Publié le 03/05/2009 à 12:00 par lireenpremiere
http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/vie_oeuvre/
Rainer Maria Rilke (1875-1926), l’Ouvert et la métamorphose
« Quand j’eus commencé de causer avec lui, il me sembla que c’était la première fois que je parlais avec un poète. Je veux dire que les autres poètes que j’avais approchés, si grands qu’ils fussent, n’étaient cependant poètes que par l’esprit ; hors leur travail, ils vivaient dans le même monde que moi, avec les mêmes êtres. (…) Mais à mesure que Rainer Maria Rilke discourait (…) je m’évadais enfin de l’enfer du logique, du labyrinthe du possible. Avec lui, j’échappais à ces méandres sans but, j’aboutissais quelque part » écrit Edmond Jaloux.
Rilke est en effet poète dans le moindre de ses actes, dans ses lettres aussi magnifiques qu’émouvantes, dans ses textes et ses poèmes. Il est pour cette raison, celui dont la lecture peut permettre à tout lecteur d’entrer dans la poésie à son sommet — qu’on y entre par les très directes
Lettre à un jeune poète ou par les amples
Élégies de Duino ou
Les Sonnets à Orphée.
Né à Prague en 1875 et mort en Suisse en 1926, Rilke a passé sa vie à voyager, à la recherche d’un lieu, d’une habitation où le travail puisse s’accomplir et la poésie trouver son juste écho. En rien, jamais il n’a cédé à l’exigence la plus extrême. Aussi lire Rilke est-ce trouver un très profond réconfort. Car il est la poésie même comme le souligne Marina Zvétaieva, dans une lettre qu’elle lui écrivit le 9 mai 1926 : « Vous n’êtes pas mon poète le plus aimé (“le plus aimé” : graduation), vous êtes un phénomène naturel qui ne peut être mien, que l’on ne peut aimer, seulement affronter, ou (encore insuffisant) cela dont naît la poésie et qui est plus grand qu’elle (vous). »
Or c’est d’autant plus essentiel que nous souffrons, avant toute chose, comme nous l’a appris Rilke, d’être loin de la poésie, privés d’elle. La poésie non comme jeu dans l’écriture, mais comme ouvrant à ce qui survient dans ce mouvement de métamorphose que nomme Rilke.
Invités
Philippe Jaccottet. Poète, auteur de la traduction et de la postface des Élégies de Duino (La Dogana).
Jean-Michel Maulpoix. Poète, commentateur des Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke(Gallimard, "Folio").
Jean-Yves Masson. Poète, auteur de la traduction et de la postface de Chant éloigné (Verdier) et des Élégies duinésiennes (Imprimerie Nationale, "La Salamandre").
Karine Winkelvoss. Maître de conférences en Langues et littératures germanique et scandinaves à l'Université de Rouen, auteur de Rilke, la pensée des yeux (Sorbonne Nouvelle) et de Rainer Maria Rilke (Belin).
Hadrien France-Lanord. Philosophe.
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Publié le 02/05/2009 à 12:00 par lireenpremiere
Il me manque une dizaine de copies de commentaire d'un poème d'Apollinaire. Ce n'est pas admissible.
Certains se préparent de très mauvais dossiers de 3ème trimestre. Je rappelle que vous aurez besoin de vos bulletins de 3ème trimestre de premiere pour les dossiers d'orientation l'année prochaine.
La plupart d'entre vous ont déjà pris leur joker aux trimestres précédents.
Publié le 01/05/2009 à 12:00 par lireenpremiere
En hommage à Martine Broda, LAURA/L’AURA
« L’aura : l’être-à-la-mort éblouissant. Tissée par le temporel, elle est, mortelle, l’évanescence de la beauté et son voile, la dignité de la chose éphémère, l’éclat de la sublimité. Ou encore, la splendeur de notre condition, puisqu’être, irrévocablement, de cette terre est, en dépit de tout, splendide, comme le disait Rilke. L’homme a éternellement besoin d’aura, et si on persiste à la lui refuser, il y a danger de régression à toutes les formes du sacré même religieux, avec son cortège d’intolérances, à la valeur cultuelle de l’œuvre inaccessible et unique, reflet de l’inaccessibilité et de l’unicité du dieu. À la sauvagerie du mythe.
