presque banal, quasi prosaïque, naïf le début de ce premier vers.
L'épithète "joli" est rassurante. Pas de bizarrerie ; c'est simple et familier comme une chanson traditionnelle.
Le rythme confirme la ritournelle :
Le mai / le joli mai / en bar- / -que sur le Rhin /
Des da- / -mes regardaient / du haut / de la montagne /
Vous ê- / -tes si jolies / mais la bar- / -que s'éloigne /
Qui donc / a fait pleurer / les sau- / -les riverains /
Où l'on voit que dans cette première strophe, 7 hémistiches sur 8 reproduisent le rythme 1-2 / 1-2-3-4 /.
C'est donc une chanson traditionnelle qu'évoque le narrateur, tapi qu'il est dans le décompte rythmique des syllabes, et nous qui savons les chansons, nous reconnaissons ces "dames" du second vers, ces hanteuses des histoires en musique, témoins du temps, qui s'en vont ramassant, Parques étranges et familières, cousines ignorées.
Et, comme dans les chansons, on joue sur les mots : "le mai le joli mai" / "vous êtes si jolies mais".
Musique ! Il faut chanter ! Et tant pis si la note est d'amertume dans l'allant de la mélodie :
Vous êtes si jolies mais la barque s'éloigne
Légère auto-dérision du poète qui mesure la distance qui s'accroît entre lui et les dames hautaines, puisqu'elles sont sur le "haut de la montagne". Si jolies, si jolies dames, signes du plaisir pris au printemps, au mois de mai, mais hélas aussi, figures de l'éloignement, visages fugaces du temps qui passe.
Le dernier vers de ce quatrain reprend la tonalité familièrement énigmatique des chansons traditionnelles :
Qui donc a fait pleurer les saules riverains
Michel Descotes dans son "Parcours de lecture" des Poèmes d'Apollinaire (Bertrand-Lacoste, 1992, p.67) note que "pour Apollinaire, quelle que soit la saison, l'expérience intime détermine le regard et, dès lors, la forme du poème porte la marque de cette vision subjective du monde extérieur, en même temps qu'elle la produit." (Michel Descotes).
Ainsi, la vision des saules pleureurs est-elle, pour le narrateur, personnification de sa mélancolie, de son chagrin.

La deuxième strophe nous renseigne sur la cause de cette mélancolie.
Tout d'abord par une stupeur :
Or des vergers fleuris se figeaient en arrière
Puis par l'image, la comparaison :
Les pétales tombés des cerisiers de mai
Sont les ongles de celle que j'ai tant aimée
Les pétales flétris sont comme ses paupières
L'évocation des signes du printemps rappelle au narrateur sa bien-aimée.
C'est "verger fleuri", bien sûr, que femme en beauté, mais c'est aussi temps qui passe, épreuve du fugace et les "ongles" tombent comme "pétales" et comme "pétales" se "flétrissent les paupières".
Le temps vieillit. Le temps éloigne.
Le narrateur voit ainsi "celle qu'il a tant aimée" dans les signes du temps qui passe.
Ne reste qu'une chanson et ses répétitions ("les pétales tombés" / "les pétales flétris"), et ses sonorités :
Or des vergers fleuris se figeaient en arrière
Les pétales tombés des cerisiers de mai

Le narrateur semble alors vouloir concentrer son attention sur le paysage rhénan et l'image de l'absente disparaît de la troisième strophe qui, plus longue d'un vers, marque une rupture avec les quatrains de la chanson que paraît composer le narrateur :
Sur le chemin du bord du fleuve lentement
Un ours un singe un chien menés par des tziganes
Suivaient une roulotte traînée par un âne
Tandis que s'éloignait dans les vignes rhénanes
Sur un fifre lointain un air de régiment
Une seule phrase, lente et longue comme le cours du fleuve, comme "une roulotte traînée par un âne", une période dont le verbe principal occupe le centre (cf 3ème vers) et qui commence par un complément circonstanciel ("sur le chemin") suivi d'un double complément de nom ("du bord du fleuve").
Un rythme lent installé, confirmé par le sens (cf l'adverbe "lentement").
En ce qui concerne les vers 2 et 3, je reprends ici la très claire analyse syntaxique de Michel Descotes (op. cit. p.72) :
"trois sujets juxtaposés, annoncés par le même article indéfini un et qualifiés par un groupe adjectif verbal à la vois passive avec son complément d'agent menés par des tziganes.
Au troisième vers, on retrouve pour le complément d'objet direct la même structure que pour les sujets : nom + adjectif verbal + complément d'agent." (Michel Descotes).
Les vers 4 et 5 sont introduits par la conjonction "tandis que" suivi du verbe de la subordonnée ("s'éloignait") séparé de son sujet ("un air de régiment") par deux compléments circonstanciels ("dans les vignes rhénanes", "sur un fifre lointain").
Ces cinq vers constituent un tableau soigneusement composé comme le montre tout d'abord la structure de la phrase marquée par des parallélismes de construction ; par exemple le vers 1 et le vers 5 de cette strophe :
Sur le chemin du bord du fleuve lentement
(...)
Sur un fifre lointain un air de régiment
En outre, chacun de ces cinq vers relève du champ lexical de l'éloignement, renforçant ainsi le sens du poème : "sur le chemin", "menés par", "traînée par", "s'éloignait", "lointain". L'évocation des nomades tziganes et la musique de régiment, ce fifre prémonitoire, suggèrent "l'idée d'un entraînement des êtres malgré eux" (Michel Descotes).

