par Françoise Estèbe
Réalisation Nathalie Triandafyllidès
Pour le centenaire de la naissance de Guillevic, la ville de Carnac où il vit le jour en août 1907 a inauguré un site de mémoire au cœur d’une lande néolithique où ont été inhumées les cendres du poète. Il y a là cinq pierres, comme des pierres de méditation. Un tombeau dans l’esprit des sépultures mégalithiques pour celui qui se ressentait « homme de la préhistoire ». Guillevic avait appris à marcher au milieu des menhirs, et les paysages sauvages de sa Bretagne natale ont modelé à vie son imaginaire. Il y avait déjà un élan animiste chez l’enfant solitaire et mal-aimé qui se réfugiait au cœur des rocs et des landes pour d’improbables dialogues avec les pierres, de tendres rencontres avec les cailloux, tous « différents comme les jeunes filles », et une communion de silence avec la Nature. Guillevic abandonna la foi catholique si prégnante dans sa jeunesse et se proclama matérialiste. Il s’oppose au Surréalisme, prône la raison, la maîtrise, le concret et rêve de concilier science et poésie. Pour gagner sa vie, il devient haut fonctionnaire mais toujours s’adonne à « la rage d’écrire ». Il adhère au parti communiste pendant la Résistance et ne quitte le Parti qu’au moment de l’invasion de l’Afghanistan. Curieux matérialiste pour qui tout est sacré et dont la quête poétique révèle une étrange expérience proche des mystiques orientales, au cœur du « réel merveilleux ".
Notes prises sur l'émission mais il faut l'écouter car beaucoup de textes sont dits et cela peut vous donner une idée du travail de montage et de prise de son de ce genre d'émission documentaire: cela pourrait susciter des vocations journalistiques particulières!
Titre de l'émission:
Guillevic, le sourire des pierres (1907-1997)
Voix de Guillevic elle-même rocailleuse: "mais saluant les pierres
qu'est-ce que tu salues?"
Autant de différences entre deux caillous qu'entre deux jeunes filles.
Poésie: procès verbal d'une expérience, d'un contact.
saisir la communion avec tout ce qui vit.
une part de conscience dans la pierre, pas seulement matière morte, pas seulement métaphore du "sourire des pierres".
une parole vraie ne s'épuise pas.
Chez l'enfant déjà élan animiste qui cherchait dans la nature la douceur qu'il ne trouvait pas chez sa mère, abandonne la catholicisme si présent en Bretagne, religion de la mère méchante, exclut tout dieu personnel mais matérialiste. très différent du surréalisme dont une partie du travail se fait à la même époque que Guillevic,
Pour vivre sera haut fonctionnaire mais essentielement poète: en attente du jaillissement du poème.Rêve de graver des textes sur les écorces des arbres, souhaite 'atteindre le coeur de la matière". Art, science et poésie conçus comme proches.
Lionel Ray, autre poète ami, parle de Guillevic ainsi que sa veuve Lucie et d'autres personnes qui ont étudié l'oeuvre.
Poésie: alliance entre la transparence au niveau de l'énoncé ( phrases courtes, pas d'images rhétoriques) et le mystère, la suggestion d'un secret cf l'image de l'armoire au début de
Terraqué qui contient aussi bien du pain que des morts, terrible et délicieux)
Dire Guillevic avec deux l et pas comme dans fille: nom celte
Pour sa veuve: poète caché, toujours à découvrir.
Influence du lieu d'origine: Carnac, menhirs, mégalithes: premier monument érigé, a appris à marcher au milieu de ces pierres levées, proximité de la mer, ciels couchants parfois empourprés comme sanglants: influence indéniable sur l'imaginaire.
Etre né dans un pays sacré"J'ai retrouvé mon sacré " extrait de Carnac, oeuvre de 1961: mystère du silence des pierres, des origines.cf 'N'importe quel caillou crie sa nostalgie de la préhistoire." "Comment chantaient-ils ceux des menhirs?"
"porter le squelette du premier homme et c'est lourd"
Père de son père: tisserand de village, très pauvre en Bretagne, père d'abors mousse dans la marine, très dur à 12 ans, pusi deviendra gendarme, de la nature à la caserne, enfant Eugène très sensible avec une mère cruelle: se replie sur lui même et l'environnement naturel.
Mère qui l'enfermait attaché dans le grenier, qui le forçait à écrire des lettres à l'assistance publique pour s'auto accuser de ses méfaits, sans doute haine contre le père toujours absent reportée sur le fils.
mère qui lui disait qu'il était laid: complexe de laideur. terrible! mère qui le vouait à la guillotine: cf ' Je sens encore la marque du couperet fictif sur mon cou"
A longtemps douté du fait qu'une mère puisse être bonne. aurait pu mal tourné, devenir misogyne.
possédé par la religion: toute révolte était péché pour cette mère bigote donc aussi complexe de culpabilité. Mort de la mère ressentie comme une délivrance, joie.
Pourtant signification du prénom Eugène = le bien né.
Lutte contre la mère en refusant le prénom, se fait appeler comme poète simplement Guillevic.
A 75 ans quand on lui parle du paradis il dit "oui, pourvu que ma mère n'y soit pas!"
Refus du prénom de baptème donné par la mère, de la religion catholique, du lien avec elle: la poésie l'a libéré, lui a permis de se construire.
Bretagne: entend parle Breton autour de lui, nom Guillevic signifie petit diable, malin qui sait éviter les coups.
dès avant 10 ans : rage d'écrire, il savait qu'il s'en sortirait, s'éleverait par l'écriture, grandirait en humanité grâce aux mots. Après le breton, dans le Nord de la France: chtimi, puis séjour en Alsace: dialecte germanique en 1919 l'Alsace retourne à la France. Guillevic trilingue: breton, allemand, français.
Rapport avec le mot: mots surchargés d'histoire, derrière la racine etymologique, chercher la source commune.Comprend que cela prend du temps, qu'il faut mûrir.
a beaucoup écrit et constamment épuré.
Pas d'autre mode d'être pour lui que d'écrire. Photo à 20 ans le montrant fermé, ramassé sur lui même, rage intérieure d'y arriver.
Terraqué: premier livre: folie maîtrisée qui couve mais qui est maîtrisée, connaissait bien sa propre folie et l'a travaillée.
Toujours le hors limite guette, sorte de fantastique, de présence du sacré, influence de la Bretagne
Premiers sentimenst: colère, souffrance, rage mais épuration progressive et centrement.
Terraqué écrit pendant la guerre, expressionniste ( terreur et traqué), violence écartelé rage d'écriture.Poésie proche du cri, à rapprocher du tableau expressionniste de Munch, le cri, mais qui ne fait pas de bruit.
Images violentes pour calmer sa propre violence... ( à suivre)