À l’égal, peut-être, de la photographie, qui donne de l’être au passé, confrontant le temps fragile à l’éternité qui le ruine, le lyrisme, même le plus moderne, est l’ultime refuge de l’aura. Puisqu’il n’a d’autre fonction que de la capturer, en fixant avec des mots ses instantanés, ici et maintenant, les moments épiphaniques, même sans resacraliser. Ce qui est absolument, tragiquement moderne, c’est que l’aura ne brille jamais mieux que sur le fond de son déclin, et que l’illumination qui nous reste, déchirante et brève, est profane. En dépit des atrocités du monde moderne, le lyrisme illumine nos dernières raisons de vivre ― comme l’amour.
Martine Broda, « Lyrisme et aura » in L’amour du nom, Essai sur le lyrisme et la lyrique amoureuse, José Corti, 1997, pp. 245-246.
poète et traductrice de poésie, notamment de Paul Celan, morte ces jours-ci.Nous sommes tous "des passantes"
Publié le 29/04/2009 à 12:00 par lireenpremiere
Publié le 29/04/2009 à 12:00 par lireenpremiere
[
url]Qu’est-ce que l’esthétique de la surprise?[/url]
1.La surprise, ressort de l’esprit nouveau :
« L’esprit nouveau est également dans la surprise.C’est ce qu’il y a en lui de plus vivant, de plus neuf. La surprise est le grand ressort du nouveau.C’est par la surprise, par la place importante qu’il fait à la surprise que l’esprit nouveau se distingue de tous les mouvemenst artistiques et littéraires qui l’ont précédé. » Conférence de 1917
Alcools manifeste de cette esthétique, constitutive de l’art modrne, cf les peintres amis de l’auteur.
2. La recherche de la variété : diversité des formes poétiques, apparence disparate de la composition.Innovations formelles mêlées à des réminiscneces de tradition et à une inspiration livresque et eclectique.
Appel à des lecteurs très diversifiés : « je voudrais qu’aimassent mes vers un boxeur nègre américain, une impératrice de Chine,une jeune femme de bonne race française, une jeune paysanne iatlienne et un officier anglais des Indes. » Lettres à sa marraine
3.La juxtaposition des registres : constant mélange des niveaux de langue, des types d’énoncés, des registres qui créent des dissonances souvent humoristiques ou de ruptures de ton. Ainsi le sacré se mêle au profane dans Zone, l’ermite.Contrastes entre les mots rares et triviaux cf Chanson du mal aimé : un cul de dame damscène
Palais : Dame de mes pensées au cul de perle fine/Dont ni perle ni cul n’égale l’orient. : mélange burlesuqe de registres.
Le lyrisme, l’élégie ou la mélancolie se trouvent ponctués par des touches de fantaisie et d’humourcf dans salomé, l’évoaction tragique de l’épisode biblique se clôt par une strophe ludique de comptine et désacralise le mythe.
4.Le principe de discontinuité : d’une pièce à l’autre de son recueil mais aussi à l’intérieur des poèmes et même des vers : esthétique du collage sans lien logique manifes cf 1909, Fiançailles, caractère énigmatique du recueil.
Procédés : énumérations hétéroclites v161 à 165 de Vendémiaire
Fragmentation de al syntaxe , soulignée par l’absence de ponctuation
Asyndète : rupture de construction
Collages polyphoniques d’énoncés : cf Les Femmes
Indécision sur l’instance narrative, énonciative.
5.Des images insolites : comparaisons et métaphores cf Soleil cou coupé dans Zone, appositions qui génèrent des images saisissantes en supprimant tout lien logique, « mains feuilles de l’automne », métaphores filées, litanies. Humour des rapprochements ; » c’est la lune qui cuit comme un oeuf sur le plat » : Les Fiançailles
L’inspiration mythique d’Apollinaire dans Alcools ( d’après le dossier NRP)
1.Une oeuvre éclectique:
Le goût du syncrétisme et de l’ésotérisme.