Mais si le narrateur avait voulu distraire sa mélancolie par un tableau pittoresque, il s'est trompé et, au contraire, dans la dernière strophe, le retour du motif du "joli mai" est marqué par une persistance de la tristesse qui semble contaminer toute chose :
Le mai le joli mai a paré les ruines
De lierre de vigne vierge et de rosiers
Le vent du Rhin secoue sur le bord les osiers
Et les roseaux jaseurs et les fleurs nues des vignes
La chanson, dès lors, relève plus du lied romantique que du chant populaire traditionnel.
Notons ainsi que le rythme du dernier vers du poème est l'exact inverse du rythme du premier :
Le mai / le joli mai / en bar- / -que sur le Rhin / (vers 1)
Et les roseaux / jaseurs / et les fleurs nues / des vignes / (vers 17)
Musique donc mais musique qui, sur le rythme régulier de la barque sur le fleuve, s'éloigne dans les échos des assonances et des allitérations :
- é : mai, paré les, rosiers, les osiers, et les, des
- è + r : lierre, vierge
- eur : jaseurs, fleurs
- i : joli, ruines, lierre, vigne vierge, rosiers, osiers, vignes
- o : joli, rosiers, osiers, roseaux
- r : paré, ruines, lierre, vierge, rosiers, Rhin, bord, roseaux jaseurs, fleurs
- v : vigne vierge, vent, vignes
- z : rosiers, osiers, roseaux jaseurs
Ce qui est ici remarquable, c'est le travail très précis sur la musicalité du vers qui atteint son apogée dans cette dernière strophe et donne à l'ensemble du poème une cohérence rythmique et mélodique, l'apparentant ainsi de façon vraisemblable à une chanson de haute facture.


Evaluation formative de la dissertation

Posté le 23.03.2008 par lireenpremiere
Evaluation formative de la dissertation.
Voilà un document qui peut vous aider à vous auto-évaluer et à vérifier si votre dissertation correspond aux critères attendus. Thao, pourrais-tu taper ta dissertation de bac blanc ?

Agrafer ces critères sur la dissertation que vous avez à faire et proposez une autoévaluation.Au moins cela prouvera que vous avez été attentifs aux critères.

J'ai fini la correction des copies d'HCM et ce n'est pas brillant non plus, moins de notes vont très bas (de 6 à 16) mais il y a moins de copies qui ont la moyenne, plus de 8 et de 9.

Pour le commentaire, les contresens sont légions, beaucoup d'élèves lisent le poème comme le récit du naufrage du Paquebot-sans doute l'influence du Titanic, mais ce n'est pas du tout ce que dit le texte qui évoque seulement un malaise devant la toute puissance de l'océan et la vanité de l'orgueil humain, qui ne masque pas l'angoisse existentielle.

Le sujet d'invention est assez réussi, la meilleure copie est une excellente lettre réponse de POnge que l'élève semble connaître un peu.Attention dans ce sujet à la notion de lettre ouverte qui signifie que la lettre n'est pas adressée à une personne précise mais à un groupe et publiée dans un journal comme le "J'accuse de Zola" par exemple ou la lettre au président de la république du déserteur de Boris vian. ( trouvez en d'autres des célèbres dans l'histoire!).Certains élèves ont été assez malins pour faire en sorte que l'écrivain cite les propos du lecteur contrarié par l'introduction d'objets du quotidien en poésie, et ça s'était bien vu, la réponse devenait plus crédible, plus concrète.Rappelez vous qu'une argumentation est polysémique.
Une mauvaise copie qui faisait parler Supervielle sans le connaitre en commentant Paquebot avec un contresens complet.

