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lireenpremiere
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Ceci est la page spéciale révisions et approfondissement de Français pour les 1ères du LFAY.
Catégorie :
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Date de création :
06.11.2006
Dernière mise à jour :
26.06.2009

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Dissertation : Le roman au XXIe siecle.

Dissertation : Le roman au XXIe siecle.

Publié le 01/11/2008 à 12:00 par lireenpremiere
Bonsoir,
Vacances arrosees sur Hanoi...la pluie semble s'etre enfin interrompue, esperons que cela dure! Voici ma dissertation sur le roman au XXIe siecle.

Bonne fin de semaine a tous.
Jeanne


Dissertation

Comment expliquez-vous que le roman – genre un peu fourre-tout – soit le genre littéraire le plus prisé des lecteurs du XXIe siècle. Qu’attendent selon vous nos contemporains du roman ?



Introduit au XVI siècle en France avec Rabelais et ses personnages Pantagruel et Gargantua, le roman est un genre littéraire particulier dont le nombre de lecteurs n’a cessé de croître depuis le XVIIe siècle avec l’apparition du roman d’analyse comme la Princesse de Clèves de Madame de Lafayette. Aujourd’hui, au début du XXIe siècle, le roman est le genre littéraire le plus lu et donc le plus prisé. Il a même été introduit comme sujet d’étude obligatoire en classe de première pour le baccalauréat de français depuis deux ans. Comment peut-on expliquer le succès du roman ? Pour tenter de répondre, il s’agit de montrer que le roman est un genre « fourre-tout » qui raconte une histoire et qui questionne le lecteur autour de son rapport avec le réel.