Minimise ses lectures par coquetterie, mais passion pour la mythologie et les légendes les plus diverses, allusions à des mythes paiens et judeo-chrétiens, mêle les inspirations et les époques pour réinterpréter sa propre existence et créer sa mythologie personnelle. Mythe : occasion d’une transfiguration.
2. Les mythes antiques : réécriture du mythe d’Orphée cf héros de « la chanson du mal aimé » errant dans la « demi brume » londonienne pleure la perte de sa bien aimée perdue et se plaint des ‘ombres infidèles » qui le rendent ‘si malheureux ».
Allusion aussi à Ulysse, à son retour à Ithaque, mêlée à ds références au Pharaon d’Egypte.
Dasn « le Brasier » : phénix, symbole de renaissance et evoque la figure d’Amphion, fils de Zeus et d’Antiope, qui édifia les remparts de Thèbes au seul son de sa lyre qui faisait se mouvoir les pierres.
Vendémiaire : mythe d’Ixion.
Allusions aux sirènes...
3.Les références judeo-chrétiennes :
La Mer rouge traversée par les Hébreux dans la chanson du mal aimé
Salomé dansant pour Hérode et obtenant la tête de Jean-Baptiste ( topos littéraire des Symbolistes et décadents)
Références à la Passion du Christ : le larron, l’ermite, un soir, les fiançailles et Zone.
Apollinaire compare le martyre du Christ aux souffrances du poète oscillant entre ses amours maudites et l’espoir symbolique d’uen résurrection. Parfois proche du blasphème, fantaisie et dérision jamais loin.) allusions obscènes dans l’ermite, ascension du Christ comparée à l’aviation moderne dans Zone)
4.Légendes médiévales découvertes à l’adolescence : Merlin cf L’enchanteur pourrissant ( 1909) :Merlin et la vieille femme
5 Folklore germanique : La loreley, figure de sirène maléfique attirant par son chant les bateliers venus s’échouer au pied d’une falaise bordant le Rhin, réécriture de textes de Brentano et de Heine, poètes allemands.autres personnages typiques : sorcières, nixes nicettes, tziganes, brigands (Schinderhannes)
Registre féérique qui envahit les scènes de la vie quotidienne et populaire. ( Rhénanes)
Apollinaire en brassant ses mythes réécrit les données de sa propre histoire, poétise l’expression de la souffrance en l’inscrivant dans une culture plus large et plus universelle.Il s’identifie au Christ, au larron, à Merlin mais aussi à la Loreley s’interrogeant sur l’énigme de sa propre identité et sur ses difficultés relationnelles. Cf Cortège !
L’Automne pour Apollinaire.
Pour lui comme pour tant d’autres poètes il s’agit d’une saison de prédilection. La mort de l’été, les vendanges de septembre, l’approche de l’hiver offrent une gamme infinie de couleurs et de symboles aux auteurs d’élégie et de méditation sur la fuite du temps. Les romantiques en avaient fait l’un de leurs motifs favoris. Il s’agit donc d’un thème presque banal et qu’Apollinaire s’approprie de façon originale.
1. Récurrence du mot dans le recueil : saison emblématique du poète dans « Signe » : « je suis soumis au Chef du Signe de l’automne »
Apollinaire est né au début de l’automne sous le signe de la Vierge.
Parfois il féminise le genre de cette saison : « Mon automne éternelle ô ma saison mentale », il l’associe aux souffrances de l’amour, au déclin, dans des images parfois macabres et violentes : « les mains des amantes jonchent ton sol ».
« Colchiques » dont le dernier mot est « automne » annonçait cette idée : le pré est joli mais vénéneux en automne.
« Marie » évoque « tes mains feuilles de l’automne »
Thème de l’infidélité : « l’automne a fait mourir l’été ».
Rhénane d’automne : jour des morts.
Vendémiaire : saison bachique de l’ivresse poétique : » Que Paris est beau à la fin de septembre ».
2. Les prédecesseurs : le 16 ème siècle préfère le printemps mais trouver le poème de Ronsard « Hymne à l’Automne « ( poète déjà placé sous le signe de la fureur divine et poétique).