Les dissertations posaient des problèmes de méthode: souvent la position d'Apollinaire n'est pas du tout analysée et étudiée au profit d'un plaquage du cours mais ils ont des connaissances et j'ai essayé de les valoriser.

Pour les questions, mêmes erreurs que vous: la première n'a pas été comprise en entier et la deuxième révèle des lacunes dans le vocabulaire de la métrique: vers libres, poème en prose etc.

Critères:

Nom de l’élève :
Une qualité à souligner :



Un point à améliorer en priorité :


1.Compréhension et exploitation du sujet, réflexion.

a.L’introduction intéresse par son originalité, sa pertinence, sa mise en valeur du sujet proposé. 0 1 2

b.Un paragraphe d’explication élargit le sujet ( tient compte des présupposés et de l’origine de la question, de son lieu de référence et de son rapport à l’histoire),en extrait toutes les données et pose clairement le problème. L’auteur de la dissertation traite le sujet précisément tel qu’il est posé ; il examine la validité de l’affirmation au-delà de son expérience personnelle. 0 1 2

c. Le développement est équilibré, riche, il contient plusieurs arguments. Il va du connu au nouveau sans rupture. Chaque argument est fondé, pertinent et illustré par un fait probant et une référence. 0 1 2

d. La conclusion reprend l’essentiel du développement et propose une réponse nuancée à la question-problème. 0 1 2

e. L’auteur de la dissertation formule des idées pertinentes et pas seulement des lieux communs, des généralités. Une véritable réflexion est mise en place. Les affirmations sont nuancées, exprimées clairement. Il est aisé de se représenter ce dont il est question même si l’on n’est pas spécialiste du sujet. 0 1 2

f. L’auteur de la dissertation se montre cultivé et compétent dans le domaine dont il a traité. Il exploite judicieusement la documentation fournie ainsi que le paratexte. 0 1 2

g. L’auteur de la dissertation sait faire naître son point de vue de l’examen des points de vue possibles sur la question. Le texte de la dissertation est polyphonique, les thèses opposées à celle qu’il défend sont précisément réfutées. 0 1 2

2. Langue et qualité d’écriture.

a. La mise en page facilite la lecture du texte ( paragraphe, alinéas, citations, pagination, marges, ponctuation, soin) 0 1 2

b. Les phrases sont correctement construites, les référents des pronoms aisément identifiables.L’emploi des modes et des temps est correct. Les accords syntaxiques sont établis. ( max. une erreurpage) 0 1 2

c. Le texte est structuré et organisé ( paragraphes complets, progressifs, articulés les uns aux autres par des mots de liaison clairs) 0 1 2

d. Des procédés de substitution lexicale et syntaxique variés assurent la progression. La langue est fluide ; le niveau de langue courant ou soutenu. L’énonciation est distanciée ( utilisation d’un « nous » à la place du « je ».) 0 1 2

e. Les premiers et derniers paragraphes sont rédigés dans un style particulièrement soigné pour emporter l’adhésion du lecteur. 0 1 2

f. L’orthographe lexicale est correcte ( max. deux erreurspage)

Monostiche Chantre

Posté le 22.03.2008 par lireenpremiere
N'oubliez pas qu'il ya beaucoup d'articles sur Apollinaire un peu plus bas en partant de Centerblog vous les trouverez aisément, je n'ai pas le temps de les faire remonter tous!

Chantre
Et l'unique cordeau des trompettes marines


A la lecture du monostique d'Apollinaire tiré d'Alcools, et intitulé «Chantre», on ne peut tout d'abord que subir la concision et le caractère énigmatique du vers. Mais l'investigation permet en un second temps de découvrir le symbolisme du poème. En effet la simple transcription littérale du vers ne peut que laisser insatisfait puisque le texte évoque la corde unique d'un instrument en forme de guitare allongée ; instrument utilisé sur les vaisseaux anglais au XVIIème siècle, et qui servait à annoncer les repas. Cette évocation dans un langage figuré (le «chantre» est le poète-chanteur ; le «cordeau» tout en rappelant la corde unique fait référence à une technique qui consiste à souligner la rectitude d'un sillon, «tiré au cordeau») ne peut suffire à l'interprétation. Pour reprendre la pensée de J. Cohen dans Structure du langage poétique, il s'agit de convenir que l'expression poétique oblige le lecteur à dépasser la signification littérale pour rechercher un supplément de sens. C'est la forme même du poème qui suscite ce détour. A condition toutefois, d'accorder à Apollinaire le souci d'une réalisation plus qu'ornementale. Enfin, cette signification, nous l'avons dit, se révèle de manière concise et énigmatique ; comme si de cela même dépendait la réalisation du message.