Tout d’abord, le roman est un genre un peu fourre-tout qui plaît au lecteur par son absence de règles qui le différencie des autres genres ainsi que par ses différents niveaux de lecture et son accessibilité.
D’une part, le roman n’a pas de règles précises. C’est le seul genre littéraire dont les règles ne sont pas décrites par Aristote dans la Poétique, référence en matière de littérature au XVIIe siècle, tandis que la tragédie, la comédie, la poésie ou l’épopée sont extrêmement codifiées. Le roman peut allier de nombreuses formes textuelles : théâtre, poésie, récit, lettres, journal. L’auteur n’a pas de réelles contraintes comme c’est le cas au théâtre (qui est écrit pour être représenté), ou dans la poésie (vers). Dans la Nausée, Jean-Paul Sartre choisit de raconter l’histoire d’Antoine, un doctorant en histoire, dans un roman sous forme de journal. Le roman laisse une grande liberté à l’auteur : au niveau de la focalisation, de la narration, de la forme du texte… D’autre part, le roman est ouvert à toutes les possibilités de thèmes : il peut être roman policier, roman sentimental, roman pédagogique, roman fantastique, roman philosophique…et même tous à la fois. Cette ouverture du roman, qui en fait un genre de foisonnement et qui le distingue donc des autres genres, laisse au lecteur la chance de trouver un roman qui lui correspond.
D’autre part, le roman est un genre littéraire qui peut se lire sur plusieurs niveaux de lecture, invitant le lecteur à l’interprétation et au questionnement. C’est le cas d’Ulysse de James Joyce : il est possible de repérer trois niveaux de lecture différents, offrant aux lecteurs trois approches de lectures différentes : un niveau socio-historique (Joyce décrit la société Dublinoise du début du XXe siècle), un niveau mythologique (l’histoire de l’Odyssée semble transposée à l’Irlande de l’époque) ainsi qu’un niveau de « flux de conscience » (Ulysse est presque un monologue intérieur, un monde intérieur des phrases qui nous traversent). Cette multiplication des niveaux de lectures permet à la fois de satisfaire une plus large majorité de lecteurs, mais offre aussi la possibilité de lecture à des lecteurs plus ou moins aguerris. En effet, le roman ne demande pas forcément un « background » culturel important pour être accessible, alors que d’autres genres comme le théâtre ou la poésie nécessitent quelques connaissances pour en apprécier les subtilités. Ulysse n’est toutefois pas un bon exemple de roman à la porté de tous par les nombreuses références culturelles auxquelles fait allusion James Joyce tout au long du roman. En revanche, un roman d’analyse tel que Thérèse Desqueyrous de François Mauriac en est un, dans la mesure où l’œuvre ne nécessite pas de connaissances particulières pour être appréciée.
Ainsi, le roman plait parce qu’il est un genre accessible à tous, dans lequel chacun peut trouver ce qu’il cherche, tant l’auteur est libre au niveau de la rédaction. Cependant, le roman n’est pas seulement plaisant parce que le lecteur trouve une forme textuelle, une focalisation qui lui plait. Derrière les procédés stylistiques, une histoire se raconte. Elle permet au lecteur de s’identifier aux personnages de l’histoire, d’en savoir plus sur autrui et enfin d’apaiser un désir d’évasion.
Un roman, c’est une histoire, c’est des personnages qui agissent dans un monde fictif. La diversité des romans qui existent permet à tous de s’identifier à un personnage : c’est le cas de nombreux adolescents qui se retrouvent dans le personnage de Holden dans l’Attrape-Cœur de J.D. Salinger : ce jeune garçon erre dans New-York pendant une fugue et symbolise l’adolescent révolté. Dans les romans réalistes du XIXe siècle, les personnages sont ordinaires, invitant le lecteur à se familiariser avec le personnage qu’il trouve semblable à lui-même. C’est une sorte d’ego expérimental. Dans le Rouge et le Noir de Stendhal, le lecteur peut s’identifier à Julien Sorel et à son histoire d’amour vouée à l’échec avec Mme de Rénal ; ce type de roman est dit d’apprentissage. La multiplication des « antihéros » au siècle dernier prouve ce besoin de se retrouver dans un personnage : dans Aurélien de Louis Aragon, Bérénice, la femme dont est épris le héros éponyme est laide, allant à l’encontre de la figure traditionnelle du héros stéréotypé « beau et vertueux ». Toutefois, il n’est pas possible de se retrouver dans tous les personnages, mais la confrontation à autrui permet une réflexion sur soi même. Le personnage de roman permet donc d’en apprendre plus sur soi.
Le roman a aussi un côté moins reluisant dans ses ‘atouts de séduction’ : le lecteur cherche souvent autre chose qu’une identification au personnage, il cherche une histoire qui le touche. Et cette histoire passe par une sorte de voyeurisme : lors de la lecture d’un roman, le lecteur en apprend plus sur la vie d’autrui, les mœurs, le mode de vie…Pourquoi le roman a-t-il été décrié pendant de nombreux siècles ? Parce que, au delà d’un besoin de comparaison, l’homme est curieux des autres, ainsi que des deux grandes « questions » qui régissent sa vie, à savoir, l’amour et la mort. L’amour, d’une part : avec tout le tabou qui entoure le sexe, le lecteur est curieux des pratiques sexuelles des autres. Qui n’a jamais cherché dans les pages d’un roman, la scène érotique ? D’autre part, ce mystère qui entoure la mort en fait un sujet de choix, la mort demeure intrigante. Tous les romans parlent de cela : à titre d’exemple, Raymond Radiguet décrit dans le Diable au Corps la passion amoureuse, pendant la première guerre mondiale, entre François, le narrateur, un jeune homme de seize ans et Marthe, sa maitresse, qui est l’épouse d’un soldat au front : l’histoire plait parce qu’elle prête au scandale. Le roman s’achève sur le décès de Marthe et le désarroi du narrateur. Par ailleurs, l’histoire d’amour de Tristan et Yseut illustre ces deux thèmes, elle est d’ailleurs sous-titrée Histoire d’Amour et de Mort. Avec la séparation de l’église et de l’état après les philosophes des Lumières, et le recul de l’influence de l’église qui condamnait le roman parce qu’il traitait d’amour et de mort, le roman a pu se développer et trouver de nombreux lecteurs, sensibles à l’histoire qu’il raconte (l’amour et la mort).
Enfin, les histoires sont un moyen pour le lecteur de s’échapper. Ce désir d’évasion est possible grâce aux différents rebondissements des histoires. Le roman permet de vivre des actions en restant dans sa chambre. Il est possible de découvrir des tas de choses sur la vie : vivre des choses sans les connaitre. Le lecteur vit alors par procuration, d’où l’importance de l’identification au personnage. Pour stéréotyper, nous pourrions dire que les célibataires lisent des romans sentimentaux parce qu’ils ont un besoin d’amour, d’où la multiplication des romans de « gare » ou romans « a l’eau de rose », dans lequel l’héroïne est souvent une femme trentenaire, seule, qui fait attention à elle, et qui finit par trouver « le prince charmant », c’est le cas de romans comme L’accro du shopping de Sophie Kinsella. D’autres, interesse par l’antiquite, lisent des romans historiques comme ceux d’Odile Weulerse : le lecteur se retrouve dans un autre monde. Le roman a donc aussi un intérêt dans ce sens : le lecteur lit pour vivre autre chose que sa réalité.
L’histoire racontée par le roman est très importante : elle permet au lecteur de s’identifier, d’apaiser son désir de s’informer sur autrui, et de s’évader. Le roman serait alors perçu comme un échappatoire du réel. Ce rapport entre le roman et la réalité intrigue le lecteur qui a besoin de vraisemblance, mais le roman reste fiction, d’où le paradoxe. Le roman donne toutefois une image de la réalité à travers la vision de l’auteur.
Pour beaucoup, le roman est une représentation du monde dans lequel nous vivons. Il s’agit de ne pas confondre réalité et romanesque : c’est en effet ce qui a tué Emma Bovary, qui lisait trop de romans de W. Scott et qui avait alors une vision déformée de la réalité, dans Madame Bovary de Flaubert. Ce « symptôme » lié à la lecture de roman, qui pourrait être surnommé « bovarysme » est bien compréhensible : le lecteur oublie que, si le roman est une représentation du monde, il n’en demeure pas moins une fiction. Platon, grand penseur de la philosophie, au Ve siècle avant JC, condamnait les œuvres d’art, qui, selon lui, n’étaient que mimétiques et donnaient une vision déformée de la réalité. C’est ce paradoxe qualifié de « mentir-vrai » par le recueil de récits éponyme d’Aragon (1980) qui intéresse le lecteur. Le lecteur cherche la vraisemblance : d’où le succès des romans épistolaires comme Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos (XVIIIe siècle), ou plus récemment Inconnu a cette adresse de Kressmann Taylor (XXe siècle), ou des romans-mémoires comme La vie de Marianne de Marivaux (XVIIIe). Le roman demeure toutefois une fiction. Cela explique sans doute le besoin de certains écrivains de construire un réel monde à l’intérieur du roman comme les Rougon-Macquart d’Emile Zola, ou la Comédie Humaine d’Honoré de Balzac.
Au delà de l’ambiguïté entre réalité et romanesque, le roman est l’œuvre d’un auteur et donc transmet une vision de celui-ci. Ainsi, le roman est une fiction, toutefois « un roman c’est comme un miroir que l’on promène le long d’un chemin » écrivait Stendhal dans Le Rouge et le Noir. Le roman serait alors une transmission de la vision de l’auteur et donc un moyen de comprendre le monde. Prenons l’exemple de Voyage au bout de la nuit. Ce roman de Céline donne un aperçu de la vision très noire de l’auteur sur son siècle à travers l’histoire fictive d’un soldat pendant la guerre de 14-18. De même, « Le romancier est l’historien de ce qui ne se voit pas » disait Charles Plisnier, poète-romancier, auteur d’Eve aux sept visages. En écrivant, le romancier donne une parcelle de son intimité puisqu’il utilise son imagination pour créer des personnages, une histoire…Il est donc influencé par son époque et par le monde dans lequel il vit, ce qui ressort dans les romans. Le lecteur a un besoin de comprendre le monde qui l’entoure : il utilise donc la vision d’un autre, au travers d’un roman, qui est, certes, une représentation fictive de la réalité mais qui permet en fait de la comprendre. Cette compréhension du monde est particulièrement recherchée aujourd’hui puisqu’avec les nouvelles technologies, la mondialisation, le monde change à une vitesse effrayante. L’auteur imprime une monde immuable dans son roman puisque, d’après Kantor, à l’intérieur de son monde, l’artiste maitrise son propre univers. Le roman plait donc pour son rapport à la réalité et à la vision du monde que l’auteur transmet.