Peu de place au 17ème siècle, au 18ème siècle quelques beaux vers de Delille dont Lamartine se souviendra :
« Là si mon coeur nourrit quelques profonds regrets,
si quelque souvenir vient rouvrir nos blessures,
J’aime à mêler mon deuil au deuil de la nature »
19ème siècle : Mémoires d’Outre- tombe de Chateaubriant : ces feuilles qui tombent comme nos ans, ce soleil qui refroidit comme nos amours...
Lamartine reprend l’image des feuilles, appelée à devenir un cliché littéraire et celle du deuil de la nature faisant écho aux souffrances de l’homme : cf « Salut bois couronné d’un reste de verdure...(...) le deuil de la nature convient à ta douleur. »..
Plus tard Baudelaire se tourne lui aussi vers l’automne cf « Spleen » : « C’était hier l’été voici venir l’automne...
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ »
Verlaine : « Chanson d’automne » : « il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville... »
Symboliste Jean Moreas, plus décadent Jules Laforgue, plus Jacques Prévert : Les feuilles mortes.
Suffisamment d’exemples pour monter la dimension symbolique du thème et la façon dont Apollinaire l’utilise pour révéler ses propres angoisses et obsessions.
Apollinaire pratique énormément la réécriture et la variation sur des thèmes connus, y compris à l’intérieur de sa propre œuvre : cf Loreley, Salomé, Merlin, Le larron etc
!
Cubisme et futurisme, l’environnement artistique d’Alcools.
Alcools paraît en 1913, en pleine période d’ébulition artistique et intellectuelle. Apollinaire est un poète passionné de peinture, ami des artistes les plus en vue de l’époque, curieux des mouvements avant gardistes qui se manifestent dans les arts plastiques mais aussi la musique et la littérature. D’une part il en subit l ‘influence, et de l’autre, il joue lui-même un rôle décicif dans cette explosion des formes et des langages. L’écrivain qui comprend et explique la peinture moderne mieux que personne est lui-même dans son domaine un novateur averti des théories les plus avancées de ses pairs, etd ont la poésie peut à son tour inspirer des amis peintres et écrivains. Apollinaire se flattait d’ailleurs d’avoir, par ses écrits sur l’ar,t eu une influence en Europe.
Un mois avant la publication d’Alcools, Apollinaire fait paraître Les Peintres Cubistes, Méditations esthétiques. Qui sont ces peintres cubistes et en quoi consiste leur art, découvert par le grand public deux ans auparavant en 1911, et objet d’un scandale mémorable ?
Autour des peintres Georges Braque et pablo picasso, rejoints par Marcel duchamp et Robert Delaunay s’élabore au début du siècle une esthétique révolutionnaire de la peinture et de la représentation. Deux éléments sont au centre de cette approche radicalement nouvelle- mais dont l’origine est à chercher dasn la peinture de Cézanne et dans certaines influences venues d’afrique ou de ce que l’on appelle les arts premiers. ( voir Zone)
-l’utilisation des formes géométriques ( cylindres, cônes, sphères, cubes...0 contribuant à donner une image ‘analytique », éclatée par la décomposition de ses formes élémentaires ;
-l’approche dite de la représentation simultanée ( ou simultanéisme) qui consiste à abandonner le point de vue unique de celui qui peint comme de celui qui regarde et à multiplier les angles de vision qui démultplient la perspective. D’où ces vidages doubles ou triples synthétisant le sprofils justaposés d’un modèle.
La tentation est forte de vouloir retrouver cette vision éclatée dans les téléscopages de thèmes et de structures du recueil d’apollinaire. Faute de pouvoir analyser avec précision la construction, on est amené parfois à la qualifier de ‘cubiste’. Il est vrai que le poète multiplie lui aussi les points de vue et les émotions les plus divers et que son livre est fait de morcellements et de fragmenst juxtaposés. Le portait du poète picasso qui illustre la couverture de l’édition originale, et la publication conjointe de l’étude de l’écrivain sur la peinture cubiste, suggèrent une assimilation de sa manière à celle de ses amis plasticiens. On a d’ailleurs pris l’habitude de considérer le mouvement cubiste comme représentant toutes les formes- et pas seulement picturales- du renouveau artistique du début du XXème siècle. Il faut prendre garde à ne pas pousser trop loin le parallèle. Apollianire ne voulait pas entendre parler de cubisme littéraire. Le travail du peintre n’est pas celui de l’écrivain. Il reste que des convergences de sensibilité et d’imagination sont évidentes.