Le vers se présente sans ponctuation et pour dépasser le simple mot d'ordre futuriste, on peut relever que l'effet est immédiatement sémantique : loin de donner uniquement un caractère inachevé au vers, cela oblige le lecteur à le lire d'une traite et à l'envisager comme une expression fugitive sans véritable origine, sans fin, un moment poétique qui tranche avec tout ce qui n'est pas lui. La conjonction de coordination «et», à l'attaque du vers vient renforcer cette impression, d'autant que l'emploi est agrammatical. J. Cohen parle dans son ouvrage, d'«impertinence grammaticale» (ce que d'ailleurs la langue poétique ne cesse de produire afin de s'écarter de la langue prosaïque). A moins de retrouver la «pertinence» de la coordination entre le titre et le vers. C'est alors qu'un nouveau sens jaillit, qui associe le poète transfiguré, le «chantre», à sa production «unique». Voilà, nous dit le poète, les deux facettes fondamentales de l'événement poétique : un chanteur et un son, un vers, un poème...

Que ce vers soit un alexandrin ne vient que parachever cette fulgurance de beauté et d'équilibre. Le monotisque, en effet, respecte la césure classique et la régularité du rythme des hémistiches (4/2, 4/2) rend parfaite d'équilibre la lecture du vers. Mais nous venons de le voir, c'est l'unicité du vers et l'attaque agrammaticale qui rompent avec la tradition et donnent au poème son originalité. Tradition et nouveauté, respect et rupture : le vers non ponctué et immédiat révèle encore une fois ce passage fugitif entre ce que l'on sait déjà et ce que l'on découvre. Ce vers devient lisière entre l'Ancien et le Nouveau.

L'évocation historique discrète (l'instrument du XVIIème siècle dont il est question) prend alors à son tour une valeur symbolique : témoignage du passé, poésie du passé (l'expression «trompettes marines» est à ce sujet riche en manifestations de couleurs, d'harmonie et de correspondances, de sonorités nasales, sourdes et apaisantes) la tournure revient, riche de production à venir.

Le vers a donc bien pour ambition dans sa brièveté, sa rectitude et sa richesse prosodique d'insister sur la fugacité de la beauté. La brièveté devient donc le message et l'énigme peut alors être levée.

Le poète choisit le jeu de mots pour guider de façon ludique l'initié, et «l'unique cordeau» laisse entendre «cor d'eau» si l'on rompt, et c'est important, l'équilibre rythmique du vers (4/1/1, 4/2). La découverte du jeu de mots a plusieurs conséquences. Tout d'abord, nous venons de l'entendre, l'harmonie du vers est brisée : cela introduit la modernité expressive et permet encore une fois d'apprécier ce vers-jalon entre l'Ancien et le Nouveau.
Mais le ludisme permet également au vers de délivrer un «feuilleté de sens» : il évoque à la fois littéralement la seule corde de l'instrument, et le seul instrument, isolé des autres, au son parfait («tiré au cordeau») ; cet isolement est de plus renforcé par l'opposition du singulier et du pluriel dans les deux hémistiches ; et encore par le chiasme linéaire qui permet de rapprocher pour paradoxalement mieux opposer les contraires : «cordeau» et «trompettes» (adjectif + nom / nom + adjectif). Ainsi le monostique nous dit à la fois l'unique, la distance ludique, le souci de perfection dans un contexte plus globalement détendu.

L'initié peut alors découvrir et apprécier la valeur brève de l'énigme, son efficacité : sous le message littéral, un réflexion, ou plutôt une méditation sur la perfection du langage poétique ; la recherche poétique de l'unique idéal. Ce vers veut en être la représentation en même temps que le discours sur... Il fait office de métalangage et tout à la fois de preuve (in)achevée... le temps d'un lecture amusée.