En somme, le roman a du succès car il n’a pas de règles, il est abordable à chacun, il parle de personnages auxquels il est possible de s’identifier dans une histoire qui intéresse et qui permet de s’évader, il intrigue le lecteur par sa vraisemblance dans la fiction et offre une vision du monde de l’auteur. Déjà présent dans l’antiquité avec le Satiricon de Pétrone, remis en cause au XXe siècle par le surréalisme et le Nouveau Roman, le roman est un genre prisé qui a encore de nombreux succès devant lui. L’ « industrie » du livre y est pour quelque chose : dans toutes les librairies et grandes surfaces, le roman est mis en avant, présenté de façon attrayante, contrairement aux autres genres comme la poésie, l’essai ou le théâtre, entretenant le phénomène de succès du roman. Cependant, il semble concurrencer par l’autobiographie. En effet, dans un monde ou tout glorifie la célébrité, le besoin de s’identifier à un « monsieur tout-le-monde » réel et non fictif persévère, d’où l’engouement pour le récit autobiographique, comme les livres d’Annie Ernaux ou comme l’Amant de Marguerite Duras, qui raconte son aventure amoureuse romancée avec un chinois de deux fois son âge dans l’Indochine coloniale. N’oublions toutefois pas que l’autobiographie est souvent, presque toujours, de l’autofiction, et donc un roman de soi-même.


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