Apollinaire a entretenu de véritables amitiés avec les peintres qui allaient devenir fameux : Picasso et la bande du Bateau Lavoir.
Il fréquenta Picasso dès 1904 lors que le peintre espagnol s’installe dans son atelier appelé le « Bateau Lavoir ». Cette bâtisse délabrée au coeur de Montmartre a été surnommée ainsi par le poète Max Jacob car elle lui rappelait la maison des lavandières.Là dans une misère à peine tempérée par quelques ventes de tableaux se retrouvent des artistes qui deviendront célèbrent dans uen atmosphère joyeuse : Matisse, Cocteau, Braque, derain. C’est là qu’il rencontre une femme peintre Marie Laurencin..
Ces jeunes peintres décidèrent de rendre hommage au Douanier Rousseau lors d’un banquet organisé en son honneur fin novembre 1908. Ce peintre original qui ne commença à peindre qu’à 44 ans est habituellement rangé sous l’étiquette des « naïfs ». il a peint en particulier un tableau intitulé La Muse inspirant le poète qui représente Apollinaire et Marie Laurencin en 1909.Elle eut une relation amoureuse tumultueuese avec apollinaire et ils se séparèrent finalement en 1912. cette rupture affecta beaucoup le poète : cf Marie, Le pont Mirabeau, même si l’écriture poétique gomme la dimension biographique.
Marie Laurencin a peint au début de leur amour en 1908 un tableau intitulé Au bateau Lavoir ou Apollianire et ses amis : le poète trône au centre entouré de Fernande picasso, Picasso, la chienne de picasso et marie elle même.
C’est au Bateau Lavoir que Picasso laisse découvrir à ses amis majoritairement réticents, son grand tableau révolutionnaire Les Demoiselles d’Avignon qui en 1907 tend la main aux arts primitifs d’Océanie et d’Afrique, lançant ainsi la recherche picturale que l’on appellera bientôt le « cubisme ». (VOIr ces tableaux en ligne)
Le futurisme
L’influence du poète Marinetti promoteur du futurisme est également à signaler, sans que cette influence soit pour autant aussi forte qu’on ait voulu parfois le suggérer. Le manifeste futuriste date de 1909, date de parution dans le Figaro. Ses auteurs se veulent ennemis du passé et vantent les aspects le splus modernes de la vie : usine, machines, automobiles dont la poésie doit selon eux restituer la dynamique. Pour ce faire, ils préconisent une écriture sans ponctuation, sans marques de liaison, faite de verbes à l’infinitif éviant les adverbes et les adjectifs, dasn une syntaxe volontairement brisée. Bien entendu sont reniés à la fois le Romantisme et le Symbolisme des générations précédentes. Le radicalisme de ces théories n’est nullement partagé par Apollinaire. Pour ce dernier, tradition et modernité sont deux momenst inséparables de la vie artistique, il s’agit donc « d’embrasser d’un coup d’oeil le passé, le présent et l’avenir »
Ni imitation d’une tradition ni rejet de l’histoire, la poésie d’Apollinaire chante le présent, fruit du passé et grane pour l’avenir. Sa suppression de la ponctuation doit moins à Marinetti qu’à un gout d’apollinaire pour la fluidité du vers. Apollinaire est passionné par l’aventure artistique de son temps mais il n’appartient à aucune doctrine. Il dialogue avec les peintres, ses ami,s comme en témoigne un poème tel que « Saltimbanques » qui rappelle l’attention manifestée apr Picasso à ce monde nomade du spectacle populaire dans son tableau de 1905 Les Bateleurs ou Famille de saltimbanques.
Publié le 29/04/2009 à 12:00 par lireenpremiere
Publié le 28/04/2009 à 12:00 par lireenpremiere
La beauté
Je suis belle, ô mortels! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.
Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris;
J'unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.
Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études;
Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles:
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles!
Hymne à la beauté
Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abime,
Ô Beauté ? ton regard infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l'on peut pour cela te comparer au vin.