Pour reprendre la réflexion de J. Cohen sur le langage poétique, on s'aperçoit que ce qui fait la modernité de monostique, c'est une méditation en creux sur l'esthétique poétique elle-même. Le vers ne se veut plus délivrance d'un message. Ou alors ce message ne peut plus faire l'économie d'une réflexion sur la forme dans laquelle il s'énonce. Le choix de «trompettes marines», nous l'avons analysé succinctement, vaut, indépendamment de l'existence d'un instrument, pour son principe d'évocation qui dépasse sa seule valeur signifiante.

Le lecteur initié connaît ainsi l'expérience de la création ; il en perçoit le support d'élaboration sans pour cela découvrir une recette. Le vers dit également qu'il n'y en a pas : c'est la coïncidence d'un jeu de mots, d'une tradition, d'une expression... et quoi encore ?... qui font l'événement unique.
Apollinaire nous précise à sa manière sa méthode lorsqu'il écrit ces quelques vers (p. 118 dans le recueil Poésie / Gallimard) :
«Pardonnez-moi mon ignorance
Pardonnez-moi de ne plus connaître l'ancien jeu des vers
Je ne sais plus rien et j'aime uniquement
Les fleurs à mes yeux redeviennent des flammes
Je médite divinement (...)»
Ignorance tout feinte (ne retrouve-t-il pas la métaphore des flammes ?) pour signifier la rupture et inscrire la poésie et le monostique entre la tradition et la modernité.

Apollinaire et les peintres

Posté le 22.03.2008 par lireenpremiere
Je fais remonter les vieux articles sur Apollinaire, histoire d'être certaine que tout le monde les a vus!

b]Cubisme et futurisme, l’environnement artistique d’Alcools[/b].
[b]
Alcools[/b] paraît en 1913, en pleine période d’ébulition artistique et intellectuelle. Apollinaire est un poète passionné de peinture, ami des artistes les plus en vue de l’époque, curieux des mouvements avant gardistes qui se manifestent dans les arts plastiques mais aussi la musique et la littérature. D’une part il en subit l ‘influence, et de l’autre, il joue lui-même un rôle décicif dans cette explosion des formes et des langages. L’écrivain qui comprend et explique la peinture moderne mieux que personne est lui-même dans son domaine un novateur averti des théories les plus avancées de ses pairs, etd ont la poésie peut à son tour inspirer des amis peintres et écrivains. Apollinaire se flattait d’ailleurs d’avoir, par ses écrits sur l’ar,t eu une influence en Europe.

Un mois avant la publication d’Alcools, Apollinaire fait paraître Les Peintres Cubistes, Méditations esthétiques. Qui sont ces peintres cubistes et en quoi consiste leur art, découvert par le grand public deux ans auparavant en 1911, et objet d’un scandale mémorable ?
Autour des peintres Georges Braque et pablo picasso, rejoints par Marcel duchamp et Robert Delaunay s’élabore au début du siècle une esthétique révolutionnaire de la peinture et de la représentation. Deux éléments sont au centre de cette approche radicalement nouvelle- mais dont l’origine est à chercher dasn la peinture de Cézanne et dans certaines influences venues d’afrique ou de ce que l’on appelle les arts premiers. ( voir Zone)

-l’utilisation des formes géométriques ( cylindres, cônes, sphères, cubes...0 contribuant à donner une image ‘analytique », éclatée par la décomposition de ses formes élémentaires ;

-l’approche dite de la représentation simultanée ( ou simultanéisme) qui consiste à abandonner le point de vue unique de celui qui peint comme de celui qui regarde et à multiplier les angles de vision qui démultplient la perspective. D’où ces vidages doubles ou triples synthétisant le sprofils justaposés d’un modèle.

La tentation est forte de vouloir retrouver cette vision éclatée dans les téléscopages de thèmes et de structures du recueil d’apollinaire. Faute de pouvoir analyser avec précision la construction, on est amené parfois à la qualifier de ‘cubiste’. Il est vrai que le poète multiplie lui aussi les points de vue et les émotions les plus divers et que son livre est fait de morcellements et de fragmenst juxtaposés. Le portait du poète picasso qui illustre la couverture de l’édition originale, et la publication conjointe de l’étude de l’écrivain sur la peinture cubiste, suggèrent une assimilation de sa manière à celle de ses amis plasticiens. On a d’ailleurs pris l’habitude de considérer le mouvement cubiste comme représentant toutes les formes- et pas seulement picturales- du renouveau artistique du début du XXème siècle. Il faut prendre garde à ne pas pousser trop loin le parallèle. Apollianire ne voulait pas entendre parler de cubisme littéraire. Le travail du peintre n’est pas celui de l’écrivain. Il reste que des convergences de sensibilité et d’imagination sont évidentes.