Tu contiens dans ton oeil le couchant et l'aurore;
Tu repands des parfums comme un soir orageux;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l'enfant courageux.
Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.
Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques;
De tes bijoux l'Horreur n'est pas le moins charmant,
Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.
L'éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L'amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l'air d'un moribond caressant son tombeau.
Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe,
Ô Beauté, monstre énorme, effrayant, ingénu!
Si ton oeil, ton souris, ton pied, m'ouvrent la porte
D'un Infini que j'aime et n'ai jamais connu ?
De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène,
Qu'importe, si tu rends, - fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum lueur, ô mon unique reine ! -
L'univers moins hideux et les instants moins lourds.
Publié le 28/04/2009 à 12:00 par lireenpremiere
Ma bohême. (Fantaisie)
Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !
Mon unique culotte avait un large trou.
- Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
- Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
Des mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !
Sensation
Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue,
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la nature, heureux comme avec une femme.
mars 1870
Publié le 26/04/2009 à 12:00 par lireenpremiere
Publié le 26/04/2009 à 12:00 par lireenpremiere
Questions
1.
Justifier le titre « Trois personnes entrées dans des tableaux »
Parmi les pièces de théâtre de Jean Tardieu, poète-dramaturge du XXe siècle, l’une met en scène trois personnages, l’Homme, la Femme et le Voyageur, qui évoluent dans un univers étrange composé de tableaux. Cette pièce s’intitule d’ailleurs « Trois personnes entrées dans des tableaux ». Comment expliquer le choix du titre ? C’est à la fois un titre qui interpelle le spectateur/lecteur et qui correspond à l’intrigue de la pièce.
En premier lieu, le titre déroute : trois personnes entrées dans des tableaux, ce n’est pas commun, d’autant plus qu’il s’agit du titre d’une pièce de théâtre et qu’il est question de personnes et non de personnages. D’ores et déjà, le titre frappe donc sur l’ambigüité du statut accordé aux différents caractères de la pièce. En effet, une pièce de théâtre implique des personnages, des êtres de fiction qui prennent corps quelques heures lors de la représentation mais qui demeurent des êtres fictifs qui n’existent pas dans la réalité. Or, Tardieu emploie ici le nom de « personne », ce qui ancre le texte dans une forme de réalité et affirme d’autant plus l’illusion théâtrale qui consiste à confondre fiction et réalité. Toutefois, ce procédé d’illusion est apaisé par la suite du titre « entrées dans des tableaux ». On n’entre pas dans des tableaux, on les regarde. Un tableau est une œuvre fixe, qui ne change pas. Le titre attise la curiosité de celui qui le lit. Au delà de la lecture, celui qui prend connaissance du titre peut déjà se poser la question de la mise en scène avant même d’avoir pris connaissance de l’histoire. Des tableaux, cela implique peut être une mise en scène particulière ? Le titre est un élément déterminant de la pièce : c’est lui que le futur spectateur connait lorsqu’il achète des billets pour un spectacle, c’est lui que le futur lecteur lit en premier lorsqu’il emprunte ou achète le texte…c’est donc lui qui donne envie ou non au lecteur/spectateur de lire/voir la pièce. La première justification du titre de la pièce de Tardieu, avant même de s’intéresser à l’intrigue, est l’originalité du titre qui interpelle le lecteur et le spectateur car il donne envie de comprendre de quoi il s’agit. Il installe une sorte de suspense, d’effet d’attente et laisse le futur lecteur ou spectateur dans une potentialité d’interprétation et d’imagination qui contribue à donner l’envie de lire et de voir.
D’autre part, le titre se justifie, évidemment, par l’intrigue de la pièce. En effet, la pièce met en scène trois personnages, la Femme, l’Homme et le Voyageur sur lesquels sont projetés tableaux. Pourquoi ces personnages sont-ils nommés « personnes » dans le titre ? Le texte théâtral met en scène des personnages qui décrivent les sensations, les perceptions et émotions que suscite l’entrée dans les tableaux. Pour citer le texte : « Depuis que je suis entrée dans ce tableau/ je me sens bien. » En faisant résonner la voix des personnages dans un présent fictif : description des émotions, utilisation d’élément de la réalité comme les références aux tableaux et aux peintres, les personnages parviennent à accéder à un aspect très humain, une forme de réalité, qui justifie peut être la dénomination « personnes ». Le texte, par l’intermédiaire des personnages, explique clairement qu’ils sont dans les tableaux « entrée dans ce tableau, moi je dois m’en aller dans un autre tableau ». Chacun des personnages (au nombre de trois) est caractérisé par un peintre : des tableaux des Braque sont toujours projetés sur la femme, des tableaux de Miro sur l’Homme et des tableaux de Chagall sur le Voyageur. S’ensuit alors des dialogues entre les uns et les autres sur leur séparation, sur la suspension du temps, sur l’absence de pesanteur, sur la possibilité d’impossible (« quand je m’avance tout cède »), sur l’existence de plusieurs mondes « l’horloge de ce monde-ci », « dans un autre monde, dansez ». Les univers décrits par les trois personnages sont donc bien assimilables à ceux de la peinture et des tableaux : la possibilité de modifier les dimensions, l’existence d’un monde dans chaque tableau, l’immobilité du tableau comparable à la suspension du temps…Les trois personnages semblent bien des sortes de « personnes » par leur résonnance dans la réalité « entrée dans des tableaux », d’où le titre, qui justifie l’intrigue, bien qu’il soit étonnant à la première lecture.
2.
Expliquer l’indication donnée par l’auteur « Poèmes à jouer »
La pièce de Jean Tardieu intitulée « Trois personnes entrées dans des tableaux » est tirée d’un recueil de pièces « La Comédie de la Comédie », indiquée « Poèmes à jouer ». Cette indication particulière donnée par l’auteur peut se comprendre lorsque l’on s’intéresse aux différentes répliques des personnages. En effet, le texte, bien qu’il soit sous la forme de répliques de pièces de théâtre, peut aussi bien être considérer sous une perspective poétique tant sur le fond que sur la forme.
D’une part, les répliques de chacun des personnages ne sont pas présentées sous forme d’un texte en un seul « bloc » mais sous forme de vers, donc avec un souci de la forme du texte et du rythme des phrases, propre à la forme du poème.
D’autre part, de nombreux procédés stylistiques tout au long du texte contribuent au jeu sur le travail de la langue et insistent sur l’aspect poétique du texte. Des comparaisons inhabituelles, incongrues et avec chaque fois un mot en plus « belle comme une pomme/ come une pomme de terre/ comme une pomme de terre de feu/ comme une pomme de terre de feu de bois » illustrent cela. De même, certaines énumérations « dans ta magnificence, dans ta royale plénitude, dans ta rigueur dans ta majesté grave heureuse présente, bâtie équilibrée porteuse apaisée souveraine » mettent en place une tonalite poétique avec le jeu entre les adjectifs et les noms rares. La tirade de l’Homme, qui disparait dans le fond de la scène, décrit le monde dans lequel il se trouve par une succession de groupes nominaux, parfois dépourvus de ponctuation à la manière d’Apollinaire, (« absolu élément de mon œil navigateur / absolu élément de mon plaisir de voir »), mais ponctués de répétition (« du bleu du bleu du bleu ») et se présente véritablement sous la forme d’un poème en vers, avec des groupes nominaux à la ligne pour remplacer la ponctuation, des effets de style…
Enfin, le texte exprime par certains aspects un lyrisme : chacun exprime ses sentiments « je plane et vais sans fin sans peur j’invente », « je ne crains pas ce silence », « ma gaieté amère »…et le texte évoque aussi la nature « la pomme », « la terre », « espace », « ciel », « paysages » ainsi qu’un monde imaginaire « grand va-et-vient légendaire », « ciel sur ciel », « terre sur terre », « neige pourpre », « anges paysans en casquette » qui renvoient aux thèmes traditionnels de la poésie.
Par tous ses aspects, le texte de Tardieu peut se rapprocher de la poésie. Or n’oublions pas que nous sommes dans une pièce de théâtre et que le texte est avant tout destiné à être jouer, l’indication de Tardieu « Poèmes à jouer » semble donc plus que justifiée, nous avons bien à faire à de la poésie dans le théâtre.