Apollinaire a entretenu de véritables amitiés avec les peintres qui allaient devenir fameux : Picasso et la bande du Bateau Lavoir.
Il fréquenta Picasso dès 1904 lors que le peintre espagnol s’installe dans son atelier appelé le « Bateau Lavoir ». Cette bâtisse délabrée au coeur de Montmartre a été surnommée ainsi par le poète Max Jacob car elle lui rappelait la maison des lavandières.Là dans une misère à peine tempérée par quelques ventes de tableaux se retrouvent des artistes qui deviendront célèbrent dans uen atmosphère joyeuse : Matisse, Cocteau, Braque, derain. C’est là qu’il rencontre une femme peintre Marie Laurencin..
Ces jeunes peintres décidèrent de rendre hommage au Douanier Rousseau lors d’un banquet organisé en son honneur fin novembre 1908. Ce peintre original qui ne commença à peindre qu’à 44 ans est habituellement rangé sous l’étiquette des « naïfs ». il a peint en particulier un tableau intitulé La Muse inspirant le poète qui représente Apollinaire et Marie Laurencin en 1909.Elle eut une relation amoureuse tumultueuese avec apollinaire et ils se séparèrent finalement en 1912. cette rupture affecta beaucoup le poète : cf Marie, Le pont Mirabeau, même si l’écriture poétique gomme la dimension biographique.
Marie Laurencin a peint au début de leur amour en 1908 un tableau intitulé Au bateau Lavoir ou Apollianire et ses amis : le poète trône au centre entouré de Fernande picasso, Picasso, la chienne de picasso et marie elle même.
C’est au Bateau Lavoir que Picasso laisse découvrir à ses amis majoritairement réticents, son grand tableau révolutionnaire Les Demoiselles d’Avignon qui en 1907 tend la main aux arts primitifs d’Océanie et d’Afrique, lançant ainsi la recherche picturale que l’on appellera bientôt le « cubisme ». (VOIr ces tableaux en ligne)

Le futurisme

L’influence du poète Marinetti promoteur du futurisme est également à signaler, sans que cette influence soit pour autant aussi forte qu’on ait voulu parfois le suggérer. Le manifeste futuriste date de 1909, date de parution dans le Figaro. Ses auteurs se veulent ennemis du passé et vantent les aspects le splus modernes de la vie : usine, machines, automobiles dont la poésie doit selon eux restituer la dynamique. Pour ce faire, ils préconisent une écriture sans ponctuation, sans marques de liaison, faite de verbes à l’infinitif éviant les adverbes et les adjectifs, dasn une syntaxe volontairement brisée. Bien entendu sont reniés à la fois le Romantisme et le Symbolisme des générations précédentes. Le radicalisme de ces théories n’est nullement partagé par Apollinaire. Pour ce dernier, tradition et modernité sont deux momenst inséparables de la vie artistique, il s’agit donc « d’embrasser d’un coup d’oeil le passé, le présent et l’avenir »

Ni imitation d’une tradition ni rejet de l’histoire, la poésie d’Apollinaire chante le présent, fruit du passé et grane pour l’avenir. Sa suppression de la ponctuation doit moins à Marinetti qu’à un gout d’apollinaire pour la fluidité du vers. Apollinaire est passionné par l’aventure artistique de son temps mais il n’appartient à aucune doctrine. Il dialogue avec les peintres, ses ami,s comme en témoigne un poème tel que « Saltimbanques » qui rappelle l’attention manifestée apr Picasso à ce monde nomade du spectacle populaire dans son tableau de 1905 Les Bateleurs ou Famille de saltimbanques.

encore un site pour réviser en lisant autre chose que vos notes

Posté le 22.03.2008 par lireenpremiere
http://www.webzinemaker.com/admi/m6/page.php3?num_web=8526&rubr=2&id=346886

passionnant en particulier sur le nouveau roman avec un hommage spécifique à Alain Robbe-Grillet qui vient de disparaître, très complet sur les caractéristiques du nouveau roman et sur les différences avec le roman traditionnel.
Excellent article également sur le surréalisme avec des poèmes en exemple.
Tous les articles du site en fait peuvent être utiles.
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